‹ Amour á la ste eucharistie, ou Élévations sur l'adorable sacrement de nos autelsChapitre 20 sur 22 · PRIÈRE A N. S. JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

PRIÈRE A N. S. JÉSUS-CHRIST

les temps anciens, et pUis tard, en laissant tomber de votre bouche adorable le solennel engagement de nous donner votre chair à manger et votre sang à boire ^; puis, cette promesse, vous l'avez effectuée par le don ineffable que TEglise a reçu de vous la veille de votre mort ^; t^t enfin ce don, vous nous en avez confirmé le bienfait par une possession authentique, invariable et publique de votre Eglise; laquelle possession forme un titre en faveur de cette sainte Epouse de Jésus-Christ , puisque la condition de celui qui possède est ordinairement la meilleure \ Je veirx me donner la joie de bien méditer toutes ces choses.

Je verrai ensuite , si vous m'en faites la grâce et « que le temps me soit accordé pour cela * , » comment le Chrétien doit répondre aux grâces reçues dans ce mystère. Trois mots encore ici résumeront tous ses devoirs par rapport au divin Sacrement de l'autel : l'honorer, le RECEVOIR, EN PROFITER. Voilà, mou Dicu , la route tracée sous nos pas ; voilà un abrégé de nos obligations par rapport au Dieu de l'Eucharistie. 11 me semble que si je puis bien

» Joan. c. 6 = « I. Cor. c. 11, y 23 = » Melior est conditio possidentis. « ^ Si vita cornes fuerit. IV. Reg. c. 4, ^ 16,

i4 PRIÈRE A N. S JÉSUS-CHRIST.

comprendre toutes ces choses , en pénétrer mon cœur, en remplir ma vie, j^aurai acquis cette science du tabernacle, qui est aussi la science des Saints. N'est-ce pas là, en effet, mon Dieu , que se trouve o l'abrégé de vos merveilles ' ? » et n'est-ce pas surtout dans l'Eucharistie , qui est le renouvellement, la continuation et le complément du Calvaire, que vous achevez en quelque sorte votre ouvrage , et que , a par la consommation » de votre sacrifice , « vous devenez l'Auteur du salut éternel pour tous ceux qui vous obéissent*' » et vous reçoivent avec pureté , ferveur et amour?

* Pb. 110, )► 4 =x » Heb, c. 6, f 9.

ElévatioiM à Dîeu sur les figures qui y dans l'anoienna loi y présageaient l'instîtation (1« !• sainte Eucharistie.

Que les figures et les prophéties relatives à l'Eucharistie ont été comme une promesse qui précédait celle de TEvaDgile.

Quel admirable édifice que celui de la Religion ! Tout s'y enchaîne, s'y unit merveilleusement. Le passé renferme toujours un germe de Tavenir , et l'avenir un riche développement du passé. Sur cet arbre mystérieux , les fruits ne viennent jamais sans avoir été préparés et annoncés par des fleurs ; et le Père céleste semble vouloir rendre ses dons encore plus précieux, en les faisaut toujours précéder de promesses souvent multipliées, qui ont pour but de nous les faire désirer avec plus d'ardeur et recevoir avec plus de reconnaissance.

Le grand bienfait de l'Eucharistie, comme celui de l'Incarnation , demandait donc que l'univers fût préparé à le recevoir, il fallait que de nombreuses et éclatantes figures se joignis-

sent aux oracles des prophètes pour amener peu à peu le plein jour de vos révélations , Seigneur , le moment fortuné où votre divin Fils, ce « grand Prophète ^ » infiniment audessus de tous ceux qui Tavaient précédé , devait laisser tomber de sa bouche adorable une pro* messe plus claire encore que les leurs , et qui touchât, pour ainsi dire, à l'événement.

i< La loi, dit saint Paul, n'avait que Tombre des biens à venir * ; » mais cette ombre elle la possédait réellement. Or, parmi les biens que nous gardait l'avenir, ne faut-il pas mettre en première ligne la grande richesse eucharistique, Tauguste Sacrement de nos autels? L'ombre de cette vérité doit donc se trouver quelque part dans l'Ancien Testament : vous me la découvrirez , Seigneur , et j'en ferai mes délices. Sans doute , je ne veux pas attacher à ces figures plus d'importance qu'elles n'en méritent; ce serait m'arrêter en chemin , « puisque toutes ces choses n'ont été que l'ombre de celles qui devaient arriver , » et « que Jésus-Christ en est le corps et la vérité '. » C'est lui que je cherche, c'est à lui que je dois m'attacher , c'est en lui que je trouverai la fin et l'accomplissement de toutes choses. Mais , pour arriver la , je veux

« Uc c. 7, M8 » * Heb. c. 10, j^ 1 = > Colos. c. 4, y 17.

PREMltM ÉLÉYATION. 17

prendre la voie que vous avez vous-même tracée, Seigneur; et puiscfue vous avez voulu « que tout arrivât en figures au peuple juif ^ , » je vais chercher dans Thisloire de ce peuple les premiers aperçus et , pour ainsi dire , l'ébauche anticipée de cette sainte Eucharistie , dont la possession réelle et entière devait être accordée aux temps heureux de la loi évangélique.

Je veux aussi, mon Dieu , méditer les oracles des prophètes , qui m'annoncent d'une manière si évidente et si incontestable le double bienfait du Sacrement et du Sacrifice de l'autel. C'est vous qui parliez par la bouche de ces hommes merveilleux; et c'est votre esprit qui répandait dans le leur ces lumières éclatantes et infaillibles au moyen desquelles ils lisaient si sûrement dans l'avenir. Le bienfait de l'Eucharistie aurait-il pu leur échapper? et, s'ils l'ont connu, pouvaient-ils ne pas tressaillir de joie à la vue de ce « monument » de c< vos merveilles , de cette nourriture donnée à ceux qui vous craignent ? ' » Je vais les suivre pas à pas , en prenant pour guides les saints Pères, qui en sont les meilleurs interprètes , et votre Eglise ellemême, Seigneur, à laquelle il appartient surtout de m'éclairer et de me diriger dans cette élude.

* I Cor. c. 10, y 2 «* * P»- ^10, 1^ *.

18 PREMIÈRE SBVÀIlfB.

Viens , mon âme ; soulevons avec respect le voile qui couvre les oracles de Tancienne loi. Allons a prendre le livre qui est ouvert dans la main de Tange * ; )> disons-lui avec un saint empressement : « Donnez-moi ce livre ; » et il nous dira, comme Tange de TApocalypse au disciple bien-aimé : a Prenez ce livre et le dévorez ; » il a sera doux comme du miel à votre bouche , » car il vous parlera du Sauveur Jésus , du don qu'un jour il doit faire de lui-^méme , des merveilles de son sacrifice et de son adorable festin ; mais il «c vous causera aussi de Tamertume» intérieurement, en vous laissant apercevoir et pressentir Tabus que feront de ce riche présent tant de cœurs ingrats et insensibles. mon âme , quMl nous sera doux et précieux , en méditant plus tard sur Tinstitution même de cette Eucharistie , de pouvoir nous dire : « C'est le mystère de Dieu qui s'accomplit, ainsi qu'il l'a annoncé par les prophètes ses serviteurs ^. »

Oui y mais avant que de recevoir de sa main ce don ineffable , nous aurons à recueillir de sa bouche une dernière promesse, qui viendra confirmer les figures et les prophéties , et irriter nos désirs au moment de les satisfaire. Après avoir entendu comme un écho lointain qui nous par-

1 Apoc. c. 10, y 9 » * Ibid.

SECONDE ÉLÉVATION. i9

lait de l'Eucharistie à mots couverts et dans une sorte d'énigme , nous recueillerons ces mots si clairs y si précis : a Ma chair est véritablement une nourriture , et moa sang est véritablement un breuvage. Le pain que je donnerai , c'est ma ebair pour la vie du monde ^ » Et alors nous nous écrierons avec bonheur, comme les disciples dans une autre circonstance : Bon Jésus, nous le voyons bien, le temps des prophéties est passé , l'aurore a fui devant le plein jour, et <x maintenant vous parlez ouvertement et vous n'usez d'aucune parabole *. »

SECONDE ÉLÉVATION L'arbre de vie dans le paradis terrestre.

« En tète du livre ' » et dès les premiers pas que je fais dans l'étude de la religion , je rencontre une figure de la sainte Eucharistie.

Qu'était-ce en effet que a cet arbre de vie * » planté par votre main , Seigneur , au milieu du paradis terrestre? C'était bien un arbre véritable qui, comme les autres, se couvrait de fruits « selon sa nature. x> J'ai appris en effet d'un

> Joan. c. « n * Joan. c. 16, > 29 a > Ps. 89 » * Gènes.

90 PREMltRB SBMAIinE.

de vos plus grands docteurs , que quand on étudie la sainte Ecriture il faut avant tout s^attacher au sens naturel , à la vérité historique , sur laquelle on peut ensuite élever , comme sur un fondement solide, Tédifice des pensées pieuses et des considérations spirituelles *.

C'était donc un arbre semblable à ceux qui portent ce nom dans le langage ordinaire ; mais un arbre auquel vous aviez donné , Seigneur , une vertu particulière et merveilleuse, qui consistait à préserver ceux qui s'en nourrissaient des ravages de la vieillesse et des atteintes de la mort.

L'homme avait en effet besoin de ce secours pour prolonger et assurer sa vie ici-bas jusqu'au moment où il devait être transporté par vous dans un séjour encore meilleur, dans le véritable paradis des cieux. Pour soutenir son existence, il avait d'autres aliments, d'autres fruits qui produisaient en lui le même effet que la nourriture produit aujourd'hui en nous ; elle fait grandir l'enfant , elle soutient l'homme fait et même le vieillard pendant un temps plus ou moins long; mais pour nous enfin arrive ce jour où les meilleurs aliments ne peuvent plus suffire à entretenir des forces usées par le temps '.

» St Thom. I. 0. lOî, art. 1 » « Ibid. Q. 97, art. 4.

SECONDE ËLÉTATION. 21

Il en eût été ainsi de l'homme dans le paradis terrestre , si vous n'y aviez pourvu , mon Dieu , par cet arbre de vie qui complétait les secours dont vous aviez entouré son existence. c< Dans les autres fruits, en effet , dit saint Augustin , il trouvait un remède contre la faim ; dans l'eau des fontaines , un remède contre la soif, et dans les fruits de cet arbre , un appui contre la défaillance de la vieillesse ^ »

Eh bien ! mon Dieu , cet arbre n'était-il pas une image sensible de l'Eucharistie qui est le principe et le germe de la vie éternelle pour nos âmes et pour nos corps? Quand je n'aurais pas pour moi l'autorité d'un des plus anciens et des plus graves docteurs , saint Irénée, qui le dit expressément en plusieurs endroits de son plus bel ouvrage ' , pourrais-je ne pas remarquer , Seigneur, que votre intention évidente a été que le souvenir de ce fruit éveillât et entretînt en nous la soif de l'Eucharistie ? Puis-je en effet penser au service que rendait à nos premiers parents l'arbre de vie^ sans songer aussitôt à ceux que la Communion rend à mon âme , et sans éprouver le besoin de vous en bénir? Il me semble les voir contemplant cet arbre avec

» De Civ. Dei, liv. 14, c. 26 == « Adv. haer. liv. 4, c. 34, et liv. n, c. 26.

amour et reconnaissance , et disant du fond de leur cœur ce que devait chanter plus tard un de leurs plus illustres descendants : a Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur *. » 11 me semble les voir accourir vers ce fruit béni , le prendre avec une ^sainte et respectueuse avidité, le savourer avec délices , et sentir après cela ruisseler en eux la vie avec plus d'abondance. Cette nourriture précieuse et incomparable produisait en eux quatre efifets y qui ont une analogie marquée avec les grâces attachées à une bonne communion : elle leur assurait une vie longue, une vie forte , une vie inaltérable , une vie pleine de joie et de bonheur; oui, de joie, car il fallait cela pour compléter la richesse de ce don. Si en effet, Sans le misérable état où nous a réduits aujourd'hui le péché , le vin , ce fruit délicieux de la vigne , peut , au témoignage de FEsprit-Saint lui-même, « réjouir le cœur de Thomme • » en fortifiant sa santé lorsqu'il est pris avec mesure et convenance, que ne devait pas produire , dans rétat heureux de Tinnocence, ce fruit auquel étaient attachées tant de bénédictions? Ohl il me semble voir nos premiers parents puiser une sainte allégresse , une félicité toujours nou-

* Ps. 117, t «7 = • Eccli. c. 31, y 86 , et P«. 103 , 15.

SECONDE ÉLÉVATION. tS

velle à cette source perpétuellement ouverte au gré de leurs désirs.

C'est ainsi que je veux envisager la sainte Communion. Cet arbre béni que vous avez planté pour moi dans le tabernacle , je veux en faire mes délices ; j'y veux courir avec un saint empressement; puis je placerai mon cœur tout près de lui , et je dirai avec Tépouse des Cantiques : « Je me suis reposé sous Tombrage de Celui que j'avais désiré, et son fruit est doux à ma bouche K » Oui , il est doux ; mais en même temps il est salutaire et nourrissant. J'y trouve la vie , a car celui qui mange ce pain vivra éternellement ' ; je la trouve toujours en plus grande abondance, car il est venu pour me la donner ainsi '. Plus je communie , plus je me sens vivre de la vie de la grâce , de la vie de mon Dieu : a Celui qui me mange, a-t-il dit , vivra par moi ^. n

J'y trouve aussi le bonheur et les consolations ; j'en avais besoin , car mon âme était triste et languissante sous le poids des peines de la vie , sous le poids peut-être de mes misères et de mes péchés. Il a daigné m'appeler à lui; il m'a dit avec douceur et bonté : « Venez à moi,

« Gant. c. s, t 3 » « Joan. c. 55, t &9 &» » Ibid. c. 10, j^ 10 es * Ibid. c. 6, y 58.

24 PRBHIÈRB SEMAINE.

VOUS qui êtes fatigué et qui êtes chargé y et je vous soulagerai *. » Me voici , mon Sauveur ; je viens me reposer à l'ombre de vos miséricordes et de votre bonté. Je viens cueillir sur Tautel, comme sur un arbre mystérieux , « le fruit béni des entrailles de Marie *, » le Dieu incarné, le Dieu de TEucharistie. Ce fruit me ranime ; mes yeux s'ouvrent et s'illuminent, comme ceux de Jonathas quand il goûla le miel du désert '. « Un des fruits de TEspril-Saint , c'est la joie , » dit saint Paul ^ Oh ! la joie est aussi un des fruits de la Communion; et puisque « la tristesse , quand elle n'est pas selon Dieu , tue râmé * y » certainement la joie, quand elle vient de lui, doit la faire vivre.

Mon Dieu , je vous remercie de m'avoir donné, dans cet arbre de vie, une image si claire , si touchante de la sainte Communion. Je sais bien qu'avant tout cet arbre représentait la croix h laquelle Jésus mon Sauveur a été suspendu ; cette croix dont j'aime à redire avec l'épouse des Cantiques : o Je monterai sur le palmier, j'en cueillerai les fruits *. » Oui, c'est là certainement l'idée première qui doit se rat-

1 Malt. c. 11, >- 28 B= * Luc. c. 1, ji^ 42 = » I Reg. c. 14, M7 « * Gai. c. 5, t 2î = » 11 Cor. c. 7, jl- 10 = « Gant, c. 7, y 8.

tacher à cette figure de FancieDiie loi. Mais, mon Dieu , la croix et Tautel , c^est tout un pour

nous ; ces deux choses ne se doivent jamais séparer. De quoi en effet me servirait le Calvaire , si les grâces qui en découlent ne venaient pas jusqu'à moi par les sacrements , et surtout par celui de l'Eucharistie , qui contient en personne r Auteur même de la grâce? Oh ! la croix et l'autel ! ces deux objets sont inséparables dans mon estime et dans mon amour. Ce n'est qu'un seul arbre, dont l'existence se prolonge à travers les siècles dans ce paradis terrestre de votre Eglise, auquel vous avez promis une éternelle durée ; et le fruit de cet arbre , c'est vous , mon Sauveur , vous à qui je veux m'attacher comme à cette Sagesse éternelle dont il est écrit : a Elle est un arbre de vie pour ceux qui l'embrassent ; et heureux celui qui se tient fortement uni à elle '. Avec vous et par vous je triompherai des ennemis qui cherchent à me donner la mort, et la douce récompense de ma victoire sera de vous retrouver encore dans le paradis des cieux ; car vous l'avez promis , de votre bouche adorable , en disant : c( Je donnerai au vainqueur à manger du fruit de l'arbre de vie qui est dans le paradis de mon Dieu *. »

» Prov. c. 2, y 18 »s « Ap. c. 2, y 7.

Le sacrifice de Melchisédech.

Abraham revenait vainqueur d'un combat livré contre plusieurs rois ennemis , et voilà que a Melchisédech , roi de Salem , offrant en sacrifice du pain et du vin , parce qu'il était prêtre du Très-Haut, bénit Abraham en disant: Qu'Abraham soit béni du Dieu Très-Haut qui a créé le ciel et la terre * . »

Puis, neuf siècles plus tard, David , chantant les grandeurs du Messie , lui adresse , comme un éloge tombé de la bouche même du Père céleste , ces belles paroles : « Vous êtes Prêtre pour toujours , selon Tordre de Melchisédech •. »

Evidemment, il y a un rapport nécessaire entre ces deux passages ; et le sacrifice des au-^ tels, continuation de celui de la croix, doit rappeler le sacrifice de Melchisédech et lui ressembler par quelque endroit. 11 lui ressemblera par Toblation du pain et du vin. Etrange et singulière hostie ! Au milieu de toutes ces victimes animées qui ensanglantaient alors la terre et qui semblaient les seules capables de figurer

» Gen. c. 14, )H8 =« * Ps. 109, y 4,

TROISIÈME ÉLlfiTATlON. 27

convenablement le sacrifice du Calvaire , pourquoi ce pain et ce vin apparaissent-ils tout à coup ? à quel usage les destinait ce personnage, venu au-devant d'Abraham , et plus grand que lui, puisqu'il le bénit? N'était-ce point peutêtre un simple présent qu'il voulait lui faire, des vivres , par exemple , pour distribuer à ses soldats, comme l'ont rêvé quelques hérétiques? Non , certainement ; les troupes d'Abraham n'avaient pas besoin de ce secours, puisque l'Ecriture dit expressément qu'elles avaient prélevé, sur le butin , de quoi se nourrir*. C'était bien la matière d'un sacrifice , que ce pontife royal portait avec lui , pour célébrer la victoire d'Abraham , par celle espèce d'offrande , qui lui étaijt ordinaire et spéciale , puisque les prêtres selon l'ordre d'Aaron offraient tous pour victimes la chair et le sang des animaux. Or ce pain et ce vin rappellent et figurent celui de nos autels , celui que tenait dans ses mains le Sauveur Jésus, la veille de sa mort, quand il dit, « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » et que, par le plus étonnant de tous les prodiges, mais par un prodige que nécessite la vérité de sa parole , son corps prit la place du pain, et son sang celle du vin, sans

» Gen. c. 14, f 24.

28 PRCMIÈRB SBMAINE.

rien changer aux apparences extérieures, qui demeurent toujours les mêmes. S'il n'en était pas ainsi, qu'aurait de commun le sacerdoce de Jésus-Christ avec celui de Melchisédech ?

Mais saint Paul , qui dans son Epître aux Hébreux a traité si amplement ce beau sujet , pourquoi ne dit-il rien de cette circonstance, dans le parallèle qu'il établit entre le Fils de Dieu et le prêtre-roi? pourquoi ne signale-til pas le rapport que nous croyons trouver ici entre le pain et le vin offerts par Melchisédech et le sacrifice de nos autels?

Pourquoi?... Parce qu'il n'était pas obligé de tout dire dans un même passage, et que cette circonstance ne venait pas directement à son sujet, qui n'était que de montrer la supériorité du sacerdoce de Jésus-Christ sur celui , pourtant si grand , de Melchisédech.

Pourquoi encore?

Ah! par une raison bien touchante et que saint Jérôme a relevée un des premiers ^ C'est que cette lettre du grand apôtre , adressée précisément aux Juifs , parmi lesquels il y avait tant de cœurs obstinés et de têtes dures et rebelles , devait naturellement tomber sous des yeux bien peu capables de saisir et d'ap-

» Ad Evag.

TROISlftME ÉLÉTATION. 29

précier un si grand mystère. C'était le moment, ou jamais , de se rappeler le conseil du Maître, qui ne voulait pas qu^on jetât les pierres précieuses devant ceux qui pouvaient les fouler aux pieds ^; c'était le commencement de ce silence , gardé avec tant de fidélité, comme une tradition apostolique, dans les premiers siècles, au sujet de la sainte Eucharistie , dont on ne parlait jamais qu'avec ces simples et mystérieuses paroles : m Les fidèles initiés à nos mystères comprennent ce que nous voulons dire '• » Oui , c'est la raison principale pour laquelle l'Apôtre s'est tû, quoiqu'il eût encore beaucoup à dire , dans ce magnifique et si intéressant parallèle. Lui-même le donne à entendre lorsque , parlant dans un autre endroit du sacerdoce de Jésus-Christ déclaré pontife selon l'ordre de Melchiéédech > il s'arrête en disant : « Sur quoi nous aurions beaucoup de choses à dire, mais qu'il est si difficile de bien expliquer , parce que vous vous êtes rendus peu capables de les entendre ^ »

Mais , mon Dieu , ce silence de votre apôtre ne nous empêchera pas, à nous que vous avez initiés h tous les secrets de votre amour, d'aper-

* Malt. c. 7 , ^ 6 s= 2 Norunt tideles qui mysleriis initiati 8unl. Aug. iu Ps. «l = » Hebr. c. 5, i a.

30 PRBMIÈRC SVMAIIfE.

cevoir et de sentir cette douce figure de l'Eucharistie, dans le sacrifice du roi de Salem; et cette figure, qu'est-ce autre chose qu'une promesse que vous faisiez à Tavance et dont le secret n'échappait pas probablement à celui par qui vous nous la donniez? Saint Augustin se sert en effet d'une parole qui m'invite à le croire, quand il dit:(cMelchisédech, offrant une image de la table du ^Seigneur, sut figurer son sacerdoce éternel ^ ; » Dieu , selon toute probabilité, lui donnant l'intelligence de ce grand mystère, pour qu'il pût, lui aussi , dans un transport de joie, s'élancer vers ce plein jour* des manifestations de la bonté de Dieu , dont il était alors , par son sacrifice , comme l'aurore et l'avant-coureur.

Quoiqu'il en soit, si cette lumière ne lui a pas été donnée , il est certain qu'elle brille aujourd'hui pour nous , et je ne fermerai pas les yeux à son éclat. J'aimerai à me rappeler les saintes espèces qui enveloppent la Victime de nos autels , toutes les fois que le nom de Melchisédech viendra frapper mes oreilles. Grâce au soin qu'a pris l'Eglise de faire entrer dans un de ses offices les plus familiers ù notre piété , le psaume où il est parlé du sacerdoce de Jésus-

^ No vit ejus sacerdotium tigurare. = ' Joaa. c. 8, y 56.

TROIBtftMB tLfiYATION. 31

Christ' , je puis entendre souvent ce nom béni, et savourer délicieusement tous les souvenirs qu'il rappelle : a Vous êtes Prêtre pour toujours, selon l'ordre de Melchisédech : Tu es Sacerdos in œtemum, secundum ordinem Melchisédech : )> Chaque fois que ces belles paroles arriveront à mon cœur, il me semblera voir s'avancer ce grand patriarche, portant dans ses mains la matière de son sacrifice , et élevant vers Dieu ce pain et ce vin , dont l'Esprit-Saint lui avait appris à faire choix , de préférence à toute autre chose. \i

Puis aussitôt, un autre pontife plus auguste encore et plus grand , mais du même ordre que le premier, puisqu'il tient, lui aussi, dans ses mains une oblation identique , apparaîtra aux yeux de ma foi. Je reconnaîtrai le Sauveur Jésus; mais je comprendrai que si l'ombre de son sacrifice se trouvait dans celui de Melchisédech , la réalité doit surpasser infiniment la figure. Dans l'ancienne loi, ce n'était que du pain et du vin; dans la nouvelle, c'est le corps et le sang de J.*G., revêtus des simples apparences d'un pain et d'un vin qui ne sont plus.

mon âme , contemple et vénère ces saintes espèces, qui sont comme le vêtement du Sau-

i Oixit DomiQus, etc.

32 PlEMiftM SBHAmi!.

veur Jésus et la robe dont son amour enveloppe sa majesté. Sans doute a Thomme est plus grand , plus précieux que le vêtement qui le couvre ^ ; » mais ce n'est pas une raison pour méconnaître le prix du vêtement et surtout son utilité. Viens donc ^ contemple de près ces saintes espèces, qui te rendent un si grand service , puisqu'elles^ te permettent d'approcher d'un Dieu dont la gloire t'accablerait si elles n'étaient pas là pour protéger et ménager la faiblesse de tes regards. Oui, aime-les , comme on aime un nuage bienfaisant, qui, dans un jour d'excessive chaleur , vient se placer entre le soleilet nous, et, sans nous dérober ses douces influences ni sa lumière qui nous enveloppe, tempère cependant la vivacité de ses rayons, et ne permet pas à cet astre puissant de nous dévorer. Aime-les , ces saintes espèces, comme les enfants d'Israël aimaient le voile que Moïse mettait sur sa tête pour leur permettre de s'approcher de lui et de l'entretenir à l'aise, lorsque, par suite de l'entretien qu'il avait eu lui-même avec le Seigneur , quelque chose de radieux et d'éblouissant s'élançait de son visage et remplissait tout le peuple d'une sainte frayeur*.

> Malt. c. 6, ^ 25 = « Ëxod. c. 34, f 29.

Oui, mon Dieu, je veox tout aimer dans le mystère de rEucharislie : car tout ce qni vous appartient , vous touche ou vous sert , me devient intiniment précieux. J'aimerai donc les espèces sacramentelles derrière lesquelles vous êtes caché , comme Pépoux des Cantiques, doni il est dit : (( Le voilà qui se tient derrière notre mur, regardant parles fenêtres, jeiant la vue au travers dés barreaux ^ » Mon regard , Seigneur , répondra au vôtre. Je percerai ce mur avec l'œil de ma foi ; et alors je découvrirai mon Bîen-Aimé. Je le verrai, sous cette robe blanche, qui n'est plus celle de la folie, comme chez -Hérode ^ : à moins qu'on ne dise que c'est la folie de son amour poussé, dans ce mystère, jusqu'aux dernières extrémités. Je le verrai tel qu'il apparut au bien-aimé disciple dans les merveilleuses visions de son Apocalypse ; et les saintes espèces , avec leur éclatante blancheur, me permettront de dire, moi aussi, en racontant mes visites à l'Eucharistie : « Et je regardai, et je vis une nuée blanche, et quelqu'un assis sur la nuée, semblable au Fils de l'Homme, ayant sur sa tête une couronne d'or* » qui semblait me dire : Laisse-le régner sur toi par l'amour.

* Gant. c. 2, y 9 = « Luc. c. 28 « * Apoc. c. 14, y 14.

Us sacrifices de rancienne loi, et en particulier celai de

l'expiation.

Le sang qui coulait de toutes parts dans les sacrifices anciens , n^était-ce pas encore une grande promesse que Dieu faisait au monde , de lui donner un jour le sang mille fois plus précieux de Jésus-Christ son fils? et si cette figure a trouvé sa première réalisation au Calvaire , n'est-ce pas sur l'autel qu'elle a son parfait accomplissement ?

Venez , âme fidèle , venez voir cette grande expiation par le sang , dans la loi de Moïse , et vous y reconnaîtrez l'aurore et le prélude de ce sang de Jésus par lequel nous avons été rachetés et purifiés, a Si en efiet le sang des boucs et des taureaux sanctifie ceux qui ont été souillés, en leur donnant une pureté extérieure et charnelle , combien plus le sang de Jésus -Christ y qui par le Saint-Esprit s'est offert à Dieu comme une victime sans tache , purifiera-t-il notre conscience des œuvres mortes y pour nous faire rendre un vrai culte au Dieu vivant^ ! d

1 Heb. c. 9, f 18.

QUÀTRIÈMB ÉLÉYÀTION. 35

Ne pouvant étudier ici en détail tous les sacrifices de l'ancienne loi , qui étaient innombrables et journaliers , je veux arrêter particulièrement mes regards sur celui qui les efface ou qui , pour mieux dire , les résume tous , par son importance et son éclat , le grand sacrifice de l'expiation , qui avait lieu une fois chaque année , et dont saint Paul a si magnifiquement relevé la grandeur dans son Ëpitre aux Hébreux. Lisons avec respect le passage où ce grand apôtre reproduit en quelques lignes , ce qui se trouve longuement détaillé dans le seizième chapitre du Lévitique.

c< Moïse, ayant récité , devant tout le peuple , toutes les ordonnances de la loi , prit du sang des veaux et des boucs , avec de Teau et de la laine teinte en écarlate et de l'hysope, et en jeta sur le livre lui-même et sur tout le peuple en disant : Voici le sang du testament que Dieu a fait en votre faveur*. »

Telle est Torigine de ce grand sacrifice qui prit naissance à l'occasion de la faute commise par les enfants d'Aaron , qui avaient introduit dans le temple un feu étranger. Mais, en expiant le péché de ces trois prévaricateurs , le peuple devait aussi expier les siens propres ; et voilà

A Heb. c. 9, f 19.

36 PftIHIÈRB SEMAINE.

pourquoi ce sacrifice dut être continué et renouvelé chaque année, avec une circonstance toute particulière, qui était que le grand prêtre, portant dans ses mains le sang des victimes , entrait seul dans le Saint des saints , c'est4-dire dans le lieu le plus secret et le plus sacré du tabernacle.

Mon Dieu , quel jour, quel moment pour les Hébreux qui étaient témoins de ce spectacle unique dans Tannée et si intéressant pour eux ! Il me semble voir le grand prêtre « revêtu d'une tunique de lin , ayant sur sa tête une tiare de lin , c'est-à-dire des vêtements saints , et qu'il ne prenait qu'après s'être lui-même purifié et lavé * , » s'avançant avec une douce et pieuse majesté , vers ce voile que lui seul peut franchir. Je le vois a prenant d'abord l'encensoir, qu'il a rempli de charbons de l'autel , y mettant ces parfums aromatiques qui ont été composés pour servir d'encens , et entrant d'abord une première fois dans le Saint des saints , au dedans du voile ; » puis sortant pour venir prendre le sang des victimes , avec lequel il rentre de nouveau derrière ce voile mystérieux , dans le plus intime du tabernacle , dans ce lieu terrible et sacré où a nul homme ne doit se trouver quand le pon-

i Lev. c. 46.

QUATRiftHE ÉLÉVATION. 37

tife y pénètre : i> et là enfin je le Tois élevant vers le Ciel la coupe fumante et toute pleine du sang expiatoire.

Que cela est grand ! que cela est magnifique ! Et pourtant ce n^est qu'une ombre , une figure , une promesse. Viens, mon âme, contempler dans nos églises la touchante réalité ; viens voir Taccomplissement de la promesse.

Ce que Jésus avait fait dans le Cénacle , la veille de sa mort , il a ordonné à ses prêtres de le faire'; et voilà qu'en effet, après avoir dit comme lui , « Ceci est mon sang , le sang de la nouvelle alliance , » le prêtre , tenant dans ses mains le calice , ^ve vers le Ciel ce sang précieux et divin dont il est rempli. Ne diriez-vous pas qu'il va pénétrer dans le sanctuaire éternel, jusqu'aux pieds du trône même de Dieu? Ah!

sans aucun doute, il y pénètre par son cœur, par sa prière, par l'élévation de ses pensées; il y pénètre surtout par le sang qu'il offre , ce sang adorable, a raille fois plus éloquent » que celui des victimes de l'ancienne loi , y compris même celui d'Abel , dont la voix était pourtant si haute et si puissante' . Voyez-vous ce calice qui renferme un incomparable trésor? Ah! tous les obstacles doivent tomber devant lui . Que voulez-

> Ldc. c. 23, ^ 19 » > Meliùs clamiiitem.

38 puHiInc sniADn.

VûUft qui résiste à l'efficacité foate divine de sa puissfioea expiatrice? Venez, Tenez; mettons nos cœurs dans ce calice , avec le sang de Jésas. Qu'ils né fassent qu'un avec lui , et ils auront alurs la privilège de pénétrer dans ce sanctuaire impénétrable, où a la grâce et la gloire nous savant données par la Soigneur^ . »

Ja vaux faire une attention particulière au sang de Jésus, quand j'aurai le bonheur d'assister à la sainte messe. Quoique les espèces du vin n'apparaissent point à mes regards , et que le prêtre ait seul le privilège de les contempler^ je ne veux point oublier ce précieux sang qu'elles recouvrent. J'y veux noyer tous mes péchés , j'y veux rattacher toutes mes espérances. Ce n'est pas seulement par les mains du Prêtre, c'est aussi par celles de a l'Ange, et surtout de l'Ange du grand conseil*, » que cette Victime adorable est présentée sur l'autel sublime , devant la majesté infinie de Dieu , dans le ciel \ Ah ! ne cherchez point à me retenir, vains objets de la terre. Le voile est tiré, le ciel est ouvert. Jésus y entre pour nous*; il y entre le premier; je m'attache à lui, ou plutôt je ne fais qu'un avec lui , car je suis membre de son corps mystique ; et si comme le grand pontife

> Ps. SS, y la «. t ut. eccl. »: Mb. — « m>. c. s» f so.

de rancienne loi , il doit rentrer seul dans le tabernacle du ciel , ce n'est pas une raison pour nous en exclure , puisque lui et nous ce n'est qu'un ^ . Mon Dieu , quel ^nystère ! quelle grâce ! Âh I fussions-nous du nombre des plus grands pécheurs, espérons que a ju$tiâés par ce sang y nous serons délivrés par lui de la colère de Dieu'. »

Oui , acceptons cette espérance ; et puisque nous pouvons « entrer dans le sanctuaire par le sang de Jésus-Christ , en suivant cette voie nouvelle et vivante qu'il nous a le premier tracée par l'ouverture du voile de sa chair , et que nous avons un grand Prêtre qui est établi sur la maison de Dieu , approchons-nous de lui avec un cœur vraiment sincère et une foi parfaite, ayant les cœurs purifiés des souillures de la mauvaise conscience... Demeurons fermes et inébranlables dans la profession que nous a? ons faite d'espérer ce qui nous a été promis, puisque Celui qui nous l'a promis est très-fidèle dans ses promesses ^ »

* I Cor. c. 4, y 15 «= • Rom. c. 5, M =«* • Hebr. c. 9, f 19.

La manne dans le désert.

Je ne crois pas qu'il y ait un seul Père de l'EJglise qui n*ait regardé la manne comme une figure de rEuchartstie. Pouvait-il en être autrement après que le Sauveur lui-même avait mis si clairement ces^deux choses en regard , dans ie sixième chapitre selon saint Jean, et avait établi un rapport manifeste entre l'une et Taotre? La manne représente les effets principaux de l'Eucharistie , qui consistent à nourrir et à nourrir délicieusement l'âme fidèle. C'était donc encore ici comme une promesse que vous nous faisiez , Seigneur , et je veux me donner la joie de reconnaître son exacte fidélité et son parfait accomplissement dans le Sacrement de nos autels.

Le peuple d'Israël , pressé par la faim , avait murmnré contre ses saints conducteurs , qui ne s'en étaient vengés qu'en priant pour lui. Dieu vint à leur secours miraculeusement. Au jour indiqué par lui , « le matin , il se trouva en bas une rosée, tout autour du camp, et la surface de la terre en était couverte ; on s vit paraître dans le désert quelque chose qui ressemblait à ces petits grains de gelée blanche qui , pendant

CnfQIJiltliB ÉLÉYÀTlOlf. 41

l'hiver , tombent sur la terre. Ce que les enfants d'Israël ayant vu , ils se dirent Fun à Taatre : Manhu, c'est-à-dire : qu'est-ce que cela? car ils ne savaient pas ce que c'était. Moïse leur dit : C'est là le pain que le Seigneur vous donne à niauger \ »

11 avait bien raison, c'était le Seigneur, et non pas lui , qui leur faisait ce beau présent '; et ce n'était pas encore le plus riche que les hommes dussent recevoir de sa main infiniment libérale. Ce n'était qu'une figure ; la réalité devait être pour nous. 11 est vrai que la manne était formée par la toute-puissance de Dieu , dans les airs , pour servir de pain et de nourriture à tous les Juifs pendant qu'ils erraient dans le désert; mais elle ne descendait pas du Ciel. La vraie nourriture descendue des Cieux est celle dont le Fils de Dieu voulait parler quand il disait : n C'est mon Père qui vous donne le véritable pain de vie ' » en m'envoyant à vous ; « car je suis le pain de vie \ et le pain que je donnerai , c'est ma chair , pour la vie du monde * ; ma chair , en effet, est véritablement une nourriture y et mon sang est véritablement un breuvage ^. y>

^ Eiod. c. 16, 1 14 OB 3 JoM). c. 6, t 82 » ' U). SS -» » Ib. 35 » Mb. 52 » • Ib. 56.

42 PRBHIÈBS SEHAINB.

Voyons les rapports de cette divine nourriture avec celle qui soutenait les Hébreux dans leur long pèlerinage au milieu du désert. Je veux étudier tout, jusqu'aux plus minces circonstances.

Et d'abord , je remarque que la manne était <( blanche ^ , i> blanche par elle-même , blanche aussi par la rosée qui lui servait d'enveloppe. N'est-ce pas une image des saintes espèces, qui après la consécration conservent encore la blancheur naturelle au pain sans levain? Tout est blanc , tout est pur dans ce mystère : «c Mon bien-aimé éclate à la fois par sa blancheur et par sa rougeur * : a blanc par son innocence incomparable, rouge par le sang qu'il verse pour me sauver , il est enveloppé comme d'un manteau blanc , sous le voile des saintes espèces. Oh ! je veux que mon cœur soit bien pur , pour devenir comme son lit de repos et de gloire; et la couleur blanche de l'Hostie suffira toute seule pour me donner une leçon de pureté et d'innocence.

Si la couleur est la même, le goût l'est aussi. Quoi de plus doux que la manne? quoi 4^ plus délicieux que l'Eucharistie? Ecoutons le Sage ,

*• Album. Exod. c. 16, y SI s= • Dilectus meus candidos et rubicundus. Cant. c. &, f 10.

Cmi;;UlÈME ÉLÉVATION. A3

qui rappelle avec bonheur cette circonstance : a Vous leur avez fait pleuvoir du ciel un pain préparé sans aucun travail , qui renfermait en lui tout ce qu'il y a de délicieux , tout ce qui peut être agréable au goût.... ; s'accommodant à la volonté de chacun d'eux , il se changeait en tout ce qui lui plaisait ^ » Quelle merveille de votre bonté, Seigneur! a Cette manne avait naturellement le goût qu'aurait la plus pure farine mêlée avec du miel '. » C'était déjà une grande faveur; mais , de plus, elle se transformait en toutes sortes de goûts, selon qu'il vous plaisait d'accorder cette grâce, mon Dieu, à ceux qui vous la demandaient avec ferveur et avec foi.

Oh ! quelle belle image de cette Eucharistie , que je pourrais bien appeler une divine ambroisie, si le mot n'était pas trop peu chrétien ! Je rappellerai du moins , avec le Sage , une « bonne nourriture ' , » la nourriture par excellence, qui répand dans les âmes pieuses toute la douceur des vertus, des grâces, des consolations divines; nourriture qui est celle des anges, des bienheureux, de Dieu lui-même : car de quoi se nourrissent le Père éternel et

1 Sap. c. 16, y 20 » > Exod. c. 16, y 31 b > Bonam escam. Sap. c. 19, t 20.

TEsprit divin , sinon de la contemplation et de l'amour de ce même Verbe adorable , en qui ils mettent toutes leurs complaisances , et que nous recevons pour aliment à la sainte table ? nourriture composée par Jésus-Christ lui-même, et qui transforme les fidèles en des êtres immortels, célestes et divins; j'ai presque dit : qui en fait des dieux sur la terre , selon cette parole du Sauveur : «Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang , demeure en moi , et moi en lui ^; celui qui mange ce pain, vivra éternellement '• » Ah ! nous pouvons bien appeler TEucharistie le sacrement des sacrements , le sacrifice des sacrifices , les délices des délices , le miracle des miracles. Mon Dieu , permettezmoi d'ajouter, en rougissant, que ce miracle s'accomplit tous les jours dans mes mains , et que peut-être, hélas! plus d'une fois je n'y ai pas assez pensé.

Pourquoi donc , en effet , se dégoûte-t-on si souvent de l'Eucharistie? Ah! c'est encore ici pour elle un trait de ressemblance avec la manne, dont on se dégoûtait quelquefois, et dont on allait jusqu'à dire : « Le cœur nous soulève maintenant à la vue de cette chétive nourriture '. » Sans doute , parce que ne con-

* Joan. c. ç, y 57 « « Ib. 59 » • Num. c. «1, y 6.

