I.e matin, elle appela Sakina et lui dit
— Allons nous promener sur les bords de l'Ourens.
Tout le long du chemin Seltanetta pensait, avec une douce tristesse, à cet endroit charmanl, si <|iiii\, si frais, si tranquille.
En y arrivant, elle pensa que c'était une pmfa-
100 AMMAI.AT-lir.O
nation que de ne i)as y entrer seule avec ses souvenirs.
Elle envoya Sakina cueillir des mûres sauvages en lui disant de venir la retrouver près du ruisseau, puis elle dépassa le seuil moussu de la eliapelle.
Le crépuscule de l'église, le cliant des hirondelles, qui, au printemps, y avaient fait leurs nids, le murmure du ruisseau, tout fit fondre en larmes la pierre qui pesait sur son cœur. Elle se coucha sur la rive de la source et, comme à ti'avers un nuage, elle regarda tomber ses pleurs dans l'eau.
Tout à coup, elle entendit le bruit d'un pas trop ferme pour être celui de Sakina. Elle releva la tête et jeta un cri de terreur.
Devant elle était un homme couvert de boue et de sang. Une peau de tigre, dont la tète encadrait son visage, tombait des épaules jusqu'à terre.
Le premier cri de Scitanclla avait été un cri de terreur; le second fut un cri de joie.
A travers la poussière, la boue, le sang dont il était souillé sous cette peau de tigre, elle avait reconnu Ammalal-Beg.
AMMAL.VT-BIiG 401
Alors, oubliant tout au monde, elle se dressa sur ses pieds, et, rapide, bondissante, pleine de joie et d'amour, elle se jeta dans ses bras.
Ammalat, à son tour, poussa un cri ; sa bouche, comme une abeille, s'appuya sur les lèvres de rose de la jeune fille. Ils s'étaient compris sans se parler.
Cette fois, et hors de lui-même, le jeune homme s'écria :
— Mais tu m'aimes donc, Seitanetta?
Confuse de sa hardiesse, toute rougissante du
baiser de son amant, la jeune fille recula ses lèvres des lèvres d'Ammalat-Beg et le repoussa doucement.
Alors, avec terreur, et prêt à la laisser écliajjper de ses bras :
— Est-ce que tu ne m'aimes pas? demanda Ammalat-Beg.
— Qu'Allah me garde ! dit l'innocente jeune fille en baissant la paupière, mais non les yeux. Aimer ! quel mot terrible as-tu dit là?
— C'est le mot le plus doux de la création, Seitanetta! Le soleil, c'est l'amour; le printemps, c'est l'amour! les fleurs, c'est l'amour!
102 AMMlI.VT-BKfi
— Ammaliil, dil la jeune fille, il y a un an qu'une femme ])oussa!il des cris alTreux, sorlanl sans voile et toute sanglante de sa maison, vint rouler à mes pieds au milieu de la poussière de la rue. Un homme la suivait, un poignard à la main. Je me sauvai au château ; mais il me semhia que cette femme m'y poursuivait. Longtemps je fus réveillée, la nuit, en croyant entendre ses cris, et alors, dans les ténèbres, je la revoyais ensanglantée et se débattant sur la terre. Quand j'ai demandé pourquoi on avait tué cette malheureuse, et quel crime elle avait commis pour que son meurtrier ne fût pas puni, on me répondit : « Elle aimait un jeune homme... »
— Oh ! ce n'est pas parce qu'elle aimait quon l'a tuée, chère enfant.
— Pourquoi donc, alors?
— C'est parce qu'elle avait trahi celui qu'elle aimait.
— Trahi ! que veut dire ce mot? Je ne le comprends pas, Ammalat.
— Dieu veuille que lu ne le comprennes jamais !
Puis, réunissant toutes les tendresses de son
AMMALAT-IiSiG -103
cœur pour les faire passer dans riiilonalioii de sa voix :
— lu m'aimes, n'est-ce pas, Sellanetla? continua-t-il.
— Je le crois, dil la jeune fille.
— Eh bien, crois-tu que tu puisses jamais éprouver pour un autre le même sentiment que lu éprouves pour moi?
— Jamais ! s'écria vivement Sellanetta.
— C'est qu'alors, vois-tu, ceseraitme trahir... Seltanetta regarda Ammalat-Beg avec ces yeux
des femmes de l'Orient, auxquels les poëtes ont trouvé que l'œil seul de la gazelle pouvait être comparé.
