‹ Ammien Marcellin Étude d'histoire littéraireChapitre 15 sur 26 · DE ME · texte numérisé non relu

DE ME

(3) Cf. Tertullien, de spectaculis, 16 : Adspice populum ad. id spectaculum cum furore venientem... — Amm., 14, 6, 26: Et est admodum mirum videre plebem innumeram, mentibus ardore quodam infuso, cum dimicationum curulium eventu pendentem,

(4) Cf. supra, p. 1%.

(5) Lactance, De morte persecut. 17 : Cum libertatem populi romani ferre non poterat (Diocletianus), impatiens et aeger animi prorupit ex urbe.

(6) Amm., 44, 6, 26 : Haec similiaque memorabile nihil vel serium agi Romae permittunt,

d'une vie toute de vanité que les chrétiens fervents émigrèrent en foule, dans cette seconde moitié du IVe siècle, vers les

solitudes qui se peuplèrent de moines ?

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Cependant, pour ceux-là surtout que ne soutenaient pas les espérances apportées par le christianisme, les temps étaient profondément tristes. Les Barbares franchissaient le Danube en masses compactes, et se répandaient sur le territoire de l'empire, multitude innombrable et affamée, comme une invasion dévorante. La catastrophe définitive approchait qui emporterait Rome et l’antique société païenne. Il est intéressant pour nous de savoir si Ammien a pressenti cette catastrophe.

Nous devons pour cela nous reporter au dernier livre de son histoire, dans lequel il raconte l'invasion des Goths, et la défaite d’Andrinople. Le récit est empreint d’une émotion douloureuse. L’historien s’y élève parfois jusqu'à un ton de poésie lugubre, à ce point qu’on croirait entendre une sibylle lancer de son trépied des prophéties de mort (1). Ce ton nous autorise déjà à penser qu'Ammien comprenait que cette victoire des barbares était le prélude de calamités irréparables. De plus, si l’on considère certaines de ses expressions, il paraît bien qu'il a senti que l’existence même de l'empire était mise en péril par la poussée des hordes barbares. De quelle ironie amère ne poursuit-il pas l’aveuglement des généraux romains (2), empressés à faire venir en deçà du Danube cette populace farouche, « plebem truculentam »! « On mettait, dit-il, un soin

» scrupuleux à ne laisser en arrière aucun de ces futurs des-

(1) Amm., 31, 1. Nous avons traduit tout ce passage dans notre chap. IV.

(2) I les appelle les funestes agents du transport de la plèbe barbare, 31, 4, 6: infaustos transvehendi barbaram plebem ministros.

» tructeurs de la puissance romaine, fût-il atteint d'une maladie » mortelle » (1). Et, quelques lignes plus loin, il ajoute, en manière de conclusion : (« C’est ainsi qu'un zèle aveugle con- » duisait le monde romain à sa perte » (2). Remarquons les mots pernicies orbis romani. Ne témoignent-ils pas qu'Ammien se rendait compte que le monde romain était menacé de la destruction totale? : y

Cependant il n'abandonne pas toute espérance, Dans son esprit, si un homme se rencontrait capable de réformer les mœurs, de s’entourer de généraux de valeur, d’être lui-même un empereur digne de ce nom, Rome serait pour longtemps sauvée. La tâche, bien que rude, pourrait être accomplie. Pour lui, cette invasion barbare n’est qu'un grave épisode de l’histoire. romaine, rien de plus. Les Cimbres et les Teutons ont été vaincus autrefois; les Quades et les Sarmates ont été repoussés. Les Goths ne le seront peut-être point, parce qu’on n'a plus à leur opposer un Marius ou un Marc-Aurèle et parce que les citoyens romains ne sont plus capables de résistance. « Ceux qui ne savent pas l’histoire », dit-il dans une déclaration un peu déclamatoire , que. nous allons traduire en entier, « prétendent que jamais la république ne fut plongée » dans un tel abime de maux. Mais ils se trompent, éperdus » qu'ils sont de stupeur devant les calamités récentes (3). En » effet, si l’on remonte aux époques antérieures, ou même à

» des temps assez proches de nous, on s'assurera que de

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