CINQUIÈME «LÉTàTION. 45

sidérant que sa faible apparence et son goât naturel , et ne faisant aucun effort pour acquérir les dispositions des ànnes parfaites, pour qui « elle se changeait en tout ce qu^il leur plaisait,» ces tièdes Israélites , au lieu de s'accuser euxmêmes, s'en prenaient à june nourriture dont ils ne savaient pas faire un bon usage. Ainsi nous voyons de faibles chrétiens dégoûtés de l'Eucharistie ne plus voir en elle que les apparences qui la recouvrent, et n'y plus rien trouver de ces délices , qui sont le partage des âmes ferventes , des âmes mortifiées et avides de grâces, qui savent aller chercher au fond de ce divin Sacrement, « la manne cachée ;)> et profondément cachée , qui est le fruit de leurs efforts et « la récompense de )eurs victoires ^ » Ce n'est qu'après leur sortie d'Egypte , après le passage de la mer* Rouge , et quand ils eurent laissé derrière eux les grossières délices de ce pays qu'ils ne devaient plus revoir, que les Israélites furent appelés à se nourrir de la manne qui pour eux tombait du ciel. Ainsi , ce n'est qu'après avoir passé par l'eau sainte du baptême, après être sorti de l'esclavage du péché et avoir renoncé aux jouissance^ criminelles qui peuvent s'y trouver, que le vrai fidèle est admis à

* Vincenti dabo manna absconditum. Âpoc.

rhonneur de goûter le pain des anges , l'adorable Eucharistie. « Vous ne pouvez pas participer en même temps , disait saint Paul , à la table du Seigneur et à la table des démons ^ Car quelle union peut-il y avoir entre la justice et Finiquité? quel cojnmerce entre la lumière et les ténèbres? quel accord entre Jésus-Christ et Bélial * ? »

Je remarque aussi, mon Dieu, qu'aussitôt que les Israélites eurent commencé à manger la manne , vous les exposâtes à de rudes combats , et qu'ils en sortirent victorieux. Jusque-là, vous aviez en quelque sorte combattu pour eux; vous aviez vous-même terrassé leurs ennemis, ainsi que Moïse aimait à le leur rappeler , sur la un de sa vie , dans ce beau cantique qui résumait à la fois l'histoire de leurs infidélités et celle de vos miséricordes. Mais quand ils eurent goûté de ce pain des forts , Amalec se présenta aussitôt à eux % et les enfants d'Israël , soutenus par cette nourriture et par la prière de Moïse , remportèrent eux-mêmes, avec votre assistance, Seigneur, la plus éclatjante victoire. Ainsi, après avoir fait sa première communion, le Chrétien rencontre ordinairement, dans ses pas-

« I Cor. c. 9, t 21 = 2 II Cor. c. 6, y 14 = » Exod. c. 17, t. 8.

CINQUIÈMB ÉLÉVATION. 47

sioDS naissantes et fougueuses , ses plus redoutables ennemis. U peut les rencontrer, il peut les affronter sans crainte ; tant qu'il se nourrira de cette manne et que lès conducteurs de son peuple prieront pour lui, il peut compter sur d'éclatants triomphes. C'est l'Eucharistie qui les prépare et qui les assure.

Je reviens au texte même de la sainte Ëcri^ ture, et j'apprends d'elle que la manne du désert était « quelque chose de menu ^ » Mon Dieu, elle ne l'était pas plus que la petite parcelle sous laquelle vous vous trouvez quelquefois. Je remarque que c'était comme a quelque chose pilé au mortier ' , » et je songe à votre passion , où vous avez été pétrî dans les souffrances et broyé dans la douleur pour arriver à être sur l'autel mon véritable c< pain de. vie. y> Je ne l'oublierai pas , Seigneur; mais j'y joindrai un autre souvenir , celui d'un de vos plus célèbres martyrs , qui , au moment de consommer son sacrifice , disait : Je suis le froment de Jésus- Christ; il faut que je sois broyé par les dents des bétes pour devenir comme un pain qui puisse être servi sur la table de mon Dieu \ Voilà comme la destinée du serviteur doit répondre à

4 Minulum. Exod. c. 16, ^ 14 = '^ Pilo tusum. Ib. «= « St Ign. mnt.

48 PREMIÈRE SEMAlIfB.

celle du maître. Je m'en souviendrai à l'occastofi, et l'Eucharistie sera pour moi comme une préparation au martyre.

J'entends les Hébreux transportés d'étonnement et de joie s'écrier : « Slanhu , c'est-à-dire qu'est-ce que cela * ? » quelle merveille ! Et aussi les vrais fidèles , dans les transports de leur foi et de leur admiration : a Est-il croyable que Dieu habite avec les hommes sur la terre? Si le ciel et les cieux ne peuvent vous contenir , com^ bien moins cette maison que nous avons bâtie ^ !» Non , les cieux ne suffisent pas à le contenir , et pourtant il est dans les cieux ' ; de même , la petite hostie de nos autels ne suffit pas à le contenir, et cependant il s'y trouve, puisque sa parole m'en est un garant, et que je douterais plutôt de mon existence que de sa toute-puissante bonté.

Mais voici les enfants d'Israël qui vont recueillir la manne ; ils en ramassent a les uns plus , les autres moins ; et l'ayant mesurée ensuite à la mesure d'un gomor, celui qui en avait le plus amassé n'en eût pas davantage , et celui qui en avait moins préparé n'en eût pas moins que les autres ', et il se trouva que chacun en avait amassé selon qu'il en pouvait manger ^. »

1 Exod. c. 16 es t n Par. c. 6, y 18 » > MaU. = ^ Exod. c. 16.

CiKQUifeaiE âLéVATION. 49

Touchante image du pain euohariistique ! Vous diriez que le prêtre reçoit plus que les autres , car l'hostie qu'il a dans les mains et qu'il doit consommer, est quatre fois grande comme celle qui est destinée au simple Qdèle. Mais non, il ne reçoit pas davantage. L'un et l'autre aura le trésor tout entier. La substance du don est la raémeî et si leur cœur est également bien disposé, leur destinée sera la même; ils jouiront d'un égal bonheur.

Enfin, mon Dieu, je vois k la manne s'arrêter ^ » quanà les Israélites sont entrés dans la terre promise, et je sais que l'Eucharistie, pain des voyageurs ^ , s'arrêtera , elle aussi , quand nous serons parvenus au terme de notre course, à la céleste patrie. Alais jusque-là > jusqu'au dernier soupir , elle doit être notre viatique , et je veux , mon Dieu , me hâter de m'en nourrir le plus souvent possible ; car la vie est si courte , et cet aliment est si précieux....

Je n'ai plus qu'un mot à dire , Seigneur, avant de quitter ce sujet si aimable et si doux. Pourquoi dans l'Ecriture la manne est-elle appelée c( le pain des anges'?» C'est sans doute pour montrer que c'était une nourriture excellente ,

* Defecitque manna. Jos. c. 5, M2 = * Factus cibus viatorum. «= 3 Ps. 77. y 30.

^0 PKBMIÈRB gKMAniE.

délicieuse, incomparable ; car tout ce qui touche aux anges rei^êl un caractère de grandeur qui provoque notre estime et notre admiration ; et c'est ainsi que saint Paul, dans le beau chapitre où il exalte la charité , après avoir dit ce Lors même que je parlerais les langues des hommes, » ajoute «et celle des anges * , » c'esl-à-dire la plus merveilleuse et la plus admirable qui se puisse parler. Oui , mon Dieu , c'est ainsi que d'après vos docteurs je dois entendre cette parole. La manne était un aliment si exquis, que si les anges se nourrissaient de quelque chose de sensible , ils auraient voulu s'en nourrir. C'était un mets angélique , comme nous disons d'une viande bien apprêtée : c'est un mets royal , pour marquer qu'il serait digne d'être servi à un roi. Mais ici , mon Dieu , se présente à moi une réflexion que je ne veux pas ajourner, dans la crainte de la perdre. Si, comme le prétendent nos frères séparés, l'Eucharistie n'était qu'un simple morceau de pain , rappelant le souvenir de la mort du Sauveur , il faudrait donc dire que la réalité est moins grande que ne l'était la figure ; car enfin , ce morceau de pain qu'ils mettent sur leur table, qu'est-il en comparaison de ce « pain des anges, )> de celte manne dont

» I Cor. c. 13, y 1.

CINQUIÈME tLÉVÀTION. 5i

nous venons d'examiner en détail les riches propriétés? Evidemment nous serions au-dessous des ombres de l'ancienne loi , ce qui ne peut être, si nous n'avions qu'un morceau de pain sur notre autel. Pour y avoir plus que la manne, il me faut Jésus-Christ lui-même , caché tant qu'il voudra, mais réellement présent! Alor^ j'eRacerai la manne des Hébreux, qui ne sera plus qu'une figure inférieure , comm^ elle doit l'être, une simple proniesse du trésor divin que je possède aujourd'hui; et les anges , que saint Pierre nous peint comme affamés c(du désir de plonger le regard dans nos mystères ^ d et surtout dans ceux qui ont rapport au Fils de Dieu fait homme , les anges pourront s'approcher avec nous de l'autel; ils y trouveront le véritable pain dont ils se nourrissent à leur manière plus haute, mais non pas plus réelle, dans les a splendeurs de l'éternité ', » et de leur sourire angélique ils applaudiront à l'Eglise en l'entendant chanter : ce Voici le pain des anges devenu le pain des voyageurs •. »

1 n Petr. c. 1) ^ 12 3s 3 In splendoribus saQctorum. « a Ecce panis angelorum , etc.

L'agneau pascal.

Voici , mon Dieu , là figure la plus frappante, la plus complète et la plus incontestable que ranciennie loi nous ait offerte du sacrement adorable de TEucharistie. Oui , comme TEglise le chante au beau jour de la fête du Saint- Sacrement, le Sauveur Jésus, immolé sur nos autels, rappelle cet agneau pascal ^ dont le sacrifice était accompagné de circonstances qui trouvent toutes leur application dans cet auguste mystère. Ainsi les apparences du pain , dont nous avons déjà une image dans le sacrifice de Melchisédech , se retrouvent encore ici figurées et annoncées , puisque la loi portait que la chair de Tagneau serait mangée a avec des pains sans levain *. » La présence du Sauveur y élait également figurée par. celle de l'agneau , dont la douceur représente si bien Celui de qui il a été dit : « Voici l'Agneau de Dieu , voici Celui qui ôte le péché du monde •. » Et quant aux effets du sacrement de l'Eucharistie , peuvent-ils être mieux dépeints à l'avance que par ce sang de l'agneau qui, placé sur les portes des Hébreux,

1 Agnu8 paschtt deputatur. ss: > Eiod. c. 12, M ^ ' Joan. c. t 20.

faites ÉLÉVATIOF. 53

les préservait du glaive de Tange exterminateur et assurait leur délivrance de la captivité d'Ë-

gypte-

Oh! oui, c'était bien là une promesse des grâces qui devaient être attachées par tous au Sacrement de nos autels, où le sang précieux de votre Fils éloigne de nous le glaive de votre juste colère et nous arrache à la puissance de l'esprit infernal.

Je veux méditer à l'aise tout ce qui se rattachait à l'immolation de cet agneau pascal , douce figure de Celui que l'apôtre saint Pierre aimait à appeler o l'Agneau sans tache et sans défaut^, » et dont le nom revient presque à toutes les pages de l'Apocalypse.

Quand un marin aborde pour la première fois des terres lointaines et qu'il ne peut connaître encore que par l'étude que d'autres en ont faite , il a soin d'étendre sons ses yeux une carte de ce pays.étranger , et il est heureux , en confrontant l'image avec la réalité , de reconnaître l'identité parfaite de l'une et de l'autre. Voici , sur la carte y un promontoire , et effectivement le promontoire se dresse devant lui à 'l'horizon ; voici des rochers , une baie , un port : tout est indiqué sur le papier; tout se retrouve

» I Petr. c. 1, y 19.

54 nuniitM shiaiiiv*

sur la terre où aborde le nautonier. Il y a même une foule de choses que ses yeux ne remarqueraient peut-être pas , sMl n^était prévenu de leur existence par la carte fidèle qu*ont tracée d'habiles explorateurs.

11 me semble que ma position est ici la même. Les écrivains sacrés , sous la dictée de l'Esprit- Saint, ont tracé à Tavance, dans l'ancienne loi » tous les mystères de la loi nouvelle ; les prophètes rendent témoignage à l'Evangile , et l'Evangile vient confirmer les oracles des prophètes. Navigateur fortuné le long des rivages que vous avez , Seigneur, inondés de vos bienfaits , je vais continuer à étendre sous mes yeux , comme une carte descriptive , les pages de votre sainte Ecriture , pour y chercher des «traces de l'incomparable objet qui m'occupe en ce moment , le sacrement de TEucharistie.

Cet « agneau sans tache ^ que les Hébreux devaient immoler sur le soir ^ , » n'est-ce pas la plus aimable comme la plus exacte figure de ce Jésus , qui , avant d'être attaché pour nous à la croix , « la nuit même qui précéda ce grand sacrifice' , » s'offrit pour nous dans le Cénacle , en préludant à Toblation qui se fait chaque jour

^ Exod. c. 12, y 5 ss s Ad vespeiam. b= s In quà nocte iradebatur.

SIXIÈMB <l£tation. 85

dans nos églises? Voyez comme toutes les prescriptions faites par Dieu aux enfants d'Israël ont un rapport marqué avec nos obligations d'aujourd'hui et deviennent autant de leçons qu'il nous faut recueillir.

Pour manger Tagneau pascal , il fallait être enfant d'Israël : pour avoir droit à la Communion, il faut avoir reçu le saint baptême, être enfant de l'Eglise et appartenir à ce béni troupeau auquel saint 'Pierre aimait à dire : « Vous êtes la race choisie, la nation sainte , le peuple conquis* » par la croix de Jésus- Christ.

Il fallait s'être préparé , en mangeant des c< pains sans levain , avec des laitues sauvages *. » Mon Dieu, quelle image sensible de l'esprit de mortification et de pénitence qui doit disposer nos âmes à la réception de la sainte Eucharistie! Ainsi l'entendaient et le comprenaient nos premiers pères , pour qui les saintes semaines qui touchent à la grande fête de Pâques , étaient des jours de a veilles , de prières , de jeûnes , de prostrations , des jours où ils affligeaient leur chair » et la privaient même des jouissances qu'ils auraient pu lui permettre en d'autres temps ^ ; des jours où ils multipliaient les c< aumônes , où ils redoublaient de modestie , de

» I Pet. c. 4, y 9 = « Exo4. c. ï% y % f= ^ Epiph. hœr. 7"

gravité , d'humilité \ » et où ils auraient rougi de manger des mets trop savoureux, qui eussent peut-être efifacé pour eux , comme il arrive si souvent pour nous , la divine saveur de TEucharistie.

On ne devait rien manger de cet agneau qui (1 fût cru ou seulement cuit dans Teau ' ; il fallait que le feu des charbons eût préparé cette chair , et Peut rendue capable de mieux soutenir l'Israélite voyageur et d'ajouter à sa vigueur. Mon Dieu , quelle image ! quelle leçon ! Âh ! ne permettez pas que ma communion soit jamais froide , languissante , comme elle le serait si je vous recevais sans attention, sans considérer Texcellence d'un si grand sacrement , sans presque remarquer votre divine présence , ni sentir assez que vous m'y nourrissez de votre corps et de votre divinité. Permettez-moi de m'écrier ici, avec un des plus grands docteurs de votre Eglise , saint Ambroise : Oh ! avec quelle contrition de cœur , quelles larmes amères , quel respect, quel saint tremblement , quelle pureté de corps et d'àme, je dois m approcher de ce divin et céleste mystère , oii votre chair , mon Dieu , esl reçue en réalité , où votre sang est bu en toute vérité, où ce qu'il y a de plus grand, de

1 St Bernard. = ^ Ëxod. c. 12, y 9.

SIflÈMR ÉLÉVATION. 37

plus divin s^unit à ce qn*\\ y a de plus bas et de plus pauvre ; où les saints anges sont présents , et où f par la plus ineffable des merveilles , vous êtes vous-même , Seigneur , le prêtre et la victime immolée pour nous^

a Cette ceinture autour des reins , ces souliers aux pieds , ce bâton à la main , cette obligaftion de manger à la hâte*, qu'est-ce autre chose encore qu'une image des dispositions que nous devons porter à la table sainte? L'éloignemenf des voluptés criminelles ; l'amour de la chasteté; l'affection à revêtir cette « chaussure qui nous dispose à suivre l'Evangile de paix , » comme dit saint Paul^, et à mettre le pied dan$ la route que les saints nous ont tracée, loin du péché; l'application aux devoirs de notre état, figurée par ce bâton , qui rappelle la houlette pastorale ; enfin , mon Dieu , le désir du Ciel , notre chère patrie , qui nous fasse « attendre et hâter par nos soupirs l'avènement du jour du Seigneur*: » voilà les meilleures dispositions que puisse apporter une âme qui veut bien faire sa Pâqae , dans la loi nouvelle. Je ne les perdrai pas de vue , Seigneur. J'aimerai surtout à me rappeler qu'en mangeant ainsi l'agneau pascal à la

i Oral. Ambr. ante missam dicenda. =» < Exod. c. 12, ^^ 2 » » Eph. c. 5, t 15 = * Il Pelr. c. 8, y 42.

58 PBBMIÈRE SBMàINE.

hâte, les Hébreux n^y cherchaient pas précisément une jouissance y mais la force dont ils avaient besoin pour traverser le désert. Ainsi , mon Dieu , quand j'irai vous recevoir à l'autel , je me préoccuperai moins des jouissances spirituelles que vous pouvez m'y donner^ que de la force et du courage que j'y dois puiser. Le temps quelquefois me manquera pour donner tout le temps que je voudrais à ma préparation et à mon action de grâces. N'importe ; je ferai de mon mieux \ mais je ne me plaindrai pas d'être pauvre en moments, au souvenir des Hébreux qui mangeaient la Pâque , sans avoir presque le temps de la goûter , et pour qui néanmoins elle était une source de grâces , de force, et de salut. L'essentiel pour moi est d'y puiser une vie abondante et les moyens d'accomplir heureusement et parfaitement mon pèlerinage sur la terre ^ et il ne faut pour tout cela qu'un instant , Seigneur.

Enfin, je remarque l'obligation imposée aux Israélites de mettre sur la porte de leur maison quelques gouttes du sang de l'agneau pascal , et je vois l'ange au glaive terrible épargner les demeures protégées par ce signe conservateur. J'entends les cris et les géjnissements poussés par les familles égyptiennes où l'agneau n'a pas

été mangé et où la mort exerce partout d^affreux ravages ; et je comprends que le sang adorable de votre Fils petit seul me garantir de la damnation éternelle. 11 a coulé pour moi sur le Calvaire, comme celui de l'agneau coulait dans les maisons des Hébreux; mais cela ne suffit pas ; il faut m'appliquer ce sang par la Communion ; il faut en marquer ma bouche , qui est comme la porte de cette demeure qn'habite mon âme ; oui , il faut que mon corps participe lui aussi à ce grand sacrifice ; afin que mon âme soit préservée de la mort éternelle qui la menace. Ne Ta-t-il pas dit lui-même, ce divin Agneau ? a Si vous ne mangez la chair du Fils de Thomme, et si vous ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en

vous ' . »

Je veux beaucoup aimer le souvenir de l'agneau pascal : il a toujours été cher aux âmes qui ont le mieux compris les richesses de notre sainte foi , et je veux , comme elles , envisager souvent mon Jésus sous cette douce image. J'ai pour moi des exemples qui tombent de bien haut. Ce saint apôtre si célèbre par son amour pour la croix « saint André j menacé du dernier supplice s'il ne consentait à sacrifier aux idoles , répondit par ces belles paroles , qui vont termi-

^ Joan. c. 6.

60 PBBMIÈRB SBHÀINIt.

ner mon éléyfttion et résumer ce qu'il y a de plus exquis dans ce mystère : « Chaque jour de ma vie , j'offre au Dieu tout-puissant , qui est le iseul véritable , non pas la fumée de rencei>s ni h chair palpitante des taureaux mugissants , mais l'Agneau immaculé , qui , après avoir servi de nourriture à tout le peuple fidèle y n'est cependant pas consumé par nous , mais conserve encore sa prédeose existence pour nous continuer, jusqu'à la fin des siècles , le bienfait de son adorable sacrifice ^ . n

Les pains de proposition.

Viens , mon âme , suivons les enfants d'Israël dans leur marche à travers le désert. Il leur faut une « maison de prière; » elle sera en rapport avec leur état de voyageurs , et Dieu se contentera d'une tente légère , plus riche que celles qui servent de demeure à ses adorateurs , mais bien différente en solidité et en éclat des temples magnifiques qui seront plus tard élevés à sa gloire. Il le disait lui-même à son serviteur

^ Act. mart. S. And.

SEPTIÈME ÊLÉYATIOff. 61

David y non pas pour s'en plaindre , mais comme une preuve de sa condescendance et de sa bonté pour ce peuple cher à son cœur : « Depuis que j'ai tiré d'Egypte les enfants d'Israël , jusqu'aujourd'hui y je n'ai eu aucune maison , mais j'ai toujours été sous des pavillons et sous des tentes ^ »

Entrons avec respect dans ce tabernacle , dont Dieu lui-mdme avait prescrit la forme et réglé l'ornemeùtaiion. Tout y est plein de mystères ; tout y parle encore plus à mon cœur qu'à mes yeux. Au milieu de ces riches décors et de ces nombreux objets destinés au culte divin , il en est un qui appelle surtout mon attention , et où je découvre une figure sensible , une éloquente image de la sainte Eucharistie, a Vous ferez , avait dit le Seigneur, une table de bois de sétin; vous la couvrirez d'un or très-pur y vous y ferez tout autour une bordure d'or..«. et vous mettrez sur cette table les pains de proposition , qui seront toujours exposées devant moi ^. »

Evidemment ces pains étaient une image de ceux qui sont placés sur nos autels et destinés au saint Sacrifice. Ils étaient au nombre de douze : ce nombre rappelle celui des apôtres, qui participèrent les premiers au banquet divir

» 11 Rcg. c. 7, j^ 6 «s « Exod. c. 25, y 23, etc.

62 PRBMlfeRE SEMAINE.

Il n'était permis de les manger que dans le lieu saint , et ce n'est que dans une conscience pure que la sainte Communion doit trouver sa place. L'analogie est frappante.

J'aime à considérer, a sur cette table trèspure ^ , » ces douze pains « exposés devant le Seigneur, six d'un côté et six de l'autre * , » et soigneusement renouvelés touljss les semaines, afin que la corruption ne pût jamais les entamer. Si le savant et pieux Origène ne craignait pas de dire qu'il estimait heureuses le& colombes qui, au jour de la Purification , donnèrent leur petite vie pour racheter celle du Sauveur •, pourquoi ne dirais-je pas que je trouve ces pains heureux d'être ainsi exposés dans le temple et sous les yeux du Très-Haut , comme un hommage perpétuel à sa grandeur et à sa bonté?

Ah ! ce pain m'en rappelle un autre qui n'en a plus que le nom et les apparences , puisque sa substance a fait place au Corps et au Sang de Jésus-Christ ; c'est le Pain eucharistique , toujours exposé, lui aussi , devant la face du Seigneur. Oh ! que cette circonstance me touche ! Hélas ! trop souvent je suis éloigné du saint temple par les occupations et les devoirs de la

1 Super mensam purissimam. = • Exod. c. 24, 1 6 s= » Boss.

vie commune. Si du moins mon cœur restait là toujours pour adorer son Dieu! ce serait bien sa place , puisque « il doit se trouver là où est son trésor * : » mais , je le dis à ma honte y ce cœur est trop souvent distrait par les objets extérieurs , et cette adoration perpétuelle , à laquelle il devrait se livrer , ne souffre , hélas ! que trop souvent de déplorables interruptions.

Console-toi , mon âme : si ta faiblesse ne peut suffire à remplir assez bien ce grand devoir, il y a dans nos églises un Adorateur continuel qui suppléera à ton insuffisance et réparera surabondamment les pertes que tu fais essuyer au bon Dieu. Vois-tu, dans ce tabernacle , les véritables pains de proposition , les saintes hosties consacrés? Elles sont là, nuit et jour, immo- « biles , mais pleines de vie et d^amour ; elles sont \k, et leur seule présence est pour Dieu un hommage plus grand que sont ceux qu'il reçoit ou peut recevoir par ailleurs; un hommage auquel il faut f associer vivement et suavement chaque fois que , comme David , « tu retrouves ton pauvre cœur*» dans la prière. Ohl que cette pensée me touche et me console ! et combien je vais aimer le souvenir de ces pains de

« Matt. c. 6, y 21 = • Vid. Rodr. Traité de la prière

64 PBBMltaS SSMAINB.

proposition , qui sont pour moi une image sensible de cette présence continuelle du Sauveur Jésus sur nos autels , où , aussi bien que dans les cieux , a il est toujours vivant pour intercéder en notre faveur \ »

Voici encore un^souvenir délicieux qui vient frapper mon âme. Cette table n'était-elle point précisément celle dont voulait parler le saint roi David , lorsque , s'excitant à la conGance en Dieu , il lui disait : « Seigneur , vous avez pré* paré en ma présence une table pour me soutenir contre nies persécuteurs * ? o Ne voulait-il pas rappeler cette circonstance de sa jeunesse où , fuyant pour se dérober aux embûches d'un roi jaloux et astucieux , il arriva , brisé de fatigue et épuisé de besoin, auprès du grand-prétre , qui n'avait rien autre chose à lui offrir alors que les pains de proposition, auxquels d'ordi- ^ naire les prêtres seuls avaient le droit de toucher? L'extrême nécessité ne connaissant pas de loi , le pontife crut devoir abandonner à David et à ses gens cette sainte nourriture , après qu'ils eurent constaté que l'état actuel de leur vie et de leur conduite ne les rendait pas absolument indignes d'y participer '. Bien des siècles plus tard , ils trouvaient un apologiste dans la

i Hebr. c. 7, Jr i5 « « Ps. M, )► 6 = » 1 Reg. c. 21, y 3, 6.

personne de notre adorable Maître lui-même , qui , en défendant la cause de ses disciples devenus l'objet d'une injuste censure, leur cherchait une excuse dans l'exemple même de David , qui , a se trouvant pressé par la faim , entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de proposition , » qui avaient été retirés depuis peu de Vaulel , et « dont il n'était permis de manger, ni à lui ni à ceux qui l'accompagnaient , mais aux prêtres seuls ' . »

Oh ! que ce pain fut précieux pour David et ses gens ! Il leur rendit la vie ; il leur permit de lutter encore longtemps contre leurs persécuteurs et d'en triompher. Mais cette table auguste , préparée pour eux ^ , ne l'est-elle pas aussi pour moi? ou plutôt, n'ai~je pas le droit de m'asseoir à une table dpnt celles des pains de proposition n'était que la figure? Oui, je veux m'y asseoir le plus souvent possible , mais surtout dans les moments où je serai poursuivi par les ennemis de mon salut. Cette table chérie est publique et , pour ainsi dire , toujours ouverte dans l'Eglise. Les pains de proposition n'étaient destinés qu'aux prêtres : le pain eucha^ ristique est servi pour tous. Oh ! laissez-moi m'approcher de cette table, que le Seigneur

• MftU. c. 12, t 4 s > Ps. 22.

66 PRBMlftRE SBMAnfB.

n'aurait sans doute pas dressée , sMl n'avait Youlu m'y faire asseoir. Le monde , le démon , les passions tâchent de m'en éloigner. Le respect humain , qui est un des plus grands adversaires de la sainteté, met* tout en œuvre pour détruire ce repas , pour rendre inutile le banquet du

Seigneur , mais je m'en approcherai précisément à la vue de tous- ces ennemis , et j'en sortirai plein de force contre eux.

Oh ! que cette table est riche et délicieuse! s'écriait, dans les transports de sa reconnaissance , une âme qui savait bien communier : j'y trouve l'onction de la grâce, la paix du cœur, l'accroissement de la foi. Vous m'y parlez depuis longtemps, comme à un ami. Achevez votre ouvrage, Seigneur ; rompez les liens qui m'altachent au monde et à mes passions. Faites de moi un homme intérieur. Je ne dois vivre que du pain eucharistique et du pain de l'oraison. Dieu caché , que je vous aime sous ce voile mystérieux des espèces sacramentelles ! que je verserais volontiers mon sang pour vous faire connaître à tant d'infidèles qui vous ignorent, à tant d'hérétiques qui vous méconnaissent, à tant de mondains qui vous négligent, à tant d'âmes tièdes qui ne savent pas goûter combien vous êtes doux et aimable, à tant de mi-

HUITIÈME ÉLÉyATlON. 67

nistres de vos autels qui ne puisent pas la sainteté dans le sacrifice qu'ils vous offrent si souvent! Dieu de toute bonté, je me prosterne à vos^pieds, tout ppnélré de votre présence trèsréelle , très-substantielle dans le sacrement : donnez-moi de ne jamais perdre de vue la vérité que vous me faites connaître d'une manière si touchante.

Nourriture offerte à Elie dans le désert.

J'ai encore à glaner, Seigneur, dans le champ de vos antiques promesses. Il me reste à recueillir un épi bien précieux, et qui a pour moi , je dois le dire , une saveur toute particulière. Nulle part je ne trouve l'Eucharistie plus clairement figurée que dans cette nourriture, apportée probablement par un ange , indiquée du moins par lui au prophète Elie qui , fuyant dans un lieu écarté et solitaire , était tombé de lassitude au pied d'un arbre. Lisons religieusement le texte sacré :

((Elie, étant venu à Bersabé en Juda, y laissa son serviteur. 11 fit dans le désert une journée de chemin ; et s'étanl assis sous un genièvre ,

68 pasmliBB semaine.

il soahaita la mort et dit à Dieu : Seigneur, retirez mon âme de mon corps , car je ne suis pas meilleur que mes pères ^ qui sont morts aussi. Et il se jeta par terre et s^cndormit à Tombre du genièvre '. )>

Mon Dieu , que de fois dans ma vie je me suis trouvé réduit à un semblable découragement I que de fois, abreuvé d'amertume , poursuivi par mes ennemis et les vôtres y j'ai cru tout perdu pour moi , tout perdu pour vous , car il me semblait que j'étais presque seul à vous servir, et que tous les cœurs s'en allaient du côté de Baal ' ! La vie alors n'était plus pour moi que comme un affreux désert, où j'errais presque à l'aventure comme le prophète \ et dans un état qui rappelait cette « pauvre Jérusalem enivrée de maux et non de vin ^» J'offrais la triste image d'un navire désemparé que poussent en tous sens les vents les plus opposés. Je tombais alors de lassitude , et , quoique la tristesse de l'âme soit peu propre à favoriser le repos et appeler le sommeil , je sentais pourtant mes yeux s'appesantir, comme ceux des Apôtres dans le jardin de Getfasémani % et je

1 III Reg. c. 19, t 4. = Mb. 6 = » III Reg. c. 19, 1 10 ««

* Ib. 8 es * Paupercula et ebria non a vino. la. tti, > 21 ^

• Matt. c. 26, y 48.

BCmÈME ÉLÉVATION. 69

m'endormais , comme David , à force d'abattement et d'ennui. quel étal , mon Dieu I et combien il touche de près à ce désespoir qui achèverait la ruine de notre âme !

Mais non ; elle ne périra pas , cette âme , car vous veillez sur elle , et vous ne nous désespé* rerez ainsi de nous-mêmes qn'afin de nous apprendre à mieux espérer en vous. Voyons ce que vous faites pour Elie.

a Voilà qu'un ange du Seigneur le toucha et lui dit : Levez-vous et mangez. Elie regarda, et vit auprès de sa tète un pain cuit sous la cendre et un vase d'eau ^ » Quel heureux réveil ! quel doux moment ! Ainsi, plus d'une fois, au milieu de ma tristesse , j'ai entendu la voix de celui que vous m'avez donné pour conducteur et pour soutien dans le chemin de la vie ; car vous avec placé un ange partout où se rencontre pour nous une épreuve, afin qu'il prenne soin de nous et qu'il nous protège ' contre tout ce qui pourrait causer notre perte. Voilà pourquoi un ange apparaît à Elie, et pourquoi un ange vient aussi au jardin des Oliviers, soutenant l'humanité souffrante du Sauveur en agonie ^ Mon ange , à moi , mon ange visible , c'est le directeur de ma conscience. C'est lui qui m'éveille

« m Reg. c. 19, M «= t Pb. M « * Luc c. M.

70 PBBMlfeRE SEMÀINB.-

doucement et qui me fait remarquer Fadorable nourriture de rEucharislie , qui était là , tout près de moi , pendant que je me croyais abandonné et perdu.

Mais ce n'est pas toujours assez d'une communion ; il faut revenir à la table sainte. Voyez, en effet, ce qui arrive au prophète, ail mangea donc et but, et il s'endormit encore. L'ange du Seigneur , revenant une seconde fois, le toucha encore et lui dit : Levez-vous et mangez , car il vous reste un grand chemin à faire ^ » Est-il possible de rien trouver de plus frappant et de plus consolant? Je ne me lasserai pas d'entendre la voix de mon ange me rappeler à la sainte table. La vie est quelquefois si longue , si difficile , si accablante ! elle le sera tant qu'il plaira à Dieu ; si j'ai le bonheur de communier souvent, j'aurai la forcé de tout faire et de tout souffrir pour accomplir heureusement mes destinées éternelles. 11 en sera de moi comme du prophète : a S'étant levé, il mangea et but, et fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits, jusqu'à Horeb, la montagne de Dieu ^ » Ce pain , dont l'ange l'avait obligé de se nourrir, le soutint miraculeusement par la puissance de Celui qui imprima

i Luc. c. M, y 7 a= « Ib. y 8.

autrefois dans le fruit de l'arbre de vie une \ertu surnaturelle qui devait rendre Thomme immortel , sMl eût été assez obéissant pour mériter de n'en être jamais privé.

Tous les saints docteurs ont vu dans ce pain offert à Elie, une image de la Communion, qui soutient nos âmes pendant toute cette vie de pénitence et d'épreuves, et nous donne la force d'arriver jusqu'à la demeure éternelle que nous devons partager un jour, avec a le Dieu des dieux , dans la céleste Sion K y>

Laissons maintenant ces souvenirs de l'ancienne loi , ces ombres précieuses mais insuffisantes , et attachons- nous à la douce réalité. Le pain venu du Ciel a mis fm pour nous à toutes ces figures. Chose admirable et vraiment mermeilleuse ! le pauvre serviteur mange aujourd'hui la chair de son divin Maître et s'engraisse de sa substance ^. Voilà le pain qu'il me faut : Seigneur , « donnez-le-moi toujours '. » Les Juifs, en vous faisant cette prière, ne savaient ce qu'ils disaient, car leur désir terrestre et grossier ne dépassait pas le pain matériel dont vous les aviez nourris dans le désert. Oui , c'était la nourriture corporelle dont ils voulaient

f Videbitur Deus deoruro, in Sion. »= s Dat panis cœlicus figuris terminum. = > Joao. c. 6 , j^ 34.

parler, en prononçant celte belle parole : « Seigneur, donnez-nous toujours ce pain. » Quant à moi, mon Dieu, éclairé de vos divines lumières , c^esl surtout le pain de vos grâces et en particulier le pain eucharistique que je vous demande par cette prière ; car je sais que a l'homme ne vit pas seulement du pain ' » qui nourrit le corps, et je ne pourrais jamais, non plus que sainte Thérèse ', me persuader que quand vous avez mis dans le Pater cette demande , c( Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien ', vous eussiez principalement en yue la nourriture matérielle qui alimente et soutient nos corps. Non , Seigneur , vous qui nous avez appris à a chercher d'abord le royaume de Dieu et sa justice, » en nous assurant que le reste nous serait donné a comme par surcroît *, » vous n'avez pas dû tourner notre attention première vers ce pain « qui périt *, » en attendant que nous périssions nous-mêmes, après nous en être nourris •. Que vous avez eu en vue de nous le faire demander aussi, c'est incontestable; mais je ne ferai point à la divine Eucharistie l'outrage de ne la placer dans mes pensées, dans mes

« Matt. c. 4, t 4 = * Elév. sur le Pater. = « Matt. c. 6, f î. « * Luc. c. 13, )^ 81 « » Joan. c. 7 «= • Et hune et has destruet' I Cor. c. 6, ^ 18.

HUITIÈME ÉLtYATION. 73

prières 9 qu^après les aliments qui se servent sur ma table et que je tiens aussi de votre bonté. Elle sera au premier rang dans mes prières, puisqu'elle est sans doute ce « pain au-dessus de toute substance \ » dont parle votre -évangéliste, et qu'elle est aussi le a pain quotidien » dont je suis appelé à me nourrir tous les jours ou en réalité ou en désirs. Ah ! je veux m'écrier, moi aussi , dans les transports de ma reconnaissance pour un si grand bienfait : a Heureux celui qui mangera du pain dans le royaume de Dieu *, » qui est son Eglise , en attendant quil soit admis au banquet de Téternité , où il retrouvera la même nourriture , sous une autre ïoviïHi , mais avec plus de goût et de bonheur *•

^ Malt. c. 6, t 21 ~ * Luc. c. 14 , t 15. as > Sed suavitate fèUeiori. Imit. Chr. 1. it, c. il , n* 5.

SECONDE SEMAINE

La MÛiite Eacdiarifftie promu* de loin dans les oracles des Prophètes ^ el de prés dans les paroles mêmes du Sauvear Jésus.

La voix des Prophètes.

Ed fortifiant Tâme fidèle contre les troubles intérieurs qui peuvent lui venir , à Toccasion du mystère si profond , si impénétrable de TEucbaristie, le pieux auteur de Tlmitation de Jésus-Christ lui adresse ces mots bien remarquables : c< Croyez à la parole de Dieu ; croyez ses saints et ses prophètes ^ d

Il y a donc dans les oracles de Tancienne loi quelque chose qui se rapporte au divin Sacrement de nos autels , et , quand a les Prophètes cherchaient, avec tant de soin à pénétrer dans la connaissance des vérités relatives au salut du monde, et que TEsprit de Dieu, les instruisant de Tavenir, leur révélait les souffrances de Jésus- Christ et la gloire qui devait les suivre * , » ce

1 Imit. cap. ult. 3 « « I Petr. c. l, y 10, H.

PREMIÈRE ÉLÊTATION. 78

n'était pas seulement sa résurrection glorieuse et son admirable ascension qu'ils apercevaient , c'était sans doute aussi son sacrifice et sa présente sur nos autels.

D'ailleurs le témoignage unanime des Pères , qui ont trouvé l'Eucharistie dans les oracles des Prophètes , ne permet pas de douter qu'effectivement elle n'y ait eu sa place.

Je ne veux pas m'arréter longtemps sur leurs paroles, ni faire de chacune d'elles l'objet d'une méditation particulière ; j'aime mieux les réunir et en former comme un faisceau de lumière dont l'éclat pourra frapper davantage les yeux. Ce sera comme un bouquet composé de plusieurs fleurs odorantes, dont les parfums se mêlent et s'harmonient pour offrir à la fois mille jouissances diverses à l'odorat.

Puis-je ne pas reconnaître la sainte Eucharistie dans ce mystérieux festin, décrit au livre des Proverbes et dont il est si doux de contempler l'ordonnance et d'étudier les détails? oc La Sagesse , y est-il dit , s'est bâti une maison ^ : » c'est sans doute l'Eglise catholique, tant de fois appelée a maison de Dieu ' r> dans nos livres saints. « Elle a taillé sept colonnes : » n'est-ce pas , en effet , sur les sept dons de l'Ës-

* Prov. c. 9, 1 1 « ' EpUr. de St Panl.

76 SBCOIIDB SIMÂINB.

prit-Saint, communiqués aux fidèles , et sur les sept sacrements , que repose le grand édifice de la religion? « Elle a immolé ses yictimes; elle a préparé le vin , et disposé sa table. »

Est-il possible de mieux désigner le banquet eucharistique? a Elle a envoyé ses servantes pour appeler les conviés ; » ce sont les prédicateurs de TEvangile^ dont la principale fonction est d'appeler les hommes à cette vie de la grâce que Ton puise dans les sacrements, et qui surabonde dans celui de TEucharistie. a Venez, m^angez le pain que je vous donne , et buvez le vin que je vous ai préparé. » L'invitation est absolument la même que celle que nous trou* vons dans l'Evangile *.

Mon Dieu , j'adore votre Esprit-Saint traçant par avance l'histoire de mon bonheur d'aujourd'hui. Je me plais à rapprocher les distances et à confronter la promesse avec son efiet :

a Afeogez le pain que je vous donne. » Mais quel est ce pain particulier que vous nous offrez ainsi , ô Sagesse éternelle ? Votre réponse est dans l'Evangile. « Le pain que je donnerai , c'est ma chair pour la vie du monde '. » Ne sortons pas de là , et répétons mille et mille fois cette parole, l'une des plus douces qui nous

soient venues du Sauveur Jésus,

« Matt. 20 » s Joan. c. 6.

PREMIERE ÉLÉYATION. 77

Voici encore un festin merveilleux el splendide , que le prophète Isaïe décrit avec la pompe ordinaire de son langage y et dans lequel je trouve aussi un rapport marqué avec le banquet de la Communion. Il faut lire en entier cette belle élévation dans le Prophète lui-même , et Tenlendre s'écrier : « Seigneur , vous êtes mon Dieu : je vous gloriQerai : je bénirai votre nom» parce que vous avez fait des prodiges » et que vous avez montré au grand jour la vérité de vos desseins éternels. Amen ' . » Il faut le voir peindre à grands traits la ruine des superbes, et le secours donné aux humbles pour les «relever el les affermir : magnifique tableau, que l'auguste Mère du Verbe incarné résumait plus tard dans cette courte et sublime parole : a 11 a arraché les grands de leur trône, et il a élevé les petits ^ » Puis, il faut Tentendre décrire, avec une complaisance visible, la richesse du festin qui doit couronner cette victoire : « Et le Seigneur des armées préparera à tous les peuples, sur celte montagne, c'est-àdire dans l'Eglise catholique, un festin de viandes délicieuses, un festin de vin exquis, de viandes pleines de suc et de moelle , d'un vin tout pur et sans aucune lie ^ »

f^^ l8. C. 26, t 1 *= » ^UC. c. 1, ^ 62 = 8 Is. C. 26, f 6.

78 8SC0in>E SEMAINE.

Effectivement, a tout est prêt ' , » les serviteurs ODt ordre de le dire aux invités. Mon Dieu, ne permettez pas que, comme ceux-ci, nous cherchions des excuses pour nous dispenser de venir nous asseoir à votre table'.