— Oh ! dit-elle, si tu savais, Ammalat, ce que j'ai souffert depuis quatre jours que je ne te vois pas ! Je ne savais pas ce que c'est que l'absence. Quand mon père ou mes frères me quittent, je pleure en leur disant adieu. Moi, je t'ai dit adieu sans pleurer, c'est vrai; mais j'ai bien pleuré depuis, va! Écoute, Ammalat, continua la jeune fille ; il y a une' chose dont je me suis aperçue et que je veux te dire : c'est que, sans toi, je ne pourrais pas vivre.
lOi AMMAL\T-lîKG
— El moi, (lii le jouiie lioiiime, non-seulement je ne pourrais pas vivre sans loi, mais encore je suis prcl à mourir pour loi, ma i)ien-aimée, à le sacrifier non-seulemcnl ma vie, mais mon Ame.
Un bruit de pas se fit entendre ; c'était Sekina qui revenait avec des mùrcs sauvages plein ses mains.
Elle jela un cri d'effroi en apercevant le jeune homme ; puis, l'ayant reconnu :
— Oh ! prince, s'écria-t-elle, vous n'êles donc pas mort?
Ces mots rappelèrent à Scitnnctia qu'elle n'était pas seule à cire inquiète d'Ammalat, que son père attendait des nouvelles avec impatience et qu'il y avait un pauvre prisonnier dont la vie dépendait du retour d'Ammalat.
En revenant, le jeune beg raconta à Sellanctta ce qui s'était passé entre lui et le tigre.
Sur toute la première partie de l'événement, >;ephlali avait dit l'exacte vérité.
Voici ce qui était arrivé ensuite :
Au moment même où Nephlali avait été renversé par le tigre, Ammalat-Beg avait lâché son coup de fusil.
AMMAL,VT-BEG lOS
Le coup de fusil d'Ammalat-Beg avail brisé la mâchoire inférieure de l'animal.
Le tigre abandonna à l'inslanl même Nephtali et s'élança sur Ammalat, qui l'allendail le pistolet à la main, et qui, tout en se jetant de côté, lâcha le coup à bout portant.
La balle du pistolet avait pénétré dans l'œil, et, de l'œil, dans le cerveau.
Vaincu par la douleur, l'animal commença de bondir et de se rouler à terre. Il semblait aveugle et fou.
Ammalat jeta son pistolet, prit son fusil par le canon, s'approcha du tigre, et lui en assena un coup terrible sur la tête.
Le fusil vola en morceaux.
L'animal sembla s'avouer vaincu et commença de fuir. Une de ses pattes de devant avait été cassée par la balle de Nephtali, il avait la mâchoire pendante et un œil hors de l'orbite.
Mais, si mutilé qu'il fût, sa course était plus rapide que celle d'Ammalat-Beg.
Ammalal-Beg se mit à le suivre tout en rechargeant son pistolet. De temps en temps, il trouvait des places où l'animal s'était arrêté et
lOt) AMMALAT-llKG
s'élail (Ji'hatlu. A ces places, h\ terre, prufoiitléiiieiil trempée de sang, était déchirée, les lierbes arrachées, les buissons en lambeaux.
De temps en temps aussi, il revoyait l'animai se traînant avec peine, rampant plutôt qu'il ne marchait. Alors il hâtait le pas lui-même ; mais au moment où il se sentait poursuivi, le tigre faisait un elTort et gagnait sur le chasseur.
Cette poursuite dura toute la journée sans repos ni trêve.
La nuit vint; Amnialat-Bcg fut obligé de s'arrêter ; pendant la nuit, il eût perdu les traces de l'animal.
11 avait jeté derrière lui sa bourka, son papak, sa tcliouka, tout ce qui pouvait le gêner dans sa course; il n'avait plus pour vêtement que sa beckmette et son pantalon, pour armes que son kandjar et son pistolet.
Le malin, il se réveilla glacé et mourant de faim.
Dès que le jour le permit, il se remit sur les traces du tigre.
Il ne tarda pas à le revoir.
Mais, cette fois, désespérant d'échapper par la
AM,MALAT-BE(i 107
fiiile, le tigre, non-seiilemenl l'attendit, mais vint au-devant de lui en rampant.
L'animal féroce ne pouvait plus se tenir de.bout, il ne pouvait plus s'élancer : avec son sang il avait perdu ses forces.
Ammalat-Beg lui épargna la moitié du chemin.
A dix pas de lui, il s'arrêta.
Un des yeux du tigre était crevé, l'autre brillait comme un charbon ardent. Ammalat-Beg, qui, avec un pistolet, ne manquait pas un rouble en l'air, lui mit, comme avec la main, la balle de son pistolet dans l'autre œil.
L'animal fit un bond, retomba sur le dos, allongea ses trois pattes terribles dans une suprême agonie, — la quatrième était cassée, — se roidit, poussa un rugissement et expira.
Ammalat-Beg se précipita sur Ini ; c'était l'homme, qui, affamé cette fois, semblait vouloir dévorer le tigre.
Il lui ouvrit l'artère du cou avec son poignard, et suça le sang qui en sortait.
