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sont vives au plaisir et les hommes lâches au travail , car le Sirius brûle les fronts, la chaleur énerve les jambes et dessèche la peau. Alors je te souhaite l'ombre d'un rocher, le vin généreux, le pain cuit à point, le lait d'une chèvre séparée de son nourrisson, la chair d'une génisse nourrie au bois et non encore mère , ou celle des chevreaux nouveau -nés. Alors je veux qu'assis à l'ombre, après un cordial repas, tu boives un vin bien noir, le visage tourné au souffle même du zéphyre.
On peut encore voir des précurseurs de la poésie pastorale dans ces drames satiriques, qui avaient ordinairement pour théâtre les bois et la campagne, pour principaux acteurs des satyres, ces personnages obligés de la pastorale, aux corps velus, aux formes grossières, aux mœurs dissolues, qui doivent servir plus tard de contraste avec les bergers, toujours amoureux, mais discrets.
Malheureusement, nous ne connaissons guère le drame satyrique autrement que par des citations incomplètes, et les fragments cités par M. Egger ne nous pa-
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missent pas pouvoir se rattacher à la poésie pastorale ? Quelques vers sur les charmes de la campagne ne suffisent pas pour déterminer le genre d'une œuvre littéraire.
Nous pouvons encore moins rattacher à la poésie pastorale les fragments empruntés soit aux tragédies, soit aux comédies d'Aristophane ou même de Ménandre.
Dans l'exposition de ces scènes terribles où ils ne cherchent qu'à exciter la terreur et la pitié, Eschyle, Sophocle, Euripide, ne se sont jamais proposé de louer la vie champêtre pour elle-même, d'en adoucir les rigueurs ou d'en vanter les plaisirs. Aristophane n'y a pas songé davantage. Le citoyen qui célèbre la paix, qui regrette ses bœufs et ses raisins mûrs, n'est pas un berger, et surtout un berger poétique : c'est un égdiste, uniquement préoccupé de son bien-être, ennemi de la démocratie et de la guerre, mais qui n'oublie pas d'aller au Pnyx toucher ses trois oboles; qui, dans ses champs et ses vignes, voit surtout le profit qu'il doit en tirer, son vin nouveau, ses raves et son pain luisant. C'est le paysan tel que nous le connaissons, et qui n'a rien de bucolique.
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Le témoignage d'Aristote lui-même nous apprend que le principal caractère du paysan dans la comédie est la grossièreté.
Les Grecs ont pourtant connu la poésie pastorale, c'est-à-dire ce genre littéraire qui consiste à décrire, en les embellissant, les habitudes de la vie champêtre, à relever par l'imagination les détails d'une existence vulgaire, à jeter dans un paysage soigneusement orné des bergers élégants, exercés à jouer de la flûte et à faire des vers, amoureux surtout; des bergères jolies, coquettes parfois, le plus souvent fidèles, enfin, parées de tous les charmes que l'art peut ajouter à la nature. Dans ce monde imaginaire, il n'y a rien de ce qui peut rendre la vie pénible ou affliger les cœurs vertueux. Le vice, la passion brutale, sont représentés par les satyres, véritables monstres, qui n'appartiennent pas à l'humanité. A peine peut-on signaler, de temps en
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temps, un berger perfide, une bergère volage ; mais leur châtiment ne se fait pas attendre, et leur punition sert de dénoûment au drame, comme la mort du loup, qui dérobe un mouton uniquement pour fournir au berger l'occasion de se réconcilier avec sa bergère.
Seulement, de tous les peuples qui ont cultivé ce genre faux et artificiel, les Grecs sont ceux qui ont su rester les plus simples et se sont le plus rapprochés des mœurs qu'ils ont essayé de peindre. Ce bonheur, ils le doivent en partie à la nature même de leur langue, si riche en termes simples et familiers, où les bergers eux-mêmes peuvent devenir poètes sans cesser d'être bergers. Mais ce qui assure aux Grecs une place à part dans la poésie pastorale , c'est qu'ils ont produit Théocrite.
Théocrite sans doute n'est pas un poète primitif; il a vécu à la cour d'Hiéron et de Ptolémée; il vante volontiers leur magnificence, et aussi , ce point est à noter, car nous le retrouverons che\ le Tasse, il se plaint que ses louanges lui soient mal payées.
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Les hommes de notre temps ne se soucient guère des e'ioges que les poètes savent donner aux belles actions ; ils ne songent qu'à gagner de l'argent ; chacun , la main scrre'e sous son manteau, cherche seulement à augmenter sa fortune. « A quoi bon de nouveaux poètes? N'avons-nous pas Homère qui suffit à tous? Le meilleur poète pour moi est celui à qui je n'ai rien à donner. »
Théocrite vit dans un monde très raffiné; il en a les délicatesses et les besoins C'est même un poète érudit, qui connaît les anciens, les cite souvent et les imite à l'occasion. Mais il représente dans les plus heureuses proportions ce juste mélange d'art et de naturel qui convient à la poésie pastorale. Né en Sicile , ce pays de vastes pâturages, il avait sans doute assisté à bien des scènes de la vie pastorale avant de fréquenter les palais de Syracuse et d'Alexandrie ; il revenait parfois à la campagne, oîi il entendait de vrais bergers s'accompagner de la flûte; il pouvait donc, comme le font encore aujourd'hui de curieux érudits , noter des airs populaires et de vieilles chansons, recueillir d'anciennes