Ce serait repousser notre bonheur , et renoncer à notre perfection et à notre salut. J'apprends , en effet , d'un autre Prophète , qui a entrevu , lui aussi , les déh'ces de ce festin , tous les fruits de grâce qu'il peut produire en nous si nous savons en bien profiter. « Qu'est-ce que le Seigneur a de bon et d'excellent à donner à son peuple, s'écriait le prophète Zacharie, sinon le froment des élus et le vin qui fait germer les vierges'? » Quelle parole , mon Dieu ! et pourrait-on imaginer quelque chose de plus propre à nous attirer vers votre saint autel?

« Le froment des élus ! Ce n'est sans doute pas celui dont a abondent nos vallées * » et qui se transforme en pain , sur nos tables , car il est aussi le froment des réprouvés, et le Père céleste , « qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants, et fait pleuvoir sur les justes et les injustes '^ , » le donne également à tous. Ah! ce froment des élus, c'est-à-dire, ce fro-

1 Parata suut omnia. &= > Luc. c, \h, fr % ss s Zach. c. 9i t 17 =» * Ps. 64, 14. a= * Matt. c. «. y 45.

PREHifeRE ËLÉYÀTION. 79

ment par excellence, cette nourriture exquise entre toutes , qui est le partage des a hommes de choix , » selon l'expression si énergique do l'hébreu *, ce ne peut être que l'adorable Eucharistie. C'est elle qui ajoute sans cesse au courage- et à la force des vrais soldats de Jésus- Christ. C'est d'elle que leur âme était engraissée , quand leur corps se livrait avec tant d'héroïsme aux bourreaux, dans les saintes horreurs du martyre. C'est ce froment auquel je veux , moi aussi , demander ma force et ma vie. Mon Dieu , si jamais vous aviez à me punir, privez moi plutôt de tous les biens de la terre ; mais ne c< reprenez jamais ce froment^ y> divin , que vous me donnez à la sainte table avec tant de bonté.

Et a le vin qui fait germer les vierges , dironsnous le chercher dans les vignes qui couvrent nos coteaux? Hélas! trop souvent cette liqueur précieuse , mais dont l'abus touche de si près l'usage , enfante les c( dissolutions ' o et les désordres qui en sont la suite. Cherchons ailleurs ; demandons à Celui qui a dit, a Je suis la vraie vigne ^ ; » et il nous donnera , non pas ce a sang de la vigne ' » qui coulait si riche pour

1 Dogonbéourim ^immeaiMm seligatorum. &=> Osé. c. 3 f 9. = » Eph. c. 5, M8 *= * Ego Bura vitig. =s » Deut. c. 32, y 14.

80 SECONDS SUIAINl.

les enfants dlsraël , mais un autre sang , celui qui a inondé le Calvaire , d'où il a rejailli jusque sur nos autels pour venir enivrer nos âmes des plus chastes délices. Ah ! le voilà , le vin qui fait germer les vierges ( car les vierges ne germent point dans les sectes religieuses qui , en se séparant de l'Eglise, ont perdu rEucbaristie); le voilà , le vin mystérieux qui , après les avoir enfantées, les conserve, les soutient, les nourrit, les fait grandir dans cette virginité qui leur est si chère , et leur procure des consolations et des joies que ne soupçonne même pas «l'homme terrestre et animal , à qui les choses de Dieu paraissent une folie ^ , » parce qu'il ne peut ni les goûter ni les comprendre.

Mais si ce vin fait germer les vierges , il fait germer aussi tout ce qui est saint. Venez donc , dans quelque condition que vous soyez, vous qui désirez atteindre la perfection de votre état, venez; « ce vin se donne surtout à ceux qui souffrent et qui sont dans l'amertume du cœur; aAn qu'ils boivent, et qu'ils oublient leur pauvreté , et qu'ils perdent pour jamais la mémoire de leurs douleurs ^ » U y a tant à souffrir dans celte vie, et surtout au milieu du monde I Venez; une communion bien faite , si elle n'enlève pas

» I Cor c. 4, ^ 14 « « Prov. c. 81, y 6, 7.

SBCONOI ÉLÉVATION. 81

•l68 peines , les admicit , au moins , et les rend plus supportables , car elle nous unit intimement à €elui qui a été la force de tous les saints et leur ineffable consolation.

Encore les oracles des Prophètes.

Nous avons vu le Sacrement ; voici mtilntenant le Sacrifice. Les Prophètes ont tout aperçu, tout annoncé , par rapport à cet auguste mystère.

Isaïe , dans les dernières pages de ce livre divin , où il semble être moins un prophète que rhistoriem des humiliations et des grandeurs du Messie , de son règne sur les âmes et du passage de son Eglise à travers les siècles ; Isaïe voit déjà le Seigneur choisir ceux qu'il doit prendre pour en fair'e « des prêtres et des lévites *. » Il leur crie de sa voix puissante : « Vous serez appelés les prêtres du Seigneur; vous serez nommés les ministres de notre Dieu ^ »

Mais quel est donc le sacrifice qu'ils auront à offrir? Apprenons-le du dernier des petits pro-

» Is. c. 66, ^ 21 = « Ib. c. 61, 6.

^2 SBCOMDB SniAlIfB.

phètes, de celui qui était le moins éloigné dés événements, mais qui pourtant ne les apercevait encore qu'à travers Tcpais nuage de quatre siècles, que son œil n'aurait pu percer . s'il n'eût été divinement éclairé. S'adressant à Israël prévaricateur, Malachie lui fait entendre , au nom du Dieu très-haut, ces redoutables paroles: a Mon affection n'est plus en vous , et je ne recevrai plus de présents de. votre main '. »

Quoi donc, Seigneur! le monde va-t-il demeurer sans autel et sans sacrifice?

Consolons-nous ; les victimes de l'ancienne Ipi seront remplacées par une Hostie salutaire * dont le prix effacera tous les présents qui ont jamais pu être faits au Seigneur. Ecoutons avec respect; c'est Dieu lui-même qui parle : a Depuis le lever du soleil jusqu'au couchant , mon nom est grand parmi les nations; et en tout lieu on m'offre un sacrifice , et on immole à mon nom une oblation toute pure , parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur des armées *. »

De quel autre sacrifice pourrait>il être ici question , que de celui de nos autels? chacune des paroles de la prophétie porte dans mon âme la conviction de cette jircrité.

> Mal. c. 1 1 11 » < salutarU hostia. Hym. Eccl. b > Ib.

6BC0NDB ÉLÉVATION. 83

« Une oblaUon 1 » Le mol hébreu ne signifie pas seulement une offrande quelconque , mais un sacriâce proprement dit. L^expression est la même que celle employée par Moïse quand il parle des oblations qu'accompagne la farine ou le pain ; et il est évident que le propl^ète Malachie fait ici allusion à ce sacrifice perpétuel qui s'offrait dans le temple matin et soir , et dont la victime était un agneau auquel on joignait une certaine mesure de pure farine et de vin ^ ; image sensible de cet a Agneau de Dieu y » qui est offert sous les espèces sacramentelles , au saint sacrifice de la messe.

a Une oblation pure » ! Quoi de plus pur que le fruit béni des entrailles d'une Vierge*, ce Dieu la sainteté même, Celui qui seul a pu porter à ses ennemis cet étonnant défi : « Qui de vous me convaincra de péché'? » Quoi de plus pur que cette oblation eucharistique qui exige tant de sainteté de la part de ceux qui l'offrent et de ceux à qui elle doit servir de nourriture , et dont les effets sont précisément la destruction du péché et l'éloignement de tout ce qui peut y conduire?

Cette oblation est <x immolée » à la gloire de Dieu. Une pareille expression ne saurait conve-

^ Bxûd c. 29, y 40 ss « Luc. c. 1, y 42 « > Joan. c. 8.

84 JBC«K1IE

nir aux offrandes qui ne seraient pas un véritable sacrifice. On «présente» à Dieu^desiprières , des hommages , les flenrs et les frmis de la terre ; mais il n'y a qu^une victime qui soii a immolée d à son nom. Pour raecomplissement de celte prophétie , il me<faut donc un auiël , il me faut im sacrifice , et je ne puis trouver cela que danis nos églises , où le corps-et le sang du Sauveur , offerts séparément «ous des espèces différenrtes , sont cependant unis, pnisquMl est vivant ^ et forment une « hostie vivante et véritable. »

Mais ce qui me frappe surtout , c'est que le sacrifice dont parle ici le prophète doit être offert « en tout lieu '. n Or ceux des Juifs sWraienl exclusivement dans le temple de Jérusalem ; celui de la croix n'a été offert que sur le Calvaire, et je ne vois que le saint sacrifice de la messe qui soit offert partout.

xMon Dieu , que ee sacrifice est admirable dans son étonnante simpltdté, et combien iLest vrai de dire qu'il répond parfaitement à la grandeur de votre nom , qui n'a point d'c^al parmi les nations ! Les Juifs n'avaient à v^us offrir que de simples créatures , des fruits , des animaux; et nous avons rinestimable privilège de pouvoir vous ^offrir UQ Dieu égal à vous

> In omni loeo.

SECOHDB fiLÉVÀTI01l% 8ft

err tovtes choses. Qu'étail^e que toutes ces victltnes de raneienfie loi , comparées aux péché» pour lesquels on les immoYmij sinon noe faible et ifiiisérable compensatioû ? tandis que sur Ms antels j'aperçois une hostie dont rexcellenee et la bonté dépasse infiniment la malice de nos fautes. Mon Dieu , quel sacrifice que le uètre ! comwie il fait éclater admirablement tous vos attributs ! votre bonté , qui nous donne un Rédempteur et qui , pour cela , n'épargne pa» son propre Fils ' ; votre justice , qui trouve de quoi se satisfaire pleinement datie la mort de ce Fils unique ; votre sagesse , qui invente un ftioyen si précieisx de nous sauver , et votre puîseanee , qui , pour y parveuir, ne recule pas devant le plus grand des prodiges! Quel sacrifice que celui qui nous offre Toceasion de pratiquer les plus excellentes vertus ^ qui exerce au plus haut point notre foi, qui anime notre espérance» car qm pourrions-nous ne pas espérer de Celui cfûi nous donne son pr(»pre Fik* ? Sacrilke qui mcile notre amour , en nous montrant jusqu'où va pour nous celui de Dieu , et qui enfin nous met en mesure de pratiquer de la manière la plus parfaite cette belle vertu de religion , qui , en nous rattfichant à Dieu par des liens esté*

i Rom. c. S, ^^ 32 M « Ib.

86 SECONDE SBHÂllfE.

rieuris, nous rattache surtout à lui par Tamour , et nous tient dans une dépendance qui fait à la fois notre sûreté et notre bonheur.

Pourquoi faut-il , hélas ! que ce sacrifice si admirable et si précieux ne soit pas mieux compris, ne soit pas traité plus dignement par une foule de Chrétiens ? Mon Dieu , que de profanations! et si encore elles nous venaient toutes des étrangers et des enuemis ! mats trop souvent ce sont nos frères , ce sont des enfants que vous avez beaucoup aimés , qui commet^ tont a plusieurs crimes dans votre maison * n et qui violent la sainteté de ce sacrifice ! Ne dirait^ on pas que le prophète Daniel, en prédisant d'autres profanations moins déplorables , a eu surtout en vue de peindre celle-ci, pour laquelle nous ne saurions jamais trouver assez de larmes? « Ils violeront , dit ce prophète , le sanctuaire du Dieu fort; ils feront cesser le sacrifice perpétuel , » en le rendant inutile par leur mépris ou leurs irrévérences , « et ils mettront dans le temple l'abomination de la désolation^ j o en y multipliant les plus affreux sacrilèges.

Mon Dieu , ne sommes-nous point peutêtre nous-mêmes, par nos péchés» la cause première de ce malheur? n'est-ce point,

i Jer. c. 11, y 15 a « Dan. c. 11, y SI.

SECONDB ÉLâVATION. 87

peut-être notre tiédeur et notre indifférence que vous punissez , en permettant que ie sacrifice des autels soit traité d'une manière si indigne par les ennemis de la foi ou de la piété ? n'est-ce point raccomplissement de cette autre parole du même prophète , qui , peignant les ravages que fera TAntéchrist dans les derniers temps , peint aussi les désordres de ceux qui lui servent de précurseurs en commençant son œuvre? a La puissance lui fut donnée contre le sacrifice perpétuel , a cause des péchés* . » Eh ! mon Dieu , sans être absolument aboli , ce sacrifice ne peut-il pas être quelquefois comme s'il n'étaitplus?Lorsque, par exemple, au milieu d^une tourmente révolutionnaire , les prêtres massacrés ou bannis ne peuvent plus offrir , en certains lieux, la sainte Victime , n'est-ce pas « une puissance donnée à l'homme ennemi contre le sacrifice perpétuel ?» et cette puissance, n'en jouit-il pas aussi d'une autre manière quand , au moyen de ses instigations diaboliques et d'un travail infernal, il parvient à éloigner de nos temples déserts les populations qui devraient les remplir ? Le sacrifice s'offre sans doute alors par un prêtre isolé ; mais où est l'assistance ? ou sont ceux qui doivent manger la Victime ?

i Dan. c. s, f 12.

88 SECONDE SEMAINE

Mon Dieu, je le répète , n'est-ce point peutêtre à cause de nos péchés , que vous permettez raecomplissemeùt de cetli^ terrible prophétie? Ah! BOUS vous en conjurons, retenez votre }u8te colère , et daignez agréer la promesses que nous faisons de mieux profiter , à Tavenir , du riche trésor qui est mig tous les jours à notre disposition , quand la sainte Victime se multiplie , pour ainsi dire à Tinfini , sur Tautel , dans les mains des prêtres.

Promesee de PEucharistie faite par le Sauvenr lui-même daat

TEvangile.

Nous touchons à <c la plénitude des temps '. » C'est le Sauveur Jésus lui-même , qui va nous montrer, de tout près , le grand événement qui se prépare. Jusqu'ici, a Dieu avait parlé à notf pères , en divers temps et en diverses hianières , par lés prophètes *; y> mais il va maintenant nous parler par « son propre Filâ\ Recueillons-nous donc dans le lieu le plus intime de notre âme ^, pour ne rien perdre des paroles de vie qui tomberoM de cette bouthe adorable.

I Gai. c. 4, j^ 4. c- • Hebr. c. 1, t i « Mft. «^ » Boifoet.

TROlSlfeME ÉLt^TATlOir. 89

Déjà notre divin Mailre avoil fait entendre d une simple fetnrae de Samarie , qu'il daignait! dvangéliser , une parole qu'on peut regairdor CMime l'aurore du culte chrétien. aPemniey croyez-moi , le temps va venir que vous n'ad»' rerez phis le Père céleste ni sur cette montagne ni dans Jérusalem * . L'adoration extérietire el k sacrffice qui en est ki principale. partie, ne seront plus restreints à un seul lieu de la ierre , quelque vénérable ei sacré qu'il soil. Qui , « te temps vient y et il est déjà venu , que les? vraift adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité*. » Les JuiEs et les Samiaritaîns ne faisaient consister leur adoration que dans quelques hofmtnaigés extérieurs, sans presque âûDger àr la pureté de l'âme. Ils se trompaient ; car « c'est surtout le cœur ({ue Dieu regarde '. » Mata le Me^ia a qui est déjà venu ^ » et qui vou6 parle va établir parmi les hommes le culte , à la feie intérieur et extérieur , qui convient à la niajesté de Dieu. Il établira donc un sacrifiee,^^ ei il en fait implicitement la promesse; car uoe religion d'oo le sacrifice serait bdnni arriverait bientàt à n'être plus qu'un vain fantôme.

Mais y mon Sauveur , permettez-nous de vous

* Joan. c. 4, j^ 31. tajs « ib. = « Intuetur cor. «= * Joàn. c. 4.

90 8BC0NDR SEMAINE.

dire ici, avec la même simplicité que le jeune Isaac chargé du bois de son sacrifice : a Où est donc la victime de Tbolocansle ^ , » qui doit nécessairement se trouver dans le culte que vous nous apportez?

La victime ! vous allez nous la faire connaître dans ce beau cbapitre sixième de saint Jean » où vous passer en quelque sorte avec nous ua contrat y vous engageant à nous' donner le plus riche trésor que nous ayons jamais pu recevoir de votre bonté.

Il est évident pour tous que , dans la première partie de ce chapitre , c'est-à-dire du verset vingt-six au cinquante-deuxième , vous ne parlez point de TEucharistie , mais seulement de la foi eu votre personne adorable; quoique vous vous serviez d'un langage métaphorique qui vous était familier^ et que vous empruntiez à la nourriture corporelle. L'occasion vous en était fournie , mon divin Maître , par l'empressement que mettait à vous suivre et à vous écouter , ce peuple que vous aviez nourri miraculeusement avec cinq pains , dans le désert. En leur recom* mandant de ne pas s'attacher uniquement à ce pain matériel , à « celte nourriture qui se consume et périt*, » vous vous présentiez à eux

1 Gen. c. M, y 7 » * Joan. c. 4. y 34 » • Ib.

TftOlSIÈMB ÉLÉYATION. 91

comme » le pain vivant descendu du GieP , » et il est incontestable que vous vouliez leur parler là de votre Incarnation et de la nécessité d*y croire pour être sauvé.

Mais , ce qui n'est pas moins certain , c'est que dans le reste du chapitre vous parlez d'une manducation réelle de votre corps et de votre sang précieux. Plus je relis ces paroles, 6 mon aimable Mattre , plus je sens que vous m'y promettez quelque chose que vous avez dû me donner plus tard ; et cet objet de vos promesses, c'est votre chair adorable» immolée pour donner la vie au monde ^ Si, en effet^ vous n'aviez voulu nous accorder qu'un simple souvenir de vous, sans nous donner réellement votre corps, auriez-vous répété tant de fois , et pour ainsi dire à satiété, ces expressions qui nous ramènent toujours à quelque chose de réel et de sensible , a ma chair et mon sang ? » Je les retrouve cinq ou six fois dans l'espacé de quelques lignes. Permettez-moi de vous dire , ô bon Mattre , que s'il ne s'agissait pas là d'une chair et d'un sang véritables, ce serait un piège que vous nous tendriez ; car vous nous plongez , pour ainsi dire à chaque pas , dans la réalité y et pour n'y voir qu'une figure il faudrait vraiment faire violence

> Joan. c. 6, > 88 s * Ib. M.

9S ClKQCliMB SBHAUIS.

à VOS paroles. Je ne yeiix pa& qu'on Bft'en ereie sur la mienne ; il faut (|u'on vdus entende vousnaâme : a Parlea, Seigneur, vos serviteurs écou<tent ^ 9

a Je suis le pain vivant descendu du citsl :

quiconque mangera de ce pain vivra éternellement; et te pain que je donnerai, c'est ma ebair pour ht vie du monde.... Celui qui mange nia ebair et boit mon sang a la vie éternelle ; car maofaair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Gelai qui mange ma ebair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui '. »

Voilà vos paroles , mon Sauveur : qu'aurfea^ vous pu dire de plus fort pour établir la réaUté de votre présence dans le Sacrement de nos au- Ms ? Aussi les saints pères et les docteur» de TE^fise ont-i4s tous entendu ceâ mots dans le sens naturel ou nods hs prenons , et où il faut toujours prendre vos discours, à moins qu'on ne fions avertisse dans l'Ëvangile , que vous parles en parabole. Je sais que quelques pères de l'Eglise ont aussi donné, par occasion , un sens mystique à ces nriémes paroles que je vi^ns de citer tout à l'beure ; et les bérétiques n'ont, pas manqué de s'en prévaloir comrhe d'une arme

i I. Reg. c. 8, 1 10 « « JtMta. c. 7, y St, S7.

TllOf9li»ME ÉLÉVATION. 93

contre la présence réelle; mais ils ont tort. 'Les sens spirituels et accommodatifs donnés à certains passages de TËcriture n'empêchent -pas le sens naturel , qui est le premier de tous ; et la vérité historique, qui sert de fondement à tout le reste,, n'est pas détruite , parce que sur elle on aura élevé Tédifice de quelque considération morale et spirituelle. Ainsi , quand votre apôtre disait aux Galates a qu'Agar était le mont Sina, et Sara la Jérusalem céleste ',d il parlait un langage figuré , mais qui ne détruisait en rien la vérité historique des événements que rapport la Genèse lorsqu'elle raconte l'histoire de la servante et de l'épouse d'Abraham*. De même .torsquH plail à un Père de l'Eglise d'appliquer aussi les paroles de votre promesse à qqelqm autre objet, qui est pour nous une source de grâce et de vie , par exemple, le Baptême , l'Ecriture sainte, la Passion, cela ne prouve nullement que vous n'ayez pas eu l'intention de parler de votre corps et de votre sang et de nous en promettre la possession ; cela prouve seulement que vos oracles sacrés sont si riches qu'on en peut tirer à profusion de quoi nourrir uoe piété insatiable , et qu'indépendamment du sens -natorel et obvie auquel il faut .s'attacher d'a^

» Gai. c. 4, t «* = • Gen. c. 16.

94 6BC0RDB BBIIAIMB.

bord y ils out aussi des seos accommodatifs et figurés dans lesquels il n'est pas non plus défendu de les preiulre.

Marmares des Capharnaltes.

11 s'est pourtant rencontré tout d'abord des esprits qui n'ont pas eu assez de force pour porter cette étonnante promesse, ni assez de docilité pour y ajouter foi. Mais leur incrédulité ne fera que rendre ma soumission à votre parole plus aisée et plus prompte , Seigneur , puisqu'elle vous a fourni l'occasion d'ajouter encore quelque chose aux preuves si solides dont cette vérité se trouve entourée.

Je les entends se dire les uns aux autres :

« Gomment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ^ ? » Apparemment ils ne voyaient en vous, mon Sauveur, qu'un pur homme dont la puissance ne dépassait pas les limites de l'humaine faiblesse; car s'ils y avaient vraiment reconnu un Dieu , le Dieu des vertus et des prodiges % ils n'auraient jamais eu le cou-

t Joan. c. 6, t 53 » s Ps. 79, j^ 6.

rage de prononcer ce triste a conf)ment, » et d'ouvrir ainsi la porte au doute sur tous les prodiges dont l'ancienne loi est remplie. Car, si vous demandez comment ce Dieu fait homme pourra vous donner son corps , je vais, dit saint Cyrille , vous accabler d'une foule de questions auxquelles vous ne sauriez répondre , sans me fournir à moi-même une réponse à votre misérable comment. Ainsi je vous demanderai :

Comment le peuple hébreu a-t-il pu sortir de l'Egypte ? comment la verge de Moïse s'est-elle changée en serpent ? comment sa main a-t-elle été subitement couverte de lèpre et subitement rendue à son premier état? comment Teau s'estelle changée en sang dans toute la terre d'Egypte? comment vos pères ont-ils marché à pied sec au milieu de la mer? comment l'eau du désert a-t-elle perdu tout à coup son amertume quand Moïse y eut jeté un simple morceau de bois? comment la manne a-t-elle pu tomber pour nourrir tout un peuple pendant quarante ans? comment le Jourdain a-t-il pu remonter vers sa source ? et le reste dont le détail serait infini.

Vous me répondrez que c'est par un effet de la toute-puissance de Dieu.

Eh bien I si vous reconnaissez un Dieu dans

<96 «BGOHDB aUfÀCU.

la peisoane de l'humble Jésus de Naxareih , TOUS devez croire , avec nous , qu'il est assez puissant pour pouvoir nous donner réellemeot son corps, et assez bon pour avoir voulu le (faire. Ce prodige ne peut pas plus lui coûter <[ue les autres. Renoncez donc à votre misérable comment , et acceptez sa parole , toute «dure ' » qu'elle v<)us parait.

H faut bien l'accepter ; car vous voyez que la Sauveur ne la retire pas, malgré les murmurée qu'elle provoque. Au contraire , il enfonce davantage dans la réalité ; et bien loin de chercher à soulager votre foi si faible , en lui faisant remarquer qu'il ne s'agit ici que d'une simple figure de son corps et de son sang, ce qu'il aurait pu et dû faire si effectivement il n'y avait eu que cela dans sa pensée ; au lieu , dis-je , d'enlever cette pierre contre laquelle vous venez vous heurter , il la laisse sur votre chemin , et appuyant encore davantage sur sa parole,, si dure pour vous , si aimable pour nous , il insiste avec la plus grande solennité : <c En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme , et si vous ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en vous.^. »

C'est assez , mon Sauveur. Je plains ces faibles

* Joan. c, 6, t 60 B= « ib. 64.

QUÀTRIÈM8 ÉLÉYATION. 97

croyante qni se scandalisent d'une si rtobe et si belle promesse ; je pleure sur leur triste défêc** tien , et je me range du côté des disciples fidèles, qui s'attachent à vous, parce qu'ils savent bien que d vous aves les paroles de la vie éler* nette ^ , » et qu'ils croient véritablement que <{ vous êtes le»Christ , le Fils de Dieu *. » Voilà le mot qui tranche les difficultés. Quand on a été assez docile ^ pour croire à l'Incarnation , on croit sans peine à l'Eucharistie. Vous pouvez , ô Jésus , me promettre tout ce que vous voudrez de plus difficile et de plus fort ; du moment que je vous reconnais pour mon Dieu , j'accepterai avec transport et sécurité toutes vos promesses. Enfant d'Abraham par la foi et par le cœur , je marcherai sur les traces du père des croyants , et je n'aurai pas moins de confiance dans vos paroles, Seigneur Jésus, que ce grand patriarche en a eue dans celles du Dieu qui lui promettait cependant quelque chose de si fort et qui pouvait déconcerter toutes les espérances de la nature. « Il n'hésita point, et il n'eut point la moindre défiance de la promesse de Dieu ; mais il se fortifia par la foi , rendant gloire à Dieu , pleinement persuadé qu'il est tout-puissant pour faire tout ce qu'il a promis ^ d

1 ioan. c. 6, j^ 69 a * Ib. 70 as s Ib. «5 « « Rom. C. 4, f 20.

98 SBCONDB SBKAINI.

Et moi aussi , plein de confiance dans le a Dieu qui ne ment point ^ , d j'accepte sa promesse , tout étonnante qu'elle paraisse ; et, dans les élévations qui vont suivre , je verrai avec bonheur que je n'ai pas eu tort de -me confier en ce Dieu qui sait toujours être a fidèle ^. X» •

i Tit. c. 1, BB < Passim.

Gomment le Fîk de Dieu a rempU ta promesse en noua faisant don de son eorpt et de son sang pré-

Le cénacle.

Venez ; a passons ensemble , non plus à Bethléem ? , » comme autrefois les bergers^ qui allaient adorer le Sauveur nouveau-né , mais à Jérusalem, dans ce lieu béni où il va prendre une nouvelle naissance , qui doit se perpétuer sur nos autels jusqu'à la fin des siècles. Cherchons des yeux a cet homme qui porte uoe cruche d'eau * ; » suivons-le avec les deux disciples chargés des ordres de leur divin Maître : a 11 nous montrera une grande chambre haute, toute meublée \ » Voilà donc le lieu saint et vénérable où va s'accomplir le plus profond des mystères , le mystère d'amour par excellence. Combien il nous serait doux d'étudier à l'aise et en détail toutes les circonstances qui précèdent

* Luc. c. 2, y 15 = ' Marc, c. U, H3 « ' Ib. 15*

100' TBOISIÈME 8BMA1NE.

et accompagnent ce grand événement! Mais, mon Diea , quelle plume, quel cœur pourraient maintenant y suffire? 11 faut attendre les éternels loisirs et les splendeurs du paradis pour pouvoir embrasser , dans toute son étendue , cette ineffable contemplation. D'ici là, nous ne pouvons que jeter à la hâte , an milieu du tourbillon de cette vie si agitée ^ quelques regards rapides sur ce tableau si touchant, si aimable; mais c'est assez pour reconnaître et sentir la vérité dont il est plein. Notre unique affaire, en ce moment, est dMcouter avec attention et respect les paroles que le Sauveur prononce dans le Cénacle , et de bien remarquer ce qu'il nous y donne.

Ses apôtres sont à table avec lui ; ils viennent de manger l'agneau pascal , selon les prescriptions de l'ancienne loi qui va expirer et qu'il faut respecter jusqu'au bout. Ce repas est ^ivi , selon l'usage , d'un autre banquet où l'on sert des viandes ordinaires et destinées à apaiser la faim des convives , auxquels l'agneau pascal n^Âurait pas suffi comme aliment. G^est ce banquet dont l'usage sub^stliit encore dans les premiers jours du christianisme, avant que l'Eglise eût jugé à propos de le supprimer comme le Sauveur lui en avait lavssé le droit * et lui en a

« l. Cor. c. 11, y 84.

PREMIÈRE ÉLÉTAtlON. fOI

donné riiisplratîon * ; c'est , dîs-je , ce banquet dont éaint Paul voulait parler, quand il dissrit à ceut des chrétiens de Corinthe qui en abusaient : a Lorsque vous vous assemblez comme vous faîtes , ce n'est plus pour manger la Cène du Seigneur : Dominicam ccsnam '. o Ce mot à donné lieu à une méprise chez DOd frères séparés. En répudiant le nom d'Eucharistie, si cher à l'Eglise catholique, ils y ont substitiié celui de « Cène » comme plus évangélique , comme emprunté à saint Paul lui-même. 11 ne faul point leur laisser cette consolation , car elle n'est pas légitime. Le nom de ci Cène » n'^st donné dans l'Ecriture qu'au repas préalable à l'institution de TEucharistie j qu'à ce repas oii il n'y avait en effet que du pain et du vin. 11 n'est jamais donné à celui ou nous allons voir le Sauveur servir lui-même son corps et son sang. Sur la fin donc de ce second repas , comme les disciples étaient encore à table avec leur divin Maître , les cérémonies de la loi étani accomplies ' et les anciens usages conservés ( ce qui n'emportait pas pour l'Eglise l'obligation de les maintenir plus tard , puisque le Sauveur ne vùulait alors qu'enterrer la Synagogue avec honneur , et non point nous obliger à suivre en

1 Aug. ss 1 1 Cor. c. 11, y 30 Bss 3 Observata lege plene, etc.

109 TROlSiftMV SSMAIIIE.

cela son exemple ) , notre adorable Maître choisît ce moment solennel , qui touchait de si près à son dernier moment, pour etTectuer sa promesse et nous laisser le dernier gage de son amour. <^ Il prit du pain , et Tayant béni il le rompit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez , ceci est mon Corps ^ . n

Pourquoi donc , mon Sauveur , toutes les âmes ne sont-elles pas frappées de la simplicité et de la clarté de ces paroles ? Plus je ies^^relis , plus j'étudie les circonstances dans lesquelles vous les avez prononcées, plus je sens que vous avez voulu nous faire un don réel et infiniment précieux ; que vous avez voulu vous donner vous-même à nous. Je m'étonne que nos frères séparés , qui acceptent si facilement d'autres mystères non moins prodigieux, non moins difficiles à porter, éprouvent tant de répugnance pour celui de rEucbaristie. Ils seraient bien embarrassés si je leur demandais de me trouver dans l'Ecriture des paroles exprimant le mystère de la sainte Trinité et celui de l'Incarnation aussi clairement et aussi distinctement que la présence réelle est exprimée dans ces paroles , « Ceci est mon Corps ; » si je leur deman<iais de me citer un texte disant qu'en Dieu il n'y a

1 Matt. c. 26, t 2G.

PRBHltBB ÉLÉYATION. i05

qu'une seule essence et trois personnes distinctes , et un autre disant qu'en Jésus-Christ il y a deux natures et une seule personne. Et pourtant ils croient tout cela comme nous , et ils ont raison de le croire; mais pourquoi donc, quand il y a un texte si formel et si clair pour FEucharistie , se montrent-ils si exigeants , si difficiles ? mon Sauveur, il leur en coule donc bien de croire à votre amour ou à votre toutepuissance? Ah ! qu'ils y prennent garde ; quand on a mis le pied dans celte route , on va bien loin : la négation d'un mystère est à l'entrée de la route; l'athéisme est au bout.

Je ne veux point me jeter ici dans de longues controverses ; mais pourtant , mon Sauveur , j'ai besoin de saisir cette occasion de raisonner ma foi et d'en goûter à l'aise la délicieuse vérité. Oh ! oui , c'est bien votre Corps que vous avez voulu me donner , puisque vous le dites si expressément. Je sais que <i tout homme est menteur ' ; » mais je sais aussi que a la vérité est en Jésus * , d et que vos paroles si pures ' ne sauraient jamais être que l'expression nette et sincère de vos pensées. Aussi ne cherché-je point à en éluder la force; je les prends telles qu'elles sont , et je crois tout ce qu'elles disent.

< Ps. 117 a* s I Joan. c. 5, ^ 6 et alla. :« > Eloquia casr

104 nOratlUE SUAIRB.

H en serait autrement si je ne satais pas ^ui voui êtes , et que je ne reconnusse pas en touâ ie Tout-Puissant. Oh ! alors , je me tiendrais en garde -, et puisqu'il s'agirait d'un homme , je n'accepterais de vous que ce qu'un homme peut faire , rien de plus. Mais tous êtes plus qu'un homme. Les prophéties qui ont précédé votre Tenue, les miracles qui l'ont accompagnée et suivie , me montrent que vous êtes uo Dieu , puisque vous les avez faits y ces miracles , préci* sèment pour prouver que vous l'étiez : dès lors, j'accepte comme uile vérité tout ce qui sort de voire bouche. Vous dites aux Juifs : a Mon Père et mot nous sommes une même chose ^ » Us croient que vous blasphémez ; ils veulent vous lapider; moi, je ne crois qu'une chose, c'est que vous êtes Dieu comme votre Père , puisque vous le dites. «Le Verbe s'est fait chair', o dit un de vos saints évangélistes : l'incrédule repouàse cette parole et nie l'Incarnation ; itioi , je la reçois avec respect et confiance , parce que je sais qu'elle vient de vous. Votre apôtre me dit que « les morts ressusciteront incorruptibles ' : » l'esprit humain se déconcerte à cette idée , et repousse un dogme 4ui semblait aux païens dépasser la puissance

t iofln. c. 10, ^ 30 »B * ioan, c. 1 « M Cor. c. 15. y S3.

PR^MIARE ÉiJËVATION. lOJtS

ménQe de la Divinité ; quant à pooj , mon Oieu^ qui sais que celle parole vienl de vous , je la regou avec respecl , amour , soumission et confiance. De même, quand vous dites , a Ceci est aion Corps , o je crois fermement que c'iest votre Corps ; et il me semble que je nioiu*rais millp fpis plutôt que de faire passer pour oieoteur Celui qui est la vérité même.

C'est, en effet, ce que firent vos apôlres^ qui recueillirent œlte parole sans se permettre pqe seule réflexion. Eux qui ne manc|uai6nt jarnais de vous accabler, de questions, qui ne voulaient rien laisser passer sans explication et qui avaient toujours peur , si j'osais parler ainsi , de se no^er dans quelque pprabole ' y aujourd'hui ils ne font pas la plus petite demande et ne so^ilèvent pas la moindre difficulté. C'est que sans doute il n'y en a point à faire , et que quand un Dieu parle , il n'y a qu'à croire et à obéir.

Ils pouvaient, du reste, s'en rapporter à vops et à votre adorable sagesse , car vous ne manquiez jan\ais d'aller au devant de leurs besoins et de provoquer vous-même les eiplioalions quand elles élajent nécessaires. Ainsi, le jopr QÙ vous présentâtes sous l'image, du pain f (n^i^ d'ua pain troqipeur et dangereux ^ la^octriu^

> Matt. c. 13, y 18 et «lias.

106 TBOlSiftMB SBHâINE.

des pharisiens toute pleine d'un levara d'hypocrisie , vous eûles grand soin d'expliquer longuement cette figure y afin de prévenir la fausse interprétation que déjà ils commençaient à donner à vos paroles *. Dans le cénacle , ô nrron Sauveur, vous devriez (pardonnez-moi si je parle avec tant de liberté), oui, vous devriez encore fixer le sens de vos paroles , s'il n'était pas par lui-même plus clair que le soleil. Vous ne le faites pas ; il n'y a donc pas lieu à le faire. Ce n'est plus ^ comme alors, un discours métaphorique; c'est une expression qui se doit prendre à la lettre. Vous n'avez pas besoin de l'expliquer^ il suffit que vous ta prononciez ; je Taccepte , je l'adore et j'y crois.

Jésus, combien je vous bénis de nous avoir fait un don si précieux ! vraiment , il n'était pas possible de mieux nous montrer votre amour. En attendant le bonheur de vous posséder dans le ciel ; en attendant ce jour où les aigles s'élanceront d'un vol rapide , pour se réunir autour de votre corps ' glorieux , dans les splendeurs de l'éternité, vous avez voulu que, même sur cette terre d'exil et de passage, nous ne fussions pas privés de votre présence corporelle , mais qu'il nous fût donné de nous

• Matt. c. 16 , y 1« « « Ib. c. «4.

PREMIÈRE 6l£YÀTI0N. 107

unir étroitemenl à vous dans ce Sacrement, selon la belle parole que vous aviez dite, au jour de votre promesse : a Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang , demeure en moi , et moi en lui '• »

Mais , en vous donnant , vous vous cachez.

Ne faut- il pas, en efiet, exercer pleinement notre foi? Déjà votre divinité, ô mon Sauveur, étaR comme enveloppée d'un nuage, pendant votre vie mortelle ; et Thomas qui la publiait en s'écriant « Mon Seigneur et mon Dieu*, » Thomas la croyait sans la voir, et vous l'avez déclaré bienheureux d'avoir eu cette foi. Je suis encore plus heureux que lui , sous ce rapport, puisqu'en m'approchant de votre autel, je ne vois pas et je ne touche pas , comme cet apôtre , le corps que vous avez pris pour mon salut; et cependant je l'y crois présent sur votre parole , et je vous crie avec lui : « Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu, n

Oui, vous y êtes. Mes yeux , sans doute, ne le disent pas; mais ils ne sont point chargés de le dire. Ils me rapportent exactement ce qui est de Teur ressort, la couleur et la forme des saintes espèces. Quant à la substance qu'elles recouvrent, et qui n'est plus le pain, mais votre corps , puisque vous l'avez dit, c'est ma foi qui

^ Joan. c. 6 CB * Domimis mens et Deus meug. *

i08 THOISltHB StHAHIB.

est ehergée de m'en ioslriiire ; cette foi qui Tient par « Fouîe ' )» et qui suffit , etle seule , pour aie rassurer pleiaerneat sur )a vérité de votre présence *.

Mon Dieu , mon Dieu , c^esl parler trop longtenrtps ; je devrais être à genoux , pour vous adorer dans le silence de l'admiration et de la reconnaissance.

Continuation du cénacle dans nos églises.

Frappé de la simplicité de vos paroles et de la grandeur de votre puissance , j'ai dû croire , ô mon Jésus , que vous vous êtes donné comme aliment à vos apôtres, puisque votre Evangile en fait foi. Mais n'est-ce point pour cette seule circonstance que vous aviez réservé ce bienfait? ce grand pouvoir, qui ne m'étonne pas dans un Dieu, ne sera-t-il point peut-être restreint à vous seul? Ecoutons jusqu'au bout les divins oracles :

« Faites ceci en mémoire de moi • ; » c'est-è-

1 Fides ex auditu. = > Auditu solo tutô creditur. es s Luc. c. 2a, jfr 19,'et I Cor. c. 11, f «4.

SBGONM ÉLfiTÀTION* 109

dire ce que je tiens de faire. Or qu'avez-vous fait, mon Sauveur? Vous avez pris du pain, vous Tavez béni , rompu , et , après l'avoir consacré , c'est-à-dire en avoir fait votre corps et votre sang , vous l'avez offert pour nous à Dieu votre père, comme il devait Tétre bientôt sur la croix j et enfin vous l'avez distribué à vos disciples, qui l'ont reçu , comme une céleste nourriture. Voilà ce que vous avez fait: ehl bie^i , c'est tt ceci » que vous nous dites de faire ; et l'apôtre saint Paul, complétant votre ordre, nous avertit de le faire jusqu'à ce que « vous veniez * d pour juger le monde , c'est-à-dire jusqu'à la fin des temps.

Mais puisque vous dites à vos apôtres de c( faire ceci , » sans aucun doute vous leur en donnez le pouvoir ; car il serait étrange ( j'adoueis mes expressions par respect) il serait étrange d'ordonner une chose à quelqu'un en le laissant privé des moyens indispensables pour la faire. Evidemment cela ne serait pas sage; et vous êtes, mon Dieo, la sagesse même. Si donc, vous avez dit a Faites ceci, » comme l'Evangile nous l'atteste , je dois nécessairement conclure que, par un effet de votre puissance divine , vous avez donné à vos prêtres le pouvoir de con-

1 I Cor. c. il, y 2^

110 TROISIÈME SraAINB.

sacrer et d'offrir comme vous l'aviez fait vousmême ; rien ne pouvant vous empêcher de leur communiquer ce grand pouvoir, comme vous leur aviez donné, pour certaines occasions, le pouvoir non moins étonnant de faire des miracles ^

Il est vrai que vous no dites point de paroles qui expriment la concession de ce pouvoir; mais , puisque vous le mettez , pour ainsi dire » en action , dans la personne de vos apôtres , puis-je ne pas reconnaître qu'il se trouve en eux?

Quand il s*est agi du sacrement de Pénitence y VOUS avez dit : a Les péchés seront re* mis à ceux à qui vous les remettrez *. » Gela me suffit; je n'ai pas besoin de remonter plus haut, pour chercher une page où il soit écrit en toutes lettres : « Je vous donne le pouvoir de remettre les péchés. » Il est bien évident, pour moi , que vous le leur avez donné , puisque vous me renvoyez à eux afin d'en obtenir mon pardon.

M'eussiez vous obligé à cette démarche , s'ils n'avaient pas eu le pouvoir de me remettre mes péchés?

C'est absolument la même chose quand il s'agît de l'Eucharistie. Vous dites à vos apôtres

» Marc. c. 16, y 17 = « Joan. c. 20, y 23.

SECONDE ÉLtYATION. 1 1 J

«Faîtes ceci;» ils peuvent donc le faire; la conséquence est rigoureuse.