Puis il lui ouvrit la poitrine et mangea un morceau de son cœur tout chaud. — Les Arabes de l'Algérie, lorsqu'ils tuent un lion, font manger son
t()8 AMMALAT-niiG
(■(L'ur (oui saiiglaiil à leurs lils, pour les reiuln" plus bravos; les Grées aussi niangenl les cœurs des aigles. — Puis, avec son kandjar, il dépouilla l'animal et jeta la peau sur ses épaules.
Alors seulement, il regarda autour do lui : la matinée était pluvieuse, un épais brouillard commençait à se répandre sur la montagne ; on no voyait pas à dix pas devant soi.
Il s'accroupit sur un rocher et attendit.
La journée s'écoula, la nuit vint ; il entendait le bruit du vol des aigles qui regagnaient leurs aires au milieu des nuages.
Avec son pistolet, de la poudre et des feuilles sèches, il fit du feu.
Un morceau de cœurdutigregrillé sur du charbon fut son souper.
Puis, mettant le poil de l'animal en dedans, ii se roula dans sa peau et s'endormit.
Il fut réveillé par les premiers rayons du soleil ; il savait que Khuntsack était à l'orient, il marcha vers l'orient.
Arrivé hors du bois, il aperçut Khuntsack blanchissant sur ses rochers.
Il avait soif : le tigre n'avait plus de sang où il
pût se désaltérer. Ammalat-Beg se rappela celle source pure qui coulait dans la chapelle.
Il descendit par le chemin le plus rapide, au milieu des rochers et des précipices, se retenant aux touffes d'herbe, aux- racines des arbres, aux saillies des pierres.
Enfin il arriva à la vallée.
Il courut aussitôt vers la chapelle, rapide comme un daim altéré.
Mais, en entrant, il vit une femme, entendit un cri, reconnut Seltanetta.
11 oublia tout, faim, soif, fatigue; tout, excepté son amour.
— Reconnaissance et gloire à Dieu !
Comme Ammalat-Beg prononçait ces derniers mots de son récit, il arrivait avec la jeune fille et sa suivante aux premières maisons de Khunlsack.
Un cri poussé par ceux qui les aperçurent, courut par tout l'aoul, rapide comme une traînée de poudre.
Tous les habitants de Khunlsack se précipitèrent hors des maisons , faisant cortège aux deux jeunes gens.
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Les cris « Arriinalat-Beg ! Aiiinialiil-Hcg! » firent tressaillir Ackmetli-kliaii au fond de son lia rem.
Il arriva au liaut du perron de son cliàteau au nionienl où les deux jeunes gens en montaient les premières marches.
En dépit des efforts qu'il faisait pour rester grave et calme, comme doit être tout bon musulman en face de la douleur ou de la joie, il tendit ses bras à Ammalat-Beg.
Comme si elle eût eu quelque chose à se faire pardonner, Seltanetta s'élança en même temps que son amant sur la poitrine de son père, qui les enveloppa tous les deux dans une même étreinte, les accueillit tous les deux du même baiser.
— Mon père, dit Seltanetta, nous avons été injustes envers Nephlali ; tout s'est passé comme il l'avait dit.
Le khan donna l'ordre de mettre le captif en liberté.
Puis il fit tuer un bœuf et dix montons, afin que le retour d'Ammalal fût une fête dans tout laoul.
Seulement, lorsque Ammalat eut raconté à Ack-
inelli-Khan ce qu'il avait déjà raconté à Seltanetta, il lit entrer Neplilali.
— Neplitaii, lui dit-il, toute justice l'est rendue. Si tu veux entrer chez moi, tu seras le chef de mes noukers.
— 3Ierci, khan Ackmelh, répondit le jeune homme; je suis un Tchetchen et non un Avare. J'étais venu pour tuer le tigre qui avait mangé tes moutons ; le tigre est mort, je n'ai plus rien à faire ici. Adieu, khan Ackmeth.
Il s'approcha d'Amnialat-Beg et lui tendit la main.
— Adieu, kounack, dit-il; à la vie, à la mort ! Puis, en passant devant Seltanetta :
— Brille éternellement, étoile du matin! dit-il en s'inclinant.
Et il sortit de la même démarche qu'un roi sortant de la salle du trône.
Ackmeth-Khan attendit que la porte fût refermée.
— Et maintenant, Ammalat-Beg, dit-il, sois doublement le bienvenu. Après la chasse du tigre, celle dulion. Demain, nous marchons contre les Russes.
A\-2 AMMAIi.VT-BKG
— Allali ! ilil Scltanetla avec tristesse, encore des expéditions ! encore des morts ! Quand donc le sang cessera-l-il de couler dans la montagne?
— Lorsque les rivières des montagnes descendront en lait dans les vallées, lorsque la canne à sucre poussera au sommet de l'Elbrouz, dit en souriant Ackmelli-Klian.
