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les ardeurs et les douces souffrances, alors que je dérobais la journée à d'autres études, dans le quatrième lustre de mes vertes années; études ingrates, étouffé sous leur poids, je gisais inconnu aux autres, inutile à moi-même. » Notons cette plainte chef un jeune homme, presque un enfant, qui n'a pas eu encore d'autre malheur que celui d'étudier le droit, malheur dont il se consolera, comme beaucoup d'autres, en l'étudiant aussi peu que possible.
Peu de temps après, d'ailleurs, son père était vaincu et le laissait à sa vocation. Le jeune poète, bien accueilli partout, lié avec tous les beaux esprits de son temps, est enjin admis à la cour de Ferrare avec le titre de gentilhomme du cardinal Louis d'Esté. A cette époque , appartenir à un prince était le vœu le plus ardent de tous les poètes. Le Tasse pouvait se croire heureux. Le cardinal d'Esté et le duc Alphonse faisaient profession d'aimer les vers, et la sœur du duc , Léonore, donnait à la cour de Ferrare ces agréments que la beauté et la grâce d'une femme peuvent seules répandre autour d'elle. Le Tasse fut bien
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reçu par elle et célébra sa beauté, m.iis en poète obligé de chanter une femme aimable , une reine, beaucoup plus qu'en amoureux. J'en suis fâché pour la légende et pour les beaux vers quelle a pu inspirer, mais V amour du Tasse pour Léonore est encore une de ces fictions auxquelles il faut renoncer. Rien n'est vrai ni dans la passion du Tasse, ni dans le récit de ses imprudences , si sévèrement punies par Alphonse. Les princes, sans doute, ne veulent permettre aux poètes d'adorer leurs femmes ou leurs sœurs que dans leurs vers, et même, si la déclaration est trop directe, ils sont prompts à se fâcher. Voltaire l'a éprouvé pour la princesse Ulrique. Mais Alphonse n'eut rien à réprimer. Léonore avait dix ans de plus que le Tasse et a laissé une grande réputation de sagesse; le poète a chanté auprès d'elle Lucrepa Bendidio, Léonore de S an- Vit aie , et bien d'autres beautés ; enfin, dans sa correspondance, au milieu de ses plaintes, quoique d'une nature violente et emportée, il n'a pas laissé échapper un mot, une allusion. qui permette de rattacher ses malheurs à
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un pareil souvenir. Léonore n'était pour lui que ce qu'une princesse agréable sera toujours pour un poète de cour, une matière à quelques beaux sonnets.
Le Tasse pouvait donc se croire heureux ; le cardinal d'Esté, qui l'aimait, désira l'emmener avec lui à la cour de Charles IX et lui fit voir la France. Nous avons une longue lettre écrite de Paris, où il nous juge avec une certaine sévérité : c'est d'abord une grande dissertation sur l'influence du climat, de la terre et de l'air; le Tasse explique ainsi la différence de caractère entre les Italiens et les Français. Il nous adresse plusieurs reproches, parmi lesquels je tiens à en relever trois : il nous blâme d'abord de nourrir les enfants avec du lait de vache : le bœuf est un animal servi le dont les instincts se communiquent à l'homme. Je livre l'argument sans le discuter à ceux qui nous trouvent une disposition naturelle pour la servitude. Le Tasse préférerait que . pour avoir une race héroïque , on nourrît les enfants, si c'était possible , avec la moelle des tigres et des lions. Il se plaint aussi que la noblesse vive à la campagne.
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loin des villes oit l'on se forme aux belles manières. Ne reconnaissez-vous pas. à ce trait, l'Italien du XVIe siècle, fait pour vivre auprès des princes, dans une société élégante et raffinée , comme nos courtisans à partir de Louis XIV? Enfin il déplore que la noblesse abandonne i étude des lettres pour la laisser aux bourgeois et aux vilains. Le Tasse est un gentilhomme qui tient aux privilèges et à la dignité de l'aristocratie. Pourtant il nous reconnaît des qualités, de l'esprit, de la bravoure, et.... que les temps sont changés! un grand amour de l'économie. Il loue aussi notre supériorité sur les Italiens pour le nombre et la magnificence de nos églises. L'éloge n'est pas aussi indifférent qu'il pourrait le paraître, venant d'un fervent catholique comme le Tasse, grand admirateur de la Saint -Barthélémy et blâmant seulement Catherine et Charles IX d'avoir, dans cette journée, montré trop de modération.
Au retour de son voyage, le Tasse trouve à Ferrare la même faveur. Bientôt /'Aminte fut représenté avec le plus grand succès. La cour de Ferrare salua de ses applaudis-