Ainsi , mon Dieu , voilà le cénacle dans nos églises. Tout ce qut s'est fait là, se fait encore ici. Quel bonheur! puisse raa foi , ma piété , la convenance parfaite de mon intérieur et de mon extérieur, rappeler et reproduire exactement la conduite de vos disciples, de ceux dont le cœur était selon votre cœur , et qui ont donné à tous les siècles chrétiens le modèle de la manière dont il faut recevoir le grand bienfait de la communion. En les étudiant de près et avec soin , jç ne trouve rien en eux qui .sente la négligence, ni rien non plus qui accuse Taffectation. Ils obéissent à vos moindres ordres; ils écoutent avec une religieuse attention toutes vos parales; ils vous répondent et vous interrogent de la manière la plus respectueuse ^ ; ils font avec vous la préparation* et Faction de grâces ^ Mon Dieu , quel beau modèle ! ah ! ne permettez pas que j'aie jamais le malheur de me mettre en désaccord avec eux , et de défigurer aujourd'hui , comme Judas le fit alors, ce cénacle auguste-, qui ne doit pas être moins saint pour, moi que pour vos apôtres. Remplissez-moi, Sei^ gneur, de cet esprit de religion, qui élail en

» Ev. Passim. =» * Luc. c. 22, j^ 28 «= » Joan. c. 13, ): 1.

i\t TROISIÈIIE 8CMÀINB.

eux, et puisque je suis rhéritier de leur foi et de leur espérance , que je le soid donc aussi de cet amour si vif et de ces belles dispositions qui vous autorisaient à leur dire , aprèâ avoir plongé le regard jusqu'au fond de leur cœur : a Vous êtes purs *. »

Que Notre - Seignear en îDStHaant l'Eacharistie a vovhi iidtfs

doimer an sacremeiit.

Mon Dieu , que vous êtes bon d'avoir biea voulu attacher votre grâce à des signes sensibles, dont l'usage est si facile , si sûr, quand on n'y met point d'obstacle , et si riche en fruits de salut ! Combien je vous bénis surtout d'avoir voulu qu'il y eût un sacrement qui fàt^ non-seutement le canal de la grâce comme tous les autres , mais le trône de l'Auteur même de cette grâce 1 C'est celui de l'Eluchéristie. Oui , il est évident pour moi , qu'en vous plaçant d'une manfère permanente sur nos autels, et en y renouvelant chaque jour

TEt VOS mundi estifl. Joan. ç. 18, y 10«

TROISIÈME ÉLÉYATION. 413

le grand hiysfère de la consécratîon , votis avez voulu y établir une des sonrces où nos âmes doiveril puîser le salut.

J^y remarque, en effet, tout ce qui constitue un sacrement de la loi nouvelle. J'y vois d^abord «une matière,» le pain et le vîn, destinés à être changés , par la force des paroles sacramen taies , en votre corps et en votre âang précieux. Il était impossible , frion Sauveur , d'en choisir ane plus convenable et q'ui indiquât mieux les effets produits par cet auguste Sacrement. Composé de plusieurs grains réunis, ce pain me rappelle l'union, avec vous et entre eux, des fidèleà chrétiens , qui ne doivent avoir qu'un cœur et qu'une âtne *, et il me fait sentir aussi que vous êtes l'alifnent de mon âme, et que vous lui rendez ks mémeâ sertices que le pain matériel rend à mon corps : vous entretenez la vie en elle.

Mais, pour élever cette itiatière à la dignité de sacrement, il est nécessaire d'y joindre ce qti'oA nomme la «forme» dans le langage théblogique; et, pour cela, il fautdeâ paroles choi^feâ et désignées par vous. En pourrait-il être de plus sacrées, de plus vivifiantes, que celles qui étaient tout à l'heure l'objet de ma méditation , et

< Act. c. 4, jr 8«.

ii4 THOISiftVI SEMAINE.

qui sont sorties de voire bouche adorable , dans rinstitutîon de la sainte Eucharistie ? a Ceci est mon corps * ; ceci est le calice de mon sang^ » Lors donc que le pain et le vin sont placés sur Tautel pour le grand sacrifice , que le prêtre y joigne ces courtes mais divines paroles, et aussitôt , selon le beau mot de saint Augustin , le sacrement se trouvera accompli'.

Oui, c'est un sacrement, car il produit la grâce en même temps quMl la représente et la signifie. Comment pourrait-il ne pas la produire, puisquMl renferme le Dieu « qui donne la grâce et la gloire \ » ainsi que le chantait le roi-pro~ phète? Défendez donc au soleil de donner de la lumière et de la chaleur, quand on laisse entrer quelque part ses rayons? ne porte-t-il pas avec lui nécessairement ce double bienfait ? Et le divin Soleil de justice pourrait-il être en personne dans TEucharistie sans qu'aussitôt elle devint un trésor des plus riches dons spirituels ? La grâce est donc là dans sa source , dans son aboiadance et dans cette plénitude de laquelle a nou$ avons tous reçu , » comme parle TEvangile i c'est, à dire tous ceux qui ont assez de foi et d'amour pour s'en bien approcher.

1 MaU. c. 26, y «6 B < Luc. c. «8 a ^^ Aeccedft verbum ad elementum , et fit sacramentum. = * Ps. 83, y 12 = & Joan. c. 1, j^ 17.

TBOISlftME ÉLÉTATION. 115

La grâce y est aussi représentée et 6gurée ; ce qui est de Tessence de tout sacrement. Celle séparation des saintes espèces sur Tautel me rappelle le Calvaire , où votre corps et votre sang précieux furent séparés en réalité par les tourments et par la mort. Ce pain et ce vin , dont les apparences demeurent encore après la consécration , me sont une image sensible de la vie spirituelle que vous versez en moi , et aussi de la vie éternelle que \ous me préparez a« delà du tombeau ; car vous avez dit : « Celui qui mange ce pain vivra éternellement' ; » faisant ainsi de l'Eucharistie un gage du suprême bonheur.

Ainsi , mon Dieu , tous ne craignez pas de multiplier les prodiges, quand il s'agit pour nous d'un bienfait. Vous changez (et qui oserait vous en refuser le pouvoir? ) vous changez <l'un mot la substance du pain et du vin en une autre substance infiniment précieuse , le vrai corps de Jésus y qui est qé de la Vierge Marie y et qui est assis (( à votre droite , dans les cieux * , » où il ne cesse pas de demeurer , quoique la voix des prêtres l'appelle en même temps sur mille autels différents. Puis , par un prodige non moins étonnant, et que l'on admire peut-être trop peu,

« Joan. a= 1 Marc. c. 16, y 19.

il6 TROlSiftMB 8BtfAIl>II.

VOQS conservez les espèces ou apparences du pain et du vin , après leur avoir enlevé lenr sootien naturel, et l'appui qui leur serait absolument nécessaire , si vous n^éliez pas là pour y suppléer par voire toate-puissanoe. Mon ENeu , que cela est graud ! « Je me sens tout renapli d'admiration et d'élonnement. Les hommes admirent la hauteur des mointagnes , l'agitatiofi des flots de la mer , la vaste éCendue de l'océan , te eoBrs des fleuves *et le mouvement des as*très ^ Y) Voici quelque chose de plus grand que toutes ces merveilles. Oui, en présence d'une petite Hostie , d'où je sais que le pain a dispara pour faire place à un Dieu , mon esprit ^ mon eœur et ma chair tressaillent ^ à l'envi , d'étonnement et d'admiration. Je pensais bien que Dieu pouvait aller plus loin que toutes c^ merveilles naturelles , qui ne sont pour ainsi dire qu'un jeu de ses doigts ^ ; mais jje me demande s'il peut rien faire pour nous de plus admirable que ce qui est là dans l'Eiicbariâtie , sous les yeux de ma foi. C'est un secret ; c'est le plus profond de tous ; ne cherchotts point à lé lui dérober ; oontentons-nous d'en jouir et demandons*lni d'en profiter.

î Aug. Conf. 1. 10 c. 8 = « Ps. 83, M = » Opéra digitorum taorum.

L'Eucharistie e^t vrain^Qt un sacrifiée.

Mon Sauveur, puisque vous avez daigné vous offrir à Dieu voire père , sur la croix , pour le salut du monde y et que a par cette seule obla^ tioQ , comme dit l'Apètre , vous avez rendu parfaits pour toujours jceux qui sont sanctifiés par ¥0us ' , » ou , en d^autres termes , puisque le sacrifice adorable de la croix ; où vous étiez en mèmt temps victinie et sacrificateur, ét^t plus que suffisant pour sauver Tunivers tout entier, poiurquoi nous parler d^un au^re sacrifice, celui de nos autels? était- il besoin d'ajouier quelque chose au gran^ bienfait du Calvaire? et n'était-ce pas vous exposer à n^us rendre ce sacrifice moins précieux , que d'en placer ainsi un autre bien moins grand , bien moins ai^ste en apparence , sons nos jfeux ?

Votre Eglise, mon Sauveur, va répondre pour vous ; et elle ne le fera que d'après vos inspirations*.

Et d'abord , puisque vous établissiez une relir gion , un culte public , pour rattacher les bQmjnes à Dieu et leur faire pi^iser le salut en lui,

^ Heb. c. 10, j^ 14 » s Trid. 8699. 2i, c 2.

118 TROISlItMB SBILUIIB.

ne fallait-il pas nécessairement qu'un sacrifice sensible et permanent y trouvât place ? est-ce que la raison elle-même ne fait pas sentir à l'homme ce besoin de rendre à Dieu quelque hommage extérieur comme marque de la dépendance où il est de son souverain domarine? Sans doute Thommage intérieur est le premier et le plus esssentiel de tous, mais il ne saurait suf6re à rendre notre adoration complète; et de même que la sève dans un arbre a besoin de se manifester par les fleurs et les fruits qu'elle pousse au dehors , ainsi notre cœur a besoin de montrer par des actes sensibles les sentiments dont il est plein ; et Fincrédule qui sourit de pitié ou dé mépris à la vue du fidèle s'agenouillant pour prier et offrir la sainte Victime de nos autels , riucrédule trouve cependant fort convenable et fort naturel , que Thomme des champs qui est sous sa dépendance et qui cultive pour lui un riche domaine, vienne j de temps à autre, témoigner cette dépendance par quelques présents j qui ne sont rien autre chose qu'un hommage par lequel ce cultivateur reconnaît qu'il a un maître et cherche à se ménager ses bonnes grâces * .

Aussi, mon Dieu, a-t-on vu de tout temps,

1 s. Th. î Q. c. 68, art. 1.

QUATRIEME ÉLfiVÀTlON. ii9

et dans toutes les religions y vraies ou fausses , ce grand acte d'adoration établi et usité comme l'effet d^un besoin indispensable qu'éprouve le cioeur humain de témoigner à Dieu son absolue soumission. De là ce sang qui inondait la terre dans les sacrifices offerts depuis Torigine des siècles ; et si les démons ont cherché à en faire couler en leur honneur, sur des autels sacrilèges, c'est qu'ils savaient bien que cet hommage a était du au vrai Dieu * , o et qu'ils voulaient essayer de lui dérober cette gloire. De là encore be sang versé par des hommes héroïques, qui ont si souvent fait à Dieu le sacrifice de leur vie , en souffrant le martyre , plutôt que de manquer à la fidélité qu'ils lui devaient*. Oui , toujours on a senti le besoin de vous honorer, mon Dieu , par des sacrifices.

Comment, après cela, supposer que le Sauveur Jésus , qui devait non pas détruire la loi naturelle, mais l'accomplir et la perfectionner^, aurait pu bannir le sacrifice de cette religion par excellence dont il venait doter l'univers ? Non , cela ne peut pas se supposer; les Chrétiens ne peuvent pas être au-dessous des patriarches de l'ancienne loi qui avaient des sacrifices , ni au-dessous des païens qui s'en étaient donnés.

i Aug. de CW. Dei. » * Ibid. » < Matt. c. 5.

EoQutoQp l'Apôtre, ei coroprenoas sa divine théologie : a Noas avons , dit-il , un autel : Uab$mu$ tUiare^. » Mais un autel suppose un sacrifice et appelle uécessaireinent une victime. A cfuoi bon le dresser si rien ne doit y être ofiCert 7 En parlant dies Hébreux , le même Apôtre disait : a Ceux d'entre eux qui mangent de la victime immolée ^ ne prennent-ils pas ain^i part à Tautel ?» 11 y a donc corrélation entre Tautel et le sacrifice : quand on a Tun , on doit nécessairement avoir l'autre . Si donc vous nous avez laissé un autel , Seigneur Jésus ,* comme votre apôtre l'assure , vous avez dû nous laisser aussi un sacrifice ; et du moment que vous avez dû le faire , voua l'avez fait, car il n'était pas possible qu'un Homme-Dieu manquât à aucun de ses devoirs.

Je sais , mon Dieu , que pendant longtemps vous vous êtes contenté des sacrifices de l'ancienne loi; mais, puisque vous deviez nous donqar par votre FiJs une religion plus parfaite 9 le moment devait venir , et il est venu pour vous, de « rejeter cette première loi comoie impuissante et inutile % d d'accomplir fcet orç^cle du Prophète : « Mon afiecliop n'est plup en voi^s y et je ne recevrai plus de présent

« Hebr. c. ij^, f 10 « « Ib. c. 7, jH8. ' .

QDATIUltVB ÉLÉVATlOIf. iî2l

de voire main *;i> et par conséqueiH d^établîr uo autre prêtre , qtti fût a Prêtre selon Tordre de Mekhisédecb * y » c'e$t-^-dire pour offrir un sacrifice dont celui de ce grand homme était , coifiBie nous l'aTons vu , une éclatante figure. Oui , Seigneur , il nous fallait dans la religion un sacrifice vraiment digne de vous ; il fallait que ce sacrifice eût plus de valeor que l'univers tout entier ; a car tous les peuples du inonde étant devant vous comme s'ils n'étaient point' , quelle valeur pourraient avoir leurs plus riches offrandes , puisqu'eux-mémes en ont si peu ?

Venez, venez , Sauveur Jésus ^ et après vous être offert seul pour nous sur la croix, venez vous offrir en union avec nous sur l'autel , et alors nous anrons une victime digne de la majesté infinie de votre Père, car cette victime sera vous et nous.

Je viens de nommer votre croix , votre passion : ne fallait-il pas en rappeler et en éterniser parmi doùs le souvenir et les effets ? c'est à quoi servira encore le sacrifice de nos autels > c'est pour cela qu'il nousen fallait un* « Toutes les fois que vous mangerez ce pain , disait saint Paul , et que vous boirez ce calice , vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu^à ce qu'il

> Mal, c. 1, y 10 =»• Heb, c. 7, ^ « «= » Is. c. 40, f 17.

iSt TROISIÈMB SEMAHm.

vienne'. » Oui, nous rappellerons le souvenir de sa mort, c'est-à-dire du plus grand de tous ses bienfaits , et sans doute aussi le souvenir des autres , tels que la création , la conservation dont nous vous somnies redevables, mon Dieu.

Saint Augustin nVt-il pas dit, et avec raison, que la religion consiste surtout dans la recon* naissance * ? Mais comment pourrai-je suffire à vous témoigner ma reconnaissance , si vous ne me donnez pas quelque chose qui soit vraiment digne de vous ? Ah ! vous me le donnez au saint autel par voire Fils adorable , qui vient égaler l'expression de ma reconnaissance à l'étendue de vos bontés. Oui , par lui et avec lui je pourrai vous offrir une hostie de louange ' , que tous devrez nécessairement agréer. Les bienfaits pleuvent autour de nous chaque jour, disait un saint Père, mais tous les jours aussi on immole dans nos églises de quoi suffire à notre reconnaissance V Divin Jésus, c'est vous que nous offrons dans ce sacrifice eucharistique , et quand le prêtre m'avertit que je dois m'en servir pour rendre à Dieu des actions de grâces *, ma bouche et mon cœur sont toujours prêts

1 I Cor. c. 11 c= 2 CuUtts Dei in hoc maiimè constitutus est , ut anima Deo non sit ingrata. (De Sp. et Litt. c. 11.) = ^ Hebr. c. IS, jH5 = * Aug. cont. Jud. c. 67 =« » Gratias agamus , etc.

QUÀTBlftMB jeUVÀTION. 123

à lui répondre : Vous avez raison : Dignum et jtuftum est ^.

Les ennemisi de TEucharistie , que nous sommes heureux de nommer encore nos fràrei;, quoiqu'ils se soient séparés de nous , ne cessent de nous reprocher, Seigneur, Tinjure qu'ils prétendent que nous faisons au sacrifice du Calvaire en croyant à ToblaMon de votre corps et de voire sang sur nos autels. Mais ils. ne remarquent pas que c'est sur vous-même que va retomber ce reproche ; car il faudra donc vous accuser aussi de regarder comme insuffisant ce que vous avez fait sur la croix, puisque saint Paul nous assure que vous êtes monté «au ciel afin de vous présenter maintenant pour nous devant la face de Dieu ^ , étant toujours vivant , afin d'intercéder pour nous '. » A quoi bon cette intercession? ne ferait-elle pas autant d'injure au mystère de la croix, que celle qui part de nos autels, quand vous y êtes présent, pendant le saint Sacrifice? Mais non, il n'y a pas d'injure pour le Calvaire , ni dans le ciel ni dans nos églises. Vous ne regardez pas votre mort comme insuffisante, Seigneur; ni nous non plus, à Dieu ne plaise : au contraire, vous la Higardez comme si excellente, si indispen-

> Gratias agamus, etc. = ' Heb. c. 9, j^ 24 «= « Ib. c. 7, f 25.

124 TRotstÈms sniÀfits.

sable à notre salut , qiie vous voiriez en conlîntter les effets et nous en appliquer les nférttes; et c'est une des raisons principales pour lesquelles vous avez dA instituer le Sacrifice de Taulel.

Je veux y assister toujours avec le plus grand respect ; et , quand je serai dans l'impossibilité d^y prendre part extérieurement, mon cœur, qui ne connaît ni obstacles ni distances , trouvera le chemin de l'autel et s'unira toujours à ceux qni ont le bonheur de l'entourer. Averti par le son de cette .cloche si catholique, qui est pour moi comme ta voix de l'Eglise elle-même, je ne manquerai jamais à ce petit pèlerinage intérieur. Ce pieux signal , en effet , n'est pas seulement pour appeler ceux qui peuvent se rendre à la maison de prière, il a encore pour but de consoler les lidèles qui sont privés de ce bon* heur, en leur procurant cetiii de pouvoi** s'unir (intention à l'auguste Sacrifice qui est offert pour tous. Mon Dieu , avec quel sentiment de foi, de respect» il faudrait don^ y assister! Non , ce n'est pas un vain spectacle dont nous irions être seulement témoins; c'est une action, l'action par excellence ' , à laquelle nous allons prendre part, puisque les fidèles unis au prêtre,

t iiïfrà actionera.

QUÂmiÈME ÉLÉVATION. 125

qui lui-même ne fait qu^un avec le souverain Prêtre , airec le Prince des pasteurs ^ , offrent à leur manière, mais réellement, la sainte Victime , a laquelle ils doivent participer au moins en désir, s'ils n'ont pas le bonheur de le faire en réalité, comme le souhaiterait la sainte Eglise *. Une simple présence extérieure , mais froide et irréfléchie, pourrait-elle suffire pour nous faire recueillir abondamment les fruits de ce sacrifice? Non , Seigneur, on ne peut vous honorer qu'en vous aimant '. C'est donc « avec un cœur vraiment sincère , avec un cœur plein de foi * » et d'amour que je veux m'approcher de vous pour offrir cette sainte Victime , que je regarde avec raison comme le don le plus excellent qui me soit venu de votre maid divine et qui doit rétourner des miennes à vous.

' I Pet. c. 5, y 4 8s * Optaret sancta synodus , etc. Trid. s > Aog. = * Hebr. c. 10, y M.

Le dogme de la présence réelle démontré par la oonvîotion où a totjjoari été l*Eglbe qu'elle possédait réellement le corps et le sang de Notre -Seign< Jéivs - Christ.

PREMIÈRE ËLËVATION

Témoignage de Vap^tre saint Paul.

Sainte Eglise de mon Dieu, c'est vous que je vais maintenant interroger et entendre; C'est avec vous que je vais avoir la consolation de m'entretenir , puisque ce sont vos pieux usages et les monuments les plus anciens et les plus sûrs de votre foi que je vais étudier pour éclairer et affermir la mienne. Avec quel bonheur je viens renouer un instant le fil de ces entretiens^ qui avaient pour moi tant de charmes , lorsque mon âme s'élevait, à votre occasion, vers le Dieu qui a tant fait pour vous et par vous * ! Ah! ce qu'il a fait de plus grand sans doute, c'est de vous donner la sainte Eucharistie; et de votre côté, ô Eglise , il n'est rien en quoi vous

» Amour à la sainte Eglise, Lille , 1866.

PRBHlfeW £t«VATIOH. 127

ayez montré à Dieu plus de fidélité , que daus le soin avec lequel vous avez conservé ce trésor par excellence. Apprenez -moi à Tapprécier , comme vous avez su Tapprécier vous-même; parlez y sainte Eglise , et dites-moi ce que vous croyez posséder dans vos tabernacles , ce que vous croyez avoir reçu du Fis de Dieu la veille de sa mort.

Oui, dites-le-moi; car TEvangile m'a appris que « celui qui vous écoute écoute la vérité même ' ; » il m'a appris que a le Sauveur est avec vous, qu'il y sera jusqu'à la fin des siècles ^ ; » que par conséquent l'erreur ne peut se glisser dans vos croyances, dans vos décisions dogmatiques ; il faudrait pour cela supposer que le Fils de Dieu vous a abandonnée et qu'il a menti à ses promesses. Je sais que quand vous manifestez vos sentiments, soit par des paroles, soit par des actes , ce a n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de Dieu qui parle par vous'; »

en sorte que , comme le disait si bien un apôtre , tt celui qui connaît Dieu vous écoute , et celui qui n'est point de Dieu ne vous écoute point ^ ; » ce qui fait que l'Evangile ordonne de le ranger « parmi les païens et les publicains ^ » Je sais

« Lac c. 10, t 16 = * Matt. c. Î8, t 20 = » Ib. c. 10, 1 20. 5= * I Jean, c. 4, > 6 « » Matt. c. 18, i 17.

128 OuAmtMft injam.

tout cela, 6 Eglise, et j*en tire cette conséquence rigoureuse que si depuis dix-huit siècles vous avez toujours cru posséder en réalité le corps et le sang de Jésus^Christ dans TEucharistie, il faut dire que vous le possédez effectivement ; car il ne nous est pas permis de supposer que Dieu vous laisse jamais croire comme vrai ce qui ne serait qu'une erreur et un mensonge.

Je viens donc à vous pour chercher la vérité dont vous êtes dépositaire. Dans raneienne loi » quand il s'agissait de «distinguer entre ane cause et une cause , » et d'obtenir un jugement qui pût être regardé comme étant celui dé Dieu même , on allait par son ordre « aux prêtres de la race de Lévi et à celui qui , en qualité de grand-prêtre, avait été établi en ce temps-là juge du peuple , » et , après l'avoir consulté on devait suivre son avis comme un oracle , « sans se détourner ni à droite ni à gauche \ » Hérode le savait bien; car quand il fut question de s'assurer du lieu où devait naître le Messie, il « réunit tous les princes des prêtres et les scribes du peuple • , » et il apprit d'eux ce qu'il désirait savoir. La voix de la Synagogue était alors la voix de Dieu.

Aujourd'hui c'est la vôtre, sainte Eglise,

» Dent. c. 17, j^ 9, etc. « « Matt. c. 11, y 4.

PREMIÈRE É1.ÉVÀTr0If. 129

qiiMI faut écouter ; et voilà pourquoi je viens k vous avec une entière confiance , et je vous demande avec respect ce que vous avez cru sur la sainte Eucharistie dès tes jours de votre naissance.

C'est l'apôtre saint Paul qui répondra le premier , et il serait difficile de rien imaginer de plus fort que ses paroles. Après avoir rapporté rinstitution de l'Eucharistie, telle qu'elle est décrite par les Evangélistcs, il ajoute ; «C'est pourquoi quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera cou* pable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve lui-même, et qu'il mange ainsi de ce pain et boive de ce calice ; car celui qui mange ce pain et boit ce calice indignement, mange et boit sa propre con-^ damnation , ne faisant pas le discernement qu'il doit du corps du Seigneur ^ » Voilà l'efiTroyahle' peinture du sacrilège; mais ces couleurs si fortes seraient-elles admissibles dans le cas où l'Eucharistie ne contiendrait qu'un morceau de pain? Jamais je ne le pourrai croire. L'Apôtre alors se fût contenté de dire : Respectez -le comme une figure , comme un souvenir. Celait assez. Mais il va plus loin, parce qu'il sait,

' I Cor. c. 11, y 27, etc.

130 QUATRlftHB SBVÀllfl.

ô Eglise y que vous avez reçu autre chose qu'un mince souvenir; il sait que tous possédez la réalité du corps de Jésus-Christ ; et voilà pourquoi il veut qu'on le reconnaisse , qu'on le discerne des aliments ordinaires, qu'on ait enfia pour lui tout le respect dû au corps d'un Dieu. Et s'il se sert jusqu'à trois fois dans ce passage du nom de pain , il ne faut pas que les ennemis de la présence réelle cherchent à s'en prévaloir; car il est dans les usages de la sainte Ecriture de donner aux personnes et aux choses qui apparaissent sous une forme étrangère le nom de la forme qu'elles empruntent : ainsi les anges qui se montraient aux patriarches et aux apôtres , sous une forme humaine, sont appelés du nom d'hommes, quoique en réalité et au fond ils soient des intelligences célestes ^ Qu'ils remarquent bien que saint Paul ne dit pas le pain, mais m ce pain , y> ce pain merveilleux qui n'en a plus que l'apparence , « ce pain que nous^ ne prenons pas , disait un grand docteur à un grand empereur^, comme une nourriture ordinaire; car nous croyons que comme par la parole de Dieu et sa toute-puissance le Verbe s'est fait chair, de même par les paroles de la consécration l'Eucharistie devient le corps et le sang de J.-C. »

1 Gen. c 18, y î, et Act. c. 1. y 10 «« S. Just. Apol. ad Ant.

Non , encore une fois , TApôlre ne se fût pas exprimé d^lne manière si énergique, si solennelle, si eiïrayante, s'il n'y avait eu à redouter que la profanation d'une simple figure. H n'eût pas cherché, comme il le fait, dans cette profanation, dont quelques fidèles s'étaient rendus coupables , la cause des fléaux dont Dieu frappait les Corinthiens et des morts subites qu'il multipliait parmi eux K Sainte Eglise , les paroles de l'Apôtre n'ont pas dû vous laisser le moindre doute sur la valeur du présent que le Fils de Dieu vous a fait. C'est bien son corps qu'il vous a donné, et depuis dix-huit siècles TOUS n'êtes occupée qu'à préparer les âmes à le bien recevoir et à les prémunir contre le malheur d'en abuser en <( le mangeant indignement '. » '

Les saints Pères.

Je ne veux point accumuler les citations, pourtant si belles, si douces à recueillir, si décisives pour la cause que je défends , qui se

1 Dormiont malti. «s * I Cor. c. 11.

trouvent dans les grands ouvrages de controverses, que les savants peuvent consulter *; mais je veux faire quelques réflexions sur Pensemble de ces témoignages, et dire pourquoi ils font tant d^'mpression sur mon âme.

Remarquons d^abord que , dès les premiers siècles, nous trouvons sur la présence réelle des témoignages péremptoires. Saint Ignace d'Antioche , qui touchait aux Apôtres, dit en parlant de certains hérétiques qui préludaient h ceux que TËglise a vus depuis : ce Ils s^éloignent de la Communion parce quMls ne reconnaissent pas que l'Eucharistie est la chair de Jésus-Christ , celle qui a souffert pour nos péchés *. » Que dirions-nous de plus fort dans le langage catholique d'aujourd'hui? Saint Justin et saint Irénée ne sont pas moins précis '.

Il est vrai que les textes empruntés aux premiers siècles sont peu nombreux en comparaison de ceux qui abondent dans les âges suivants; mais je comprends sans peine la raison de cette différence. On n'avait guère le temps d'écrire durant les persécutions*, on n'avait que celui de mourir pour la foi; aussi nous restet-il peu d'ouvrages de ces temps-là. Les évêques

1 Vid. Theol. dogm. de Mgr Gousset, etc. s» s Ad Smym. =& s Passim.

SECONDE ÉUËYÀTION. 133

et les docteurs étaient presque entièrement occupés à soutenir les fidèles et à les préparer au martyre.

Et puis, qui ne sait la réserve adoptée alors en principe par rapport à nos saints mystères , et le soin qu'on prenait d'en dérober la con< naissance aux païens^ de peur de provoquer leurs blasphèmes et d'augmenter les fureurs de la persécution ? On ne parlait jamais de l'Eu* charistie qu'à mots couverts : aurait-on pris tant de précauti(»is s'il se fût agi d'une simple figure , d'un morceau de pain , rappelant le souvenir du dernier banquet de notre adorable Maître? Oh ! non; car il n'y aurait eu rien là que de très-naturel , rien qui fût de nature a déconcerter Tintelligence des païens et à provoquer leurs sacrilèges railleries. Mais l'Eucharistie telle que nous la croyons , telle que vous l'avez toujours crue , sainte Eglise , il fallait par prudence (et les saints Pères n'y manquaient pas), il fallait l'entourer d'un nuage qui pourtant ne la dérobait pas encore tout à fait aux investigations malignes du paganisme soupçonn^eux. De là ces calomnies lancées contre les Chrétiens , que l'on accusait d'immoler un enfant dans leurs assemblées et de le manger après l'avoir entouré de farine ; calomnies que

134 QUATRIÈME SBMÀTNB.

les Chrétiens subissaient alors sans jamais se permettre de dire le dernier mot qui eût pu les faire tomber si facilement! Qu'avait-il donc, ce dernier mot, de si profond, de si mystérieux , de si difficile à porter , pour qu'on s^obstinât ainsi à souffrir et à mourir plutôt que d'en faire la révélation aux infidèles? Encore un coup, si ce n'eût été qu'une chose aussi simple que le voudraient nos frères séparés, il n'y avait pas lieu à garder un silence aussi étonnant et aussi dangereux. Mais avec la présence réelle de Jésus-Christ sous un pain dont il ne reste que l'apparence, on comprend tout ce qu'il fallait apporter de prudence pour en parler publiquement ; et c'est ce qui nous explique pourquoi les saints Pores d'alors en parlaient si peu.

Mais quand la paix fut rendue à l'Eglise , on ne craignit plus d'exposer sa foi aux outrageants mépris de l'ignorance et de la haine ; on parla de l'Eucharistie à pleine bouche et à plein cœur.

Ce qui me frappe , mon Dieu , dans celte multitude de témoignages des saints Pères, c'est qu'ils mettent ordinairement en rapport le mystère de l'Incarnation et celui de l'Eucharistie ; qu'ils supposent que l'un exige de votre part la même puissance que l'autre , et de noire part la même docilité et la même solidité de foi;

SECONDE ÉLÉYATION. 135

c'est que, d'après eux , l'un de ces deux mystères est aussi réel que l'autre , et qu'ainsi le Sauveur Jésus est présent dans rEucharisiie comme le Verbe divin est présent dans l'Incarnation , où il est certainement plus qu'en figure. Oui, je remarque que les Pères rapprochent toujours ces deux choses , et que dans leur pensée la négation de l'une mène à la négation de l'autre; et j'en conclus, mon Dieu, que puisque TEglise croit avec raison posséder en Jésus-Christ une personne divine, elle a dû croire aussi qu'elle possède dans le Sacrement de l'autel la réalité de son corps et de son sang. Ce que je remarque encore avec bonheur , c'est que le dogme béni de la présence réelle n'est nulle part formulé plus clairement que dans les ouvrages composés pour Tinstruction des fidèles et que nous nommerions aujourd'hui catéchismes. On ne peut pas dire, en effet, que dans ces sortes d'ouvrages, écrits avec le plus grand soin et l'atlention la plus minutieuse, les Pères se soient laissés aller à des mouvements chaleureux d'une éloquence qui les aurait entraînés trop loin dans l'éloge. Ils ont écrit , je ne dirai pas froidement , car qui pourrait être froid en parlant de l'Eucharistie ? mais avec méthode , après de profondes réfle-

I3€ QUÀTBitaE SEMAINE.

lions, «t de manière à diriger le plus sûrement possible les néophytes confiés à leurs soins. Eh bien ! saint Cyrille de Jérusalem , saint Aœbroisii y dans des traités de ce genre , ont dit tout ce que pourraient dire aujourd'hui de plus fort et de plus clair , sur la présence réelle , nos meilleurs catéchistes. C'était le même langage ^ Gâtait évidemment la même foi. Ecoutons- les.

«Sous l'espèce du pain Jésus-Christ vous donne son corps; sous l'espèce du vin il vous donne son sang; et quoique les sens nous disent que cela n'est pas, la foi doit vous persuader que cela est. Soyez donc convaincus que ce qui parait du pain à nos yeux n'est pas du pain , mais que c'est le corps de Jésus-Christ ^ »

a Vous me direz peut-être : Comment m'assurer que c'est le corps de Jésus-Christ que je reçois, puisque je vois autre chose? Vous eu êtes assuré par sa parole , car il a dit : « Ceci est mon corps. » Si cette parole a pu , au commencement des temps , faire que ce qui n'exis* tait pas reçût l'existence, ne pourra-t-elle pas aujourd'hui changer en une autre nature ce qui existe déjà? croyez-donc que vous avez dans ce Sacrement la véritable chair de Jésus- Christ» celle qui a été crucifiée pour vous \ »

ft Cyr. Cttècti. ta. a < Anb. de œyit c. 8.

SECONDE ÊUVÀTION. i3T

Qu'imaginer, mon Dieu, de plus clair etd^ plus positif?

Ce qui me montre encore bien clairement, ô Eglise , la conviction où vous ayez toujours été de posséder dans TEucharistie quelque chose d'infiniment plus grand qu'un morceau de pain, c'est la pureté que les saints Pères exigent quand on va recevoir la Communion ou la distribuer aux fidèles. Saint Jean Chrysostôme veut que les mains du prêtre qui touchent l'Eucharistie soient plus pures que le soleil ^ Avec le dogme de la présence réelle, je m'explique parfaitement cette exigence du saint docteur; sans cela j'y trouverais une exagération puérile, et je me permettrais de lui dire que , pour toucher un pain ordinaire et commun, il doit suffire de s'être lavé les mainf^ , comme on le fait avant de se mettre à table. Je ne comprendrai l'obligation de rendre mes mains a plus pures que les rayons du soleil, » qu'autant que j'aurai à toucher le pain des anges , c'est-à-dire vousmême en personne y Seigneur Jésus.

C'est assez sur ce point; mais pourtant, mon Dieu, j'ai besoin d'écouter encore un témoin dont le nom m'est particulièrement cher, et dont les hérétiques ont si souvent violenté Jes

> Hom, 60 , ad Pop. Antioc.

i38 • QUATRIÈME SBMAINB.

paroles pour en éluder la puissante autorité; je parle de saint Augustin. Parce quMl était ami des sens mystiques , dont il savait tirer de si précieuses instructions pour nourrir la piété de son peuple, on s^est efforcé de faire croire quMI n'avait jamais rien dit en faveur de la présence réelle, et qu'au contraire ses paroles tendaient à en infirmer la croyance; c'est une grossière erreur, et il est facile de montrer que , sur ce point comme sur tous les autres , la doctrine de saint Augustin est comme un marteau qui suffirait pour broyer toutes les hérésies.

Et en effet , qu'on écoute ce grand docteur parlant sur le passage du livre des Rois , où , selon la version des Septante , on lit : ferebatur in manibus suis ; «il était porté dans ses mains. » Gomment cela peut-il se faire? demande saint Augustin : tout homme peut être porté dans les mains d'un autre; dans les siennes propres, personne. Nous ne voyons point comment cela peut à la lettre s'entendre de David, mais bien de Jésus-Christ. Il était porté dans ses propres mains lorsque , recommandant son propre corps , il dit : a Ceci est mon corps ; d car alors il portait son corps dans ses propres

mains ^ »

< In Ps. 83, Serm. 1.

Que les hérétiques s'en tirent comme ils pourront; évidemment saint Augustin veut parler d'une manière de se porter soi-même qui ne puisse convenir qu'à un Dieu et qui soit miraculeuse; car s'il s'agissait de porter simplement sa propre image , quel est l'homme qui n'en serait pas capable? mais à Jésus-Christ seul le pouvoir et la gloire de porter lui-même son propre corps , et cela très-réellement , quoique d'une manière propre à l'état incompréhensible où il est dans le Sacrement de nos autels.

Ailleurs il explique ce verset d'un psaume, tt Adorez l'escabeau de ses pieds * ; » et rappelant ensuite cette parole d'Isaïe , a Le ciel est mon trône , et la terre est l'escabeau de m3s pieds ' , » il demande comment on pourra accomplir l'oracle de David puisque l'adoration proprement dite ne peut convenir qu'à la Divinité. Après avoir humblement interrogé le Seigneur pour en obtenir un rayon de sa céleste lumière, il se dit à lui-même : « Mais la chair que le Fils de Dieu a empruntée à Marie , en s'incarnant pour nous sauver, ne vient*elle pas primitivement de la terre, puisque c'est l'origine commune de tout le genre humain '?»

1 Pb. 98 « >lsa. c. 66 » «Geo.

140 QUÀTRitMB SBMAmB.

Cette chair y dans laquelle il a passé sa vie mortelle , il nous Ta donnée pour nourriture , et personne ne doit la manger sans Tavoir adorée ^ ; et voilà de quelle manière s'accomplit à la lettre cet oracle de David : « Adorez l'escabeau de ses pieds. »

Quoi de plus clair? quoi de plus précis?

Et si les paroles du saint docteur semblent s'écarter quelquefois de ce sens favorable au dogme de la réalité, c'est uniquement parce qu'il veut montrer que la manducation du corps de Jésus-Christ n'est pas ce que croyaient les grossiers capharnaïtes » qui s'imaginaient qu'on allait leur donner à dévorer des membres palpitants et sanglants ', tandis que le corps de Jésus nous est donné sous le voile des saintes espèces, qui nous dérobent sa vue en nous conservant sa présence.

Voilà donc ce qu'ont pensé les saints docteurs, voilà comme ils ont parlé. Mais leur voix, c'est la vôtre, sainte Eglise; et en entendant sortir de votre bouche un pareil langage , nous devons reconnaître que vous avez cru à la présence réelle : ce qui implique nécessairement la vérité de cette croyance , puisqu'il est impossible que

* Nemo illam carnem manducat, nisi prtùs adoraverit a^ * Joan. c. 6.

TROISIÈME ÉLÉVATION. lil

VOUS admettiez comme vrai ce qui serait une erreur.

Tradition d€ là divine liturgie ^.

Votre conviction sur la présence réelle ne parait nulle part avec plus de clarté et d^évidence , ô Eglise de mon Dieu , que dans les offices où vous entourez nos saints mystères de tant de respect, de solennité et d'éclat. Non, non , si vous n'aviez cru posséder qu'un morceau de pain, vous n'auriez pas imaginé tant de choses pour honorer ce froid et faible souvenir ; mais croyant, et avec raison puisque vous êtes infaillible, posséder le corps d'un Dieu, vous avez du ne rien épargner pour lui rendre des honneurs qui fussent le moins éloignés possible de sa haute et infinie dignité.

Cet esprit a été le vôtre dès l'origine des siècles chrétiens , comme je l'apprends d'une foule de monuments certains, qui forment l'ensemble même de la tradition ecclésiastique.

J'aime surtout à relire ces lignes d'un grave

* Procl. Const.

142 QCATBiiEMB SEMAINB.

et savant auteur qui n'était pas éloigné des tennps apostoliques et dont les paroles peuvent bien former le premier anneau des choses touchantes et aimables que j'ai à étudier dans cette élévation, a Notre Sauveur , dit-il , ayant été enlevé au ciel , les apôtres , avant de se disperser par toute la terre , passaient d'un commun accord tout le jour en prière; et comme ils trouvaient de grandes consolations dans la célébration du mystique sacrifice du corps et du sang du Seigneur, ils s'étendaient beaucoup dans cette action en chants et en paroles ; car ils croyaient que c'était à cela surtout et au soin d'enseigner qu'ils devaient s'attacher comme aux choses principales. Ils employaient donc leur temps avec grande joie à célébrer ce divin sacrifice , se souvenant sans cesse de ces paroles du Seigneur : a Ceci est mon corps , et faites ceci en mémoire de moi. » C'est pourquoi ils chantaient plusieurs prières avec un cœur contrit , implorant le secours de Dieu, d

Voilà , sainte Eglise, l'aurore de votre liturgie ; et il est facile de voir qu'elle repose sur la conviction de la présence réelle, puisque c'est au souvenir de la parole si claire et si puissante du Fils de Dieu, que les apôtres multipliaient les témoignages de dévotion intérieure et extérieure.

TROISIÈME tLÉYATlOll. 143

Cet esprit s^est perpétué dans tous les siècles chrétiens; et pendant plus de huit cents ans les fidèles adorèrent la sainte Eucharistie sans que personne s^avisât de contredire ce culte qu'on lui rendait, lorsqu\in certain sophiste écossais commença à dogmatiser sur ce mystère et à préluder aux erreurs qui devinrent si fatales aux siècles suivants. Je ne suis chargé ni de les réveiller ni de les combattre; je n'ai pris la plume et je n'écris en ce moment , ô Eglise , que pour constater votre foi , toujours avec cette pensée que votre foi ne saurait être une illusion et un mensonge , puisque Jésus , selon sa promesse , est toujours avec vous * .

Une chose qui me frappe singulièrement dans l'histoire ecclésiastique , c'est le respect avec lequel on a toujours traité le pain qui devait servir de matière au sacrifice de nos autels. On a vu des personnages de la plus haute distinction, des têtes couronnées ' , se faire un honneur et un bonheur de travailler à la confection de ce pain , dont l'usage devait être si auguste et si divin. A une certaine époque, c'étaient les fidèles qui le fournissaient; et quand on avait choisi , dans cette masse considérable qu'ils apportaient à Tautel, la fraction particulière qui

« Matt. c. oit. ^ t ste Rad. de Poit.

