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ACTE I. SC ENE II

AM1NTK.

Mais un misérable ne peut donner delay de si long temps à sa mort.

TIRSIS

Le delay ne sera pas long : car en peu de temps la femme se courrouce et s'appaise ; et, quand je dy femme, je dy une chose plus muable de nature que n'est le feuillage des bois, et plus ployable que la ibible cyme des espics. Mais, je te prie, fais-moy sçavoir plus au long ta condition et l'histoire de tes amours : car, encore que tu m'ayes autrefois confessé d'estre amoureux, si ne m'as-tu jamais dit ni où ni de qui. Et si nostre fidèle amitié, et l'inclination que nous avons tous deux à mesme estude, mérite bien que je sçache ce qu'il n'appartient aux autres de sçavoir.

Je suis content, Tirsis, de te déclarer ce que les bois, les montagnes et rivières sçavent, et que les hommes ne sçavent pas : aussi bien suis-je désormais si proche de la mort qu'il est raisonnable que je laisse quelqu'un qui publie le suget que j'ay eu de mourir, et qui l'escrive en l'escorce de

quelque arbre proche de ma sépulture, afin que ceste cruelle, y passant quelquefois, prenne plaisir à fouler de son pied superbe mes os infortunez, disant à part soy : « Voicy mon triomphe», et se rejouisse de voir sa victoire connue et manifeste à tous les bergers voisins et estrangers que l'aventure y pourra guider. Et peut-estre pourroit-.il advenir un jour (mais, helas ! c'est trop espérer!) qu'esmelie de compassion, mais trop tardive, elle pleureroit la mort de celuy qu'elle-mesme auroit privé de vie, disant : « Pleust à Dieu qu'il lut maintenant icy, et autant à moy qu'il fut jamais! » Or, escoute.

TIRSIS

Aussi fay-je, et peut-estre à meilleure intention que tu ne penses.

Estant encores si petit qu'à peine pouvois-je atteindre de la main au fruit des plus basses branches des plus petits arbrisseaux, je devins amy intime de la plus gentile et de la plus belle jeune fille qui se vid jamais. Tu connois bien la fille de Cydippé et de Montan, qui est si riche

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