‹ AminteChapitre 70 sur 90 · ACTE III . SC EXE II 8l · texte numérisé non relu

ACTE III . SC EXE II 8l

discours? De quoy as-tu peur? Que je ne me tue? C'est avoir peur de mon bien.

DAFNÉ.

Ne te désespère point, Aminte : car ou je ne la cognoy point, ou la honte seule, et non la haine et cruauté', comme tu penses, la fait ainsi fuir.

Helas ! il n'y a salut pour moy que le desespoir, puis que la seule espérance est cause de ma ruine, et si encore, misérable que je suis, elle tasche de regermer en mon cœur et d'y reprendre racine, seulement pour m'entretenir en vie; et ce pendant se peut-on imaginer un plus grand mal que la vie d'un misérable tel que moy ?

DAFNÉ.

Vy, misérable, vy en ta misère, et pren patience en ta condition, pour devenir tost ou tard bien heureux, et, si tu te maintiens en espérance et en vie, represente-toy ce que tu as veu de si beau et de si rare en elle : ce sera le loyer de ta longue attente et de ton espérance.

Mais encore n'estois-je pas assez misera-

ble au gré d'amour et de fortune, si, pour recharge de misère, ils ne m'eussent encore fait veoir à nud l'admirable suget dont la jouissance m'est interditte.

NERINE.

Helas ! falloit-il donc que je fusse la malencontreuse corneille d^ si tristes nouvelles ! O pauvre Montan! et misérable à jamais! que sera-ce de toy quand tu sçauras la malheureuse lin de ton unique et chère Silvie? Pauvre vieillard! père orfelin ! mais, helas ! non plus père !

dafné.

J'entens une voix qui se plaint.

AMJNTE.

J'ay oiïv le nom de Silvie qui m'a touché l'oreille et le cœur tout ensemble; mais qui est-ce qui l'a nommée ?

DAFNÉ.

C'est Nerine, fort gentile nimphe, que Diane tient si chère, qui a l'œil et la main extrêmes en beauté, au reste la façon fort

NERINE.

Et toutesfois si faut-il qu'il le sçache, afin qu'il donne ordre à ramasser les mise-

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