‹ AminteChapitre 15 sur 90 · LXX PREFACE · texte numérisé non relu

LXX PREFACE

sements ces bergers qui citaient Aristote, mais chantaient en vers harmonieux la puissance et les joies de l'amour. Le Tasse était le premier des poètes de son temps; c'est alors qu'Alphonse lui dit de chanter sans songer à rien faire :

Egli mi disse, allor che suo mi fece : Tu canta, or che si' en ozio.

Sûr de sa fortune et de sa gloire, le Tasse semblait n'avoir plus à songer qu'à son poème de la Jérusalem délivrée. C'est ici que commencent ses malheurs. Nous allons les voir tels que sa correspondance nous les révèle; les uns sont vraiment son ouvrage, les autres viennent de son génie et de son temps. Sans fortune, le Tasse manquait également de la dignité de caractère qui apprend à souffrir et à aimer la pauvreté. Il était né pour vivre dans une cour ; il avait du goût pour tout ce qui brille , les beaux costumes, les bijoux, les plaisirs élégants, et c'est sur sa muse qu'il comptait pour lui procurer ces avantages. Il prit trop au sérieux les paroles d'Alphonse :

PREFACE i.wi

i Chante^ et reste, en repos », et crut pouvoir réaliser le rêve chimérique dont il nous a fait la confidence : « Ce que j'ai toujours cherché dans les cours, c'est une vie de loisir consacrée à l'étude, ozio litterario, sans être tenu à rien, sans aucune obligation . car je ne sais pas rimer et servir à la fois ; je prétends avoir la table, le logement et les honneurs sans être astreint à aucun service. » Aussi, tandis qu'Arioste acceptait d'aller gouverner une province sauvage, tandis que Guarini se transformait en courrier et partait pour la Pologne, le Tasse refusait une charge auprès de la cour de Modène ; il sollicitait . pour qu'on la lui refusât, la place \ d'historiographe après la mort de Pigna, et, furieux d'avoir vu accueillir sa demande, il se promettait de ne jamais remplir ces fonctions : ne payait-il pas asse^ les bienfaits des princes en célébrant leurs louanges? a Acquittezvous, leur dit-il, des bienfaits qui nous sont dus, car, nous autres poètes , nous avons le droit de faire de vous nos tributaires. »

Malheureusement , les princes n'étaient pas toujours de cet avis, et plus d'une fois

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