144 QtJATRIÈMR SEMÀINB.

devait servir au saint sacrifice , cette oblatioa prenait un caractère yraiment sacré. On la regardait avec respect, sachant qu'elle allait être employée a aux nnystères que les Chrétiens nonnmaient a terribles, » en même temps qu'ils étaient pour eux si doux et si aimables. Mais cette vénération , pour ainsi dire anticipée , ne suppose-t-elle pas que ce pain et ce vin vont devenir quelque chose de plus qu^me simple figure? Vraiment, ô Eglise, vous n'auriez pas dépensé et prodigué ainsi votre respect si vous n'aviez pas vu derrière cet élément matériel un élément divin qui allait en prendre la place; et cette hostie ne vous paraissait si vénérable que parce qu'elle allait devenir le corps d'un Dieu. J'entre dans vos saints temples, les premiers que vous avez pu bâtir : j'assiste à la communion des fidèles ; je les vois approcher tous , « chacun en son rang*. L'évêque se communie lui-même ; on dirait un ange qui touche au trône de Dieu ; et je ne suis pas surpris qu'en un pareil moment la vue d'un saint Basile, profondément recueilli et appliqué au sacrifice qu'il consomme , ait suffi pour faire trembler un empereur et paralyser les efibrts de son impiété. Puis les prêtres, les diacres , le clergé

1 I Co.. c. 14, f 40.

TROISIEME fiU VÀTION. 145

et le peuple , qui , tous successivement, s'approchent de Tautel pour y recevoir la Gommuoion. Quand il s'agit , en effet , « d'adorer et de communier, » le Saint des saints, c'est-à-dire le a sanctuaire, s'ouvre pour tous ^ b

Mon Dieu^ avec quel saint tremblement ils s'approchent de cet autel ! Les usages ont varié sur la posture à prendre en communiant ; mais le respect , jamais ; et les vrais fidèles ont toujours montré qu'ils y sentaient la présence d'un Dieu. Longtemps on communia debout, mais la tète et les yeux baissés , et dans l'attitude de la plus profonde vénération pour cette nourriture divine , que personne ne devait prendre sans l'avoir adorée *. On s'en approchait quelquefois les pieds nus , comme Moïse du buisson ardent '. Puis on s'agenouilla , comiQe pour s'anéantir encore plus visiblement sous la majesté d'un Dieu. Un seul homme a conservé le privilège de recevoir assis dans l'église l'adorable Communion; c'est le souverain [K)ntife, dont la posture alors rappelle celle que les apôtres avaient dans le cénacle , et montre l'éminence de sa dignité ^ qui dépasse toutes les grandeurs de la terre. Mais ceux qui ont eu le bonheur d'assister à cette

« COB. Tur. ann. 667 «s s s. Aug. » » Kxod. c. 3, y 5.

146 QDATRIÈMB SEMAINE .

messe papale , et de voir Tatlilude des pontifes souverains, quand on leur porte ainsi , à leur siège y Tadorable Hostie ; ceux qui ont pu étudier de près Témotion visible , Tatlendrissement et les larmes de piété, le sentiment de profonde religion, qui ajoutent alors une si grande puissance d'édification au caractère déjà si auguste et à la personne sacrée du chef de TEglise ; oh ! oui , jceux qui ont été témoins de ce spectacle ont toujours emporté, quelquefois malgré eux , de vives impressions du dogme de la présence réelle; car ils pensaient, et avec raison , qu'un homme environné de tant de grandeurs ne s'inclinerait pas ainsi, corps et âme , devant un simple morceau de pain.

Mais la Victime' n'était pas consumée tout entière pendant le sacrifice; on la gardait pour les malades et les absents. Permettez-moi, sainte Eglise , d'étudier encore ici vos usages, pour me donner la consolation de remarquer avec quel respect vous traitez cette Eucharistie , qui est évidemment votre principal trésor.

Aujourd'hui c'est dans un tabernacle doré an dehors, tapissé de soie blanche au dedans , qu'est renfermé le vase précieux dans lequel vous conservez les saintes espèces. Dans les premiers siècles, l'usage a varié; l'esprit de

respect était toujours le même. Ce fut d'abord dans une colombe d'or ou d'argent' (sans doute pour rappeler TEsprit-Saint , qui avait daigné revêtir celte forme sensible ] , puis dans une petite tour du plus précieux métal*, et enfin dans les ciboires que nous connaissons aujourd'hui, que la sainte Eucharistie fut placée par vous, dans un lieu spécial et convenablement orné. C'est, en vérité, tout ce que vous pouviez faire de phis grand , et c'est , ù mes yeux, une preuve de l'excellence de l'objet, auquel vous prépariez une sorte de lit de repos qui rappelle la richesse du trône de Salomon', et que vous auriez voulu pouvoir rendre plus riche et plus splendide encore; car, à vos yeux , « il y a ici quelqu'un de plus grand que Salomon S) lui-même et que tous les rois de la terre.

Que dirai-je encore de l'éclat dont vous avez toujours entouré les expositions solennelles du très-saint Sacrement? Vous avez choisi pour ostensoire l'image du soleil , comme étant celle qui offre le plus d'analogie avec la gloire et les bienfaits de l'adorable a Soleil de justice ', » et qui nous représente le mieux sa divine mission

» Conc. Gong. ano. 536 = « Greg. Tur. «s » III Reg. c, î, » * Matt. c. iî, t 4î = * Sol justitiaî.

f4S QUATRlftMl SBllAllffB.

d^éclairer et de vivifier la terre. Vous n'eussiez pas cherché uo pareil symbole , sMl n^avait fallu offrir aux yeux qu'un morceau de pain. El ces cierges bénits , ces illuminations brillantes , ces riches tentures , ces processions solennelles , tout cet éclat extérieur enfin ne témoigne-t-il pas assez de votre foi dans la présence réelle? Oui , vous avez voulu que le peuple fidèle , en voyant circuler majestueusement dans les temples ou dans les rues de nos cités Tadorable Eucharistie , pût s'écrier , comme autrefois le prophète Ëlie sur la montagne d'Horeb : « Voilà passer le Seigneur ^ »

QUATRIÈME ÉLÉVATIOM

Encore la liturgie ecclésiastique.

Je n'ignore pas , ô Eglise de mon Dieu , que les ennemis de la présence réelle, qui sont aussi les vôtres , ont cru trouver un argument contre votre foi dans quelques pratiques usitées dès les premiers siècles , et qui semblent supposer que l'Eucharistie ne mérite pas un sou-

* Ecce Dowiaus transit. III Reg. c. 19, f, it.

QUÀTRltME tLÉTÀTION. 149

veraiu respect; que» pûrnu)08équent , elle ne renferme pas le FiU de Dieu en personnt^. Je veux étudier ces pratiques , pour me donner la coasolalion de remarquer deux choses : la premierey que quelques-unes d'entre elles sont plus respectueuses et plus dignes d'un Dieu qu'on ne le croirait tout d'abord ; et la seconde , que vous avez toujours travaillé, sainte Eglise, à éloigner ou à épurer les pratiques de ce genre qui pouvaient avoir trop d'inconvénients ou trop peu de respect. Au fond, c'est une preuve uou* velle et bien forte , à mes yeux , de votre foi dans la présence réelle du Sauveur au saint Sacrement.

Us ont dit : Dans les premiers siècles, les fidèles recevaient tout simplement l'Eucharistie dans leur main , et l'emportaient même dans leur maison , comme une chose fort ordinaire. Il est vrai qu'on la recevait ainsi , les hommes dans leur main nue, et les femmes dans un voile blanc \ ce qui accuse déjà un respect beaucoup plus grand que ne le voudraient les hérétiques. Mais que conclure de cet usage?

Nicodème , Joseph d'Arimathie , les saintes femmes ont donné la sépulture au corps de Jésus-Christ comme à celui d'un homme :

^ Hist. eccK

180 QUATRlfeMB SBMAIlfB.

s^en suit-il quMls afent douté de sa divinité? Ah ! le respect avec lequel les Chrétiens dis* posés au martyre recevaient les symboles sacrés , les enveloppaient dans un linge, les renfermaient, dans la crainte qu'ils ne fussent profanés , les prenaient en viatique , n'est-ce pas un signe assez évident de leur foi dans la présence réelle? 11 n'est pas toujours possible d'entourer le corps de Jésus-Christ des honneurs qu'on voudrait lui rendre; il s'est condamné luimême à cet état humiliant , par l'excès de son amour pour vous ; mais faut-il conclure de là que les vrais fidèles ne le reconnaissent pas et ne l'honorent pas au fond de leur âme?

Mon divin Maître, permettez-moi de a rendre ici gloire à Dieu ^ ;» et si, comme l'Apôtre , je « deviens insensé * » en parlant de moi-même, c'est la nécessité qui m'y force , et le besoin de défendre votre cause.

Voilà vingt ans que je me trouve réduit par les circonstances à vous porter en viatique aux malades, dans un appareil tellement obscur , tellement pauvre , qu'il y aurait à en rougir , si og ne se rappelait que le Dieu du Thabor et des Cieux est en même temps le Dieu do la Crèche. Oui, depuis plus de vingt ans, il m'a fallu

» Joan. c. 9 , )► Î4 =s « Il Cor. c. lî, f 11.

QUATRIÈME ÉLÉTATlOIf. 1S1

ajouter un voile nouveau aux voiles déjà si épais pourtant qui vous couvrent dans TEucharistie. Revêtu d'un simple surplis , il m'a fallu me couvrir encore d'un manteau pour traverser avec vous les rues d'une ville où vous êtes connu et aimé sans doute , mais où les circonstances ne permettaient pas de vous porter encore à découvert. Quel appareil, mon Dieu ! Un prêtre si pauvrement vêtu, un simple assistant qui ne porte aucun signe extérieur propre à révéler votre présence ! Et pourtant vous êtes là ; je le crois , je le sens , je le sais. Je me permettrai même de vous dire que je le sens d'autant plus vivement que votre gloire s'y trouve voilée davantage; et je dirai ici, avec saint Bernard , que plus vous vous abaissez pour moi, plus vous m'êtes cher * .

Eh bien! les premiers chrétiens, dans les siècles de persécution , étaient encore plus gênés dans leur liberté que nous ne pouvons l'être aujourd'hui ; il leur fallait s'envelopper de plus de précautions , et ajoiïter encore plus que nous aux anéantissements eucharistiques du Sauveur; les saints Pères, par conséquent, devaient parler fort peu dans leurs écrits des honneurs rendus à ce Dieu ainsi caché ; et l'on en vou-

I St Bernard.

IS2 QUATIltal SEMAINE.

drait conclure qu'ils ne croyaient pas à sa présence dans ce mystère ? Mais avant que de donner un démenti à leur foi , par suite d^ IMmpossibilité où ils se trouvaient de la manifester assez y il faudrait en donner un à la nôtre, et je porte à qui que ce puisse être le solennel défi d^y jamais réussir.

11 était aussi d'usage de porter la sainte Hostie avec soi dans les voyages : voudrait-on en conclure que les fidèles d'alors ne croyaient pas à la présence du Sauveur dans cette hostie? Mais au contraire, c'est une preuve quUls recherchaient cette présence comme étant une source de béné^ dictions. Ses parents , ses apôtres ne voyageaient-ils pas avec lui pendant sa vie mortelle , sans compromettre en rien Texcellence de son adorable grandeur? ne se joignit-il pas aux disciples .d'Emmaus sous la forme d'un voyageur , même après sa résurrection ? Quoi donc d'étonnant qu'il devienne encore voyageur avec nous dans ce mystère , et qu'on cherche à se mieux ménager sa protection en portant ainsi avec soi Celui qui a daigné se faire notre compagnon dans le pèlerinage de cette vie?

Mais il y avait la matière à des abus.

Sans doute, et de quoi n'abuse-t-on pas?

^ Se nascens dédit socium. Hymn. Eccl.

QUATRIÊltK ÉtÉVAtroW. 15J3'

Airèèî aftez-vous cm, sainte Ëglîse, devoir re- Irartdie'r cet usage dans dés" temps* où Ik foi' n'était plus peut-être aussi vive, aussi simple, aussi respectueuse ; mais pour en conserver un précieuTJ vestige , vous avez voulu que le souverafîrt pdntiTe, par unf privilège uniqueét infininijent' précieux , pût porter avec lui l'Eucharistie dans' ses voyagfô. Oh ! que ce doit être, pour lui une douce consolùtion, surtout dans certains voyages pleins d'^amertume, comme il arrive aux vicaires de Jésus-Christ d'avdir à en faire . dans les moments de trouble et de persécution ! Qu'on me permette d'évoquer ici un délicieux souvenir. Dans les premiers jours'de son pontificat , Pie IX , actuellement régnant , reçut en hommage, dé la vieille cité de Valence, une petite custode dont s'était servi son glorieux prédécesseur. Pie VI, pour porter avec lui et sur lui la sainte Eucharistie , lorsqu'il accomplissait a la lettre l'oracle de l'Evangile * et qu'il fuyait de ville en ville sous le vent de la persécution ; et" cette petite custode dût servir un peu plus' tard' à son auguste destinataire , lorsquMI pHt lui aussi le chemin' dé l'eicil, dhns la compagnie de Celui à qui il était heureu'x de pouvoir dire, en' le pressant sur soti cœur : «' Ilord

> Malt. c. 28.

454 QUATftitou snuniB.

même que je marcherais au milieu des ombres de la mort , je ne craindrai rien , car tous êtes ai^ecmoi ^ »

Il était encore d^usage dMntroduire la sainte Eucharistie dans les édifices que dévorait un incendie , afin de paralyser les terribles effets du sinistre. C^était un témoignage de confiance en elle y et une preuve qu'on croyait à la toutepuissance de cette voix qui peut commander aux flammes aussi bien qu'aui vents et aux tempêtes *. Mais encore ici Tabus s'est mêlé à Tusage , et tout aussitôt, sainte Eglise , vous êtes sagement intervenue pour régler la conduite de vos enfants. Eh bien ! l'élan de leur foi naïve atteste pour moi la présence réelle , et les précautions de votre prudence l'attestent aussi.

On a fait sonner bien haut quelques exemples qui paraîtront fort singuliers aujourd'hui , mais dans lesquels on devra puiser de bien hauts et de bien salutaires enseignements.

Nous remarquons dans l'histoire que pour inspirer plus d'horreur des perverses et funestes doctrines de l'hérésie , on trempait quelquefois dans le sang du Sauveur la plume avec laquelle on souscrivait leur solennelle condamnation.

C'était le Sauveur lui-même qui venait pros-

t Ps. M, j^ 4 «= t Malt. c. 8, y S6.

QUÀTRlÈai ÉLtrATIOlf. 155

crire en personne l'ivraie qu'on avait voulu mêler au bon grain danslecharapdeson Eglise.

Ah ! si Ton comprenait ce que c'est qu'une hérésie, quel démenti elle vient donner à la vérité méme^ loin de s'étonner d'une semblable pratique, loin d'y voir une marque du peu d'estime fait de TEucbaristie , on y verrait peut-être une des plus grandes preuves qu'il soit possible de donner de la haute idée qu'on en a , et l'on ne s'étonnerait pas en voyant de saints personnages dans les premiers siècles recourir à ce moyen formidable pour épouvanter les partisanls de l'erreur et imprimer aux vrais fidèles un sentiment plus vif encore de respect et de religion.

Toutefois on comprend que vous ayez dû , sainte Eglise , retrancher un usage qui pouvait si facilement dégénérer en abus. Ici encore , l'usage est pour moi une preuve de la haute idée qu'on avait de cet adorable mystère , et vos précautions pour éloigner l'abus , en me montrant votre sagesse, me montrent également votre foi.

Ainsi il demeure établi pour moi que le silence des premiers siècles sur les hommages rendus à l'Eucharistie est tout simplement une suite de l'état de persécution oii vivaient les

1 M QVATIAftUL: StMàUni

fidèles., el des précautions que prenaient les saints docteurs^ pour ne pastéveiUeir inutUement la terrible oolère des eonemis du nom cbrétîeo ; et quant aux usages qui 8eniblfir>ajeiit . peu respeclueui: par rapport au. SacnemenA de rautel, j^ai la. consolation de remarquer qull&ont tou^ jours un côté vénérable y sous lequel ils. étaient envisagés par les saints personnages qui croyaieet : dew)ir, s'en servir, et que, du momenl qu'ils pouvaient devenir la source de trop graves ^ inconvénients , Vjous apparaissieflii , sainte Egltsa, pour régler toutes/cboses» et conserver, ainsi au culte, divjn sa , grandeur ,. sa sainteiâ, sa. puisisancosurtles^ ftmea.

CIxNQUIÉME ÉLÉVATION

S()lendeiir des édifices sacrés.

Je> trouve encore une preuve de votre fot à lai pnésenoQ réelle , sainte Eglise catfaoliqoe , dans la beauté et la richesse dès tetnpléSi que vous aveai bâtis et consacrés pour servir de demfiureià Tadorable Eucbarisiie'. Oh 1 oui^ c'estbien<potrrr elle* que vous avez élevé ces habita-^ talions vraiment royales, ees'sainteahasilaquea.

«GBfQIHtlIB ttÉYATION. 157

:qiie devaii a'Pemplir de sa gloire ^ » le 'véritable £mmamael ou Dieu avec nous. S^il se fût agi «seuleiBent dexonstruire une maison de prière , comme chez nos frères séparés, il eût suffi de la iaive large et spacieuse , selon les besoins de chaque population ; mais il eût été parfaitement inutile de Torner avec ee luxe pieux, et d'y accumuler tout ce qu'il y a de plus propre à ;inspirer un religieux respect pour la majesté infinie du Très-Haut. C'était donc à vos yeux , ô Eglise, plus encore qu'une maison de prière; c'était <K la maison même de Dieu ; un lieu terrible y par conséquent , et la porte du ciel ^ »

11 fallut bien , pendant les siècles de pei^séculion y se contenter d'une laatson ordinaire et d'un humble appareil pour loger Celui qui savait dit, dans son Evangile : « Les renards ont des tanièiies, ei les oiseaux du oiel des nids; le Fils de l'homme n'a pas même un lieu où il puisse reposer sa tête '. » Mais quand ita religion fut rendue a la liberté , yoqs voas empressâtes, ô Ëglise de mon iDieu , d'élever à voire céleste £poux des demeures qui fussent dignes «inon de sa igrandeur, au moins de votre amour et de votre piété.

1 Implebo domum istam glorià. =: * Gen. c. 28, ^ 17 «« *» Lue. fe. ^,7».

158 QUATaifeMB SIMAfNX.

Eh bien ! ce sont ces demeures qui déposent en faveur de votre foi et qui en sont , à mes yeux , un magnifique témoignage. Plus je les étudie , plus je vois que tout 8*y rapporte à rEucharistie , que tout la suppose et y conduit.

Dans les églises des premiers siècles , je Tois d^immenses parvis où les Chrétiens sont invités à se laver les mains et le visage pour se rappeler à eux-mêmes avec quelle pureté intérieure il faut s'approcher du Saint des saints : puis d'autres espaces , destinés aux humiliations de cette pénitence publique , qui avait encore pour but de disposer les âmes à la Communion , quand elles devaient traverser de grandes et solennelles expiations, pour arriver jusqu'aux pieds du saint autel. La nef, le chœur, le sanctuaire s'oGTrent ensuite à mes yeux , avec leur majesté et leur sainte opulence. Les colonnes de marbre et de porphyre y sont prodiguées ; l'or et l'argent y ruissellent à Qots ; les plus magnifiques tentures recouvrent et décorent le tabernacle où repose l'auguste Victime, et l'autel où chaque jour elle s'immole. Ah ! c'est bien pour elle évidemment que toute cette ornementation a été prodiguée, et que nos temples terrestres ont été bâtis sur le modèle du temple merveilleux el céleste que saint Jean nous décrit dans ses révélations. De

CINQUIÈME ÉLÉVATlOff. 159

part et d'autre , « des vieillards vêtus de robes blanches , des lampes allumées devant le trône de Dieu , des chants répétés jour et nuit , des adorateurs prosternés, des couronnes jetées aux pieds du Très-Haut ^ . » Ah ! c'est que de part et d'autre on croit à la présence de l'Agneau * immolé pour le salut du monde ; il est dans nos églises aussi réellement qu'il est dans le ciel. Oui , c'est pour lui qu'on a élevé ces magnifiques demeures , comme c'est en haine de lui qu'elles ont été ravagées plus tard et abattues par les ennemis de l'Eucharistie ^ qui , peut-être sans cela , les eussent épargnées , par égard pour leur perfection artistique , mais qui ne pouvaient plus en supporter la vue dès qu'ils pensaient que le sacrifice de nos autels y avait été offert.

' Quant à nos églises d'aujourd'hui , c'est le même esprit qui les élève et qui les décore ; c'est toujours en vue de l'Eucharistie qu'elles sont faites, et on f sent la présence de quelque chose de vivant et de divin. Jusqu'au fond des campagnes , au sein même de la pauvreté et de l'indigence, on retrouve ce cachet dans les efforts que font les âmes pieuses pour relever, au moins avec les fleurs du jardin et la verdure

* Ap. c. 4 B= « Ib.

160 QCATIIÈIIB SBXÀINB.

des coteaux, le ,rnode3te éclat. du sanctuaire. Evidemtneat , c^est bien Jà une maison. Or, ai le grand Apôtre a. eu raison de dire que «i toute maison est bâtie par quelqu^un \ » il aurait pu ajouter que toute maison est bâtie pour quelqu'un et en vue d'un hôte qui doit Thabiter.

Où donc est celui qui habite nos églises , dans ilesquelles nous tue faisons que passer , nous , pour prier quelques instants ? Ah ! n'en douiez pas y a c'est Jésus-Christ , qui , en sa qualité de Fils de Dieu, a l'autorité sur cette maison'» qui est la sienne et où « ses délices sont dé se Irouver parmi les enfants des hommes '. Oui , il est là présent ; et , si vous n'en aviez pas été convaincue y sainte Eglise, vous n'auriez certainement pas donné tant de soin à ces édifices sacrés ; vous ne les auriez pas si somplueuse- «lent ornés.

Mais , dira quelqu'un , cet argument n'a pas la force que vous lui prêtez. Vous semblez conclure, du soin avec lequel les ^gli^es ont été bâties et sont décorées, que le Fils de Dieu y est rédllemeut présent en personne; mais cette conclusion n'est pas rigoureuse. L'Eglise a pu se doi^per, dès le^ premiers siècles , le .plaisir de 4écorer ainsi ses temples, sans croire ppur

» Heb. c. 8, M -* ' ïb. ■» • Prov. .c. 8, y 85.

ts0laiè lapréienicevaelle. Voyez les païens .quoi de pliAs brillant, que kurs temples? quoi de plus riabement orné îet cepeDdant,, il n'y ,a^âit rpus pour eux de présence réelle- Voyez les.Jurfs: qfielle «pl^ndeur dans leur tabernacle, a,u désert ! quelle ms^qiBcence inioiagiaable dans leur temple bâti par Salomon ! et pourtant il n'y. avait pas ppur «use de présence réelle. iCctst ja .même ebose |)our TElglige catboUque : la «pnslrueilon 4e ses temples :ue prouve rien, rsinon qu'elle a voulu se donner le plaisir de les faire ainsi.

Voiis me .croyez pçis dans le filet de ce raiisoniieii^at captieux ? il n'en e^st rien j «t Dieu, .par mes faibles mains , va le rompre cmmme ^e rompt un filet d'étoupe lorsqu'il sent leieu'^ jJe ppisméme dire que vous me fournissez des .acmés 9 et je vous remercie d'avoir soulevé cette belle difficulté.

{jes païens , ditea*-vQU3, bâtissaient des tismplesfii remarquables qu'il s'en est irouvi dont ,1e phrisiis^nisme a «été beqreu^ de ^pouvoir hé* rit^ ^; ils les décoraient magnifiquement ^ et p^urtani Us ne croyaieut pas à la présence féelle.

,Par<dpniaezH»oi ; ils y cjpoyaient. C'était de

i62 QVATRlfeMB SBHAINB.

leur part une erreur sans doute, et la plus grande de toutes les erreurs, qui consistait à donner au bois et à la pierre le nom incommunicable de Dieu*; mais enfin ils le donnaient, ce nom ineffable , aux idoles formées par leurs mains. Indépendamment du grand Dieu dont ils reconnaissaient Texistence par delà les cieux, il y avait pour eux une multitude innombrable de divinités subalternes, mais réelles à leurs yeux, et qui peuplaient les temples. Ces dieux, ils les priaient, ils les consultaient, ils recueillaient leurs réponses dans les oracles menteurs qui leur parlaient de tous côtés; ils leur servaient des festins somptueux que les prêtres dévoraient en secret, et puis ils disaient, avec ce roi de Babylone : « Croyez-vous que Bel ne soit pas un dieu vivant? ne voyez-vous pas combien il mange et combien il boit chaque jour * ?» Ils se trompaient dans leur grossière et déplorable ignorance, et nous leur dirons, avec le Prophète : Ne vous abusez pas ; (c cette idole est de boue au dedans et d^airain au dehors , et jamais elle ne mangea '; )> ou bien, avec le Sage, dans ces deux admirables chapitres où il poursuit et accable de ses puissantes railleries la grande erreur du paganisme : <& Ceux-là sont vraiment malheu-

« Sap. c. 14 es I Dan. c. 14 » > Ib.

CINQUIÈMB ÉLfiVÂTION. 163

reux et n'ont que des espérances mortes, qui ont donné le nom de dieux aux ouvrages de la main des hommes ^ »

Oui ; mais en se trompant sur le fait , ils ne se trompaient pas sur la conséquence à en tirer ; et du moment qu'ils croyaient celte idole en possession de la vie et de la divinité, ils lui devaient des temples, tels qu'ils les ont faits, et ces temples n'étaient qu'un fruit et un témoignage de leur foi.

J'ajouterai seulement que leurs édifices religieux, tout en portant le cachet d'une présence réelle et plus spéciale de la Divinité , attestaient néanmoins la bassesse de leurs espérances et la corruption infâme de leus culte. Là , rien qui élevât au ciel , tout pour la terre ; car ces dieux , remplis des passions humaines dont ils consacraient les excès par leur propre conduite, ces dieux ne promettaient que des jouissances terrestres et des plaisirs sensuels à leurs misérables adorateurs. Aussi leurs temples ne parlaient-ils que de la terre ; c'étaient des colonnes , des péristyles , des voûtes , des maisons, enfin , toutes pareilles à celles qu'habitaient les rois de la terre. Mais vos temples, 6 Eglise de mon Dieu , qui sont comme le

i Sap. c. 13 et 14.

i64 ovATUÈMB ttuuun.

vestibule du Ciel et qui doivent y élever nos &mes eu servant à les y conduire , vos teinples ont adopté pour eux une sorte de style divin. Ici , tout est de nature à élever la pensée , le cœur, et il semble que ces voûkes.et ces^flèches qui vont se perdre dans les nues , nous ccient , aussi bien que la voix du prêtre : a Haut le QOBur«J» Surswn cordai

Voilà une belle et noble difSéreoce; mais au fond le principe est le nDâine. L^idolàtre par erreur , le catholique par suite d'-une vévélation pleine de vérité, croient à une présence réelle de Dieu en leur faveur ; ils bàtissentdes temples, et des temples. magnifiques ; pendant que ceux dont la foi ne s'élève pas plus haut qu'un morceau de pain , cherchent tout simplement une chanU>re pour le manger.

N'oublions pas les, Juifs. Eux aussi jouissaient d'une présence réelle de Dieu dans leurtem^.

ill était là , ce grand Dieu , plus qu'ailleurs ; il l'avait lui-même formellement promis ^ Tous les livres de Moise, tous ceux de l'ancienne loi et de la loi nouvelle sont pleins de celle vérité. Qui ne ae souvient que a quand JMoïse <e^trait dans le tabernacle de l'aHianceL pour consotler l'oracle, il entendait la voix de Celui qui kii

i II Cor c. 6, y 16.

parlafit'du propitiatoire, qui était au dessus de l'arohedu témoignage, entre les deuT, chérubins, dV>ù il parlait à Moïse * ? » Dieu ne rappelle-^t^* il pas lui*même en mille endroits son séjour dans le temple quMl regardait , aussi bien que' ]& ciel', comme le lieu de son habitation parti» culière' et spéciale * ? Sans doute , ce n'était pas* encore la présence do Sauveur Jésus dans nos tabernacles : c'était moins précieux, moins riche, motns^ doux ; c'était le partage des ser-* viteurs, des esclaves; et nous avons, nous^ rincomparable lot des enfants. Mais enfin c'était une présence de Dieu assez spéciale , assez réelle pour autoriser Moïse à faire remarquer aux Hébreux a qu'il n'y avait point dé" nation , qoclque puissante qu'elle fftt , qui eût des dieux anssi proches d'elle, comme le Dieu d'Israël était proche de son peuple et présent à toutes' ses prières'. »

Elonnons-rrous ensuite de la splendeur du tabernacle qui, quoique fait de main d'homme*, avait iété construit sur un plan* tracé par Dieu lui-même ^ I Etonnons^nous de voir employer tant de richesses , tant d'ouvriers à ce temple* de Sblomon^, qui a été ntte des plus grandes

* NuiD. c. 7, y 89 « « Passim. = » Deut. c. 4, t 7 =« * Hcb. c. 9, yil »r »<Lev.

i66 QUATBiiMB SEllÀUW^.

merveilles du mondes de voir couler pour sa dédicace , le sang de plusieurs milliers de victimes , d^enlendre ce grand prince , alors si religieux j adresser à Dieu des prières pleines de la plus vive confiance, et se promettre des grâces toutes spéciales dans ce lieu tellement rempli de la présence et de la gloire de Dieu , que a les prêtres, d pendant un moment , a ne pouvaient y pénétrer, » par la frayeur que leur inspirait « la majesté du Seigneur'.» Non, il ne faut pas nous en étonner; mais il faut reconnaître que les Juifs, conséquents avec leur croyance, ont dû bâtir une demeure digne de Dieu, puisque Dieu daignait habiter ainsi parmi eux.

Donc , 6 Eglise de mon Dieu , si vous avez toujours construit vos temples avec un soin si particulier , et quand vous Tavez pu , avec un si merveilleux éclat , j'ai le droit dVn conclure que vous avez cru posséder dans TEucharistie quelque chose de plus que ce qui frappe nos sens, quelque chose de plus qu'un morceau de pain ; je veux dire Jésus-Christ même en personne ; et si vous Tavez cru , il faut bien admettre que cela est : autrement vous ne seriez plus ce qu'a dit saint Paul, a la colonne et le fondement de la vérité*. » •

» II Par. c. 7, t 2 «= * Il Tim. c. S, y 16.

Honnean dûs à la lainto Enoharîstl*.

L'adorer.

Votre présence dans le divin Sacrement , ô Jésus mon Sauveur , emporte nécessairement de notre part le devoir de vous adorer. Ainsi Fa toujours compris TEglise; ainsi Ta-t-elle toujours pratiqué. Les belles paroles qu'elle a prononcées dans le dernier de ses concilesgénéraux, et que je vais me donner la consolation de relire , n'étaient qu'un écho fidèle des siècles précédents , dont elles résumaient , dans une courte mais admirable page, la constante pratique. Recueillons-nous et écoutons :

« 11 ne reste donc aucun lieu de douter que tous les fidèles , selon la coutume reçue de tout temps dans TËglise catholique, ne soient obligés d'honorer le très-saint Sacrement du culte de latrie qui est dû au vrai Dieu. On ne doit pas moins l'adorer, quoiqu'il ait été institué par

468 CIHQUiftHB SBHÀIlfl.

Notre Seigneur Jétin-Christ comme nourriture spirituelle des fidèles ; car nous y croyons présent le même Dieu duquel le Père éleruel en rinlroduisant dans le monde a dit : a Et que tous les anges Tadorent ; v le même que les Mages, se prosternant à terre, ont adoré; le même enfin que TEcrilure témoigne avoir été adoré par les apôtres en Galilée '. »

Jç crois fermement cette vérité, mon Dieu, et je plains de tout mon cœur ceux qui ont renda nécessaire^ par leurs erreurs sur ce point, le* terrible anathème lancé par le même concile : c( Si qtielqu^un dit que dans le saint sacrement de l'Eucharistie , Jésus-Christ fils umqne de Dieu ne doit pas être adoré d'un culte de latrie, marne extérieur , et que par conséquent il ne fitut pas le vénérer en Thonorant d'une fête par* ticulière et solennelle , ni le porter avec pompe aux processions, selon la coutume et le rit louable de la sainte Eglise , ou qu'il ne £aut pas> Texposer en publie pour être adoré par le peuple, ou que ses adorateurs^ont des idolâtres, qtiMI soit analhème '. »

Il n'entre peint, mon Dieu, vous le savez, dans le plan de mes élévations , de multiplier les passages qui' viennent appuyer et confirmer

Ttid. séSS. 18, c. 8 » i Iti. c: 7.

naMttm tLfiTATiorf. 169

les Téflexldns p^àr lesquelles je m'entretiens avec vous. Je me borne à détadier quelques fntits de ce bel et immeose jardia de la tradition ecclé* siasttque , pour les savourer à l'aise et m'en nourrir délicieusement Je pourrais donc faire remarquer que , dès les temps anciens , on appelait les doisrs eucharistiques « préciemc , surcélestes, immaculés, glorieux, redoutables, divins ^ : x> iofutes paroles qui expriment le plus haut degré d'adoration , colle qu'on rend à Dieu même. Je pourrais citer les prières qui étaient piriïltqtiement adressées à l'Eucharistie , et- dans lesquelles on disait , par exemple : a Je crois , 6 Seigneur , que vous êtes le Christ tils du Dieu TJvant; je ne vous donnerai pas un baiser dé traître , comme Judas ; je ne suis pas digne que voHs entriez sous le toit infect de nvon àrM; msis puisque vous êtes entré dans l'étable et dans la crèche des animaux, ne dédaignez point d'entrer dans la crèche de mon âme... n'ayez point d'horreur de moi, puisque vous n'en avez point eu de la pécheresse publique qui baisait vos pieds avec une bouche impure \ )» Oui , je pourrais multiplier ces belles citations et répéter le cri sublime que poussait vers vous, mon Dieu, l'Eglise primitive, quand, au milieu

tu. Jac. B* * Ut. Cbrys.

170 CINQUIÈWS SBHAIHB.

des saints mystères, elle faisait dire à Tâme communianie : « Dieu, sauvez-moi, atin que je reçoive sans condamnation le corps précieux et sans tache de Jésus*Christ votre fils , pour le remède de mon âme et de mon corps. » Je pourrais rappeler surtout, qu'au moment où Ton transportait à Taulel le corps sacré , du lieu où il était tenu en réserve, un diacre s^écriait par trois fois : a Maintenant les vertus des cieux adorent invisiblement avec nous, car voilà le Roi de gloire qui entre *. n

Mais à quoi bon multiplier ces passages?

n'est-il pas évident que Tadoration doit être inséparable de la foi de la réalité? que par conséquent elle a dû commencer dès le temps où saint Ambroise dit que les apôtres avaient adoré, comme on adorait encore depuis eux, la chair de Jésus-Christ dans les saiuts mystères ^ ; et saint Augustin, que personne ne doit manger cette chair, sans Tavoir premièrement adorée'? Ah! si vous n'étiez dans rEucharislie , mon Sauveur, que comme vous y croient quelquesuns de nos frères séparés, c'est-à-dire par je ne sais quelle vertu secrète émanée de vous , par une influence particulière de votre grâce, et rien de plus , il est évident que je n'adorerais

1 Lit. Orient. « * Amb. de Spir. Sanc. L 8 «a ^ Ut suprk.

point l'Eucharistie, dans la crainte de me rendre idolâtre , puisque le fond de la substance eucharistique serait un morceau de pain. Mais il n'en est point ainsi pour le vrai catholique qui croit à votre parole comme à celle d'un Dieu. Où veulent-ils que je trouve du pain, quand vous avez dit : Ceci est mon corps? Je ne puis plus y rencontrer que votre corps , puisque vous l'y mettez et que vous me le dites si clairement. Mais ce corps est celui d'un Dieu , et partout où je le trouverai , ce sera pour mon âme un besoin comme un devoir de Tadorer.

Ils disent : Vous êtes des idolâtres ; car vous adorez l'Eucharistie , et non pas le bon Dieu. Mais je les conjure de ne point nous faire cette misérable chicane, et de mieux juger nos pensées et notre foi. S'imaginent-ils que l'Eucharistie soit pour nous un certain être à part, différent de vous, mon Sauveur, un être dans lequel vous vous seriez caché , et que nous aurions la folie d'adorer en vous méconnaissant vous-même? Ce serait de leur part, une affreuse calomnie , que de nous jeter ce reproche ; car pour nous catholiques , la sainte Eucharistie c'est vous, Seigneur; c'est vous-même, caché sous les espèces sacramentelles. Par conséquent, en adorant l'Eucharistie, c'est vous que j'adore.

172 CnCQUltHB SEMAIlfE.

Je sais bien ^iie, comme .Dieu, voue êtes ptrlout, et qu^ainsi je puis partout vous adre;^ser mes adorations; mais ici, je vous les dojs lout particulièrement, parce quMI y a de votre jpar t une présence plus spéciale dans nos églises, dans nos tabernacles. Ainsi , Abraham, Moïse, ces religieux patriarches, marchaient toujours en votre présence * et vous adoraient partout. JMais dans certaines circonstances, leur adoralion prenait un caractère encore plus senti et mieux marqué, lorsque, par exemple, vous leur parliez au milieu d^m sacrifice ou dans les flammes du buisson ardent qui brûlait sans se consumer'. Ainsi, le sujet fidèle qui respecte partout le souvenir, la pensée, les ordres et le nom de son roi, ne redouble-t-il pas ses témoignages de respect et de dévouement, quand il a Thonneur d^être admis auprès du monarique? Le roi , sans doute, est présent dans tpus se^ états par sa puissance, par la crainte (ju^inspire son autorité; mais de sa personne, il n'est présent que dans un lieu; et quand ses sujets s'y trouvent devant lui , quand il leur est donné de pénétrer dans son palais , il y a de leur part un redoublement d'attention et un sentiment plus profond de respect et de crainta.

I Ambvla coràm me, etc. ^ * Exod. c. t, f %.

PHEHARE taKYATION. 175

Voilà , moii Dieu , nue image sensible 4e mes rapports avec vous.

Oh ! oui , je veux vous adorer dan^ vos lemples; et plus vous vous y abaissez pour moi , plus vous y deviendrez grand à fnes y eus. N'esl-oe pas parce que a v^us vous êtes anéanti » dans l'inc^roaUon en prenant la forme d'esclave, que Dieu voire Père vous a élevé si haut et a voulu « que tout genou fléchit devant vous ' ? » Mais les aeéaniissemenlfi de rEucharislie sontils moins grands et doiveat-ils être moins vénérables pour une âme vraiment chrétienne que peux de la Crèche et du Calvaire? Ah ! laî^ezmoi u me faire petit , et pl«is petit que je ine Pai encore été; » laissez-moi a mettre toute ma gloire à me mépriser moi-même devant le Seigneur ' 9 » puisque lui , si grand , est descendu si bas pour mon amour. Que ne puis-je m'abt- 0ier en sa présence jusqu'au centre de la terre ! Il est vrai que je ne le vois pas ; mais je sais qu'il est là. Moins heureux que les anges sous uo rapport, je n'aperçois pas comme eux « cet Agneau qui a été immolé, et qui est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force , l'honneur , la gloire et la bénédiction ' ; » moins favorisé que les bergers et

i Philip, c. i « I II Reg. c. 6 a ' Apoc.

174 ciNQuiftai tmÂimi.

les mages , je n'aperçois pas comme eux cette sainte humanité qui leur apparaissait radieuse de sainteté et d'innocence , comme elle apparut toute pleine de gloire aux trois disciples privilégiés sur le Thabor : mais plus heureux qu'eux tous sous un autre rapport , puisque j'ai le mérite de la foi et que je me trouve du nombre de ceux que le Sauveur lui-même a déclarés a bienheureux parce qu'ils n'ont point vu et qu'ils ont cru * , » je le crois présent sur nos autels et je me prosterne pour l'adorer. Oui, j'adore, non point, comme la Samaritaine , « sans connaître, ' » mais sans voir; j'adore même contrairement à ce que je vois, car mes yeux ne découvrent qu'une apparence du pain : mais mon âme, éclairée d'une lumière divine, leur donne un démenti , et reconnaît sous ce voile un Dieu digne de toutes ses adorations , le Dieu qui a dit : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang. D

Vous le savez, mon Sauveur, une des grandes douleurs de ma vie a été de voir la faiblesse des adorations qui vous sont rendues par un si grand nombre de Chrétiens dans le saint Sacrement.

J'en ai surpris mille et mille fois le triste et déplorable secret. Je les ai vus entrer dans vos

< Joan. c. 20 » * Ib. c. 4.

PRCMltBE MUTATION. 175

églises comme dans tout autre édifice public livré à la curiosité des voyageurs. J'ai vu dans les uns une absence complète de sentiments religieux; pas un mouvement, pas un signe qui indiquât qu^on vous reconnût, qu'on vous sentit présent. Dans les autres , c'était quelque chose de si vague, de si léger, de si peu profond, que je me sentais prêt de m'écrier, comme Tertullien à la vue d'un prêtre païen s'agitant devant son idole : a Est-ce un sacrifice ou une moquerie ^ ? » Je les ai vus se détourner pour éviter votre rencontre dans les rues , s'échapper pour ne pas demeurer avec vous dans les maisons où vous entriez comme viatique des mourants ; je les ai vus assistant comme par grâce à votre saint Sacrifice , et croire avoir fait beaucoup, parce qu'ils s'étaient un peu inclinés pour obéir à l'usage et ne pas se faire trop remarquer, dans les moments les plus redoutables de nos mystères. J'ai même vu des Chrétiens qui vous reçoivent à Pâques , qui obéissent aux prescriptions de la sainte Eglise , qui assistent avec bonheur aux instructions et aux solennités religieuses , ne sentir que faiblement la présence de l'Eucharistie et ne lui rendre que des hommages imparfaits.

