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qui. au XVIIe siècle, se sont occupés de la poésie pastorale, se rattachent à d'Urfé. Il ne faut en excepter ni Gomberville . ni Mlle Scudéry. ni des Yveteaux, ce singulier berger qui étonnait Paris par le scandale de ses mœurs, ni Mme Deshoulières.
transformée un jour en bergère pour ses filles :
Sur les bords fleuris Qu'arrose la Seine, Cherchez qui vous mène, Mes chères brebis.
C'est encore d Urfé qui inspire les premières pastorales du XVIIIe siècle, et Fontenelle, qui a chanté des bergers philosophes, invoque pourtant les souvenirs de /'Astrée :
O rives du Lignon, ô plaines du Forez,
Lieux consacrés aux amours les plus tendres, Montbrison, Marcilly, lieux toujours pleins d'attraits, Que n'ètes-vous peuplés d'Hvlas et de Sylvandres ! Mais, pour nous consoler de ne les trouver pas,
Ces Sylvandres et ces Hylas, Remplissant nos esprits de ces douces chimères, Faisons-nous des bergers propres à nous charmer, Et, puisque dans les champs nous voudrions aimer, Faisons-nous aussi de's bergères.
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Hélas! ce désir n'a été que trop entendu. et, pendant tout le XVIIIe siècle, il s'est trouvé des écrivains pour chanter des bergères poudrées, pomponnées, en costume de marquises, en talons rouges et en paniers; ce fut le long et frivole amusement des Bernis, des Dorât, des Boufflers , d'autres encore qui eurent leur jour de célébrité, comme Pe^ay, connu aujourd'hui seulement par cette épigramme :
Ce jeune homme a beaucoup acquis, Beaucoup acquis, je vous le jure :
11 s'est fait auteur et marquis, Et tous les deux malgré nature.
La mode s'en mêla, et la cour tout entière se trouva envahie par les bergeries; Marie-Antoinette eut ses moutons à Trianon.
Il faut pourtant y prendre garde. Sous celte frivolité banale, sous cette apparente uniformité, se cachent quelques utiles leçons et des différences profondes. Ces bergers, qui paraissent tous fondus dans le même moule, se distinguent pourtant par des traits qu'il est bon de noter. Sans ces-
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ser d'appartenir à un inonde imaginaire, ils représentent fidèlement leur temps et leur pays. Les bergers italiens sont surtout tendres et langoureux ; les bergers espagnols aiment avec plus d'ardeur, ils déclament volontiers, s'amusent aux jeux d'esprit et rêvent les grandes aventures. Les Anglais sont querelleurs et pointilleux. Les bergers de Gessner répètent maladroitement les leçons de Rousseau. Dans /Astrée se retrouvent la plupart des qualités de l'esprit français. Astrée et Céladon nous peignent sans doute la perfection idéale et mensongère de V amour pastoral; mais Hylas et Sylvandre ne manquent ni d'esprit ni de bon sens. Le merveilleux de /"Astrée est bien plus raisonnable que celui des pastorales espagnoles, de la Diane de Montemayor, par exemple. La description de la fontaine de Vaucluse et l'éloge de Pétrarque nous ramènent à la réalité. Quand il raconte l'histoire des Burgondes et le siège de Marcilly. iïUrfé ne nous retrace pas seulement la fureur des guerres civiles au milieu desquelles il a vécu . il essaye aussi de poé-
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tiser les traditions de notre vieille histoire nationale. Enfin, de l'aveu même de son auteur, cette pastorale a une tendance politique. Z/Astrée, réduite si longtemps à vivre loin de la patrie et cachée sous un faux nom, cest la justice exilée de la France pendant les guerres de religion, ramenée en France par Henri IV. Aussi d'Urfé, dans la dédicace de la troisième partie de son livre, offerte à Louis XIII, confond-il avec affectation le nom de Lois avec celui de Lois, pour bien marquer qu'il veut identifier la justice avec la personne même du roi.
Le XVIIIe siècle, lui aussi, finit par donner à ses bergers un caractère plus sérieux et plus vrai. Sedaine leur met des sabots, et à l'engouement pour les bergeries se joint la préoccupation de relever l'agriculture.
Choiseul est agricole, et Voltaire fermier.
De sorte que l'histoire de la poésie pastorale n'est pas inutile à celle de l'humanité. Ainsi se justifie le vœu qu'exprimait, il y a
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quelques années, Vauteur de la Mare au Diable et de François le Champi, l'écrivain qui, dans notre siècle , a le mieux dépeint les mœurs des paysans et a su les rendre poétiques sans sortir de la vérité.
J'ai vu et j'ai senti par moi-même, avec tous les êtres civilise's, que la vie primitive e'tait le rêve, l'idéal de tous les hommes et de tous les temps. Depuis les bergers de Longus jusqu'à ceux de Trianon, la vie pastorale est un Eden parfume' où les âmes tourmentées et lassées du tumulte du monde ont essayé de se réfugier. L'art , ce grand flatteur, ce chercheur complaisant de consolations pour les gens trop heureux, a traversé une suite ininterrompue de bergeries, et sous ce titre : Histoire des Bergeries , j'ai souvent désiré défaire un livre d'érudition et de critique où j'aurais passé en revue tous ces différents rêves champêtres dont les hautes classes se sont nourries avec passion.