Qu'il est beau, le bruyant Tcrek dans la caverne du Darial ! Là, comme un génie empruntant ses forces aux cieux, il lulte contre la nature. Dans certains endroits, éclatant et rigide conimeun glaive qui perce une muraille de granit, il brille entre les rochers ; dans d'autres, sombre et écumeux, il heurte, renversant dans sa course d'énormes pierres qu'il entraîne avec lui. Parles nuits obscures, quand le cavalier attardé passe sur la rampe escarpée qui le domine, en s'envelop-
piint (le sa hourka, toutes lus liorreurs i|uc peut créer l'imaginalion lu plus fuiUasiique ne seront jamais comparables à la réalité qui l'entoure. Les lorrents, grossis par les pluies, roulent sous ses pieds avec un bruil sourd, loiniientsur les cimes des rochers qui pendent au-dessus de sa tête et menacent à chaque instant de l'écraser. Tout à cou p , un éclair fend la nue, et avec effroi le voyageur voit seulement le nuage obscur qui l'enveloppe, et, au-dessous de lui, un effroyable précipice. Partout des rochers; devant lui, derrière lui, à côlé de lui, et, bondissant de rochers en rochers, le ïerek furibond et roulant une écume de feu. Pendant un instant, ses Ilots rapides et troublés comme les esprits de l'enfer tourbillonnent au fond des précipices, avec un horrible fracas, et semblent, dans l'abîme, une foule de spectres chassés par le glaive d'un archange. De grandes pierres suivent le cours du lleuve avec un craquement funèbre, et voilà que, ébloui de nouveau par l'éclatant serpent de feu, il se retrouve tout à coup plongé dans l'océan de la nuit; puis gronde à son tour le tonnerre, ébranlant le rocher avec le bruil que ferait une cascade de montagnes roulant les
unes sur les autres. C'est l'écho de la terre qui répond à l'artillerie du ciel, et de nouveau l'éclair, et de nouveau la nuit, puis la foudre, puis encore une fois le heurtement de tout un troupeau de montagnes. Et, comme si toute la chaîne du Caucase, depuis Taman jusqu'à l'Apchéron, secouait ses épaules de granit, une pluie de pierres roule, se précipite, rebondit. Votre cheval, effrayé, s'arrête, recule, plie sur ses jarrets, se cabre. Sa crinière, éparse au vent, vous fouette le visage; un esprit passe dans l'air, plaintif comme l'àme des morts. Vous frissonnez, la sueur mouille votre front; votre cœur se fait petit, et, malgré vous, vient à vos lèvres la prière que vous apprit voire mère lorsque vous étiez enfant.
El cependant avec quel charme et quelle douceur le malin, au front rose et au pied bleuâtre, visite la caverne dans laquelle hurle le Terek ! Les nuages chassés par le vent montent de la surface de la terre et s'accrochent aux angles des glaçons; au-dessus d'eux, une bande de lumière dessine la silhouette des montagnes orientales; les rochers brillent, argentés par les gouttes de pluie, et le Terek, toujours sombre, tou-
110 AMMAL.VT-EKG
jours l'urieux, toujours ccuniaiil, roule ^ur les pierres, comme s'il clicrcliail un Jar^'e lil à qui (iemandcr le repos.
Cependant, il y a une chose qui manque au Caucase : ce sont des fleuves ou des lacs où puissent se mirer les- géants de la création. Le Tcrck, se tordant au fond des abîmes, semble un ruisseau et tout au plus un torrent; mais, sous Vladikavkas, en entrant dans la vallée, il chasse les pierres apportées par lui des montagnes, cl coule largement et avec liberté, toujours aussi rapide, mais moins bruyant, comme s'il se reposait et reprenait baleine, fatigué de son pénible travail. Enfin, après avoir franchi le cap de la petite Kabardah, il se tourne vers l'orient, comme un musulman pieux, et, en inondant les deux rives toujours en guerre Tune contre Pautre, il se précipite à travers les steppes pour aller se jeter, derrière Kisslar, dans la mer Caspienne- Mais, avant d'en arriver à ce long repos, il a déjà payé son tribut, et, comme un rude travailleur, il a fait mouvoir les énormes roues des moulins. Sur sa rive droite, entre les bois et les montagnes, sont dispersés les Aoubs et les Kabar-
AMMALAT-BKG 1 1 7
diens, que nous confondons, en leur donnanl le nom général de Tcherkesses , avec les Tchetchens, placés plus bas qu'eux et plus près de la mer. Ces Aoubs sont soumis,, mais seulement en apparence ; en réalité, ce sont des troupes de bandits, qui profitent à la fois de leur amitié avec les Russes et du produit des brigandages montagnards; ayant leur entrée libre en tous lieux, ils préviennent leurs compatriolesdu mouvement des soldats, du cliilïre des garnisons, de l'état des forteresses; ils les cacbent dans leurs demeures lorsqu'ils vont en expédition, partagent ou acbètent le butin quand ils en reviennent, leur fournissent le sel et la poudre russe, et souvent assistent en personne à leurs expéditions. Le pis de tout cela est que les montagnards ennemis, ayant le même costume que ceux qui ont fait leur soumission, passent le Terek sans obstacle , s'approchent des voyageurs sans être reconnus, attaquent s'ils sont les plus forts, et, s'ils sont les plus faibles, passent en saluant, la main sur le cœur.
Ainsi font les soumis.
Et, quant à ces derniers, il faut le dire, leur posiiion vis-à-vis de leurs terribles voisins les pousse 1 8
presque invoIoiUaircmcnt ;> celle duplii'ité. Sachant qu'arrêtés par l'obstacle que leur présente le fleuve, les Russes n'auront pas le temps de les venir défendre contre la montagne, ils sont forcés de prêter la main à leurs compatriotes; mais, en même temps, ils feignent d'être amis des Russes, devant lesquels ils tremblent. Chacun d'eux est disposé, le malin, à se faire le kounack d'un Russe et, le soir, le guide d'un montagnard.
Quant à la rive gauche du Terek , elle est couverte de riches slanitzas appartenant an. Cosaques de la ligne. Entre ces stanitzas s'élcveni de simples villages. Les Cosaques, au reste, ne diffèrent des montagnards que par leur tète non rasée; mais, en dehors de cela, les armes, les liabits, les allures sont les mêmes. C'est une belle chose que de les voir en venir aux mains avec les montagnards. Ce n'est pas, à proprement dire, un combat; c'est un tournoi où chacun veul montrer la supériorité de la force et du courage. Deux Cosaques chargeront bravement sur quatre cavaliers, et, à nombre égal, ils seront toujours vainqueurs. Tous parlent talar, tous sont en connaissance avec lesmonlagnards, quelquefois mêni''
parents, à cause des femmes, qu'ils enlèvent chez eux; mais, aux champs, ils sont ennemis mortels. Quoiqu'il soit sévèrement défendu aux Cosaques de traverser le Terek , les plus braves cependant passent le fleuve en nageant, soit pour leur plaisir, soit pour leurs affaires. A leur tour, la nuit arrivée, les montagnards en font autant, se couchent dans l'herbe, rampent à travers les buissons, et se dressent tout à coup sur le chemin du voyageur, qu'ils emmènent en captivité et mettent à rançon s'il ne se défend pas, et qu'ils tuent s'il se défend.
Il arrive même que les plus entreprenants |)assentdeux ou trois jours dans les vignes près des villages, en attendant l'occasion de faire un coup. C'est pour cela que le Cosaque de la ligne ne quille jamais sa maison sans armes, ne fait jamais un pas sans son fidèle poignard, n'ira jamais au champ sans son fusil. Il laboure, sème, cultive et fauche son terrain, toujours armé. Voilà pourquoi les montagnards évitent les slanitzas et se jettent d'habitude sur les simples villages, ou font hardiniciil des pointes dans l'inférieur des provinces.
En ce cas, le combat est inévitable, et les plus braves cavaliers s'empressent d'y prendre part
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pour se faire un nom, qu'ils niellent au-dessus de loul, même du butin.
Pendant l'automne de f8i9, é|)oquc à laquelle se passent les événements que nous racontons, Kabardiens et Tclietcliens, animés par l'absence du général Scrinokoff, s'étaient réunis au nombre de quinze cents bommcs pour dévaster quelques villages situés au delà du Terek, faire des prisonniers, enlever des troupeaux.
Leur clief était le prince kabardien Djcmboulat.
Ammalat-Beg, arrivé chez ce dernier avec une lettre d'Ackmeth-Khan, avait été le très-bien reçu, et on l'eût fait clief d'une division, s'il y eût eu quelque ordre et qucKiues troupes régulières parmi ces bandes. Le clicval et la bravoure individuelle désignent à chacun sa place dans le combat. D'abord, on s'inquiète de la façon dont on entamera l'affaire et dont on occupera l'ennemi ; mais ensuite il n'y a plus ni ordre, ni soumission, et le combat se termine au hasard.
Après avoir averti les princes, ses voisins, qui devaient avec lui prendre part à l'expédition. Djomboulat indiqua le lieu de réunion, et, à un
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signal donné, on entendit dans tous les aouls les cris : Giiaray! giiaray! c'est-à-dire « Aux armes ! aux armes ! » et en quelques heures arrivèrent de tous côtés les cavaliers kabardiens et tchetchens.