A Sacrificat au insultât?

176 coiQuiftiui smuam.

J'ai même quelquefois y hélas ! reaconiré des personnes appartenant à ce seie que TEglise a décoré du beau nom de « dévot S > <^t à cette classe que l'eu nomme distinguée dans la Mciété , entrer à l-église avec un air ptutèt fastueux que religieux, promener ça et là des regards qui semblaient presque demander pour elles des adorations : je les ai vues s'agenouiller sur rexlrémité d'une chaise qui n'était pas faite pour uo semblable usage, ciimme si elles eussent craint de se mettre trop bas en présence de Celui devant lequel pourtant ce tout genou doit fléchir, et fléchir sérieusement, ce au ^ciel , sur la terre et dans les enfers*. » Je me suis pemHs d'étudier celte adoration éphémère ; ot tout ce que j'ai m , Seigneur , m'a obligé de reconnaître que ces Âmes chrétiennes par le baptême, chrétiennes aussi par un vague désir et par un certain reste d'habitudes religieuses^ ne le sont point assez par la conviction et le sentiment de votre présence réelle , puisqu'elles paraissent dans vos églises occupées beaucoup plu^d ellesmêmes que de vous.

Enfin , mon Dieu , j'en étais réduit à me dire . à la vue de ces pauvres femmes obscures , de ces âmes ignorées mais pieuses et ferventes,

■ Or. Eccl. es • Onme genu flectatv.

PBEIIIÈBE fiLÊVATlON. 477

qui sont encore ce qu^il y a de plus dévoué et de plus respectueux pour vous y Seigneur : <r Si le Dieu des armées ne nous avait conservé cette semence bénie , nous serions devenus semblables aux villes dans lesquelles il est le moins connu et le moins honoré K »

Oui , mon Sauveur, je le répète , c'est ce c( petit troupeau ^ » d'âmes simples mais pleines de foi , recrutées heureusement dans toutes les conditions de la société , qui forme , sous le nom si respectable de personnes pieuses et dévotes , le bercail où votre présence et voire voix mystérieuse sont encore le mieux connues. Aussi , mon Dieu , suis-je plein de vénération pomr elles , malgré les imperfections , les légers •défauts même qui peuvent se trouver dans quelques-unes, et qui ne doivent point étonner celui qui sait que , selon la parole de Job , vous avez trouvé du dérèglement jusque dans vos anges^ Oui , je les respecte, je les honore; et en voyant leur profond recueillement, leur pieuse immobilité, leur attention et leur ferveur si touchante dans le saint lieu , j'éprouve le besoin de m'éorier, comme votre Fils ado- Table dans une circonsjtance analogue : « Je vous rends gloire, mon Père, Dieu du ciel et

» Is. c. 1, t 9 s= » Luc. c. 14, t 3* = ' Job. c. 4, y IS.

178 ClNQUlfem SBHAtNB.

de la terre, de ce que youS avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et que vous les avez révélées aux petits et aux simples ^ »

Oui , je les vénère , ces ftmes pieuses , sans lesquelles vous seriez dans vos tabernacles a un Dieu presque inconnu ; » et je suis heureux de joindre mes adorations intérieures et extérieures aux hommages si sincères, si courageux, si soutenus qu^elles vous prodiguent avec un amour qui me rendrait presque jaloux, si je ne savais , selon la belle doctrine de saint Augustin , qu'en m'associant à cet amour j'en jouis comme d'un bien qui me serait propre , comme d'un fruit béni de cette a communion des saints , » qui fait que dans votre Eglise , mon Dieu , les biens spirituels du prochain deviennent le partage de quicon que sait se les approprier en y mettant ses complaisances *.

Sentir sa présence au milieu de nos cités.

a Le Seigneur est vraiment dans ce lieu-ci , r^ disait le patriarche Jacob en s'éveillant d'un

1 Matt. c. ii, ^i" 25 =es a Aug., passim.

SBCONDE ÉLÉTATION. ^ 70

mystérieux sommeil, et «je ne le savais pas ^: » c'est-à-dire qu'il n'y faisait pas attention dans le moment, regardant le lieu où il se trouvait comme ordinaire et profane, pendant qtie c'était un lieu vraiment sacré. Trop souvent, mon Dieu , nous en sommes là par rapport à votre présence dans l'Eucharistie. Elle échappe à notre attention ; elle ne fait pas sur nous une de ces impressions profondes qui occupent, qui saisissent l'âme et la ramènent sans cesse à l'objet qui doit posséder , avant tout autre , ses pensées.

Hélas ! mon Dieu , pourquoi faut-il que nous en soyons réduits à dire si souvent aux Chrétiens ce que saint Jean disait aux Juifs aveugles : (( Il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas* ! » Il en a pourtant bien fait assez pour qu'on le reconnaisse! N'a-t-il pas passé et ne passe-t-il pas encore « en faisant du bien et en guérissant tous ceux qui sont sous la puissance du démon * b et qui ne refusent pas ses divins bienfaits? Quel roi , quel puissant de la terre peut lui être comparé? Il est vrai que sa grandeur est cachée; mais en est-elle moins réelle , moins touchante , moins digne de nos respects ?

* Gen. c. 28, j^ 16 =3 « Joan. c. 1, y W »= » Act. c. 10,

d80 OWQJUitXB SSIMdlVB.

Ah ! je comprends , Seigneur, ce que veus demandeE de moi , et je veux vous payer désormais avec plus de ffidélilé cette ddte d^amour ; je veux échapper à cette inatt^tion et à cet oubli y qui ioucbent de «i près à riogralîlude. Que la petite bourgade de Bethléem était heureuse , sans pourtant coanaitre assez son bon* heur , lorsque vous étiez , ô mon Sauyeur , Tui) de ses citoyens, et qu'on inscrivait votre ncon «ur ios registres publics, dans le dénombrement qui en était fait! Maia la cité où je demeure, ne fûl-^elle qu'un villqge, qu'un obscur hameau, n'est-elle pas aussi heureuse , puisque vous y avez pris réellement votre naissance eucharistique , que vous êtes devenu , par le fait , un de ses concitoryens^ accomplissant ainsi la promesse d'un de vos prophètes: a Je placerai parmi eux mon tabernacle, » ma maison, mon domicile arrêté. Oh ! je ne veux pas qu'uu Hôte si distingué échappe à ma pensée et soit compte pour rien. Non , l'Eucharistie n'est pas un rêve, ni la présence réelle,. un jeu d'enfant; c'est une vérité qui doit avoir toutes ses applications, toutes ses conséquences.

Ce serait donc un crime, Seigneur Jésus , au point de vue de l'amour; oui, c'en serait un d'oublier les grâces que vous nous apportez ^

doni votre pré«Mce divine est pour noa^ la soaree; Quoi de plus triete qtte de penser qu'un Chrétien arrive dans une ville , qu'il y demeure quelquefois longtemps , qu'il la parcoure , qu'il y entre en ra|>f>ort avec une foule de monde , et qu'il en sorte sans avoir songé seulement à faire un pas pour se rappi^oeber du Dieu de l'Eucharistie 1

ËsthH donc permis de kisser ainsi couler des jours, deS' nuits, des^ semaines, sans que la pensée et le cœnr se portent vers l'église, et #agir absolument comme si le mystère de nos autels n'avait pas été inventé par votre amour , et que vous ne fussiea pas là réellement présent. Mon Dieu, ce souvenir m'afflige et m'humile.

Si j'avais traité ainsi un ami d'enfance, un sul^rieur dans la hiérarchie dont je dépends , je n'oserais plus me nvontrer devant eux , on du moins je ne le ferais pas sans rougir ou sans trembler. Laissez-moi donc vous dire, Seigneur, en empruntant les paroles d'un de vos grands serviteurs , qui parlait dans ce moment là au nom de bien d'autres : <( Mon Dieu je suis dans la confusion , et j'ai honte de lever les yeux devant vous ^ »

Se veux réparer à l'avenir une conduite si

M Esd. c. 0, > 6.

192 CnfQUlftU SIMAOCB.

peu digne de celui que vous a^az daigné appeler votre ami et qui va jusqu^à vous appeler son père. Ab ! si « une mère ne peut pas oublier son enfant ', » est-il donc permis à un enfant d'oublier son père '? «Seigneur, augmentez ma foi * , » augmentez mon amour. Donnez-moi a un cœur nouveau S * un cœur qui ressemble à celui des Saints, dont la première pensée et la première affection étaient toujours pour le tabernacle^ un cœur qui aille même, comme celui de sainte Thérèse , jusqu'à deviner votre sainte présente et m'en avertir , partout où la sainte Eucharistie se trouvera sur mon passage. Alors, mon Dieu , je réparerai mes anciennes négligences , et je trouverai dans le souvenir et le sentiment de votre présence eucharistique, l'un des aliments les plus solides de ma foi , de ma piété, et de l'esprit de religion dont je dois être rempli.

Visiter le saint Sacrement.

mon âme , pourrais-tu ne pas admirer la

1 Is. c. 49 . t 15 « ' Matt. c. 6, t ^ ■» * Lac. c. 17 , t &•

'. » Ps. 60, y lï.

TROISIÈME ÉLÊTATION. i83

bonlé de ton Dieii; qui n'a pa9 voulu se trouver seulement dans l'Eucharistie comme il se trouve dans les autres sacrements, par une grâce attachée a leur réception et qui ne se donne que dans le moment même où ils nous sont administrés , mais qui a voulu y être en personne et y demeurer encore présent lorsque le saint Sacrifice est consommé et la communion reçue? Ecoute l'Eglise , qui te le dit dans le dernier de ses conciles généraux : « Les autres sacrements n'ont le pouvoir de sanctifier que quand on les reçoit ; mais l'Auteur même de la sainteté est dans l'Eucharistie avant qu'on reçoive ce sacrement. Car les Apôtres n'avaient pas encore reçu l'Eucharistie des mains de leur Maître, que déjà il affirmait avec toute vérité que ce qu'il leur donnait était son corps ^ » Aussi retrouvons - nous , dès les premiers siècles , l'usage de conserver les saintes espèces comme un dépôt sacré , pour pouvoir communier les malades qui n'avaient pas pu assister au saint Sacrifice et y participer.

Ainsi la consécration passe; mais le Sauveur qu'elle fait descendre sur nos autels y demeure tant que les saintes espèces ne sont point altérées, puisque c'est sous ce voile qu'il a bien

t Trid. sess. 13, c. 3.

184 CINQVlftMB SBIfAINE.

voulu se tenir caché; puisque c'est à IMn^tégritS de leur existence qu'il a bien voulu attacher là son adorable présence. ^

Le voilà donc dans nos églises , roi et prisonnier d'amour à la fois ! le voilà qui nous attend , nous appelle , nous reçoit , nous bénit de son saint tabernacle! Est-il possible de l'y croire présent et de ne pas éprouver le besoin de le visiter? Serait-ce avoir un cœur , un cœur filial et aimant , que d'oublier la présence de Celui qui est en même temps notre Dieu , notre ami , notre compagnon de voyage, notre souverain bienfaiteur? a Tous les rois de la terre « désiraient voir le visage de Salomon pour entendre la sagesse que Dieu avait répandue dans son cœur *. » Mais voilà ici quelque chose de plus que ce (ils de David; voilà le Fils même de Dieu , « en qui sont cachés tous les Irésorsxie la sagesse et de la science divine ^ : » n'éprouverons-nous donc aucun désir de nous approcher de lui? «Cette reine du Midi, » si célèbre dans nos Ecritures , a vint autrefois des extrémités dd la terre pour entendre la sagesse de Salomon •:» craindrons -nous de faire quelques pas pour arriver jusqu'à nos églises , où il y a mille fois t< plus que Salomon * ? » Serait-il donc aujour-

* II Par. c. 9, y î8 « > Col. c. î, j^ 8 «= » Malt. c. i%,y 42. » « Ibid.

TROlSlÈMiS ÉLÉVATIOl^. iS}i

d'huî moînsdîgne de recherche et d'amour c(n& pendant sa vie mortelle , où la foule se pressait autour' de lui pour ressentît l^s douces inQaefices de sa toute-puissante bonté? Serons-nous donc réduits à ne plus poirvoir lui dire, comme Pierre autrefois : « Tout le monde vous cherche * ? laf Ah ! si comme aiors on ne vient plus à lur a dé tons côtés * ; » si , pour l'adorer et Tentendre , il ne se rassemble plus « une si grande quantité de personnes, que le dedans du logis et tout Fespace qui était devant la porte ne pfouvaient les contenir ' , » que du moins on ne )e laissé pas seul , et qu'on se souvienne qu'il est là.

Sans doute, dans le tabernacle, comme autre'* fois dans la barque qu'il montait avec ses apôtres, sa puissance paraît enchaînée, et on croirait qu'il dort; mais ce sommeil n'est que pour servir d'exercice à notre foi ; et si nous savons, comme les disciples, nous approcher a de lui et l'éveiller en lui criant : Seigneur, sauvez-nouà *1 » comme eux , nous sentirons les effets de sa présence, et nous reconnaîtrons qu'il est encore aujourd'hui le Dieu en qui se trouve le salut *.

Venez donc, âme chrétienne , venez au tabernacle. Vous avez à y remplir un devoir de recon-

» Marc. c. 1, M7 « • Ib. 45 « » Ib. c. 2, )^ i = • Matl. e. 8, )^ 25 os » Domini est salas. Ps. 8, f 9.

186 CINQCIÈIIB SBIIAIKE.

naissance, d'amour, d'adoration. Venez; aie Maître est là qui vous appelle ^ » S'il ne voulait pas vous y attirer » il n'enrichirait pas ce lieu de sa présence , il n'y demeurerait pas jour et nuit. Cette seule présence est un appel fait à votre cœur^ car a partout où le corps se trouve, les aigles doivent s'assembler '; d partout où le Maître siège, les disciples doivent être à ses pieds ; et « là où est notre trésor , là doit se trouver , là doit nous conduire notre cœur '. » Venez , en quelque état que vous puissiez être ; il a de l'indulgence pour toutes les fautes quand le repentir les suit; il a des remèdes pour tous les maux , et il ne faut jamciis oublier que le Dieu de l'Eucharistie est le Dieu de l'Evangile , et qu'il n'est pas moins bon , moins puissant aujourd'hui qu'au jour où , rentré dans Jérusalem , il se voyait suivi d'une foule nombreuse qui l'accompagnait en criant : « C'est Jésus, le Prophète de Nazareth en Galilée , » et où ; se tenant dans le temple qu'il avait purgé de ceux qui le déshonoraient par un indigne trafic, il accueillait avec bonté tous ceux qui s'approchaient de lui. Les plus pauvres, les plus faibles étaient les mieux reçus , et a l'on vit alors des

1 Joaa. c. H, t 28 = * Malt. c. 24, ^ 28 «= » Ib. c. 6.

y ai.

aveugles , des boiteux veair à lui dans le temple, et il les guérit ^ »

Pauvre âme, bien malade peut-être, venez donc dans nos églises, où Jésus demeure encore et vous attend, a Le bœuf connaît celui à qui il est, et Fane Fétable de son maître ^: » seriezvous moins intelligent que ces êtres privés de raison ? et le Dieu de FEucharistie pourrait-il se plaindre en ajoutant avec le prophète : « Mais Israël ne m'a pas connu , et mou peuple a été sans entendement ^ »

Non , non , il n'en sera pas ainsi. Le désir d'un Dieu sera pour nous un ordre , et la voix de nos besoins, se joignant à celle de son amour, ne trouvera pas notre oreille insensible. Nous irons tout près de lui , bien persuadés que « ceux qui se tiennent à ses pieds, reçoivent v> encore mienx et plus abondamment que d'autres , ses instructions et a sa doctrine ^. s Nous savons bien que comme Dieu il est partout , et que partout ses oreilles sont ouvertes à notre prière, et ses yeux arrêtés c( sur les justes» qui lui parlent comme à un père , a et sur les méchants * B qui lui demandent une grâce de conversion ; mais il est vrai de dire aussi qu'il y

» Matt. c. 21, t 14 = Mb. c. 1, y 3 = ' Ib. 4 = * Deut. c. 33. j^ 3 es B Prov. c. 16, Ji 3.

a d$m ce sanctiiavre , auprès die ce taberdaeks , au bas de celte église, au milieu' de ce religieux silence , quelque chocte qui parle an cœur et qui aide à mieux trouver Dieu.

Je veux profiter de cette postUdn si favorable -, j'irai , mon Dieu , j'irai me joinifre au petit nfombre d'àmes choisie^ et ferventes qui sont si heureuses de faire leur cour au « Boi im* mortel des siècles * , » dépendu vers nom et résidant pour notre amour sur ce trôde dé grâces ^. » J'économiserai si bien iïK>ff temps, qae j'aurai toujours quelques minutes à moi pour tes donner à mon meilleur ami. Les devoirs de mon état ne seront point négligés pour cela; ils n'en seroirt, au contraire, que mieux remplis, à cause de la force que je puiserai en vous. Seigneur, et des leçons de eouri^e et de dévouement que vous ilie donnerez. Le monde n'aura donc point à se plaindre ; mais lors même qu'il se plaindrait, ses injustes doléances ne briseront pas l'élan de ma piété. Il dira que je perds mon temps. Abl quand il serait vrai qu'emporté par l'ardeur d'un amour q&i s'au^ blie, je dusse y perdre quelques minutes; perte p6ur perte, j'aime inflmmrent mieux celle-ci que tant d'autres pour lesquelles le monde est si

» 1 Tim. c. 1 , M7 « « ftîfr. 0. 4, f i«.

THOISIÈME 'ÉLÉVATION. iS9

indulgent 1 Ne voit-on pas les hommes perdre quelquefois de longues heures au jeu , e( le^ femmes dans Tinutilité des conversations et la vanité de la toilette? Qui songe à leur faire la guerre? Qui se plaint d'une perte dont les conséquences, hélas ! sont pourtant si funestes? Et parce que j'aurai un peu dépassé la mesura voulue , dans un acte d'adoration dont le Dieu de TËucharistie est l'objet , il semblera que tout est perdu et que tous les devoirs de la vie civile vont marcher mal! Non, mon Sauveur, non, cette vaine crainte ne m'arrêtera pas. J'espère bien que les enfants de ténèbres n'auront pas plus d'intelligence et d'adresse pour se ménager des moments de plaisir, que les enfants de lumière pour se procurer le bonheur de voqs isdorer un instant K J^irai donc où votre voix m'appelle.

Mais comment remplirai-je ce grand devoir de la visite au saint Sacrement?

J'aurai soin d'abord d'y préparer mon cœur à l'avance, afin de pouvoir dire, comme le saint roi David , et à plus juste titre encore : « J'ai été rempli de joie lorsqu'on m'a dit : Nous irons dans la maison du Seigneur '. » Oui , il me semble que déjà ce mes pas sont fixés dans vos

• Luc, c. ^6, t s ■? « Pg. 121, y 1.

190 ClNQCltMB SEMÀINK.

parvis S » saint temple de mon Dieu; je crois y être ; j'y suis déjà par le cœur. Les peines et les tribulations de la vie ne m'empêcheront pas de tourner ainsi mon âme à la joie , en pensant que je vais bientôt approcher de mon Dieu; et si la pensée de « revoir encore le temple de Jérusalem *y> suffisait à consoler le prophète Jonas , sur qui passaient « toutes les vagues et tous les flots de la mer ' , » quel effet ne doit pas produire sur moi l'espérance d'aller visiter bientôt le temple mille fois plus saint encore où réside l'adorable Eucharistie !

En y allant, je préparerai ce que je dois dire à mon divin Matlre, afin de ne pas « me présenter devant lui vide ^ » de pensées, de désirs, de prières; ce qui serait une injure pour un Dieu qui a les mains pleines de grâces et qui ne demande qu'à répandre ses dons sur les hommes *.

Mais me voici entré dans la maison sainte :

quelle place vais-je choisir pour y adorer mon Dieu caché? Celle du Publicain aura peut-être pour moi un attrait particulier. Si elle n'est pas pas la plus distinguée, les. effets ont prouvé qu'elle n'était pas la moins précieuse. Âh ! me

t Ps. lil, j^ î = « Jon. c. a, r 5 = • Ib. t 4 = * Exod. c. 28, t ^& "" ^ I^cdi^ ^ona hominibas.

TROISIÈME ÉLÉVATION. idl

voici , comme ce vrai pénitent , frappant ma poitrine et n*osanl lever les yeux *! me voici, redisant avec lui : Mon Dieu, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ". C'est déjà trop d'une semblable faveur pour un coupable qui en est , hélas ! bien indigne ; et pourtant , votre bonté m'encourage, Seigneur. Si j'allais plus loin ! si j'approchais davantage de mon bon Maître ! Madeleine est allée jusqu'à vos pieds; saint Jean jusqu'à voire adorable poitrine. Ah ! si je suis obligé de laisser aux prêtres cette dernière place, puisque ce privilège semble n'appartenir qu'à ceux qui peuvent se pencher sur votre autel et vous prendre dans leurs mains, la place de Marie-Madeleine ne me sera pas refusée , car il me semble que j'apporle , comme elle , un repentir sincère et au moins un commencement d'amour. Me voilà donc immobile et prosterné à vos pieds comme cette sainte pénitente. Ah ! que de choses j'aurais à vous dire ! que de peines à vous raconter ! que de besoins à vous exprimer I Les larmes que je sens naître dans mon cœur et qui vont s'échapper doucement de mes yeux pour arroser vos pieds divins, vous diront, à elles seules, toute l'histoire de ce pauvre cœur. Ces larmes, qui feraient peut-être sourire de

« Luc. c. 18, j^ 18 sa « Ibid.

I9f CINQlUftlK

()iMéceux qui se croient forls parce qu'ils ne oonoaissent pas leur faiblesse y yoiîs les accueils lerez , Seigneur, avec bonlé ; vous aurez pour elles la même compassion , j'ai presque dit le même respect, qu'une mère pour les larmes d'un eufant qui implore sa tendre indulgence.

Puis , quand j'aurai ainsi « répandu mon cœur * » devant vous, je dirai , avec le jeune et pieux Samuel : a Pariez, Seigneur, car votr« serviteur écoute '.Oh ! que votre voix doit être douce M » Si j'aime tant à recueillir vos paroles quand elles tombent de la bouche d'un autre , que doit -ce donc être quand vous prenez vous-même la peine de me les adresser? Si une bonne prédication , si un bon livre ont tant de charmes pour moi, quelles délices ne dois*je pas trouver à entendre Celui-là même dont il est dit : «Sa conversation n'a rien de désagréable, sa compagnie rien d'ennuyeux; on n'y trouve que de la satisfaction et de la joie *. »

Seigneur Jésus, nous voici tout près l'un de l'autre, dans une position favorable pour ces communications intimes que vous savez si bien faire à vos meilleurs amis. J'ai remarqué, en

» Ps. 441, t 8 c« « I Reg. c. 3, ^ 9 ss » Gant. c. 2, y i4. ■= ♦ Sap. c. 8, y 16.

effet, dans FEvitngile, que si vos enseignements publics appartenaient à tout le monde, et si tous ne refusiez point à la foule empressée les leçons dont elle avait besoin , vous aimiez cependant à y ajouter encore quelques explications plus particulières , quand vous étiess à Técart avec vos chers cUsci pies. Ils le savaient bien; car, après que vous eûtes proposé au peuple la parabole du semeur , ils en cherchèrent près de vous Yexplîcation. a Lorsqull fut en particulier, dit un évangéliste , les douze qui le suivaient lui demandèrent le sens de cette parabole ' ; » et peu ^après il ajoute : a Etant en particulier, il expliquait tout à ses disciples, n Daignez , Seigneur ^ me faire jouir ici, de ce bienfait. Je ne vous demande point de satisfaire chez moi une vaine curiosité; mais de me faire bien connaître votre amour pour moi afin d'ajouter encore à ma reconnaissance , votre sainte volonté pour que je Taccomplisse fidèlement et que je trouve dans cette fidélité la source de mon bonheur comme de mon salut. A l'exemple de Marie, vôtre mère, «je conserverai dans mon cœur toutes les paroles * » qui me viendront do vôtre , et récho lointain de votre douce voix servira à me consoler ei à me soutenir au milieu des con-

* Marc. c. 4, MO «»= * Luc. c. 2, y 19.

194 caQCifcu flBUOB.

▼ersatioflis si distrayantes et quelquefois si dangereuses du monde.

Mais y mon Dieu , les minutes s^euYolent , le ti^mps passe avec encore plus de rapidité ici qu'ailleurs , et irotre Yolonté , qui m'appelle à d'autres deYoirs, demande que j'interrompe ce doux entretien et que j'impose à mon cœur le plus grand de tous les sacrifices. « Allez , me dites-vous tout bas, comme à cet homme de l'Evangile , allez chez vous trouver vos proches , et leur annoncez les grandes grâces que vous avez reçues du Seigneur, et la miséricorde qu'il vous a faite \ » dans ce lieu où il aime tant à la faire et où il est accessible pour tous. J'y vais , Seigneur ; je leur dirai ce que vous avez fait pour moi y et je m'efiTorcerai de les entraîner vers l'autel , en leur criant, avec le Prophète : a Venez , louons le Seigneur avec allégresse ; célébrons par nos transports le Dieu de notre salut ; hâtons-nous de venir en sa présence, en reconnaissant sa gloire ; » et si notre cœur, au souvenir de ses bienfaits , éprouve le besoin de se livrer à une sainte allégresse, a faisons éclater noire joie par des cantiques en son honneur '. » Que si au contraire le souvenir de nos propres péchés et des fautes des autres remplit notre

« Marc. c. 5, t 19 •= * Ps. 94, y 1, ».

QUATRIEME £l£VATION. 195

âme d'une profonde douleur, a venez , adorons, prosternons-nous, pleurons en la présence du Dieu qui nous a faits * . » Mais , dans quelque état que nous puissions être , « allons nous présenter avec confiance , devant le trône de la grâce , afin d'y recevoir miséricorde et d'y trouver le secours de sa grâce , dans tous nos besoins '. »

Expositions, saluts, processions du très-saint Sacrement.

Que l'Eglise a été bien inspirée de nous accorder la consolation de contempler si souvent les saintes Espèces , lorsque vous apparaissez , ô bon Jésus, sur le Thabor de votre amour, pour recevoir des hommages tout particuliers et nous donner par les mains du prêtre une solennelle bénédiction ! Quel touchant et délicieux spectacle , que celui qu'offrent nos églises, lorsque le soir, sur un autel inondé de lumière et semé de fleurs , apparaît à nos yeux cette sainte Eucharistie qui va recevoir nos adorations et verser sur nous tous les dons de son amour !

t Pa. 94, y 6 ^ M Heb. c. 4, f 16.

196 CIKQCIÈME SEMAINE.

Ce soleil brillant au sein duquel je Paperçois n^est qu^ine faible image de Téclatante splendeur du divin Soleil de justice , qui est la répandant sur nous ses plus douces , ses plus salutaires influences. Heureuse Tâme qui sait mettre de côté tout autre plaisir, pour venir goûter celui d'une pieuse bénédiction, quand un devoir rigoureux ne Tenchaîne pas ailleurs !

Heureuse Tâme qui , après avoir sanctifié la matinée du dimanche par cette assistance à la messe que FEglise a rigoureusement prescrite, se- souvient que dès les premiers siècles chrétiens , une coutume générale , qu'elle aime à respecter comme une sorte de loi , a aussi conduit les pas des fidèles vers le saint temple > le soir du jour du Seigneur! Sous quelque nom, en effet, sous quelque forme qu'ait apparu cet office du soir, il a toujours eu lieu dans TEglise, et la voix des conciles , des évoques , des docteurs n'a cessé d'y inviter les Chrétiens , qui ont toujours regardé ce désir de leur mère comme une expression des désirs mêmes de Jésus -Christ.

Je veux m'y conformer plus religieusement que jamais. J'aimerai l'office du soir et la bénédiction dont il est si souvent couronné. Ce sera un repos , un délassement , une nourriture,

QUÀTRlfeMÏ ÉLÉYÀTION. 197

ane joie pour mon âme. Je profiterai de ce moment pour m'élever à de douces et saintes considérations, qui auront surtout pour objet la présence du Dieu exposé un moment à mes regards. Au milieu de ces flots d'encens et d'harmonie qui remplissent le saint temple en se roulant vers la voûle^ mon cœur s'élèvera aussi et sera tout entier au ciel, qui semble s'abaisser et descendre sur l'autel.

Mais j'ai besoin de ne pas retarder pour moi les jouissances d'un moment si doux. Je me transporte en esprit aux pieds de vos autels , je crois assister à un de ces saluts que j'aime tant , et , à genoux , sous vos yeux , je laisse doucement aller mon cœur aux salutaires pensées que fait naître en moi la vue de l'Eucharistie.

Il me semble , ô mon divin Maître , que dans le saint Sacrement vous tenez le ciel d'une main et la terre de l'autre ; et ce n'est que par ce fil conducteur que nous pouvons monter à Dieu et y faire monter nos pauvres prières et nos bonnes œuvres.

Si vous n'étiez pas là pour nous servir d'aliment et de soutien , nos âmes seraient sur la terre dans le même état où se trouveraient nos corps si la récolte du froment venait à manquer. Frappés par la disette, ils langui-

i98 CIKQDltaM BBlUIIfE.

raient ou mourraient de faim. Ainsi s'affaibliraient et périraient nos âmes , si vous n'étiez pas dans ce divin Sacrement pour les nourrir.

Avant que vous y fussiez , Seigneur , les anges avaient la peine de descendre sur la terre pour nous annoncer les choses du ciel ; mais à présent ils n'ont que faire de se montrer à nous, « TAnge du grand conseil » est là; nou» pouvons tout apprendre par lui.

Si vous n'étiez pas dans ce Sacrement, ô mon divin Maître , il n'y aurait pas d'autel , pas de prêtres, pas du sacrifice pour être le lien des fidèles entre eu\ et avec Dieu ; il n'y aurait que des hommes qui n'auraient guère plus de rai* son que les habitants des forêts, lesquels dévorent tout ce qu'ils trouvent et se dévorent eux-mêmes les uns les autres. On aurait peine à trouver le bon Dieu sur cette pauvre terre , et l'on adorerait n'importe quoi , les choses mêmes les plus ridicules et les plus monstrueuses.

Si vous n'étiez pas dans l'Eucharistie, Seigneur , les hommes sur la terre ne connaîtraient point leurs éternelles destinées, le but de leur création, et ne songeraient point à l'atteindre. Ils seraient comme les poissons dans la mer , qui vont et viennent sans s'arrêter nulle

part , et sont toujours en mouvement sans rien faire.

Dans le saint Sacrement vous attirez tout à vous, Seigneur, et vous conduisez tout à Dieu. Vous êtes la joie de la terre , son appui , sa vie ; vous unissez toutes les parties du monde, en nous rendant tous amis et frères par la sainte communion.

Enfin, mon Dieu, si vous n^étiez pas demeuré dans le divin Sacrement de nos autels, les hommes auraient oublié la Rédemption. Ils n'auraient plus voulu croire les prédicateurs , si votre présence réelle n'eût été comme un monument et une manifestation sensible de la grande visite que vous avez faite au monde pour le sauver \

Mais voici qu'au milieu de ces graves méditations , les chants cessent , les voix humaines expirent; l'orgue seule, cette voix intérieure de l'église, et la cloche, cette grande voix du dehors, se font entendre, l'une avec ses sons les plus doux, l'autre avec ce tintement religieux qui avertit au loin les pieux fidèles du moment précis où va descendre sur tous la bénédiction du Dieu de l'Eucharistie. Toutes les têtes s'inclinent , tous les cœurs aussi : quel silence !

^ Vibitavit et fecit redemptiouem.

Toas diriez une immense solilnde^ si vous ne saviez qu'il y a autour de vous un océan de téfes. Jamais peat-dtre l'impression de la grandeur do Dieu ne se fait mieux sentir qu'en un pareil moment. Il semble que « toutes les idoles soient broyées, et que le Seigneur seul paraisse grand * , » dans ce moment solennel. Ah! Seigneur y qu'on ne me parle plus des bénédictions répandues par vous sur l'ancien petiple héritier de vos promesses ; voici quelque chose de plus prééieux mille fois encore. Sans doute , quand Moïse y vers la fin de sa vie , étendant les mains sur les tribus agenouillées, appelait avec des paroles si touchantes les faveurs du Ciel sur les cœurs qui devaient se montrer dociles à ses enseignements , c'était un beau jour , un riche et précieux moment ^. Quand le roi Salomon « se tournant vers toute l'assemblée d'Israël , qui l'entourait religieuse et attentive, la bénit * r> au nom du Seigneur, c'était un grand spectacle, c'était une grande faveur. Mais, mon DieU; qu'était-ce que <5ela, en comparaison de celle dont je jouis quand vous êtes Vous-mâme dans les mains du prêtre pour me bénir? Il faudrait, pour trouver quelque chose, je ne dis pas de meilleur , mais de comparable , il faudrait rap-

« Is. c. 2, M7 == ' l>eut. 8= 8 n Par. c. 6, f S.

QUATRIÈME ÉLÉVATION. Î^Oi

peler ce moment, à la fois si imposant çt si doux, où le Sauveur Jésus, «ayant levé les mains, bénit ses disciples * sur la montagne où il leur avait commandé de se trouver * , et eh les bénissant se sépara d^eux et fut enlevé au ciel '. » Oui, mon Dieu, ce que je possédé maintenant me rappelle le bonheur des Apôlrei eux-mêmes , et je sens que je n'ai rien à leur envier , puisque c'est le même Dieu quî mé bénît, et qu'après m'avoîr béni, il reste encore avec moi pour renouveler ses bénédictions ; ce qu'il ne cessera de faire, jusqu'à la consommation des siècles *. Hélas! pendant qu'il les bénissait ; quelques-uns dont la foi n'était pieis assez vive • reçurent cette grande faveur avec moins de perfection qu'ils n'auraient dû en apporter; et c'est encore l'histoire d'un trop grand nombre de Chrétiens, pendant qu'ils courbeni la tête sous la bénédiction du saint Sacrement. à Seigneur, augmentez en nous la foi *, >> et que nous sachions tous apprécier et recueillir leâ dons que vous versez sur nous dans cet heureui moment.

Mais il est un jour précieu)( entre tous les jours , où y selon l'antique usage , vous parcou-

> Luc. c. 24, y 50 B s Matt. cap. ult. « s Luc. c. S4, j^ 51. ■■ * Mallh. 8= » Malt. c. 28, ^ 18 « • Luc. c. 18, y 22.

202 CINQUlftMB SEMAINE.

rez f Seigneur , les rues de nos villes pour les bénir et les sanctifier par votre présence. C^est une suite et , en quelque sorte , une continuation de ces courses que vous faisiez , durant votre vie mortelle, à travers les villes et les campagnes ' , semant partout des bienfaits sur votre passage. C^est un moyen pour nous de satisfaire plus complètement et plus ostensiblement au besoin que nos âmes éprouvent de manifester notre amour pour vous, et de relever votre grandeur aux yeux de tous. Ecoutons TEglise , et recueillons avec un respect profond ce qu^elle dit à ce sujet , dans le dernier de ses conciles. On imaginerait difficilement de plus nobles et de plus belles paroles.

c( Le saint concile déclare que c^est une coutume très-saintement et très-pieusement introduite dans TEglise, de destiner tous les ans un certain jour et une fête particulière pour rendre honneur à cet auguste et adorable Sacrement, avec une vénération et une solennité toute spéciale , et afin qu^il soit porté en procession avec respect et avec pompe par les rues et sur les places publiques. Il est bien juste quMl y ait quelques jours de fête établis pour que tous les Chrétiens puissent, par quelque dé-

t tue. 13 , y 2î.

QUATRIÈMB ÉLiYÀTlON. 203

monstralion particulière , témoigner leur gratitude et leur reconnaissance envers leur Rédempteur et leur Maître commun , pour le bienfait ineffable et tout divin par lequel sont représentés la victoire et le triomphe sur la mort. Il était nécessaire aussi que la vérité victorieuse triomphât de cette manière du mensonge et de Thérésie , afin qu'à la vue d^un si grand éclat et au milieu d^une si grande joie de TEglise universelle f ses ennemis soient abattus , ou que touchés de honte et de confusion , ils viennent enfin à se reconnaître et à se convertir ^ »

Qui dira maintenant tout ce que Tâme chrétienne éprouve d'émotions vives, profondes, délicieuses , à la vue de ces honneurs rendus à Jésus dans l'Eucharistie , lorsqu'une ville tout entière se lève, comme un seul homme , pour accompagner et entourer de ses hommages le trèâ-saint Sacrement? Quel pinceau pourrait suffire à retracer dignement cette scène, la plus imposante que puisse offrir la religion? Ces longues files de jeunes enfants, agitant leurs bannièreset jetant leurs cantiques et leurs fleurs aux brises du printemps; ces masses profondes de pieux fidèles, se pressant autour de l'adorable Hostie ; ces soldats de la patrie , venant faire

* Trid. c. 6.

204 dl<itFi^vfe 8EHAi!<rs.

cortège au Dieu des armées ; ces lévites revêtus de leurs saints ornements, formant comme une couronne dé gloire autour de ce daîs qui abrité le prêtre dans les mains duquel rayonné lé saint Sacrement; puis ces joyeuses volées deé cloches se mêlant aux symphonies d'une musique religieuse et au chant des hymnes sacrées : tout contribue à élever l'âme, à toucher le cdîùf , à imprimer un Sentiment d'amour et de crainte pour le Dieu de l'Eucharistie.

Cet éclat extérieur, qui console ma religion, et (|ue j'afme parce qu'il est dans l'esprit et léi usagés de l'Eglise ma mère , n'est pourtant pas ce qui nie frappe le pluà quand j'assiste à ces processions. Cest voué , Seîgneuf , c'eèt tous que cherche èutloul moù regard , é'esl à Vous que je pense , c'est â vods que je rapporté tout ce qui frappe mes yeux et mon cteur. Ces terituteô brillaOtes , ces arcs de triomphe en Verdure, ces magnifiques reposoirs, tout est pour vous; c'est vous qui donnez la vie à toutes ces chèâes , qui expliquez et justifiez cette pompé; car, du moment qu'if s'agit d'un Dieu et de son passage au milieu de nous , jamais nous n'en poui^riôns trop faire ; nôuls n'en ferons jamais a^sé2.

Oui, c'eàt vous que je cherché, Seigneur, comme vous cherchaient , au milieu des triom-

pl^es de votre vie rnorlelle, le^ âmes qui s^vai^nt JpHt le prix de voire adorable présence j et je ne crois pouvQJr rien faille de mieux que de répéter Iput bas y niais ^veç la voi^ )a plus forte de mon cœur, ces p§rple§ qui s^échappaient du leur:

<f Jésus, fils de David , ayez pitié de moi ' ; SeigHeur, sj vous voulez, vçus poijvez me guérir*;» et tous les autres cri3 d'espérance et d'amour que TEvapgile a recueillis et consacrés.

Sainte et ^(lorable Hostie, je t\e pujs me lasrser d'attacher sur voqs mes yeq^ mouillés de larmes ^t mon cœur to^t plein d'un saifit attendrissement. Hélas ! 3ui8i-je bi^p digne de vous con-^ Vemplefaips)? moQ regard çst-il bien asaez pur pour que je piç pernietie de l'attachiei? sur le Saint des saints? Dans h primiMve église, on ne souffrait jamais qqe des yeux prprapes pusaent apercfvpir les eapàces' sacramen telles , et on regsfrdait coo^me \xn ms^lh&ur qu'elLas tombassent sous leç yeux de quelque infidèle ; témoin c^ttQ belle lettre d^ saint ^ean Chry^ostôme au pape Inxiocept P% où il se plaint.) comn;\e d^uQ ^tleptat, que de^ soldats envoyés par sas «çne- Elis ét^iept entrés tumultuajrement M^église, et que plusieurs d'eqtreeux, qui q'étaient point encore initiés à nos mystères, c'est-à-dire bap-

* Marc. c. 10, > 47 = « Luc. c. 6, f 12. /f - ::-^ V '\

t06 Cl!IQClftMI SEXAini.

Usés, avaieol tu les saintes hosties *, Aujoard^hui , moias séYère dans sa discipline , sans avoir pourtant changé son esprit* elle expose la sainte Eucharistie aux regards de tous ; mais il ne s'ensuit pas que tous les yeux soient dignes de la contempler. Je ne parle pas seulement de Cfux qui sont « pleins d'adultères et d'un péché qui ne cesse jamais ' , b comme dit un Apôtre, ni de ceux que les a impies ont résolu de tenir altachés à la terre * sans jamais les lever sur Dieu ; je parle des yeux qui sont au service de la vanité , de la curiosité, de la sensualité. Ah ! Seigneur, mérile-t-on bien de vous regarder, quand on fait habituellement de sa vue un semblable usage? pourra-t-on sans rougir se donner la joie d'un pareil spectacle, quand on peut se reprocher de n'avoir presque jamais imposé de privations à ses yeux? Mon Dieu , mon Dieu , puriHcz-moi , pour me rendre digne de contempler ici-bas les voiles qui vous couvrent, et plus lord, dans le ciel, votre visage à découvert. « Détournez mes yeux , de peur qu'ils ne voient dos choses vaines ^ ; » faites-moi partager les beoux sentiments de ce pieux lévite, dont saint Jérôme dit que le désir qu'il avait de contempler

* Chry». »-: « Il Pctr. c. î, y Î4 « » Ps. 16, y 11 ss * Ib. 118, f 87.

la sainte Hostie était si vif qu'il le rendait comme indifférent aux spectacles qui pouvaient frapper ailleurs ses regards ^ Puis, mon Dieu, quand je vous aurai ainsi contemplé et pressé pour ainsi dire dans les bras de mon cœur , il me semblera que je n'ai plus rien à désirer sur la terre et que je puis dire , avec le saint vieillard de l'Evangile : «C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez aller en paix votre serviteur, selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur que vous nous donnez *. »

l'adoration nocturne.

