‹ Ammien Marcellin Étude d'histoire littéraireChapitre 9 sur 26 · HAMMAM ELLE · texte numérisé non relu

HAMMAM ELLE

(2) Id., 17, 10, 10 : [ta reges illi tumentes quondam immaniter rapinisque ditescere adsueti nostrorum Romanae potentiae jugo subdidere colla jam domita, et velut inter tributarios nati et educati obsecundabant imperiis ingravate.

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plus grande encore par les efforts, entrecoupés de sanglots, qu'il faisait de temps en temps pour s'expliquer, comme on lui avait permis de le faire. Remis enfin, et prié de se relever, il resta sur les genoux et, recouvrant l'usage de sa langue, il demanda instamment qu'on lui accordât le pardon de ses fautes. Puis la foule fut admise à -supplier. Les bouches étaient muettes de terreur, car on n'était pas encore rassuré sur le compte du chef; mais dès que celui-ci, ayant reçu l'ordre de se mettre debout, eut donné à la foule anxieuse le signal de la supplication, tous jetèrent leurs boucliers et leurs traits, et prièrent les mains étendues, renchérissant sur l'humilité de leur chef » (x).

Veut-on un autre exemple de ces courtes narrations, vives

et colorées? Il s’agit d'une traîtrise des Sarmates Limigantes,

dont Constance, en personne, faillit être la victime :’« Comme

ils (les Limigantes) voyaient que l’empereur, du haut d’une tribune, se préparait à prononcer un discours conciliant, et méditait de leur adresser la parole comme à des gens déjà soumis, l’un d’eux, pris d'une violente fureur, lança son soulier contre le tribunal, en criant : « marha, marha », ce qui est leur cri de guerre. Il fut suivi d’une foule confuse, qui, sous le drapeau barbare déployé tout à coup, marchait en poussant des hurlements horribles contre l’empereur luimême. Constance, voyant d'en haut accourir cette masse d'hommes armés de traits, de glaives et d’épieux,, comprit qu’il courait un grand danger. Il sauta sur un cheval rapide et, à travers la foule confondue des barbares” et de ses propres troupes, sans qu'on pût discerner s'il était chef ou soldat, il s’échappa à toute bride. Les soldats d’escorte peu nombreux, en essayant d'arrêter l’irruption qui gagnait

comme un incendie, périrent sous les blessures où sous le

(L)#Amm 17, 12, 9 et 10,

» seul poids de la masse qui tombait sur eux. Le siège impé-

»n rial avec son coussin d’or fut enlevé sans être défendu » (1).

Grâce à des tableaux de ce genre, les récits: militaires d'Ammien ne risquent point de tomber dans la sécheresse et dans la monotonie.

M. Gimazane a remarqué (2) que certains de ces récits différent en longueur et en intérêt, sans que l'importance plus ou moins grande de la campagne racontée suflise à expliquer cette différence. Il met en parallèle les deux expéditions que dirigea Théodose, père de l'empereur du même nom, l’une en Bretagne (369), l’autre en Afrique (373). Le récit de la seconde (3) est sans conteste supérieur au récit de la . première (4). Il a plus de développement, et aussi plus de caractère. C’est que sans doute Ammien a eu entre les mains, comme le pense justement M. Gimazane, des documents plus intéressants et plus complets.

Ce récit peut passer dans sa brièveté (il ne comprend guère qu'une douzaine de pages) pour un des meilleurs qu Ammien ait écrits. Très simple, il ne manque pourtant pas de couleur. Il porte la marque d’un écrivain qui ne se contente pas de copier des documents, mais qui sait en tirer parti. En le lisant, on pense au Jugurtha de Salluste. Ce sont les mêmes luttes fratricides entre les enfants légitimes et illégitimes du roi africain Nubel. Firmus tue son frère, protégé des Romains, comme Jugurtha avait tué Adherbal, et, comme lui, se révolte.

Ammien analyse avec finesse les natures complexes de ces princes africains. $

Insolent, faux et lâche, Firmus, en présence de Théodose,

1) Amm., 19, 41, 10 sqq.

2) Gimazane, ouvrage cité, p. 205.

3) Le 20,00:

( { { (4) 1d#, 27, 8,3/et28 3;

oublie toute dignité, se jette aux pieds du général romain avec des protestations serviles, s’accuse humblement de témérité. Il obtient ainsi la paix. Mais cette feinte humilité n'avait d'autre but que d’endormir la vigilance de Théodose. Firmus recommence la lutte jusqu'au jour où, sur le point de succomber, il termine du moins courageusement sa vie en se pendant. A côté de lui, sa sœur Cyria le soutient par ses intrigues, et met à son service ses grandes richesses et son obstination féminine.