Craignant la trahison, personne, excepté le chef, ne savait où l'on passerait la nuit, ni où l'on traverserait la rivière. Se divisant en petites bandes, les montagnards gagnèrent les aouls soumis et y attendirent l'obscurité. Les soumis reçurent leurs compatriotes avec toutes sortes de démonstrations de joie ; mais le défiant Djemboulat ne s'abandonna point à cette apparente fidélité. Il mit des sentinelles partout, annonçant aux habitants que quiconque, sous quelque prétexte que ce fût, essayerait de dépasser la ligne , serait sabré sans miséricorde. La plupart des cavaliers logèrent dans les maisons de leurs parents et de leurs amis; mais Djemboulat et Ammalat-Beg restèrent aux champs, couchés devant le feu , pendant tout le temps nécessaire pour reposer leurs chevaux.
Djemboulat pensait aux Russes et au combat qu'il allait livrer; mais Ammalat-Beg était bien loin du champ de bataille : sa pensée prenait les
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ailes de l'aigle cl s'envolail au-dessus des monlagnes de l'Avarie, cl son coeur, forcé de resler loin de celle qu'il aiinail, élail brisé par le chagrin. Le son de la balalaïka des montagnes , accompagné d'un citant monotone, fil diversion à sa tristesse; il écoula malgré lui.
Un Kabardien chantait celte vieille chanson :
Ail sommot du Kasbok neigeux, Bien loin des blés, bien loin des seigles, Vois les nuages orageux Monter, semblables a des aigles.
Quels sont, au milieu dos brouillards, Ces cavaliers tout blancs de givre ?
Allah ! ce sont nos montagnards, Poursuivis, au lieu de poursuivre.
Les Russes sont sur leurs talons.
Amis, plus haut! amis, plus vite!
Du roc montant les échelons, La Mort est à votre poursuite.
Elle est encore loin de vous, La forteresse au vert feuillage Qui doit vous soustraire à ses coups.
Plus haut! plus vite ! Amis, courage !
\MMALAT-BEG 123
Le sort a trahi la valeur :
A vos coursiers manque l'haleine, Rien ne peut vous sauver. Malheur !
Les monts sont vainrus par la plaine.
Mais soudain un pieux mollah Tombe à genoux, et sa prière Monte éclatante auprès d'Allah, A travers la mer de lumière.
Vers les fuyards, Allah permet Que la forêt, sûre retraite, Marche à l'ordre de Mahomet.
Louange h Dieu : Gloire au prophète!
— Oui. autrefois c'était ainsi, dit Djemboulat avec un sourire : nos pères croyaient à la prière, et Dieu les écoutait; mais maintenant, ami, le meilleur refuge, c'est notre bravoure; la plus iùre prière, c'estnotreschaska. Écoute, Ammalat, continua-t-il en lissant ses moustaches, je ne te cache pas que l'affaire sera chaude. Le colonel a rassemblé sa division. Mais oîi est-il ? combien at-il d'hommes? Voilà ce que je ne sais pas, voilà ce que nul de nous ne sait.
— Tant mieux ! dit Ammalat avec tranquillité,
t2i AMMALAT-BliG
plus il y aura de Russes, plus il sera facile de lirer dessus.
— Oui; mais plus le butin sera dilTIcile ù enlever.
— Peu m'importe le butin, à moi qui veux la vengeance et qui cherche la gloire !
— La gloire est bonne lorsqu'elle pond des œufs d'or, Ammalat. Il est honteux de se montrer les mains vides aux yeux de sa femme. L'hiver est proche ; il faut, pour régaler les amis, faire ses provisions aux dépens des Russes. Choisis la place d'avance, Ammalat : mai'che à l'avant-garde, ou reste près de moi avec les abrecks.
— Je serai h'i oij sera le danger; mais quel est le serment de ces abrecks?
— Chacun a le sien : voici celui des plus braves. Ils jurent de s'exposer pendant un temps plus ou moins l«ng à tous les périls ; de ne point faire grâce à leurs ennemis; de ne pardonner aucune offense, pas même à un ami, pas même à un frère ; de prendre tout ce qui leur conviendra, partout où la chose qui leur conviendra s'offrira à leurs yeux. Ce serment fait, l'homme qui l'a fait peut tuer, piller, voler sans ctrci)uni. Il accom-
AMMALAT-BEG i25
plil un serment. Ce sont de mauvais amis que les abrecks de cet espèce, mais ce sont de bons ennemis.
— Et, demanda Ammalat-Beg, liomme de la plaine à qui la plupart des coutumes montagnardes étaient inconnues, qui peut conduire des cavaliers à faire de pareils serments ?
— Les uns les font par excès de bravoure, les antres par excès de pauvreté, enfin, d'autres parce qu'ils sont en proie à des chagrins quelconques. Tiens, par exemple, regarde ce Kabardien qui frotte son fusil rouillé par le brouillard du soir; eli bien, il s'est fait abreck pour cinq ans, parce que sa maîtresse est morte de la petite vérole. Pendant ces cinq ans, mieux vaut avoir un tigre pour ami que lui pour compagnon. Il a déjà été blessé trois fois, et chaque blessure l'excite au lieu de le calmer.
— Singulier usage ! Et comment un abreck revient-il dans sa famille après une pareille vie?
— C'est tout simple ; le passé est passé. L'abreck l'oublie et les voisins n'ont garde de s'en souvenir. Débarrassé de son serment, il devient doux comme un agneau. Mais il fait tout à fait
iiJ6 AMMALVT-ItKi;
.sombre ; le Terel; se couvre de broiiillanl, il est temps.
Djemboiil;it lit entendre un eoui) de sifflet, tît son sifflement fut à l'inslnnt même répélé pur toute la ligne du camp. En moins de cinq minutes, tout le monde fui à cheval. Après s'être consultée sur le point le plus avantageux pour passer le Terek, la petite troupe descendit doucement vers la rive du fleuve. Ammalal-lk'g admira la tranquillité, non pas même des cavaliers, mais des chevaux. Pas un ne hennit pendant le chemin. Chacun d'eux semblait, en posant le pied, craindre de faire rouler des pierres et de donner l'éveil à Tennemi. Bientôt ils furent au bord du fleuve. L'eau était basse ; un cap s'allongeait, moitié sable, moitié pierres, vers la rive opposée. Toute la troupe, en employant le double de temps, eût pu passer là presque à pied sec; mais la moitié des cavaliers remonta le fleuve pour le traverser à la nage et cacher aux Cosaques le principal trajet. Ceux qui étaient sûrs de leurs chevaux sautaient tout droit du J)ord du fleuve dans l'eau. Les autres attachaient à leurs chevaux des outres de cuir : la rapidité du courant les emportait, mais ils finis-
saient par gagner la rive et montaient où ils pou vaienl. Un brouillard épais semblait étendu pour cacher tous leurs mouvements.
Il faut, avant tout, que le lecteur sache que, sur toute la ligne du Terek — sur la rive gauche du fleuve — existe une ligne appelée ligne sentinelle. Sur chaque monticule est un poste de Cosaques. Lorsque vous passez pendant le jour, vous voyez, sur chaque point élevé, une longue perche avec un tonneau à son extrémité. Ce tonteau est plein de paille et prêt à s'allumer au premier cri d'alarme. A cette perche est constamment attaché un cheval tout sellé, et près de lui, couchée sur la terre, la sentinelle.
La nuit, les factionnaires se doublent.
Mais, méprisant toutes ces précautions, enveloppés de leur bourka, dans l'obscurité, au milieu du brouillard, les montagnards passent à travers les sentinelles comme l'eau à travers le crible.
Cette fois encore, cela se fit ainsi. Des montagnards soumis, et connaissant à merveille les postes cosaques, se mirent à la télé de chaque bande et lui firent traverser la ligne.
Sur un point seulement le sang coula.
Ce fut Djemboulal lui-même qui dirigea le coup.
Arrivé sur l'autre rive du Tcrek, il ordonna à Ammaial-Ik'g de gravir la berge, de s'approcher le plus près possible du piquet, de compter combien il y avait d'hommes, et, autant qu'il y aurait dliommes, de frapper le briquet contre la pierre.
Ammalat-Bcg lit un détour et disparut dans la nuit.
Pendant ce temps, Djemboulat rampait comme un serpent sur la pente du monticule.
Le Cosaque sommeillait. Il lui sembla entendre un faible bruit du côté du bord de l'eau, et il regarda avec inquiétude vers la rivière.
Djemboulat n'était plus qu'à trois pas de lui : il se coucha à plat ventre derrière un buisson.
— Maudits canards ! murmura le Cosaque, qui était venu des bords du Don sur ceux du Terek, la nuit même, ils sont en gaieté ; ils volent et s'ébattent dans l'eau comme les fées de Kiev.
En ce moment, Ammalat-Beg, de son côté, était arrivé à un point d'oîi il dominait le tertre.
Il y avait deux Cosaques ; l'un dormait couché dans sa bourka, l'autre était censé veiller.
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Ammalat-Beg frappa deux fois du briiiuet contre la pierre.
Le bruit et les étincelles atlirèrenl l'attention du Cosaque.
— Oh! oh! dit-il, qu'est-ce que cela? Des loups peut-être : leurs mâchoires claquent et leurs yeux brillent.
El il se retourna pour mieux voir.
En ce moment, il crut reconnaître la forme d'un homme dans les ténèbres.
Il ouvrit la bouche pour crier : « Aux armes ! » mais le cri s'arrêta sur ses lèvres, le kandjar de Djemboulat s'était plongé jusqu'à la garde dans sa poitrine.
Il tomba sans pousser une plainte.
L'autre Cosaque ne s'éveilla même pas, et passa, sans s'en douter, du sommeil à la mort.
La perche fui arrachée et jetée avec le tonneau dans le fleuve.