Voyez- vous cette femme assise auprès du berceau de son enfant que dévore une fièvre brûlante? Ne l'invitez point à prendre du repos; elle n'en connaîtra pas, tant que la maladie mettra en danger les jours de cet être qui lui est si cher, et dont elle s'est constituée la servante, la gardienne , la providence vivante , non-seulement pendant le jour, mais encore pendant les

1 Oeulis Christum desiderantibus nihil ausus est aspicere ss > Luc. c. 2, y 29.

heures si longues , si douloureuses de la nuit. Voilà l'amour maternel.

Voyez- vous ce soldat , vigilante sentinelle, passant la nuit au poste qui lui a été conGé , allant et venant sous les armes , et défendant au sommeil de fermer sa paupière? le voyez- vous exposé à la rigueur du froid , aux incommodités de la pluie et des tempêtes, veillant presque seul f pendant que tout dort et repose autour de lui ? Voilà Tamour de la patrie , le sentiment du devoir, le respect pour la discipline.

Voyez-vous cet homme assis à une tahle et livrant sa fortune, sa vie, son âme, tout enfin, aux hasards d'un jeu qui n^est plus pour lui un plaisir , mais une épouvantable affaire et presque un tourment? il s'est mis à cette table hier dans la soirée , vous l'y retrouverez encore ce matin, et la nuit entière s'est passée pour lui dans cet exercice violent, que de longtemps encore peut-être il n'interrompra pas. Voilà ce que peut une abominable ettyrannique passion.

Souvenez-vous de ces pieux lévites de l'ancienne loi , qui , veillant à la garde du feu sacré dans le temple, y passaient la nuit dans de saints exercices , et auxquels le Psalmiste adressait les belles paroles que l'Eglise fait tons les jours redire à ses ministres : «Pendant la nuit, levez

\o^ mains vers le sanclnaire et bénissez le Sei* gneur^» Sou venez- vous aussi des veille^ 4f saint Paul * , (je celles des premiers Chrétiens, qui trouvaient si douce3 les nuits passées dani réglise aux approches de chaque fête soleonellej. au milieu des chants sacrés, des pieuses exhortations et des ferventes prières. Voilà ce quç peut Tamour de Dieu et Tesprit de religion.

Vous élonnerez-vous maintenant que Famour pour Jésus dans TEucharistie ait donné la pensé^ de consacrer les heures mêmes de la nuit h r$|dprer et ^ le prier? Vqi^ étonnerez- vpu? que, de no§ jours , au ipilieu de ces (lots d'iniqi^ité et d'indifférence religieuse qui débordent de toutes parts, de fervents chrétiens se sentent pressés d'un vif désir de favoriser et d'éleadre celtç pratique? Bénissons Dieu des sentiments qu'i) leur inspire. Il y a mille raisons en faveur de cette sainte pratique. Le recueillement est plus profond, quand toute la nature est dans le silence. Les prières sont plus agréables à Dieu, (|uand o(i sacrifie une partie de son repos à contempler ses perfections et à célébrer ^s bienfaits. Oï\ imite en quelque sorte par là les habitante du séjour céleste , qui, selon TApôtre bien-aimé. ^ servent Dieu jpqr e( ni)it daps le templç '. x\

* Ps. 188, ^ 3 a= • In Tigiliis multis. «= « Ap. c. 7, y 15.

On réclame, parcelle œuvre si mériloire, contre les usages pervers du monde, qui consacre le temps de la nuit au jeu et à Tinlempérance.

Enfin on perpétue, autant qu'il est possible, dans le christianisme, le zèle de ces anciens solitaires qui entretenaient dans leur solitude une prière et une adoration continuelle.

Venez donc , âme pieuse , vous donner la joie dMtudier cette garde sacrée, que font auprès de Jésus, votre divin Maître, des hommes fervents et dévoués.

Voyez-vous, sur cet autel , le saint Sacrement que la main du prêtre a exposé le soir aux adorations de cette troupe bénie? les cierges qui brillent à Tentour signalent à votre attention cette précieuse faveur. Puis, au bas du sanctuaire, voyez-vous les deux ou quatre fronts inclinés de ces adorateurs immobiles et recueillis? des livres de choix, destinés à alimenter leurs pieuses pensées, sont là près d'eux ; mais le meilleur de tous les livres , c'est leur cœur, ce cœur plein d'une foi vive qui leur répète ) à chaque instant , de sa voix puissante, ce que l'Apôtre bien-aimé disait avec tant de joie aux autres disciples , en leur montrant Jésus : a C'est le Seigneur'. » Oui, c'est

* Dominus est.

GINQUIÈMS ÉLÉVATION. 211

le Seignear; c'est le Dieu, c'est le Maître de cet univers qui dort pour ainsi dire dans ses bras et sur son sein ; le Maître de cette tempête qui gronde peut-être au dehors et à laquelle il commande encore quand il le veut ' ; le Maître de ce silence profond qui se fait partout alors et qui est comme une sorte de louange pour lui *. Oui, c'est le Seigneur, ne l'oubliez pas , vous qui priez pour nous et qui êtes comme nos mandataires auprès de lui. Ah I quand nous prendrons désormais notre repos , nous serons heureux de penser que vous veillez pour nous ; que vous représentez là notre cœur, et que, par conséquent , nous pouvons dire à la lettre , avec l'épouse des Cantiques : <x Je dors , mais mon cœur veille *.

Mais toute la troupe des adorateurs n'est pas là ; où sont leurs frères?

Venez les voir dans ce lieu d'attente et de repos, où chacun se tient prêt pour l'heure qui lui est échue en partage. La prière, la lecture , le sommeil , voilà ce qui occupe pour eux les loisirs de cette veille nocturne ; mais un silence profond règne là comme ailleurs , et il n'est permis de s'y entretenir qu'avec le Dieu qu'on vient de quitter ou qu'on va retrouver à l'autel.

* Luc. c. 8 »= » Ap. c. s, j^ 1 = » Gant, c, 6, f %.

fit eiMQuitai ivuiu.

Moo Dieu y quel toucbaat exercice ! Heureux ceux qui ont Msex de force,) de couragie » de ferveur et de liberté pour pouYoîr s^; livrer sans ouire à leurs autres devoirs et saos que rieu puisse en souffrir autour d'eux ! Heureuses les vierges chrétieiuies vouées à radoration perpétuelle y au fond de leurs monastères , et qui , la nuit et le jour , vêtues d^ blanc comme les anges * , ^t recouvertes d'un long manteau rouge y image des jQammes qui embrasent leur cœur, viennent aussi se succéder devant vos autels et n'interrompent jamais ce divin ei^ercice ! Ab ! il me semble voir ces saintes femmes dont TËvangile raconte « qu'elles s'approchèrent de Jésus, embrassèrent ses pieds et l'adorèrent '. » Heureuses ces âmes dont on peut dire ce que rEvapgéliste disait de notre divin Maître luimême : <c Jésus , étant allé sur une montagne pour prier , y passa la nuit à prier Dieu ^ ! x> Voilà en effet le modèle , voilà le comp^npn pn même tetnps que l'objet de celte sainte adoration.

Je veux m'qnir ^ cette pratique ; et dans les intervalle^ de mon sommeil, j'aimerai à me transporter en esprit aux pieds de vos autels , à rapprocher mon cœuf du cœur c|e uiie^ ffères

< Amicit stolip al)>i8, &s f Mattg. c. 2$, } Q ^ > Luc. c. Ç, \ 12.

qui ont pu j comme autrefois le saint roi David, « se lever au milieu de la nuit \ « àe préstei^neb devant vous et prier ; et je serai hettÉ*eu3t &q penser que les anges ne sont pas seuls à vous adorer ^ divin Jésus , dans ce Sacrement , où vous ne tous êtes pas mis pour euK^ niats pour nous. Grâce ù cette adoratiofi perpétuelle , l'Egltse pourra vous dire , comme saint Augustin , et avec encore plus de raison que lui : a Je né vous p^drai jamais de vue , Seigneur, puisque vous-même tenez San» eesse lei^ yétift attachés^ 9crr moi *. »

SIXIÈME ËLÉVATION

La lampe du sanctuaire.

Petite lampe du sanctuaire , que vous êtes heureux de vous consumer ainsi nuit et jour à la gloire de t)ieu I Image de celte « lumière vraiment indéfectible ' dont le Tout-Puissant est entouré dans les splendeurâ des Saints*, )> vous êtes là suspendue devant le trôné d'^amour de Jéâuâ mon Sauveur , lui rendant gloire par

^ Ps. lis, y 62 sas * Non auferam oculos meoi a te, quia non oculos tuos a me. SB > Éccli. c. 24, t ^ ■=» * I*^* iO^*

2ii CiNQII'teB SSMAINI.

votre préscuce , et tenant en quelque sorte la place de ceux qui voudraient pouvoir y comme vous , user leur existence dans ce saint lieu.

Petite lampe du sanctuaire , combien je vous aime y et de quelle vive reconnaissance je me seos pénétré pour les services que vous me rendez et les leçons que vous me donnez ! Oh ! que TEglise a été bien inspirée dWdonner et de régler ce pieux usage , qui est à la fois si honorable pour le Sauveur et si utile pour nous ! Le feu est , en effet , ce qu^il y a de plus noble , de plus distingué et pour ainsi dire de plus vivant dans les substances matérielles : il était donc juste qu'on le choisît pour éterniser , en quelque sorte , dans le sanctuaire Thommage sensible de notre vénération pour le Dieu de TEucharistie. Les chants cessent avec les ofGces ; la douco et si religieuse fumée de Tencens finit par se dissiper et se perdre : la petite lampe brille toujours , et sert , pour ainsi dire , de lien pour rattacher les offices entre eux et perpétuer la sainte liturgie. L'huile la plus pure vient , à des heures réglées, nourrir cette petite flamme, qui n'était pas éteinte et qui se ranime alors avec une vivacité toute nouvelle. Mon Dieu , que j*aime cet usage ! que j'estime heureuse la main qui soigne cette lampe , et qui me semble

SIXIÈME ÉLtiTATION. ^ 215

mille fois plus honorée encore que celles qui y dans Tancienne loi, entretenaient la lampe du tabernacle au moyen d'instruments «faits de Tor le plus pur * ! »

Petite lampe du sanctuaire, c'est vous qui m'indiquez la présence du Sauveur dans son tabernacle. Mon œil vous cherche dès qu'il entre dans le saint parvis, et vous êtes pour moi ce que fut pour les Mages ce feu merveilleux , cette étoile radieuse , qui leur indiqua la demeure de Jésus enfant. Aussi , quand nous apercevons la lampe briller dans une église, ce nous en avons une joie extrême * , » car nous disons : 11 est là, sous ce pavillon blanc , qui est encore un in* dice de sa présence ; et le temple où nous entrons n'est pas seulement une maison de prière, il est dans la réalité « la maison de Dieu ', » car cette lampe nous dit que le Sauveur Jésus s'y trouve actuellement. Hélas ! nous avions peut-être besoin d'en être avertis; tout le monde n'ayant pas, comme la séraphique Thérèse , un cœur dont les pulsations redoublées suffisent à l'indiquer.

Mais si la lampe du sanctuaire nous marque la présence de Jésus, elle nous parle aussi de ses grandeurs , de sa gloire , et des services qu'il a

1 Exod. c. 25, j^ 38 « * Matt. c. 2, jHO « » Domus Dei.

2i6 CINQUIÈMB SKMàINE.

rènfdus àii monde en Téclairant des plus saintes lumières et en apportant un remède à tous ses maux. Oh ! oui , cette lampe me rappelle le Sauveur Jésus , qui apparaissait au saint vieillard Siméon , comme a la lumière destinée à éclairer les nations * , assises jusqu^alors dans les ténèbres et dans Fombre de la mort ^ ; b ce Sauveur, qui s^appelait lui-même, avec tant de Maison, «la lumière» en même temps que la « vie du monde*. » Il fallait que nous pussions trouver en lui ce double trésor. Que serait, en effet, la vie du corps, sans le bienfait de là lumière, sinon un douloureux et long supplice? El la vie de l'âme h'a-t-elle pas aussi besoin d'une lumière qui la dirige , la réjouisse et complète son bonheur? Divin Jésus, vous êtes cette lumière selon toute la force et la plcni* tndé de l'expression ; car c'est vous qui éclairez des lumières naturelles tout homme venant dans lé monde * ; c'est vous qui ajoulez à ce premier bienfait les lumières plus hautes encore et plus sûreâ de la foi , de celte foi qui conduit et dirige le juste en même temps qu'elle le nourrit él le soutient •. Vous êtes cette lumière qu'apercevait , à travers l'obscurité des siècles , l'œil

* Luc. c. 2, t M = « Ib. c. 1, t 79 = » Joan. c. 8, y 18.

«« * Ib. c. 1, f g » » notù. c. 1 > 17.

SIXIÈJIE ÉL$¥ATION. til

P^rgaut d'IsQîfa, lorsqu'il aipoait |( vaus dir^, eQ la personne de. Dieu \oive Père; ; <( Je. tqus ai é^l^M pour ^^re la Iui;nièfe ^es q^Uquq , poqr quvçir \e« yeu)^ de§ qvenglea et ù^îra aoçlir d^^ (prison cei|x q^i éb^i^qt as^^ daoïa Us ^nèbrçci ^. Quj, vpvif ser<^ la l^miçir^ di^s p^tioqs ^i le ^ut qu€i j'i^nve^rai jqsqu^ayx ^xtré^i^t^st 4^ IV.nluers \f

PelUf ^^npjpe du s^nqtuaire , Tpi)à les gi^sipfdep^ clioses que vous (\oi|^ di^ç^ ,, df^Qs notrf muet et ^i éloquent; laog^ge; et ¥pus qie faites coiun prendre que c^est ^virtoqt a,ux pied^ des autels , daus les 4o^Qe$ cpirnnuoication^ avec le^ Diifu df. rE9c(^aristie , qu^ je puiserai à (liot$ aboj^dants ce^^ lumière et cette vive obaleqr qui doivent c^iriger et efnbr(^er Vâme du vrai C(irétien , et âi^si celte oqcUon qui adoucit l^ SQuffr^uces et emporte les douleurs.

Vous me parlez» eu même temps, d'vme autra luQfiière dpijit la source, estl ^alemient, em Di^u^ mais dput il faut que je devienne m^j^i-m^ma cpaime riaçtrujjpe^t et le dispensateur:. Yqus. me dites tout bas ce (jue. le Sf).vi,veur , de sa voix puissante , criait à Tupivers tout entier lorsqjue ,. sur la mionta^ne où il comniençaitf ses pjrédicsitions évangéliques , il nous avertissait de laisser

» l8. C. 4î, ^ 6 « « Ib. C. 49, y 6.

S18 CINQUIÈMS SEMAINE.

t luire notre lumière devant les hommes , afin que , voyant nos bonnes œuvres, ils puissent glorifier » non pas nous * , mais « notre Père , qui est dans le ciel '. » a 11 n'y a personne» en effet a qui après avoir allumé une lampe , la couvre d'un vase on la mette sous un lit , mais on Texpose aux regards , afin que ceux qui entrent en soient éclairés '. » Mon Dieu , la vie do Chrétien , c'est une lampe , c'est une lumière qui doit briller toujours et ne s'éteindre jamais. Autrefois y avant sa conversion , ce Chrétien « n'a peut-être été que ténèbres; mais maintenant il est lumière en notre Seigneur; il doit donc marcher comme un enfant de lumière * , c'est-à-dire mener une vie pure , sainte , irréprochable et édifiante. Hélas! qu'estce qu'une église où n'apparaît pas vive et brillante la lampe du sanctuaire ? C'est quelque chose qui attriste l'ânie ; c'est comme la mort de la foi et de l'amour. Qu'est-ce qu'un Chrétien qui n'édifie pas , qui peut-être même scandalise ses frères ? Ah ! c'est comme une triste et lamentable image de celle Babylone , à qui l'Apôlre bieu-aimé disait celte terrible parole : «La lumière des lampes ne luira plus chez toi ^.n

* Non vos. Aug, s= « Malt. c. 5, t 6 = » Luc. c. 8, y 16 es * Bpb. c. 5, t 8 == • Ap. c. 18, y 43.

Ame fidèle , aimez la petite lampe du sanctuaire , et si vous pouvez contribuer à l'entretenir par vos pieuses largesses, souvenez-vous de cette femme dé TEvangile , dont le Sauveur déclara qu'elle avait a fait une bonne action * » en répandant des parfums sur ses pieds, c'est-à-dire en contribuant au culte dû à sa personne adorable. Laissez gronder les pharisiens , et même les disciples avares, qui , sous le spécieux prétexte de l'intérêt des pauvres , voudraient retenir votre main , pour faire arriver à eux les dons que vous destinez au sanctuaire. Ah ! les pauvres , ils ne seront ni oubliée ni négligés par la charité chrétienne ; ils auront leur part *, mais que Jésus ait aussi la sienne , et que la lampe sacrée ne s'éteigne pas faute d'aliment , pendant que brillent avec tant d'éclat peut-être les lampes qui éclairent nos maisons et nos édifices profanes.

Non^ ne laissez pas mourir la lampe du sanctuaire ; il est si doux de l'apercevoir, si consolant de la retrouver ! C'est un phare pour le Chrétien voyageur; et quand il traverse des pays inconnus, peut-être même des lieux où l'hérésie a semé ses erreurs, et qu'il vient à passer auprès d'un édifice sacré , il interroge de l'œil et

» Malt, c, 23, y 6.

2S0 CnfQUIÈllE SEMAITfl.

du cœur cette maison de prière , et , si son regard , à travers les vitraux de la \ieille fenêtre , aperçoit scintiller une petite lumière , ah ! il est heureux. Le voilà comme au sein d'une famille; il a des frères en ce lieu , et Jésus j, « qui n^a pas rougi de nous appeler de ce nom *,i^ est là , lui aussi , dans son tabernacle. Oui , il y est, car celle petite lampe qui brille d\in si doux éclat , surtout au milieu de Tobscurité de la nuit , cette lampe parle au cœur catholique une langue quMl comprend , et lui dit, comme autrefois Jacob se disait à lui-même : « Le Seigneur est vraiment en ce lieu-ci '. ï>

Petite lampe du sanctuaire , adieu ; je vous quitte à regret. Mais non , je ne vous quitte pas. Vous brillez devant o mon trésor. x> La place de a mon cœur est donc à côté de vous ^; je l'y mets comme une autre «lampe ardente* » qui rivalisera, je l'espère , avec voua, d'ardeur et de fidélité. Imitateur des vierges sages, je veiix prendre , comme elles , assez d'huile pour suffire à, entretenir continuellement celte lampe mystérieuse ^ ; et j'espère que quand l'Epoux céleste sortira de son tabernacle pour s'unir à mon àme dans la sainte communion , je pourrai

t Heb. c, 2, 1 11 «s t GeD. c. 28, 1 10 « « Matt. c. 6, y 21 va » Joan, c. 5, J^ 3* ■= • Matt. c. 25, ^ 4.

SEPTIÈVK ^tÉTÀTIOTf. !(2i

lui dire , avec Tépouse des Cantiaue/E| : « MeU^zmoi comme un cachet sur votre cœ,r.con,rn, un cachet çur yptre bras ; car T^mour est fort comme, la mort ; ses lampes sont desi^ lampe^ de feu et de Çamrnes* jj » tellement ^ivciS que 1^ feu et Peau des tribulations ne les sai^x^ai.e^l^ éteindre.

*»«^^*tf *

SBPlTIÉMË ËLâViATiGN

IgEû^r l*%^i8e^ àm les soins, petits et grands doai elifi ^ff|^f(

Tadorable Eucharistie.

Sainte Eglise dç mon Dieu , je viens étudier, d^un regard rapide , mais aussi profond que je le pourrai , la conduite eiitérieare que vous tepez par rapport au Sacrement de nos autels , afin d^ pouvoir apprendre à votre école jusqu'où doit aller mon attention sur ce sujet , Tun de cçm qui en méritent le plus dans la religion. l\le voilà encore dans cette position que j'aime tant : celle d'un enfant à côté de sa mère , dont il étudie les moindres mouvements , aimant à reproduire autant qu'il le peut les actions et la conduite de celle qui lui a donné le jour.

1 Cant. c s, ^ 6.

934 CUfQUliVI 8IVA0VB.

Cr#8t encore votre amour pçur le sain^ Sacrement qui vous fait attacher tant de prix à l'assistance journalière au sacrifice 4^ la messe. Le dimanche , c'est pour nous un devoir rigoureux , wus en avez donné Tordre formel. Mais vou9 aimes qu'on y assiste encore dans la semuioe ; vous en donnez le conseil, faisantremarquerpour cela qu'il n'y a rien de plus auguste ni de plus utile que la sainte messe* y quand on sait en retirer toutes les grâces que le Sauveur y a attachées. Sans doute , les devoirs d'état , qui pour le vrai chrétien ne sont pas moins sacrés que les autres, et ne doivent jamais être négligés, rendent quelquefois difficile l'usage de cette salutaire pratique^ Ma,is quand on sait dérober quelques^ instants au sommeil , k la paresse , et s'affranchir des exigeaces d/une toilelle nonchalante et vaniteuse, on peut facilement trouver le tem^^s de venir à l'église, puiser dans l'assistance à la rne%8e le^ forces, le courage, la sainte joie nécessaires pour traverser avec bonheur des journées souvent bien pesantes et bien difficiles. Les enfants d'Israël qui n'étaient pas assez vigilants et qui ne prévenaient pas le lever de l'aurore pour aller recueilh'r la manne au milieu du désert , se voyaient privés de cet aliment préparé par la

< Quo nibil auguBiius, nihil utilins.

main de Dieu ; les premiers layons du soleil l'avaient fait disparaître , et il ne restait plus à ceux qui tenaient trop tard , que le regret d'avoir perdu un moment si précieux * !

La vraie manne tombe dans nos églises quand le Sauveur y descend pour s'offrir en sacrifice ; mais il ne s'offre ainsi que le matin : heureuse l'âme qui comprend ce moment et qui fait les derniers efforts pour en profiter !

Eglise de mon Dieu, c'est encore votre amour pour l'Eucharistie, qui vous fait tracer ces règles si belles, si saintes, qui ont rapport aux offices divins, d'où vous bannissez tout ce qui serait de nature à ne pas édifier vos enfants ; dont vous réglez la longueur avec une sage mesure, et où vous dirigez pour ainsi dire vous-même cette harmonie toute religieuse , ces chants sacrés , où vous aimeriez que la voix de tout le peuple pût se mêler, comme doit s'y mêler son cœur*.

Pour rendre plus vénérable la présence du Sauveur dans nos temples, vous désignez un autel particulier, un seul et unique tabernacle , dans lequel sera renfermé cet inestimable trésor. C'est là que devront se diriger, avant tout, les yeux, les pas, le cœur du vrai fidèle; c'est la

i Sap.c.l6 3B s NecDon uoWersus populus ad caniandum cum eùi aoUicetor incit6tarque omni modo. Codc. Burd.

226 riNQUIÈllB SEMAINE.

qu'on ira prendre avec une pompe modeste, mais digne de Celui qui en est Tobjet, les saintes espèces, pour les porter aux lieux où doivent se donner les saints du saint Sacrement, que vous nous recommandez, sainte Eglise, d'environner de tant d'éclat; et de peur que les saintes espèces ne s'altèrent en demeurant trop longtemps dans un tabernacle où , malgré les précautions qu'on a dû prendre , les influences d'un air froid et humide pourraient promptementles altérer, tous ordonnez à vos ministres de les renouveler tous les dimanches après avoir pris soin de purifier exactement les vases sacrés qui les contiennent. sainte Eglise, si vous n'aviez pas la conviction profonde que le Sauveur est tout entier sous la plus petite de ces parcelles, vous n'étendriez pas si loin les précautions de votre prudence qui sont pour nous une si éloquente et si utile leçon !

Vous voulez qu'on in vile les fidèles à la fréquente communion - nous verrons bientôt que cet esprit a toujours été le vôtre, et que vous croyez avec raison qu'on ne peut pas faire plus d'honneur au Fils de Dieu^ que de chercher, dans la réception de son corps et de son sang, le principe de la vie de la grâce, qui est l'aurore de celle de la gloire. Mais il y a deux circonstances où

SEPTIÈME ÊLÉVATÎON. Î27

VOUS voulez qu'on donne à la sainte Eucharistie des témoignages tout particuliers de vénération et d'amour : c'est à la première et à la dernière communion.

Qui dira tout ce que vous inspirez à vos pasteurs , pour bien préparer ces petites âmes qui vont recevoir leur seconde initiation à la vie chrétienne , et ajouter au bonheur du baptême celui de la première communion? Que d'instructions préalables! que de confessions! que d'examens! que de touchantes et paternelles recommandations ! Ah ! c'est qu'il s'agit d'un si beau jour, d'un jour qui aura sur la vie tout entière une si puissante influence! Ce jour est pour vous un triomphe, sainte Eglise; vous partagez véritablement celui de votre divin Epoux , qui est reçu avec tant de bonheur par ces âmes innocentes; et ceux qui sont le plus étrangers à votre foi et à vos saintes pratiques , ne peuvent s'empêcher de vous aimer et de vous bénir quand leurs regards attendris se reposent sur ces petits anges que vous avez formés.

Puis, à l'autre bout de la vie , quand il s'agit du viatique des mourants , que vous êtes belle , ô Eglise ! que vous êtes bonne surtout ! Ah ! c'est que vous êtes toujours l'épouse du Dieu de nos autels, de ce Jésus qui dit encore aujourd'hui

ne CHfQUUHU SUiÀINE.

avec tant de douceur ce qu'il disait en parlaiit d'uD serviteur du Ceateoier : a J'irai et je le guérirai ^ n

Pour rendre cette communion .plus facile, vous dispensez le mourant de la grande et rigoureuse loi du jeune, qui pèse sur les antres com-* muniants. Vous ordonnez à vos prêtres de braver même les périls de la peste et de la contagion^ pour lui procurer ce puissant secours dans le voyage de l'éternité qu'il vb faire. Vous désirez que ceux qui rentourenl l'avertissent de ce devoir, car c'en est un y et lui inspirent les sentiments de pénitence , d'amour, de reconnaissance , de confiance (pourquoi ne diraîs-je pas et de Joie?), qui doivent surabonder alors dans une âme pleine de foi. Quel moment que celui où le Dieu de l'Eucharistie va venir , non plus seulement dans le cœnr, mais aussi dans la maison, quelquefois si pauvre, de ce Chrétien mourant! Vouss^imez, ô Eglise , qu'on sente toute la grandeur et tout le bonheur de cette visite ; qu'on prépare avec soin les appartements où doit entrer le Sskuveur ; qu'un autel soit dressé avec toute la convenance possible, et qu'enfin la maison prenne une attitude et un aspect qui rappellent ces heureuses demeures

4 Mail. c. s, j^ 7.

SEPTlÈnE ÉLÉYÀTION. 229

des premiers Chrétiens , où se réunissait une pieuse assemblée^ où s'accomplissaient nos saints mystères , et que saint Paul aimait à désigner sott» le beau nom d'églises, lorsqu'il disait, par exemple : « Saluez de ma part nos frères de Laodicée, ei Nympbas et l'église qui est dans sa maisoB \

Je m'arrête , è Eglise ^ car je dois mettre des boriie& à cette effusion de mon cœur , quoique vous n'en mettiez jamais , vous, aux témoignages d'amour dont vous environnez la sainie Eucharistie. J'ai compris parfaitement votre conduite , votre esprit y vos désirs ; c'est assez. Vous serez obéie , sainte mère de n^n ccBur ; vous le serez toujours de moi ; mais surtout quand vous m^appellerez à l'honorer avec vous , ce Sauveur, ce Dieu , ce Pasteur % « pour le^ quel vous oserez toujours tout ce que vous pourrez, sans craindre d'en jamais trop fàire^ puisqu'il est fixk$ grand que tous les hommages ' » dont nous pouvons l'entourer.

♦ Col. c. iy} 19 =s » Hym. eccl. =* » ib. Quantum potes,

0lO. «

Quatrième livre de rimltation de Jésus-Christ.

Un honneur à rendre à la sainte Eucharistie , c'est d'aimer à lire les ouvrages qui traitent de ses grandeurs et qui apprennent à la bien recevoir. Ame fidèle, ne négligez pas ce puissant secours y et sachez puiser dans les offices de TEglise, surtout dans les hymnes composées par le Docteur angélique et dans les divers traités eucharistiques , un aliment à votre amour pour Jésus au très-saint Sacrement. Ayez soin toutefois de vous tenir en garde contre les insinuations perfides d'une dangereuse et funeste doctrine qui , sous l'ombre d'une vénération exagérée et d'une crainte excessive, tend à éloigner de la communion et à en diminuer le salutaire usage.

Si vous voulez un guide sûr autant qu'aimable , suivez les conseils du pieux auteur de V Imitation de Jésus-Christ ^ ce livre incomparable , qui vient aussitôt après l'Evangile , quoique à la distance qui sépare les œuvres de l'homme de celles de Dieu. Oui , lisez et méditez ces pages, où l'on ne sait ce qu'on doit le plus admirer de la connaissance des secrets de Dieu ou de celle du cœur de l'homme ; ce livre qui

HUITIÈMB iLÉVATION. 231

dit à chacun ^ et à chaque instant de la vie ^ le mot dont on a besoin pour s'encourager , s'é* clairer, se soutenir, se perfectionner ; ce livre qui étonne par la profondeur des pensées , la vérité et la justesse des observations , en même temps qu'il charme par la douceur et quelquefois même par les petites aspérités d'un style qui n'appartient qu'à lui et qui semble fait tout exprès pour les matières qu'il traite : oh ! oui , lisez 9 et suctout relisez ce livre; qu'il soit le compagnon de votre vie , la lumière de vos pas, et qu'il fasse peu à peu passer toute sa substance dans celle de votre âme , par le soin qu'elle aura de s'en pénétrer et de s'en nourrir.

Et quand vous approcherez de la sainte table, âme fidèle , souvenez-vous des conseils qui vous sont donnés , à la fin de cet admirable ouvrage , et des affectueux sentiments qu'il présente à votre âme pour l'aider dans ses élans vers l'Eucharistie. Vous ne trouverez nulle part plus de choses en aussi peu de paroles; nulle part vous ne rencontrerez un plus merveilleux avant-gout des délices de la communion. Il vous dira le respect profond , les saints désirs , la pureté du cœur, l'ardent amour, l'humble confusion qui doivent remplir votre âme quand elle approche de son Dieu. Il vous donnera les meilleures

232 CIKQUIÈIU SBHAllIB.

paroles pour ce dialogue eéleste qui doit s'étabHr entre Jésus et Vkme qui communie. Il ne vous rendra pas téméraire , mais confiant et heureux, il vous apprendra à faire cette grande oblation de vous-même , qui doit accompagner et compléter Toblation de la croix et de Tautel '; et , comme ce que nous avons de nous-mêmes est toujours infiniment au-dessous de ce que nous voudrions pouvoir offrir à un Dieu si grand, vous apprendrez, à Pécole de V Imitation^ à vous enrichir des mérites des saints et à suppléer à .yotre indigence par tout ce que les âmes les plus pieuses ont pu offrir de meilleur à la majesté infinie de notre Dieu. Enfin , il vous dira , ce beau livre, le profond respect que vous devez avoir pour les ténèbres mystérieuses dont s^enveloppe le Sauveur en son saint Sacrement; il vous fera comprendre que là s'ouvre un abime, un abime d'amour et de puissance , et que vous devez mettre votre gloire à le reconnaître et votre bonheur à le respecter.

1 Adimpleo ea que desunt, etc.

Après avoir hoaoré la sainte Eucharistie, le Glirétien doit la recevoir et s'en nourrir.

PREMIÈRE ÉLÉVATIOlNr

li faut communier.

Ce n^est pas seulement pour recevoir nos hommages et demeurer avec nous jusqu'à la fin des temps, que vous vous êtes rendu captif dans nos tabernacles 9 ô divin Jésus! c'est encore et surtout pour y être la nourriture de nos âmes ; et y si nous gardons ainsi votre corps auprès de nous, c'est afin que ce corps adorable nous garde pour la vie éternelle \ en déposant dans le nôtre, par la sainte communion , un germe d'immortalité *.

J'ai déjà compris vos intentions à ce sujet , 6 bon Maître, et je crois, comme l'ont cru tous les saints, que le plus grand malheur d'une ame est de s'éloigner de ce divin aliment, ou de s'en faire priver par sa faute '. La tradition tout en-

^ Costodiat animam taam, etc. Lit. tcc\, a a in yitam eteroam. Ibid. b > Chrys.

234 sixiiMfi smumi.

tière viendrait déposer ici en faveur de cette vérité, sMl m^était possible dUnvoquer son témoignage ou plutôt de suffire à le recueillir. Mais je me bornerai à appeler un seul témoin , Tun des plus anciens y Tun des plus respectables , et je reconnaîtrai dans sa voix Técho fidèle des premiers siècles auxquels il appartient. « Si nous voulons acquérir la vie éternelle, disait saint Cyrille d^Alexandrîe , si nous voulons posséder TAuteur de Timmortalité , empressons-nous de recevoir TEucharistie ; et prenons garde que le démon ne nous tende un piège et des filets dans ce faux respect et celte damnable religion qui nous eu éloignerait ^ »

II y a là , mon Dieu , deux leçons que je recueille avec joie et amour : l'obligation de communier pour puiser la vie à sa source, et la juste défiance de tout ce qui pourrait nous éloigner de la table eucharistique.

A qui, en effet, irions-nous, Seigneur, en nous éloignant de TEucbaristie ' ? avons-nous donc un autre Sauveur que vous, ou bien espérons-nous vous trouver ailleurs mieux que là? a Je ne sais qu'une chose ': » c'est qu^en s'éloignant de la communion , on s'éloigne du bon

^ Cyr. liv. iv; in ioan c. i7 e» t \(| quem ibimus? s= * Unum scio. Joan. c. 9, y 25,

PREMIÈRE fiLfiVAT10I<r. ^35

Dieu ; or je me demande quel avantage peut retirer une âme de cet isolement , et je ne puis parvenir à trouver une autre réponse que celle du Prophète : c( Ceux qui s'éloignent de vous , Seigneur 9 périront ^ »

Aussi ne suis-je pas surpris des efforts qu'a toujours faits le démon pour enlever au Chrétien cette sève eucharistique , seule capable d'entretenir pleinement la vie de l'âme. Remarquons bien son infernale tactique; il est facile de la reconnaître, car il est toujours en opposition avec Dieu. Ainsi, aux premiers jours du monde, le Seigneur avait dit à nos parents : « Ne mangez point du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal *. » Le serpent infernal arrive et leur dit : a Mangez- en donc , et vous serez comme des dieux ^ Aujourd'hui le Sauveur, parlant de son corps adorable, nous dit dans son Evangile : <c Prenez et mangez ^. x> L'insidieux serpent arrive aussitôt et nous dit : Ne mangez pas; c'est un aliment trop respectable.... Ainsi toujours il vient opposer ses dénégations aux saintes paroles de Dieu. En vérité , c'est un menteur , aussi bien « qu'un homicide , dès le commencement * , )> et il le sera jusqu'à la fin.

* Pb. 7S, ^ «7 « « Gen. c. 2, 1 17 -» « Ib. c. 8 « ♦ Matt. ' ioan. c. 8, y 44.

236 SlXliMS SBMAINS.

« Ceux qui sé rangent de son parti deviennent ses imitateore S » et a depuis l'origine des siècles chrétiens y les hérétiques n'ont cessé , sous des prétextes plus ou moins spécieux y d'éloigner les âmes de la communion. Leur bot a toujours été de conduire le peuple par une pt^te insensible à s'abstenir complètement de recevoir la sainte Eucharistie ^. »

Sans doute , mon Dieu ^ il ne faut rien exagérer ; nous savons que la réception de FEucharistie n'est pas tellement nécessaire pour nous qu'il faille croire , par exemple , qu'un enfant qui meurt après le Baptême, dans la grâce de ce sacrement y sera privé du ciel parce qu'il n'a pas pu communier. Oh ! non ; le Baptême lui suffit pour être sauvée car» comme l'a si souvent répété saint Augustin , le Baptême lui a donné des droits à l'Eucharistie , et il l'a pour ainsi dire reçue en germe dans le sacrement qui l'a fait chrétien. N'exagérons donc rien; mais aussi ne diminuons pas les vérités % et comprenons bien que le fidèle arrivé à un certain âge y celui de discrétion y se trouve soumis à la parole du Sauveur, qui ordonne de communier et qui dit : a Si vous ne mangez la chair

t Sap. c. S, t tS -iri * AsBertio 7, saor. ab Hesr. VHi« * Ps. Il, r«

PRBlUÈRfl ÉLÉVATION. 257

du Fils de THomnie et si vous ne l)uvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous K » £t n'ouiblions pas que TEglise est venue joindre son précepte à celui du Sauveur, en foant l!é* poque et le moœent où le Chrétien doit néees^ sairèment recevoir cette divine nourriture.

Je veux obéir à ses ordres ; je veux me con*^ former à son ebfni. Ne m'éloignez pas de la sainte table, puisque Jésus în'y appelle et que TËglise s'efiforce de m'en rapprocher. Je sais la grandeur du Dieu qui - est renfermé dans le tabernacle ; c'est le Très-Haut , c'est le Tout- Puissant , c'est l'Etre infini ; mais c'est aussi un père ,. et , si sa grandeur m!épouvante , sa bonté me rassure et m'attire. Le Dieu de l'Eucharistie n'est pas différent du Dieu de l'Evangile ; c'est le même absolument. Or, plus je lis l'Evangile , plus je vois notre Seigneur bon , aimable pour tous, accessible même aux plus grands pé-* cbeurs, à la table desquels il a daigné s'asseoir plus d'une fais pour les convertir. N'était-il pas Dieu alors aussi bien qu'aujourd'hui ? et était-ce donc manquer de respect pour lui , que de l'ap^ prêcher avec oMfiance et amour ? Non ; c'était l'honorer ; car il est précisément venu dans ce monde pour sauver les pécheurs ^ et les recueil-

« Joan. c. 6 «B « I Tim. c. 1, y 15.

9Sâ smftMK SSMAINK.

lir daos les bras de sa miséricorde et de sa bonté. Mais TEucharistie n'est que la continuation et pour ainsi dire le prolongement des merveilles et des bontés de Flncarnation ; laissezmoi donc aller à Jésus comme on y allait alors; car il dit encore aujourd'hui : a Venez à moi , et je vous soulagerai * . »

J'irai , mon Sauveur, et par là il me semble que je rendrai témoignage à votre présence réelle dans l'Elucharistie , et que j'obéirai pour ma part à l'ordre que vous nous avez donné de «c vous servir de témoins * » jusqu'à la fin des siècles. Oui , je l'espère , mon empressement à communier fera sentir et comprendre à tous l'excellence du fruit béni que je vais cueillir sur l'autel. Si l'on ne m'apercevait que rarement à la sainte table , si j'y allais par force et comme quelqu'un que l'on traîne au supplice , pourraiton croire que vous êtes là présent, et que je vais recevoir le a Dieu de mon cœur et mon partage pour l'éternité '? «Mais, si l'on me voit empressé et heureux , venir à vous « comme le cerf à la fontaine ^ » où il va se désaltérer , on comprendra que vous êtes pour moi une source de délices, et ce qu'en vous trouvant j'ai trouvé

« Matt. c. 11, t 28 » * Eritis mihi testes. = > Ps. 1% y 26. s= * Ps. 41, y î.

PREMlfeRB ÉLÉVATION. 279

la vie et puisé le salut qui vient de Dieu ^ » Quand les païens reprochaient à nos pères d'avoir une religion triste et incapable de donner ici-bas le bonheur, Tertullien répondait : (1 Vous vous trompez. Il est vrai que nous ne partageons pas vos joies licencieuses et criminelles; mais nous avons nos douces joies à l'église , dans les cérémonies qui charment nos yeux , et la parole de Dieu qui nourrit notre cœur. Nous avons la délicieuse pensée que Dieu est notre Père , le souvenir du pardon qu'il nous a accordé , la méditation des vérités qui nous ont été révélées par lui '. » Ainsi , mon Dieu , nous dirons aux mondains d'aujourd'hui : Vous avez vos festins quelquefois si impurs, vos amis trop souvent infidèles, vos ris suivis de tant de pleurs et de remords ! Nous , plus heureux , nous avons à la table sainte une nourriture a qui renferme en elle tout ce qu'on peut imaginer d'agréable ',» un Ami fidèle et de douces larmes de bonheur, dont le souvenir suffit lui seul pour nous conso-* 1er dans toutes^les peines de la vie.

Oui, mon Dieu, voilà le témoignage que vous rendra mon empressement à communier; on sentira qu'il n'y a réellement que vous qui puis*

» Ppoy. c. 8, > 35 « « Sap. c. 16, > 20 « »

%éO SIXIÈME SBVAlinS.

sîez m'attirer avec iaol de force et me rendre si heureux.

La Gommanion fréquente.

Pour qui sait comprendre vos pensées et interpréter vos désirs , Sauveur Jésus , il est évidéol que vous nous appelez , non -seulement à communier, mais encore à le faire souvent, quoique d'une manière relative à nos positions diverses et à Fétat plus ou moins parfait de nos âmes. En prenant pour matière de ce sacrement le pain et le vin qui sont nos aliments de chaque jour, vous nous faites déjà voir, par cela seul , que votre intention n'est pas qu'on envisage l'Eucharistie comme un remède dont on ne ferait usage que dans de rares circonstances, mais comme une nourriture quotidienne qui revient sans cesse et dont on ne se lasse jamais.

Les Pères del'Eglise ont pensé généralement, et saint Augustin surtout^, que dans la multipHcs|tion des pains au désert , vous aviez voulu présenter une image de celle infiniment plus précieuse qui se fait dans nos églises pour

> Aug., passim.