Ammien a bien fait ressortir la magnifique insolence du roitelet barbare Igmazen, qui, s'avançant au-devant de Théodose, lui demande avec audace : ( D’où es-tu, et qu'es-tu venu » faire ici? » À quoi Théodose, sans s'émouvoir, répond en Jui lançant un regard farouche : « Je suis comte de Valenti- » nien, maître du monde, qui m'a envoyé pour écraser un » détestable brigand. Si tu ne me le livres immédiatement, » comme l'a décidé notre invincible empereur, vous serez » détruits de fond en comble, toi et la nation que tu gou- » vernes ). Et Igmazen, furieux, se retire en jetant des injures à la face du général (1). . C’est le même Igmazen pourtant qui offrira dans la suite à Théodose de lui livrer traîtreusement Firmus.

Quant à Théodose, on ne saurait mieux esquisser sa physionomie en quelques traits que ne l'a fait Ammien. Il est le chef qui sait mettre l'espoir au cœur des hommes par des paroles éloquentes et sages (2). IL rassure les populations des provinces, ne leur demandant même pas la nourriture de son armée, et il ajoute un de ces mots d'un grand effet sur

les foules : « Les moissons et les récoltes des ennemis sont

(1) Amm., 29, 5, 46.

(2) 1d., 29, 5, 9 : Magnificis verbis atque prudentibus spe cunctorum erecta.

» les greniers où se fournira notre courage (1) ». Général d'une habileté consommée, en présence d’ennemis si difficiles à atteinde, si alertes à lui échapper et si rusés, il ne s’avance qu'avec prudence, ne livre de combat qu'à coup sûr (2). Implacable à l'égard de ses propres soldats, il punit atrocement ceux qui ne font pas leur devoir, « sachant, dit Ammien, » qu'une rigueur salutaire vaut mieux qu'une vaine apparence » de clémence » (3).

Retenons que tout ce récit est d’une grande précision, d’un art très sobre. C’est de l'excellente narration historique.

D'un caractère plus large, moins minutieux, est le récit de la lutte vraiment épique que soutinrent les généraux de Valens et Valens lui-même contre les Goths, récit par lequel se termine l’œuvre d’'Ammien. L'historien, qui comprend combien est grande la difficulté de sa tâche, prévient le lecteur qu'il ne saurait attendre de lui une narration circonstanciée, contenant tous les détails de cette lutte (4). Il ne dira que le principal, en s’efforçcant d’être véridique. On ne saurait lui demander davantage. Les désordres furent tels pendant deux années (376 à 378) au sud du Danube, en Mésie, et en Thrace, qu'un historien composant comme Ammien une histoire générale ne pouvait que nous indiquer la marche et les plas importantes péripéties d’une guerre aussi confuse que continue et acharnée. Le passage des Goths en territoire romain, sous la poussée des Huns et des Alains; lavidité criminelle des généraux Lupicinus et Maximus, qui spéculent sur la détresse des Goths; les dévastations ; les batailles sanglantes, à Marcia-

nopolis, où Lupicinus est défait par Fritigern et Alavivus:

(1) Amm.., 29, 5, 10 : Messes et condita hostiur virtutis nostrorum horrea esse memorans.

(D) dE E290 0:

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à Salices, où le résultat demeure indécis, et où les Goths résistent à trois généraux romains, Richomer, Profuturus et Trajan (1); sous Andrinople, où Sébastianus bat d’abord Fritigern (2), mais où les Goths reviennent en masse pour écraser l'armée de Valens dans un immense désastre où l’empereur lui-même disparut (3): tous ces faits se succèdent dans une composition régulière, et ne laissent pas d’être conformes aux témoignages qui nous sont venus d'autre part sur ces événements tragiques (4).

Pour nous résumer, une assez grande variété règne dans les récits militaires d'Ammien. Selon qu'il tire parti de ses propres souvenirs ou qu'il se sert de documents plus ou moins complets, ses narrations perdent ou gagnent en précision et en ampleur. Toutes cependant présentent des caractères communs. On y remarque le goût des choses de la guerre, la clarté dans l'exposition des faits, l’effort pour ne point altérer la vérité. Si, d’autre part, elles ne sont pas toujours exemptes d'enflure ni de rhétorique, nous le dirons dans notre étude

littéraire.

(4) Amm.., 31, 7, 6 sqq.

PIE 1 1172 /sqa:

S)1d%3112;et13-

(4) Cf. Zosime, IV, et les historiens ecclésiastiques Socrate, Théodoret, Zozomène.

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