ACTE II, SCESE III
En despit qu'elle en eust, non ; mais je l'aymerois.
TIRSIS
Pour le moins seroit-ce contre sa volonté' ?
Oiïy, pour certain.
TIRSIS
Pourquoy donc n'oserois-tu prendre contre sa volonté une chose de laquelle, si elle faict semblant au commencement d'estre marrie, toutesfois à la fin elle sera tres-aise que tu l'ayes prise ?
Helas! Tirsis, il faut qu'Amour responde pour moy : car il n'est pas en ma puissance de dire ce que j'ay dessus le cœur. Quant à toy, tu es sçavant et expérimente' es discours d'amour, mais celuy mesme qui me lie le cœur me tient aussi la langue liée.
TIRSIS
Quoy ! nous n'y irons donc pas?
Si feray bien, mais non pas où tu penses.
'38 AMI.XTE
TIRSIS
Et où donc ?
A la mort, si tu n'as fait autre chose pour moy que ce que tu me viens de dire.
TIRSIS
Comment ! fais-tu donc si peu de cas de cela? Et penses-tu, sot que tu es, que jamais Damé nous eust donné cet advertissement et conseillé d'y aller si elle n'eust en partie cogneu l'intention de Sylvie ? Et peut estre qu'elle la sçait du tout, et ne veut pas que nous pensions qu'elle la sçache. Mais, si tu recherches en cecy l'exprès consentement de Silvie, ne vois-tu pas que tu recherches ce qui luy seroit le plus desaggreable? Où est donc ce désir que tu as de tant luy complaire? Et si, plustost que de te faire présent de ce que tu desires le plus, elle aime mieux que tu le derobbes, ou que tu le ravisses, es-tu pas bien fol de te soucier de quelle façon, pourveu que tu l'ayes?
Mais qui m'asseurc qu'elle ayt ce désir: