SCENE PREMIERE
LE SATIRE, seul.
'ayette est bien petite, mais ses petites piqueures ne laissent pas de faire des playes bien cuisantes et douleureuses. Mais voiton rien de si petit qu'Amour, qui passe en si peu de lieu, ou qui tienne si peu de place ?Tantost il se cache en l'ombre d'une paupière , tantost dedans le reply d'un
cheveu blond, tantost en ces petites fossettes que forme le ris gracieux en une belle joue, et toutes fois, tout petit qu*il est, il faict des playes si grandes et incurables. Helas! mes entrailles ne sont plus désormais que sang et playe, et le cruel Amour cache dedans les yeux de Silvie mille mortelles pointes. O cruel Amour, cruelle Silvie, et plus impitoyable que les bois pleins d'horreur et de solitude! Oh! que ton nom t'est bien convenable, et combien estoit prévoyant celuy qui te le donna ! Les forests cachent dedans la profondeur de leurs ombrages les serpens, les lions et les ours ; et tov, dedans ton sein délicat tu caches la haine, le desdain et la cruauté, bestes mille fois plus cruelles que les serpens, les lions et les ours : car celles-cy se peuvent addoucir, les autres ne se peuvent appaiser par prières ny presens quelconques. Helas! quand je te porte quelque fleur nouvelle, tu la refuses fascheuse, peutestre par ce que tu portes des fleurs mille fois plus belles au visage. Si je te porte des pommes fraisches et belles, tu les repousses dédaigneuse, paravanture par ce que tu