ACTE I, SC EXE I
gue suitte et la clarté de mille jours ne m'avoient peu descouvrir. Alors, me reprenant moy-mesme et maudissant ma bestise, je dis en souspirant : « Tien, Diane, voila ton arc, voila ta trompe, je te les quitte, et renonce désormais à tes armes et à ta façon de vivre. » De mesme aussi j'espère qu'un jour je verrai ton Aminte amollir ceste sauvage rigueur et détremper ton cœur plus dur que pierre. Voudrois-tu point dire qu'il n'est pas beau? ou qu'il ne t'ayme point? ou qu'il n'est aymé de personne? ou que le bien que d'autres luy veulent et la haine que tu luy portes l'ayent jamais change' d'un seul poinct? Voudrois-tu dire qu'il ne fust pas d'aussi bonne maison que toy? Si tu es fille de Cidippé, de laquelle estoit père le dieu de ce fleuve renommé, luy de son costé n'est-il pas fils de Silvain, duquel Pan, le grand dieu des bergers, estoit père? Et, si tu te regardes jamais au miroir d'une fontaine, tu ne treuveras point que la blonde Amarillis soit moins belle que toy. Et toutesfois il fuit ses douces mignardises pour suivre tes mines dédaigneuses. Or, pose le cas (et Dieu vueille
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neantmoins qu'il n'en soit rien) que, se voyant ainsi mal-mené de toy, il s'efforce d'aymer celle de laquelle il est tant ayme'. quelle sera ton espérance? Avec quels yeux le pourras-tu regarder, le voyant en la possession d'autruy, et, rendu bien heureux entre les bras d'une autre, se rire et se moquer de toy?
SILV1E.
Qu'Aminte face de soy et de ses amours comme il luy plaira, c'est le moindre de mes soucis, et, pourveu qu'il ne soit mien, qu'il soit à qui bon luy semblera; mais il ne peut estre à moy puis que je ne veux point de luy, et, quand il seroit mien, encore pour cela ne serois-je pas sienne.
DAFNÉ.
Mais d'où vient le mal que tu luy veux?
SiLVIE.
De l'amour qu'il me porte.
Voila d'un aggreable père un mal aggreable enfant! Mais qui vid jamais naistre les tigres des brebis, ou les corbeaux des cygnes? Ou tu me trompes, ou tu te trompes toy-mesmc.