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l'en aie pas priée. Madame Le'onore m'a dit aujourd'hui, à propos de rien, que jusqu'à présent elle avait été gênée; mais aujourd'hui que l'héritage de sa mère lui procure quelque aisance, elle veut venir à mon aide. Je ne demande ni ne demanderai rien, ni à elle, ni au duc; s'ils veulent agir, j'accepterai volontiers! »
Et, là-dessus, le voilà qui achète des livres et fait de grandes dépenses. Aussi quelle douleur et quelle colère quand vient l'heure des mécomptes ! Il trouve qu'on le paye trop en compliments ; il ne veut pas seulement avoir « des fleurs, mais des fruits »; il oublie alors ses actes de fierté, il demande, il demande avec instance, et, quand il s'aperçoit qu'il est devenu importun, il veut prendre la fuite. En vain la duchesse d'Urbino l'avertit de n'en rien faire. Il ne comprend pas qu'Alphonse, à qui la Jérusalem est dédiée, ne veut pas perdre les éloges qui lui sont prodigués et céder cette gloire à un rival. Le Tasse part enfin: il s'éloigne en fugitif et va par toute l'Italie chercher un souverain qui veuille lui payer son poème.
Accueilli partout avec égard , mais trou-
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vaut partout des princes trop pauvres pour faire sa fortune, il revient enfin à Ferrare, ramené toujours par la même pensée , par l'espoir d'obtenir une récompense. Il espère encore , mais il sent confusément qu'il a perdu la faveur d'Alphonse, qu'un malheur le menace: il se croit entouré d'ennemis acharnés à le perdre , capables même d'attenter à sa vie. Désormais tout pour lui sera pièges et complots. Ajoute^ à ces funestes influences cette disposition mélancolique si manifeste dès la jeunesse du poète, vqye^ combien nous approchons de la folie ; pour la faire éclater, il suffira d'un accident, d'un couteau tiré par hasard ; la prison et l'exil ne feront qu'achever l'œuvre de l'orgueil et de la pauvreté.
Le Tasse pourtant n'a pas été seulement victime de ses propres fautes. Le poète eut à soutenir pour son œuvre même , pour la Jérusalem délivrée, une lutte qui aurait suffi à le décourager et à troubler sa raison. Plein d'ardeur pour la gloire, le Tasse, malgré sa juste confiance dans son génie , n'avait pas voulu publier son poème sans le soumettre à l'approbation de ses amis
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les plus éclairés ; il leur adressait doue sou œuvre chant par chant , leur demandant leur avis et acceptant leurs observations avec plus de docilité qu'on n'aurait dû en attendre d'un caractère aussi ombrageux . Mais il s'était imposé une tache bien plus difficile que celle de contenter des hommes, souvent, il faut l'avouer, incapables de le comprendre. D'une piété ardente et sincère, le Tasse avait voulu élever dans la Jérusalem un monument au christianisme luimême ; il avait donc résolu, dès l'origine, d'acquérir à tout prix l'approbation de Rome, et surtout {"approbation du saint office. C'est donc au double point de vue de la perfection littéraire et de l'orthodoxie religieuse qu'il suppliait ses censeurs de vouloir bien le juger et le corriger. Cette discussion entre le Tasse et ses critiques, nous allons essayer d'en tracer le tableau. La question littéraire, quoique moins importante, donne lieu à de vifs débats. Le poème est examiné avec soin jusque dans ses moindres détails, et jugé avec une sévérité scrupuleuse. Ce qui nous étonne peutêtre le plus, c'est le point de vue auquel se
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placent les censeurs. C'est surtout au nom des règles d'Aristote qu'ils étudient la Jérusalem délivrée. Le Tasse a-t-il vraiment réuni dans son œuvre les conditions d'un poème épique? peut-il prétendre qu'il a respecté la loi de l'unité en appelant l'intérêt sur plusieurs personnages, comme Godefroy, Renaud et Tancrède? les épisodes sont-ils asse^ étroitement liés au sujet principal? l'action ne commence-t-elle pas trop tard? à quel point peut-on l'interrompre par un récit? Telles sont les principales objections adressées au poète. Le Tasse ne les traite pas avec le mépris et le dédain d'un homme de génie qui prend sa seule inspiration pour règle et se croit au-dessus de ces lois. Derrière le poète inspiré nous trouvons dans l'auteur de la Jérusalem un véritable érudit, qui a étudié non seulement les grands écrivains de l'Italie, de Rome et de la Grèce, mais qui a lu avec soin tous les maîtres de l'art. Aux objections tirées des anciens le Tasse répond par des citations empruntées aux anciens. Il ne s'autorise pas seulement de l'exemple des poètes comme Homère, Vir-