‹ AminteChapitre 41 sur 90 · ACTE I . SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I . SCENE II

en trouppeaux, Silvie, l'honneur de nos forests et l'ardeur de nos âmes : helas! c'est celle dont je te veux parler, et avec laquelle j'ay vescu un long temps avec tant d'amitié et de familiarité qu'entre deux tourterelles il n'y eust et n'y aura jamais plus estroitte ny plus fidelle compagnie. Nos maisons se touchoient, mais nos cœurs estoient encore plus unis ; tous deux de mesme aage, mais bien plus de mesme pensée. Je ne bougeois d'avec elle, fust à la pesche ou à prendre des oyseaux aux filets, ou à courir le cerf ou le chevreuil, et partagions également le plaisir et la prise; mais, comme je faisois un tel ravage d'animaux, je ne sçaurois dire comment je fuz ravy à moi-mesme. Je commençay petit à petit à sentir dedans moy, sans sçavoir de quelle racine (comme une herbe qui croist sans main mettre), je ne sçay quelle esmotion que je n'avois point accoustumé de sentir, qui me faisoit désirer d'estre tousjours auprès de ma belle Silvie, et beuvois de ses yeux une estrange douceur, qui pourtant à la fin me laissoit tousjours je ne sçay quoy d'amertume. Je

3o A MIXTE

souspirois souvent, et si je n'eusse sceu dire l'occasion de mes souspirs. Voila comment je fuz amoureux premier que de sçavoir seulement que c'estoit qu'amour. Je m'en apperceuz à la fin; mais, je te prie, escoutte et en remarque bien la façon.

TIRSIS

Aussi veux-je.

Un jour Phillis et Silvie estoient assises à l'ombre d'un grand fouteau, et moy auprès d'elles, quand une abeille, qui alloit industrieusement cueillant son miel parmy les rieurs de la prerie , volant se vint poser dessus la joiïe de Phillis, qui estoit vermeille comme une rose, et la picqua et repicqua fort asprement, la prenant, à moTi advis, pour une rose mesme, trompée par la ressemblance. Phillis s'escrie pour la douleur de la piqueure, et s'en plaignant amèrement, ma belle Silvie luydist: « Tay-toy, Phillis, tay-toy, ne te tourmente point, je vay tout présentement t'oster la douleur avec un charme de paroles. La bonne femme Aresie m'a autrefois apris ce secret, et pour recompense je luy donnay

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