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(Ad 2116/4147
(3) 1d., 28, 1, 15. Il est fait allusion au régime de terreur établi à Rome par le vice-préfet Maximinus.
ce temps d’alfreuses calamités, on ne pouvait pas dire que l'on craignait la justice, car la justice n'existait vraiment plus. » Telle encore cette phrase vigoureusement frappée : ut, dum adhuc dubitaretur de crimine, imperatore non dubilante de Paena, damnatos se quidam prius discerent quam suspectos (1). Pourquoi faut-il que les traits brillants ne soient pas assez nombreux pour compenser les lourdes banalités ‘de rhétorique ?
La rhétorique a gâté Ammien. Elle est en partie responsable de cette pédanterie que nous avons déjà signalée comme un des plus graves défauts de notre historien, Cette pédanterie arrête l'essor libre de son esprit, gène ses allures, raccourcit ses idées. Elle donne à son talent, à sa pensée, à son style, des formes raides et compassées, contraires à la franche et vivante liberté de l'art.
Nous devons le regretter d'autant plus qu'Ammien s’est montré parfois un véritable artiste, qu'il a su composer des tableaux historiques d’un coloris à la fois vif, sobre et ferme, et qu'il a rencontré çà et là l’accent ému qui communique à l’histoire la chaleur et la vie.
La révolution que tenta Procope, à Constantinople, pour renverser Valens, en 365, est peinte de main d'artiste (2). En deux pages est traité avec finesse, avec éclat, avec force, un très curieux tableau d'histoire byzantine. |
Ammien, homme d'ordre, professe, pour cet ambitieux de mince étoffe et de nul talent, un absolu mépris. En quelques traits d’une énergique ironie, il l'anéantit, il le réduit à rien. Voici Procope aux bains d’Anastasie, où, pendant une expédition de Valens, quelques conspirateurs sans autorité le pro-
clament empereur. Comme on n'a pas eu le temps de se
(1) Amm," 29, 1,18.
(2) 14,, 26, 6, 14 sqq.
procurer le vêtement militaire, insigne de l'autorité, le paludamentum, le souverain d’un jour est affublé d'oripeaux disparates, tunique de serviteur impérial, habillement de page, chaussures écarlates. Tenant de la main droite une lance, de la gauche il agite un haïllon de pourpre. On dirait un de ces fantoches grotesques dont s’égaie la bouffonnerie des mimes. Son visage est tout pâle, comme le visage d’un mort : excitum putares ab inferis. C’est dans cet équipage qu’une troupe d’émeutiers le traîne à travers les rues de Constantinople, des boucliers tendus au-dessus des têtes, par crainte des tuiles et des pierres. Dans la rue, les premières acclamations sont poussées par des marchands de gâteaux en plein vent, cuppediarum mercalores.
Mais il faut que Procope harangue la foule, qu'il prononce un discours d’avènement. [1 monte sur une estrade : ( Au milieu » de Ja stupeur générale, un morne silence régnait. Procope, » comprenant qu'il descendait la pente qui mène à la mort, » un tremblement dans tous les membres, ne pouvait parler. » Il resta longtemps debout, silencieux. Cependant, comme ïül » était parvenu à prononcer, d’une voix entrecoupée et mou- » rante, quelques mots, dans lesquels il vantait sa parenté » avec la race impériale, un murmure flatteur l’accueillit, » venant de quelques gens payés; puis la foule, en des accla- » mations tumultueuses, l’ayant déclaré empereur, il gagna » la curie » (1).
Combien ce court récit nous éloigne de la mauvaise rhétorique ! Il se distingue en effet par de précieuses qualités que cette rhétorique a toujours ignorées, le réalisme et la vie.
L'émotion vraie aussi est rare chez les rhéteurs. Elle n’est pas absente de l’œuvre d’Ammien, surtout si l’on considère la