Ce fut une trouée par laquelle le plus gros de la troupe passa et se jeta sur la campagne.
L'invasion fut complète el réussit entièrement. Tous les paysans qui lenlèront de résister furent tués à l'instant même. Les autres se cachèrent on
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s'onfiiirciil. On lit grand nombre de prisonniers el de prisonnières.
Les Kalj^niiens s'introduisaient dans les maisons, prenaient tout ce qu'ils trouvaient, emportant tout ce qui était transporlable, mais ne brûlant pas les villages, ne dévastant pas les champs, ne ruinant pas les vignes.
— Pourquoi toucher aux dons de Dieu el au travail de l'homme? disaient-ils. Faire ainsi, c'est faire œuvre de brigands el non de nobles montagnards.
En une heure, tout fut fini pour les habitants dans un rayon de trois lieues.
Mais tout n'était pas fini pour les pillards.
F^e cri aux armes avait retenli sur toute la ligne : un berger avait donné l'alarme.
Il avait été tué, mais trop lard.
Un grand cercle avait élé formé autour des chevaux libres répandus dans le steppe, et ceux (|iii le formaient avaient réuni loul le troupeau.
En tête du troupeau se plaça un cavalier tcbcichen sur un excellent cheval (|u'il lança au galop.
Tous les chevaux hcnnircni , rclcvcrcul la
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queue, secouèrent leur crinière au vent et partirent à la suite du Tchetchen. Celui-ci dirigea toute la bande vers le Terek, passa entre deux postes et sauta dans le fleuve avec son cheval.
Tous les autres chevaux sautèrent derrière lui.
On les vit passer comme des ombres, on entendit le bruit qu'ils firent en sautant à l'eau, mais voilà tout!
Au lever du soleil, le brouillard se dissipa el découvrit un magnifique mais lerrible tableau.
Une immense bande de cavaliers revenait vers la montagne, traînant derrière soi des prisonniers, les uns attachés aux étriers, les autres à la selle, les autres aux queues des chevaux.
Tous avaient les mains liées.
Les pleurs el les gémissements du désespoir se m(Maient aux cris de triomphe.
Alourdis par le butin, relardés par la marche I 9
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tics Iroiipcaux de bœufs, les ravisseurs s'avançaieiil lenlcuiciil vers le Terek. Les princes, les nobles el les meilleurs cavaliers galopaient gaiement à la tête et sur les flancs du corté!,'c.
Mais au loin et de tous côtes commencèrent à apparaître les Cosaques de la ligne, s'abritant derrière les arbres, se cacliaiit derrière les buissons.
Les Tdietcliens s'écartèrent en tirailleurs, et le combat commença.
J)e tous côtés brillaient el pétillaient les coups de fusil.
L'avant-garde se hcîla, chassant les troupeaux devant elle, et les poussant à la nage dans le fleuve.
Mais sur les derrières on vit alors s'élever des flots de poussière.
C'était l'orage.
Six cents montagnards, ayant à leur tête Djemboulat et Ammalat-Beg, arrêtèrent leurs chevaux et firent face pour donner le temps aux leurs de traverser la rivière.
Sans ordre et avec de grands cris, ils s'élancèrent à la rencontre des Cosaques ; mais pas un
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fusil ne fut déplacé de derrière le dos; pas un sabre ne brilla aux mains des cavaliers.
Les Tclietchens ont l'habitude de ne se servir (le leurs armes qu'au dernier moment.
A vingt pas seulement des Cosaques, ils mirent le fusil à l'épaule et firent feu, puis ils rejetèrent leurs fusils derrière le dos et tirèrent les schaskas.
Mais, tout en leur répondant par une vive fusillade, les Cosaques tournèrent bride et s'enfuirent.
Entraînés par l'ardeur du combat, les montagnards se mirent à leur poursuite. Les fuyards les entraînèrent vers un bois.
Dans ce bois étaient embusqués les chasseurs du 43^ régiment.
Ils se formèrent en carré, abaissèrent les baïon nettes et firent feu sur les Tclietchens.
En vain ceux-ci sautèrent à bas de leurs chevaux et voulurent pénétrer dans la forêt pour tomber sur les derrières et les flancs des Russes.
L'artillerie se mit de la partie et fit entendre sa grosse voix.
Kotzarev, la terreur des ïchetcliens, l'homme
i;)6 AniM\i,iT-Ri;(;
(loin la Itravoiirc Olnil lapins |)(i|ui!aii'(' parmi eux, l'onimaiidail les troupes russes.
Dès lors, il n'y avait plus à douter du succès.
Trois salves successives d'artillerie dissipèrent les nionlagnards. ipii reprirent leur course vers le fleuve.
3Iais, sur le Ijord du Terek, enlilant le fleuve dans toute sa largeur, était masquée une autre batterie de canons.
Elle commença son feu.