J'aurais suivi leurs modifications toujours en rapport inverse de la dépravation des mœurs, et se faisant pures et sentimentales d'autant plus que la société était corrompue
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et impudente. Je voudrais pouvoir commander ce livre à un écrivain plus capable que moi de le faire, et je le lirais ensuite avec plaisir. Ce serait un traité d'art complet : car la musique, la peinture, l'architecture, la littérature dans toutes ses formes , théâtre , poème , roman , églogue , chanson, les modes, les jardins, les costumes même, tout a subi l'engouement du rêve pastoral. Tous ces types de l'âge d'or, ces bergères qui sont des nymphes et puis des marquises, ces bergères de ÏAstrée qui passent par le Lignon de Florian, qui portent de la poudre et du satin sous Louis XV, et auxquels Sedaine, à la fin de la monarchie, commence à donner des sabots, sont tous plus ou moins faux, et aujourd'hui ils nous paraissent niais et ridicules. Nous en avons fini avec eux, nous n'en voyons plus guère que sous forme de fantômes de l'Opéra; et pourtant ils ont régné sur les cœurs et ont fait les délices des rois qui leur empruntaient la houlette et la panetière.
Cette page charmante marque à la J'ois et l'importance de la poésie pastorale, et le vrai caractère de ce genre de littérature.
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Elle se perpétue en effet de siècle en siècle, mais fleurit surtout aux époques qui s'éloignent le plus des mœurs pastorales, dans les cours les plus raffinées en Italie, ou bien en France pendant les troubles de la Ligue, et aussi, par un contraste qui n'est pas moins frappant , au milieu des orages de la Révolution.
Nous n'avons pas la prétention de remplir le vaste programme que George Sand a esquissé avec tant de grâce, ni de faire le livre que cet éminent écrivain aurail dû se commander à lui-même, car seul peut-être il aurait été capable de l'exécuter. Nous voulons seulement profiter de cette nouvelle édition de /'Aminte pour rechercher ce quêtait la poésie pastorale à l'époque du Tasse, où elle a pris sa source, dans quelles conditions elle s'est développée, enfin à quels besoins de l'esprit humain elle répond ou paraît répondre.
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La poésie pastorale est née de ce sentiment qui oblige l'homme à chercher dans la fiction un refuge contre les misères de la réalité. Cet idéal de paix, d'innocence et de justice, que nous portons tous dans nos cœurs, et dont nous demandons en vain la satisfaction à tout ce qui nous entoure, nous le plaçons dans les régions qui nous sont inconnues, et que nous pouvons peupler selon nos désirs. Ainsi s expliquent la bonne renommée des sauvages et des barbares, la faveur dont ils jouissent aux époques les plus civilisées. Au milieu de la brillante corruption du XVIIIe siècle, Rousseau ne voyait plus de place pour la vertu et le bonheur que dans les forêts de V Amérique. Chateaubriand, lui aussi, a cru aux sauvages, mais il était moins excusable, puisqu'il les avait vus de près. Les moralistes de cette époque ont fait pour les Indiens ce que Tacite fit pour les Germains : ils leur ont prêté toutes les vertus
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qu'ils regrettaient, lui de ne pas trouver à Ro?ne, eux de ne pas trouver à Paris.
Qui de nous ne s'est laissé aller à un pareil rêve, n'a été victime de la même illusion? Qui de nous n'a voulu demander à la campagne un asile contre les troubles de cette vie agitée, laborieuse, où nous nous consumons en vains efforts, en désirs inutiles? Rien ne nous paraît plus doux, à certains moments, que de nous enfoncer dans une solitude où ne pénétrerait aucun des bruits de la ville, pour y vivre également éloigné des amis, des ennemis, des indifférents, sans lettres ni journaux. Voici un paysage qui -se représente souvent à ma mémoire. Au pied d'une montagne dont les flancs, soigneusement cultivés, sont couronnés de bois sombres et de rochers décharnés, une maison spacieuse et commode; devant la maison, un étang sans cesse renouvelé par des eaux vives et murmurantes , ombragé par d'immenses platanes et des saules dont les branches flexibles forment en retombant un véritable rideau de verdure; dans le lointain, un parc capricieusement dessiné et
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une longue prairie qu'animent de nombreux troupeaux. Des deux côtés, s'élèvent des collines couvertes d'arbres aux diverses nuances; à travers ces clairières, des sentiers pleins d'ombre et de fraîcheur qui les transforment en un labyrinthe où pourtant on finit par se retrouver, tandis qu'au dernier plan de magnifiques allées de châtaigniers encadrent le paysage et limitent l'horizon. Par une belle après-midi d'automne, à l'heure où le soleil couchant brise ses derniers rayons sur les eaux, quand sa lumière, se reflétant sur les feuilles des platanes jaunissants, des trembles argentés et des pins toujours verts, se revêt de mille couleurs, il n'est pas de tableau plus charmant, et ceux qui le contemplent voudraient en jouir toujours.
Quoi de plus naturel que de placer dans ce séjour des hommes que la civilisation n'a pas encore corrompus, de leur prêter des sentiments na'ifs, des passions simples et pures, enfin toutes les vertus que nous rêvons chef les autres, et qui nous plaisent davantage à mesure que nous nous sentons incapables de les pratiquer. Seule-