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liberté, mais se contentoient de la loy dorée que la simple nature leur avoit escrite dedans le cœur (s'il plaist, il est permis). Alors les petits Amours, sans arez et sans flambeaux, dansoient joyeusement parmy les fleurs et sur la verdure, à la fraischeur des claires fontaines. Bergers et nimphes, assis pesle mesle, passoient le temps en jeux et mignardises, en devis, embrassemens et baisers amoureux. La jeune fille monstroit à descouvert ses belles et fresches roses et les fermes pommelettes de son sein, que le voile envieux et jaloux nous tient maintenant cachées; et souvent en mesme bain l'on voyoit l'amant et l'amante se jouer ensemble. C'est toy, meschant honneur, qui nous bouchas le premier la fontaine de délices et refusas l'eau à la soif amoureuse. Tu fuz le premier qui conseillas aux beaux yeux d'estre chiches de leurs regars, qui recueillis dans le reseuil les cheveux blonds que le vent souloit esparpiller à son plaisir. Tu rendis les douces et lascives mignardises d'amour infâmes et honteuses. Tu donnas l'art et la mesure aux pas et aux parolles. Ce sont de
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tes beaux chefs-d'œuvre que ce qui fut autresfois présent et libéralité d'amour soit maintenant estimé larcin. Et bref tu es le seul autheur de toutes nos misères. Mais toy qui es le seigneur absolu de la nature, qui commandes à l'amour et gourmandes les roys, que fais-tu icy parmy nos petits hameaux, qui ne sont pas capables de ta grandeur? Que ne yas-tu dans les palais troubler le sommeil et le repos des grands seigneurs? Va, va, et nous laisse icy, nous autres pauvres gens et simples, vivre encore à la vieille mode et nous donner du bon temps. Faisons l'amour :
car nostre vie n'a point de trêve avec les ans, et s'escoule sans aucun arrest. Faisons l'amour : le soleil se levé et se couche tous les jours, mais il ne luit pas long temps pour nous, et, quand le sommeil de la mort nous accueille une fois, nous avons à dormir pour jamais.
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