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PREFACE ZI.I

traditions, et créer ainsi une poésie nouvelle où tout n'était pas inventé.

Théocrite d'ailleurs ne s'est pas contenté de chanter les bergers. Ses œuvres nous ramènent au véritable sens du mot Idylle {-ùo'A'j.io-j), petit tableau, esquisse légère, où les citadins peuvent figurer aussi bien que les paysans. Il suffit de rappeler ce joli épisode des Syracusaines, où nous voyons décrire, à propos des fêtes royales, une piquante scène d'intérieur, deux bourgeoises préoccupées de leur toilette, empressées à médire de leurs maris et à se débarrasser d'un enfant indiscret.

Théocrite n'a consacré aux bergers qu'une partie de ses vers, et. quand il les met en scène, il ne nous les montre pas tous amoureux.

« O Milon, dit Battis, ô moissonneur infatigable et dur comme la pierre, ne t'est-il jamais arrivé de désirer un absent ? — Jamais. Est-ce qu'un ouvrier songe à ce qui est loin ? — Tu n'as donc jamais veillé tourmenté par l'amour ? — Dieu m'en préserve ! Gare au chien, si vous lui donnez à coûter du cuir de la bête! il dévorera

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tout. — Eh bien, moi, Milon, voilà déjà onze jours que j'aime. — Tu bois à plein verre; moi, je n'ai pas même une goutte de vinaigre. »

Théocrite fait plus: il se moque des bergers qui, épris d'une femme de la ville, prétendent se livrer à un amour dont ils ne soupçonnent pas l'élégance et se font repousser avec dédain. C'est l'histoire du bouvier qui s'approche de la courtisane Eunica.

« Va-t'en, lui dit-elle , va-t'en ; mes baisers ne sont point faits pour des rustauds. Il me faut les lèvres fines et douces de nos jeunes citadins. As-tu jamais, même en songe, baisé une belle bouche?... Voyez comme sa barbe est soyeuse, sa chevelure parfumée ! Va-t'en ; tes lèvres bourgeonnent, tes mains sont noires et ton haleine empeste. Ne me touche pas, tu vas me salir. »

Certes voilà des détails rigoureusement exacts, et qui nous ramènent aux véritables bergers, à ceux que nous connaissons. Mais, quand Théocrite nous montre des bergers amoureux , comme il sait les faire

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parler, avec quel art il nous les dépeint exprimant leur passion par des accents vrais, des mouvements éloquents, des comparaisons poétiques, sans pourtant s'éloigner de leurs habitudes, des sentiments qui leur conviennent! Est-il un cri plus passionné et plus naturel à la fois que celui-ci ?

« Ils t'appellent tous Syrienne, maigre et brûle'e du soleil; moi seul je te trouve la couleur du miel. Et la violette aussi est noire, et noire l'hyacinthe où des lettres sont gravées; mais tout de même elles sont comptées les premières dans les couronnes. »

Voici encore un passage qui est à la fois bien poétique et bien naturel :

« O gracieuse Amaryllis , pourquoi au bord de cet antre n'avances-tu plus ta tête en m'appelant ton cher amour? Est-ce donc que tu m'as pris en haine?... Que ne suis-je la bourdonnante abeille 1 Comme j'irais dans ton antre , me plongeant à travers le lierre et la fougère dont tu te couvres ! O belle aux yeux charmants , toute de pierre ! ô nymphe aux bruns sourcils, ouvre tes bras a moi le chevrier pour que je te

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donne un baiser; même en de vains baisers il est bien de la douceur encore. »

Dans la première idylle, dans la sixième, partout, même quand Polyphème chante son amour pour Galathée « plus blanche que le blanc fromage, plus délicate que l'agneau , plus glorieuse que le jeune taureau, plus dure que le raisin vert », ce sont des pasteurs qui parlent, et ils s'inspirent des objets qui les entourent.

a Partout le printemps , dit Ménalcas , partout de frais pâturages, partout les mamelles se gonflent de lait , et les petits se nourrissent là où la belle enfant porte ses pas. Mais, si elle se retire, le berger aussitôt se sèche et les herbes aussi. »

Daphnis répond dans un langage qui n'est ni moins poétique ni moins naturel :

« Je ne souhaite point d'avoir la terre de Pélops, je ne souhaite"' point d'avoir des talents d'or, ni de courir plus vite que les vents; mais, sous cette roche que voilà, je chanterai t'ayant entre mes bras, regardant nos deux troupeaux confondus et devant nous la mer de Sicile. »

Terminons par une description de la

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