SECONDE CLÉTATION. 24 J

nourrir les âmes fidèles. Or toutes les circoastances de ce prodige tendeat à insinuer la comnîiinioD fréquente, puisque les Apôtres chargés de distribuer ce pain , comme vos prêtres le sont aujourd'hui de distribuer la sainte Eocbaristie, durent en «c donuetr à chacun autant qu'il en voulait \ » et ramasser ensuite les morceaux qui surabondaient , afin de les offrir de nouveau à cette foule avide des dons de Dieu.

D'ailleurs TEglise , interprète si sûre de vos volontés, n'a cessé de porter les fidèles à cette fréquente communion. Dans les premiers siècles, on se nourrissait tous les jours du Pain des forts ' ; il fallait de la force, en effet , pour affronter le martyre et en supporter au besoin toutes les rigueurs. Mais la force est-elle moins nécessaire aujourd'hui , au milieu d'un monde tel que l'incrédulité nous )'a fait? Les raisons qu'avait l'Eglise de pousser alors ses enfants à la fréquente communion sont en réalité les mêmes, quoique le genre d'attaque soit différent.

Cet heureux état de l'Eglise primitive, où l'on s'asseyait chaque jour à la table ss^inte , ne dura cependant pas toujours. Le relâchement s'inlro* duisit parmi les a domestiques de la foi% » et

» Joan. c. 6, ^ 11 a» « Act, « » Gai. c. 6, y lo.

2^2 8IXIÈMB 9BHAINB.

bientôt il fallut les pousser à la communion par un ordre exprès et par de terribles menaces.

« Habitué dans Torigiae à communier chaque jour, le peuple se borna plus tard au septième jour de chaque. semaine , puis différa à de plus longs intervalles Taccomplissement de ce devoir. Enfin on aurait pu craindre qu'il ne l'oubliât entièrement , si les Pères n'avaient enjoint à chaque fidèle de communier trois fois par an, et menacé de retrancher du nombre des Chrétiens quiconque n'obéirait pas : encore même n'a-ton pu obtenir longtemps que l'on se conformât à cet ordre. C'est pourquoi l'on est descendu enfin au plus bas degré où l'on puisse descendre, à moins de tomber aux enfers, c'est-à-dire que l'on n'a exigé de chaque fidèle la communion qu'une fois par an\ »

Mais si l'Eglise s'est bornée à cet ordre, à cause de la dureté de certains cœurs, elle a toujours manifesté son désir de voir fréquenter la sainte communion. Le Concile de Trente exprime le vœu que tout fidèle pût communier chaque jour à la messe, quand il a le bonheur d'y assister' ; et les théologiens les plus recommandables et les plus sûrs sont unanimes à établir que Tusage de la fréquente communion est meilleur

1 Assertio , etc., ubi auprà. as * St Thom.

SECONDS ÉLÉVATION. 245

en soi que Tusage contraire. J'aime surtout , mon Dieu, à méditer les paroles de celui qu'avec raisoa TEglise regarde comme un de ses principaux oracles, saint Thomas d'Âquin^ qui engage à la communion de tous les jours, ou de plusieurs fois la semaine > ceux « en qui on voit que la ferveur augmente ou se soutient , et que le respect ne diminue pas, » par ce fréquent usage.

Voilà en effet, mon Dieu, les conditions dans lesquelles doit se trouver une âme qui vous reçoit souvent. Il faut que la communion produise en elle des effets, non pas merveilleux ou extraordinaires, cela ne se peut pas toujours j mais réels et sensibles. Il faut que cette adorable nourriture soutienne en elle la vie de la grâce , et l'empêche au moins de mourir, ce qui est beaucoup dans certaines positions. Pour moi , mon Dieu, j'estime qu'au milieu d'un monde tel qu'est celui qui nous entoure , dans cette atmosphère glaciale, empestée , délétère , où s'agitent tant de jeunes cœurs qu'assiègent une foule de dangers connus ou cachés, c'est déjà beaucoup que de se soutenir et de persévérer; et il me semble que, quand la communion fréquente ne ferait pas autre chose qu'entretenir la foi et sauver l'innocence dans ces cœurs où l'amour

244 SlXltMB SEMAim.

peur Diea s^alimente à ce foyer divin, G^la seul sérail beaucoup, cela seul suffirait pour justifier uue coiumuDÎon dont Tàme retire éviderameot des fruits de vie et de salut. Si avec cela elle ne tombe pas dans une sorte de familiarité inconvenante , et qu'elle sache paraitre à la sainte table avec un respect suffisant et soutenu , non seulement je ne Ten éloignerai pas , mais il me semble que je dois Ty rattacher de plus en plus , puisque le but que s'est proposé notre Seigoeur est atteint, et que cette âme vit en lui et par lui.

Sans doute, je £aiis des vobux pour qu'une ferveur toujours croissante pousse ce chrétien à un état de plus en plus parfait; mais lors même qu'il u'y arriverait que lentement , pourvu que je trouve en lui une exemption habituelle de fautes mortelles et un éloignement des fautes vénielles délibérées , je ne croirai pas devoir le priver d'une communion fréquente , lorsque je vois qu'il en profite. Les meilleurs aliments ne réussissent pas toujours à donner de l'embonpoint à certains corps ; mais enfin , si ces corpslà se soutiennent et vivent longtemps, on s'estime encore fort heureux d'un étal bien préférable à celui des malades qui languissent et qui meurent.^ Ainsi en est-il pour les âmes : il s'en trouve que la fréquente communion trans-

SECONDE ÉLÉTATION. 245

forme en séraphins ; ce sont les Augustin , les Thérèse y les Catherine de Sienne. D'autres demeurent toujours ce qu'ils sont , des chrétiens faibles, moins parfaits que les autres, mais que la communion fortifie , soutient , empêche de mourir. C'est beaucoup ^ Seigneur, c'est beaucoup de vivre ainsi pour vous; et du moment qu'une âme fidèle jouit de ce bonheur, je bénis mille fois les liens qui ta rattachent à vous , je bénis le céleste aliment qui répare tous les jours en elle les pertes auxquelles l'exposent et le contact journalier du monde et sa propre faiblesse.

Il en est d'autres qui , sans mériter tout à fait ce bonheur, ou sans avoir un besoin aussi pressant de ce divin secours, peuvent pourtant aspirer à communier chaque semaine ^ chaque mois.

Ah! je les conjurerai de demeurer fidèles à cette sainte pratique ; lors même qu'emportés par des passions violentes ou succombant à des périls extraordinaires, ils tomberaient de temps à autre dans des fautes mortelles, ou n'auraient pas encore pour le péché véniel toute l'horreur qu'il doit inspirer, je les pousserais néanmoins à la table sainte ; car c'est là surtout qu'on apprend à aimer Dieu et à redouter le péché qui l'outrage. Les meilleures communions sont quel

846 «ixiftHB snuiicK.

quefois celles où, après de grandes misères et de grandes faiblesses spirituelles , on porte à la sainte table une âme profondément humiliée, qui voit et sent sa pauvreté ', et qui se rattache à Dieu avec la confiance d'un homme qui vient d'échapper à un naufrage et qui saisit avec transport sa planche de salut.

Ame chrétienne, aspirez donc à une communion fréquente, selon vos mérites, vos besoins, et selon que le permettent vos devoirs d'état et la position que vous occupez dans le monde. Sans doute, il ne faut pas que ceux qui vous entourent aient à souffrir par suite de votre dévotion à la sainte Eucharistie ; quoique pourtant il fût bien juste et bien beau de leur part de se gêner un peu pour vous procurer ce bonheur, puisque vous vous gênez si souvent vous-même pour arriver à les satisfaire, ce qui est quelquefois si difficile. Non , je le répète , il ne faut pas que votre communion fréquente nuise à vos autres devoirs, et empêche le mouvement général des affaires autour de vous. Mais quand on sait s'y prendre habilement, on trouve d'ordinaire ie moyt^n de tout concifier. Une sage économie du temps , une aclivilé redoublée , une sainte joie dans le cœur (et on peut toujours

» Tren. c, 3, )► 1.

SECONDE éiJyation. 247

s'en procurer au a souvenir de Dieu ^ ) , y> des manières douces, gracieuses, préyenantes, fruits d'une inaltérable bonté : voilà ce qui accommode toutes choses , et ne permet pas , même à un époux exigeant ou à un père intraitable , de pouvoir raisonnablement se plaindre, puisque dans la réalité ils n'ont rien à souffrir.

Que dis-je , rien à souffrir 7 II faut qu'ils sachent que le bonheur domestique dont ils jouissent est dû précisément à la vraie piété des personnes qui les entourent de près ou de loin ; piété qui se nourrit surtout dans les sacrements. Il faut bien leur faire remarquer que, si le monde , où surabondent tant de germes de corruption et par conséquent de destruction, se soutient encore et marche avec une certaine régularité , c'est à l'influence de la communion qu'on le doit , puisque la communion est l'âme de la religion , et que la religion donne la vie à tout le reste. Oui, c'est parce que l'on communie depuis dix -neuf siècles que la société chrétienne a pu se conserver jusqu'aujourd'hui; ce sont les influences de cette divine nourriture qui ont fait passer dans nos mœurs publiques cette douceur dont vous jouissez sans reconnoltre assez la source dont elle émane. Le voya-

1 Memor fui Dei, et delectatus sam. Ps. 76, y» 4.

us soiftn

geor qai parcooH aTee facilité une grande roote répaTée depuis quelque temps, ne soi^e pas toujours i ceux qui lui ont procuré les facilités quMl rencontre. Parvenu au terme de son voyage , il se félicite de Tagilité et de la Tigueur de ses jambes , qui ne lui ont pas permis de sentir la fatigue. 11 croit ne devoir qu^à lui-même et à sa bonne constitution les agréments d'à ne route qui ne se faisait point d'un pas si léger quelques années auparavant. SUl était venu là , quMd le terrain abrupte, rocailleux, glissant et en mille endroits défoncé , faisait de ce chemin comme une longue suite d'abîmes, il n'aurait certes pas pu , malgré sa vigueur , dévorer la route avec tant de facilité. Qu'il sache donc reconnaître qu'une grande partie du bonheur qu'il vient de goûter est du aux soins attentifs et aux efforts de ceux qui ont travaillé à rendre cette route telle qu'il la voit aujourd'hui.

Ainsi , mon Dieu » l'Eglise , en contribuant pour sa part ( et c'est surtout par la communiou qu'elle y a travaillé), en contribuant, dis-je, à l'accomplissement de la célèbre prophétie d'isaîe * : a Toutes les vallées seront comblées ; toutes les montagnes et les collines seront abaissées; les chemins tortus seront redressés; ceux

* Is. c. 40, ^ 4.

(^ui élaient raboteux seront aplanis , » TEglise a préparé au monde des racilités et des jouissances dont il use largement , sans reconnaître et bénir assez la main à laquelle il les doit. Heureusement que TEglise n'attend la justice que de Dieu , et que Tingratittide qu^elle trouve si souvent sur sa route n'arrêtera jamais le cours de ses bienfaits.

Comdieàt on doit se préparer à recevoir la sainte Èachàristie.

tt Préparez votre âme avant la prière , et ne 8oye2 pas comme un homme qui tente Dieu K n Le précepte est formel , et il est général. Mais si les moindres prières exigent une préparation , mon Dieu , que doit-on dire de cet acte par eltcellence qui consiste à vous recevoir en personne et à s'entretenir avec vous « comme un homme a coutume de parler à son ami *? » Ahl sans doute , « ceux qui craignent le Seigneur, » et ceux qui l'aiment surtout, « prépareront leurs cœurs et sanctiGeront leurs âmes en sa présence '. »

' Eccli. c. 18, j^ 23 » > Exod. e.n,y\i^* ÊccU. c. S, 1 20.

250 SrXifcMB SEMAINE.

Que ceux-là négligent de se préparer , pour qui la communion n'est presque qu'un repas ordinaire , ou qui n'y sentent que faiblement la présence d'un Dieu , je le conçois; mais quand une foi vive et éclairée nous avertit de Texcellence d'une visite à laquelle rien ne se peut comparer, serait-il possible que notre cœur demeurât froid et ne cherchât pas les moyens de a se préparer à aller au-devant de son Dieu * ? » Ferais-je donc pour lui moins qu'il ne fait pour moi ? Pourrais-je oublier, qu'au moment de se séparer de ses disciples pour retourner à. son Père, il leur disait : « Je vais vous préparer une place? ' » Quoi , mon Sauveur; vous-même daignez prendre ce soin-là I Est-ce qu'un ange ou quelque autre créature n'y pourrait pas suffire , sans qu'il soit besoin d'y employer un Dieu?

Qu'est-ce donc que l'homme et le fils de l'homme, pour mériter qu*une place lui soit ainsi spécialement et soigneusement préparée par vous? Puis-je oublier que je ne suis qu'un ver de terre, « le premier des pécheurs ', » en réalité, ou tout au plus le dernier, a le plus petit des saints ^ ? » Et cependant vous prenez la peine de me préparer vous-même une place ! Et moi ,

1 Amos. c. 4, 1 13 "» * Joan. c. 14, t 2 « > I Tiro. c. 1, y 15. ♦ Eph. c. 8, y S,

mon Dieu , quand il s'agit de vous recevoir dans mon cœur, je ne ferais qu^une préparation insignifiante et presque nulle ? je ne me donnerais pas la peine de « vous préparer une place?»

Oh ! ce serait la plus criante de toutes les injustices, le plus criminel de tous les oublis.

Je veux donc me disposer avec soin à la communion, comme vous y avez préparé vous-même Tos Apôtres, eu les avertissant de se purifier de plus en plus, et en descendant jusqu'à leurs pieds pour les laver de vos mains divines, afin de leur apprendre quelle doit être la pureté de rame, puisquMl prend lui-même tant de soin de la propreté du corps ^ !

D'ailleurs, ne sais-je pas, et la raison ne suffitelle pas à me le dire , que plus une chose est préparée avec soin , mieux elle atteint d'ordinaire le but qu'on se propose? Le bois qui alimente noire foyer , s'enflamme avec d'autant plus de facilité qu'il a perdu davantage de cette verdeur qui rendait difficile sur lui l'action de la flamme. Pour l'habit même qui doit nous couvrir, n'exigeons-nous pas de l'attention et des soins? Ah! Seigneur, il serait indigne que j'exigeasse tant de préparation des objets qui me sont destinés , et que je n'en fisse presque

1 Joan. c. 18, j^ &.

2S2 SIXifeMB SSMAINB.

aucune quand je suis appelé à vous recevoir et à m'unir à vous?

Je veux donc me bien disposer, afin que Tado^ rable Eucharistie produise en moi des effets abondants , comme Tarche qui en était la figure attirait autrefois mille bénédictions dans la maison des justes qui la recevaient *, et devenait , au contraire , toute sainte qu'elle était , la source d'effroyables calamités pour ceux qui ne la regardaient que d'un œil curieux , cupide ou impie.

Oui f mon Dieu , je veux me préparer par la pénitence d'abord, puis par des œuvres de piété, et surtout par une juste appréciation du trésor qui va m'étre donné. Je veux a m'éprouver moimême ^, » selon le précepte du grand Apôtre , et ne pas perdre de vue un moment que celui que je vais recevoir est le Dieu devant lequel tremblent les colonnes du ciel ' et qui remplit tout l'univers de sa gloire. Je veux me pénétrer des sentiments d'humilité qui faisaient dire à ce bienheureux centurion : « Seigneur, je ne suis pas digne de vous recevoir ^, i> et qui < par là même , le rendaient digne de votre visite , de votre admiration , de vos louanges et de vos

> Il Reg. c. 6, y 11 SB * Probet aulem seipsum homo. «s • Is. c. 6, t.3 «= * Matt. c. 8, f 8.

TROISlkMB ÉLÉVATION. 253

bienfaits. Je feux établir mon âme dans cette ebarité qai doit m'attirer les complaisances du Dieu que je vais recevoir et qui a dit : « J'aime ceux qui m^aiment ^ ; » de ce Dieu qui m'ordonne de laisser mon présent au pied de l'autel pour courir me réconcilier avec mon frère ^ si j'ai eu le malheur de me trouver avec lui dans un état de haine ou de froideur *. Je veux surtout, comme saint Pierre, pouvoir dire : « Vous ^avez. Seigneur, que je vous aime ^ » En un mot , Seigneur, je veux ôter de mon cœur tout ce qui pourrait vous déplaire , et y mettre tout ce qui peut vous être agréable. Si j'avais, dit ^aint Ghrysostôme, les mains pleines de terre et de poussière , et qu'on me fit Thonneur de me donner à tenir Tenfant d'un roi, d'un grand prince, refuserais -je de secouer aussitôt met mains , de les nettoyer de cette terre et de cette poussière? Mais c'est le Fils du Dieu éternel qui va m'étre donné dans la communion : refuserais'je donc de purifier mon cœur de toute affec* tion criminelle , terrestre , sensuelle *? Si quelque sénateur, dit saint Augustin , devait prendre son logement chez vous, et que celui qui est chargé de ses affaires vous dit : Tel objet déplaît

* Prov. c. 8, y 17 =« Malt. c. 5, 1 24 = » Joan. c. 21, t H. B* * Hom. xiiv, in i. ad. Cor.

254 SIXiftMB SBMAUIB.

à mon roattre , il n'aime pas à le rencontrer ; hésiteriez-vous à le faire disparaître, lors même que cet objet serait de votre goût ^ ? Ah ! Sei* gneur, je n'hésiterai pas non plus à faire tous les sacri6ces que vous me demanderez , pour rendre la maison de mon cœur moins indigne de votre sainte présence. Je m'efforcerai ensuite de l'orner de toutes les vertus dont je sais que la pratique vous est si chère ; je multiplierai mes aumônes , mes prières , mes saintes lectures , mes pieuses méditations. Je diminuerai , autant que possible et sans que personne en souffre, mes rapports avec les créatures, pour les augmenter avec le Créateur, a Demeurez en silence, disait un prophète , devant la face du Seigneur, car le jour du Seigneur est proche ; » le Seigneur a préparé la victime; il a désigné ses conviés*. Il s'agissait alors d'un festin redoutable et terrible, je le sais; mais je puis bien appliquer aujourd'hui ces paroles au plus délicieux , au plus aimable des banquets, auquel rien ne peut mieux préparer que la prière , l'innocence et les saints désirs ; oui , les saints désirs , qui sont déjà une communion anticipée , spirituelle , et que je ne saurais multiplier trop souvent, puisqu'elle peut même, au besoin, tenir la place de la

» In f»s. 131 = «

TROISIÈME ÉLÉTATION. 255

communion réelle , lorsque j'ai la douleur de m'en voir privé.

Mon Dieu , je le comprends ; hélas! peut-être ne Tai-je pas toujours assez bien compris ; il y a pour moi une obligation réelle de songer à ce que je vais faire quand je dois communier. Je ne veux pas que l'habitude de vous recevoir souvent me fasse tomber dans cette familiarité qui, sans jamais aller jusqu'à engendrer le mépris, pourrait néanmoms me priver de tant de grâces et me mettre sur la route des plus affreux malheurs. Je veux me préparer.

Mais, Seigneur, sans parler ici de la légèreté de mon esprit qui est si grande et qui me rend difficile l'application que je voudrais donner à la prière, mes occupations de tout genre, si distrayantes, si absorbantes, m'enlèvent quelquefois les moments que je voudrais consacrer à ma préparation , en sorte que , malgré moi , ce me semble , j'arrive au moment de vous recevoir sans avoir pu trouver le temps de faire une méditation spéciale assez longue et assez soignée pour rassurer mon âme sur ce grand devoir.

Vous m'avez, Seigneur, inspiré une pensée qui semble répondre à ce besoin et trancher celte difficulté : c'est de convertir en préparation ma vie elle-même tout entière , et surtout les '

256 5IX1È11B SEMAINE

faires, même les plus distrayantes, qui avoisU neni le moment de la Communion ; sans toute-^ fois, mon Dieu , négliger la préparation immédiate , pour laquelle il est bien difficile qu'on ne puisse pas trouver les quelques minutes qui suffisent , en pareil cas , pour rompre avec tout ce qui précède, et se donner uniqucn^ent à Dieu.

C'est bien là sans doute la préparation d'un pauvre ; mais si elle part du cœur , elle ne sera pas méprisée de Celui qui veut bien écouter avec indulgence et bonl^ jusqu'au moindre «c désir des pauvres * , » et qui prête tout spécialement ('oreille à la a préparation de leur cœur '. »

QUATRIÈME ÉLÉVATION La sainte CommaBies.

Venez , suivons pas à pas l'âme qui va com^ munier et qui communie bien , pour apprendra d'elle à faire avec une grande perfection ce qui peut bien s'appeler par excellence « ^CB^vre do Dieu '. »

d Q tille du Çrince , que vos démarches sont

« ps. 10, y ^7 :^ Mb. « » Jer. e. 48, y lo.

QOATRIÈMB ÉLÉVATION. 257

belles > ! n que vous êtes heureuse d^avoir si bien compris ce que vous devez à voire céleste flpoux 1

Déjà depuis longtemps, cette âme chrétienne désire le moment qui pour elle est enfin arrivé. Comme autrefois le père des croyants , « elle a tressailli en s'élançant vers ce jour heureu}^ ^ ; » et maintenanl a elle le voit , et elle en est remplie de joie '. » Il lui semble entendre an fond de son cceur une voix douce et amie lui dire à elle aussi : «C'est chez vous quMI faut qu^ je loge aujourd'hui ^ » Elle en est profondernenl touchée et souverainement heureuse. Jérur sal^m autrefois « ne connut pas le temps de $9 visite ' , » et ce fut la source de son inalbeur aussi bien que des larmes que Jésus versa sur elle. Mieux inspirée et surtout plus Bdèle , cette &me connaît parfaitement le bonheur qui lui est réservé , et elle se prépare à en jouir, mais sur* tout à en profiter.

Le sacrifice s'accomplit à Tautel , elle le suit des yeux et du cœur; il lui sera donné , tout k rbeure , d'y prendre part, selon toute la force et la plénitude de l'expression.

Une voix s'est fait entendre ; on dirait celle

» Gant. c. 7, > 1- = • Joaa. c. 8, > 56 an « Ib. » » Luc. c. 19, ys « Mb. y H.

288 SUltHB SBMAtlffi.

d^un enfant qui s^accuse en se frappdnt la poitrine. Mais c^est TEglise qui parle par sa bouche; et ce Chrétien qui yit en réalité de la vie de TEglise , et qui en suit tous les mouvements , s'unit à elle pour accuser une dernière fois ses fautes à Dieu , et laver en quelque sorte les pieds de son àme : a Car celui qui a déjà été puriflé, » dit le Sauveur , « n'a plus besoin que de se laver les pieds , et il est pur dans tout le reste ^. »

Le prêtre répond à cette confession publique par les deux prières accoutumées ; et pendant qu'il les répand avec une douce et grave piété sur les têtes inclinées de tous les communiants , cette âme fidèle demande à Dieu que la grâce particulière qui y est attachée lui soit donnée en abondance, pour achever une préparation qu'elle aime à continuer jusqu'à lu fin.

La voyez - vous qui s'approche de la table sainte , où elle prend la place que les circons* tances lui donnent, mais où elle aime à retrouver et à choisir celles qui lui offrent (es plus précieux et les plus utiles souvenirs? Elle préférerait à toutes les autres la place de sa première communion \ et peut-être a-t-elle le bonheur de la reconnaître encore.

Mais voici que le tabernacle s'est ouvert, et

1 Joaa. c. 13, ^0.

QUATRIÈME filÉVATîON. 259

le Dieu de nos autels est dans les mains du prélre qui doit distribuer aux fidèles cet aliment céleste , comme autrefois les pains miraculeux du désert passèrent des mains du Sauveur Jésus dans celles des apôtres , « afin quMls les présentassent au peuple^ n et quMls lui « donnassent à manger*, n

il me semble, mon Dieu, que les fidèles doivent être heureux de pouvoir contempler l'adorable Hostie dans les mains du prêtre , pendant les instants si courts mais si solennels où il se tient tourné vers eux en la leur présentant. Ame fidèle , « voici votre Roi qui vient à vous plein de douceur " : » hâtez vos derniers préparatifs ; multipliez les actes de foi, d'humilité, d'amour> de désir. Ecoutez surtout et savourez avec délices les paroles par lesquelles le prêtre vous annonce votre bonheur ; « Voici, » dit-il , « l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les pçchés du monde *. » Remarquez bien , c'est un agneau , c'est-à-dire ce qui se peut imaginer de plus doux, de moins propre à vous effrayer; a un agneau dont la colère » sans doute serait terrible , si vous aviez le malheur d'y exposer Yotre tête ' , mais dont le sang précieux vient

« Loc. c. 9, > 7 = » Matt. c. U, jH6 = » Ib. c. 21, y 5. = * Lit. eccl. = » Ap. c. 6, y 16,

260 SIXIÈME SfilHAlKB.

de couler sur cet aulel , comme autrefois sur le Calvaire , et rejaillit de là jusque sur votre cœur, précisément pour vous abriter contre la colère de Dieu et pour vous sauver ^ Dites donc, avec les sentiments de la plus humble et la plus profonde douleur : a Je ne suis pas digne de vous recevoir , ô mon Dieu *; d mais n'oubliez pas d'ajouter qu'une seule parole de lui peut achever de guérir et de préparer votre âme , et cette parole , il la prononcera.

Le moment est arrivé. Levez doucement les yeu% pour regarder , une dernière fois avant de le recevoir, le Dieu qui va combler vos désirs. Que votre attitude noble , aisée, mais profonde^ ment respectueuse , révèle au dehors les sentie ments dont vous êtes intérieurement remplie.

J'entends le prêtre qui exprime un désir, on ne pourrait jamais en imaginer de plus précieux pour vous; il demande « que le corps de notre Seigneur garde votre âme pour la vie éter* nelle ' ; » oui, qu'il la garde , non pas seulement jusqu'à la chute du jour si heureux dans lequel vous le recevez , ni pendant quelques uns de ceux qui le suivront, mais jusqu'au dernier jour de votre vie, et bien loin encore au-delà, c'est*»

1 Salvi erimus ab ira per ipsum. Rooi. c. 5, t ^ «« * Ut. eccl. « * Ibid.

QUATRIÊMB ÉLÉVATION. ÔO!

à-dire dans les jours de rélernilé. Elle aura bien besoin de rencontrer un gardien si puissant et si fidèle ; il y a tant de dangers , dans une vie quelquefois si longue! Mais a lors même que tous marcheriez au milieu des ombres de la mort, TOUS n'avez rien à craindre, car Dieu est avec vous *. »

L'âme fidèle a reçu son Dieu ; sa bouche s*esf ouverte avec un religieux transport; sa langue s'est présenlée pour servir de trône au véritable Salomon, dont il est dit : « Sou trône sera comme le soleil en ma présence*. » Oh ! comme cette âme regrette alors les moindres paroles oiseuses' qui ont pu ternir l'éclat de celte langue! comme elle se propose de la conserver pure à l'avenir, et de faire autour d'elle cette garde que faisaient les « soixante braves des plus forts d'Israël, autour du lit où reposait l'Epoux de& Cantiques^ 1 » Oui , qu'il soit à jamais conservé pur, ce lit mystérieux; « qu'il soit couvert de fleurs ^ ; » que les paroles de grâce, de bénédiction , de charité y abondent ; que le serpent infernal n'y dépose jamais une goutte de son venin I

Mais voyez, comme cette âme renferme avec

> P8. 2î, ^ 4 = • Ib. 88, t 37 = » Matt. c. 12, ^ 36 ■■ ♦ Caol. c. 8, t 7 «= » !b. c. 1, y 18.

262 SIXIÈME SEMAINB.

bonheur son trésor au dedans d'elle-même.

Quelquefois elle aime à conserver un moment la sainte Hostie dans la bouche , prenant garde toutefois qu'elle n'ait pas le temps de se dissoudre avant d'être avalée ; et ce léger retard n'a pour bot que de mieux perfectionner encore une préparation qu'elle ne croit jamais pouvoir trop bien faire. D'autres fois elle se hâte d'introduire dans sa poitrine embrasée l'aliment divin , parce qu'elle sait qu'alors seulement la grâce de la communion est donnée; qu'il faut avoir mangé réellement la victime pour y participer y et qu'il lui tarde d'être en possession de ce bonheur.

Puis elle écoute... et on dirait que l'écho de son cœur lui rapporte cette parole si douce à recueillir : a Le Salut est entré aujourd'hui dans cette maison, parce que ici encore il y a un enfant d'Abraham * ; )> il en a les œuvres \ il doit en avoir les bénédictions et la récompense.

« Tout est consommé * : » tout ; oui de la part de Dieu, dont l'amour ne saurait aller plus loin, car il semble avoir dépassé celui même du Calvaire ; et aussi de la part de cette âme, qui n'a rien négligé pour se rendre digne des faveurs de son bien-aimé.

» Luc. c. 19, Jr 9 SB 1 Joan* c. 19, fZQ,

CINQUIÈME ÉLâVÀTION. ' 263

Ne troublons pas leur mystérieuse entrevue ; bornons nous à un dernier regard sur cette àme fidèle, qui, en descendant delà table sainte, comme autrefois les .trois apôtres du Thabor, « ne voit plus que Jésus seul ', » et va goûter le vrai bonheur de sa présence, dans une action de grâces que nous essaierons de partager avec elle.

L'action de grâces.

L'action de grâces en elle-même est un devoir. « Soyez reconnaissants*, » dit TApôtre. Nous le devons à Dieu , nous nous le devons à nous-^ mêmes.

. Dieu, en effet, a toujours exigé un tribut de louanges là où il a placé une grâce et un bienfait. Qu'étaient-ce que ces fêtes instituées dans Tancienne loiS ces monuments élevés de toutes parts ^, ces cantiques composés par les libérateurs du peuple d'Israël ^, sinon une véritable et perpétuelle hymne de reconnaissance?

* Luc. c. 9, ^ 86 ■= « CoL c. S, 1 15 « » PasBim. « ^ Ib. 8= » Ib.

é64 SIXIÈME SEMAINE.

a Quand vos enfants vous diront : O^^l est' ce culte relîgîeuï ? vous leur répondrez : C'est la victime du Seigneur *, le culte de la Pàque • ,» c'est un mémorial de notre délivrance de la terre d'Egypte.

Les prophètes n'ont rien tant recommandé que la reconnaissance ; ils invitaient sans cesse les hommes à publier les louanges de Dieu , ils y invitaient même les êtres insensibles', et la nature entière semblait prendre chez eux une âme et une voix pour bénir son auteur. « Les collines seront revêtues d'allégresse ; les vallées porteront du blé en abondance ; tout poussera des cris de joie et fera retentir le bruit de ses cantiques^, d

Mais si Dieu exige tant de reconnaissance quand il nous donne quelque chose , que ne devra-t-il pas exiger quand il se donne lui* même? Si, comme dit saint Paul . il faut a rendre grâces à Dieu en toutes choses^, » ne le doit* on pas faire surtout; lorsque plein de miséricorde et de tendresse, a il a donné la nourriture à ceux qui le craignent^? »

Je veux donc être fidèle au grand devoir de l'action de grâces après la communion , selon

» Exrtd. c. i% r 26 «e: « Ib. 4S ti= > Oattiel. «= • Ps. 64, r IS « » I Thes8. c. 5, t 18 s= • P8. 110, y 4.

CINQUIEME ÉLtTATION. 265

Texemple que vous m'en avezdoané vous-même, Sauveur Jésus, puisque vous n'éles sorti du Cénacle qu'après avoir chanté une hymne à Dieu votre père^; exemple qui a été suivi tout d'abord par vos ap6tres , excepté par celui qui allait vous trahir, et qui était sorti aussitôt après la confimunion * sans faire d'action de grâces*

Oui , j'y veux être fidèle , car il y va de mon honneur avant tout. Si l'ingratitude en effet, quaud elle va blesser un bienfaiteur temporel, prend quelquefois les proportions d'un crime , d'une monstruosité, il n'y a plus d'expression pour rendre l'opprobre dont se couvre celui qui est ingrat envers l'éternel et divin Bienfaiteur.

Et puis, mon Dieu, si je connaissais bien mes intérêts , quel moment plus favorable que celui où le Sauveur est si près de nous , et ne fait en quelque sorte qu'un avec nous? N'ai-je pas été mille fois touché en voyant, dans l'Evangile, l'empresfementavec lequel on saisissait le pas-* sage du bon Jésus, pour lui demander des grâces particulières , qu'il ne refusait jamais , puisque tous étaient guéris'? Je veux, moi aussi, comprendre, sentir ce montent précieux, et en profi* ter. Je crains, disait saint Augustin , de laisser

1 Marc. c. U, j^ S6 ss > Exivit contiouô. ^ > MatU c. 8,

y ta.

S66 snitiie sbhainb.

passer Jésus sans retirer assez de fruit de son passage ; car peut-être ne reviendrait-il plus, ou peut-être Tavenir serait-il moins favorable pour moi que le présent \

Me voici donc , ô mon Dieu , prosterné à vos pieds, pour faire mon action de grâces. Immobile, incliné, respectueux, je veux qu^à a la modestie » parfaite de ma tenue, on reconnaisse que « Dieu est tout près de nous* » Mais cette attitude digne et convenable doit procéder d'un fond pieux et bien réglé, comme les fleurs et les fruits d^un arbre accusent la présence d'une sève intérieure qui ruisselle dans ses branches. Le contraire serait une abominable hypocrisie.

Le plus bel exemple pour une âme qui s'entretient avec vous dans l'action de grâces , Seigneur, c'est sans doute cette heureuse pénitente dont TEvangile a tant préconisé Tamour pour vous, et qui , en vous recevant dans sa maison ou en vous cherchant dans la maison des autres*, s'assurait ordinairement la meilleure part, en se mettant à vos pieds ^ pour écouter votre parole. Sainte Thérèse , cette autre amante de Jésus , nous dit expressément^, que dans son action de

i Aug. := « Phil. c. 4, O «a ' Cteez Simon. = * Optimam marteau elegit. Luc. c. 10, ^ 42es > Dans sa vie, parelle-mAiBe.

grâces elle aimait à faire la pratique de sainte Madeleine, à se transformer pour ainsi dire en elle, et à laisser tomber, à son exemple, les larmes que lui donnait son cœur, sur les pieds de cet Hôte divin, qu'il lui semblait couvrir aussi de baisers et de parfums , et essuyer avec ses cheveux bénis. Mon Dieu , pourquoi irais-je chercher d'autres exemples , puisque celui que vous m'offrez là est si parfait ?

J'ai pourtant encore un souvenir très-précieux pour mon âme , et qui peut m'aider à bien faire Taciion de grâces. C'est , mon Dieu , celui du bonheur que goûtaient Augustin et sa sainte mère , lorsque , rapprochés l'un de l'autre sur celte fenêtre d'où ils considéraient la mer et s'élevaient à vous par la vue des choses sensibles, ils trouvaient tant de délices dans leur solitude et les mutuelles effusions de leur âme : (( Etant donc seuls , dit ce grand docteur, nous nous entretenions avec une extrême consolation *. »

Ah ! Seigneur , si l'entretien de deux créatures qui s'aiment en vous peut avoir tant de charmes, que doit-ce donc être quand on s'entretient avec le Créateur même, et qu'on sait recueillir de sa bouche ces paroles de la vie

1 Colloquebamur ergo soU valdè dulciter. Gonf. c. 9, f '

S68 SIXifaiB SEVAINI.

éternelle, qu'il aime surtout à fairç entendre dans cet incomparable moment ?

Mais Taclion de grâces doit-elle finir avec le quart-d'heure qui suit la communion ? ma dé-^ votion va-t-elle s'éleindre« comme les cierges de Tautel? Non, mon Dieu, non; il faut conser%'ef le parfum de cette céleste et si douce visite , et ne pas souffrir que le Sauveur ait chez nous la destinée « d'un hôte qui passe et qui n'est qu'uD jour en un même lieu ^ » Son souvenir échappe avec une grande facilité. Les traces de votre passage en moi seront plus profondes, Seigneur. J'aimerai , le long du jour, à me rappeler souvent le bienfait du matin ; et dans les jours qui suivront , j'y penserai encore , jusqu'à ce qu'arrive pour moi ce grand jour de l'éternité , qui ne sera rien autre chose qu'une magnifique, délicieuse et ineffable action de grâces.

fruits à retirer dô la sainte CommuDion.

Ame chrétienne, jetez un regard sur le chemin que vous venez de parcourir. Vous voilà , pour ainsi dire, au terme de votre voyage j il s'agit maintenant de recueilh'r les fruits de tant de saintes considérations ; car ce serait peu d'a*voir appris à connaître les merveilles de Tamour de Jésus pour vous, d'avoir successivement médité ses promesses anciennes et nouvelles, sef dons ineffables, et la manière dont TEglise notre mère en a joui et nous les a transmis ; ce serait peu d'avoir appris à estimer, nous aussi, les dons de Dieu et à les honorer dignement. U faut aller plus loin encore ; tirer de cette fleur tout le suc qu'elle contient , et arriver à une conclusion éminemment pratique : a Si vous savez ces choses, vous serez heureux, pourvu que vous les pratiquiez ^ »

Non , il ne suffit pas de communier ; il faut vivre de la communion , et laisser à cette divine nourriture le moyen de produire en nous tout le bien qui est dans les intentions du Sauveur.

^ Joan. c. 13, y 17.

Il nous la présente sous les appariences du pain et du vin , comme pour nous avertir que Tâme doit en retirer des avantages semblables, à ceux que la nourriture matérielle procure à nos corps. A l'école de TEglise , notre mère , étudions cette importante leçon , qui va réjouir nos cœurs en les édifiant.

Voyez-vous cet homme fort et vigoureux ? le pain quMl mange accroît ses forces et le soutient dans cet état de santé qui constitue sa principale richesse. Voilà une image des fruits que produit en nous une bonne communion. Elle entretient la vie de la grâce, puisée dans le baptême ou la pénitence.

La vie de la grâce ! ah ! sait-on bien ce que c'est ? comprend-on tout ce qu'il y a de bonheur à «croître en grâce devant Dieu et devant les hommes * ; » c'est à dire à plaire tous les jours davantage à Dieu , en ajoutant chaque jour à rédiâcation qu'on donne au prochain ? La vie de la grâce ! ah ! c'est la vie même de Jésus-Christ; cette vie si belle et si parfaite, qu'en la contemplant le Père céleste s'écriait : a Vous êtes mon Fils bien-aimé; en vous j'ai mis toutes mes complaisances ^. » Oh ! laissez-moi prendre en abondance cette vie dans la communion ; puis

* Luc. c. î. M* = * Malt. c. 8, f 17.

SIXlftHE ÉLÉVATION. 271

j'irai rendre encore ici témoignage à Jésus- Christ , et à sa présence réelle au saint Sacrement ; car on reconnaîtra sans peine que lui seul peut produire en moi le bien que je fais. Hélas ! si le monde me voyait communier, communier même très-souvent, et garder toujours les défauts du démon , pourrait-il croire que je reçois à la sainte table, le pain des anges, la chair d'un Dieu? SMl y avait toujours en moi lé même orgueil , la même susceptibilité , les mêmes irritations , pourrait-il croire que le sang de Jésus , a doux et humble de cœur ^, n coule dans mes veines? Si j'étais a un enfant du tonnerre ^, » toujours prêt à appeler le feu du ciel sur les cœurs qui a résistent encore à la vérité ',» pourrait-on croire que j'ai « bu l'esprit * » si charitable , si compatissant , si patient de Celui qui a n'achevait pas le roseau à moitié brisé , qui n'éteignait pas la mèche encore fumante '? » Non , on ne pourra pas croire que je reçois a l'autel un si puissant secours, lorsque je me montrerai si imparfait et si faible.

Mais si le monde , après ma communion , trouve en moi l'expression vivante et soutenue des vertus que prêche TCvangile, il ne pourra

> Malt. c. 11, 1 29 = ' Marc, c, 3: t 17 = » II Tim. c. 8, y 8 = M Cor. c. H, M3 = * Malt. c. 12, y 20.

S7S SlXlftKB SEIIAWB.

s^empècher de dire : Voyez ; c^est bien Jésus qu'il a reçu, car évidemmeot c'est Jésus qui vit CQ lui *. Oui , le monde, qui ne sait que trop par son expérience , que la vie de Thomme abandonné à lui-même et se soutenant par son seul et propre poids n'est que faiblesse , corruption^ ordure ; le monde qui a la conscience de tout ce qu'il a fait et vu faire d'indigne , de révoltant , de hideux, dans les bas-fonds de sa vie d'homme, et qui sait que nous sommes tous pétris du môme limon , tous entraînés par les mêmes penchants, plus ou moins violents, tous capables dçs mêmes faiblesses , le monde sera forcé de reconnaître que la communion ni)et en nous quelque chose de plus que ce qu'il a lui-même. Le secret de nos cœurs sera alors découvert ,» par cette conduite vraiment divine , de sorte que le monde, obligé malgré lui de croire à la céleste influence de l'Eucharistie , u adorera Dieu , rendant témoignage que Dieu est véritablement parmi nous » et en nous *.

Oui , en nous ; car il est évident que c'est lui qui nous fait vivre , et que tant de fruits délicieux ne peuvent être donnés que par cette plante adorable. Lorsqu'une branche de sarment , traversant une haie , offre aux regards du voyageur

» Gai. c. 2, ^ SO «. » I Cor. c. 14, } M,

SIXlftAB fitJfATiOM: S73

défi {>ampfe8 et dé riches grappëà de ^aisîri, céXuU ci reconnaît aussitôt qu'it y a derrière cette haie un cep caché et invisible qui influe sur cette branche et lui communique une sète qn'elle ne puise certainement pas dans les épines qui Tentourent ^ Ainsi , mon Dieu , ma vie pure et sainte fera nécessairement deviner votre présence en moi; car, a comme la branche delà tigné ne saurait porter de fhntsd^etle-même, mais quMI Tant qu'elle dctneiire unie au cep,» ains^i sans vous, 6 mon lésas , nous ne pouVQtin rien faire •.

Saint Augustin , en décrivant , aU ix^ livre de ses Confessions , la vie sî admirable , si chrétienne , si sùpérienre à celle des autres femmes, qne menait sa très-^sainte mère, ajouta ce mot infiniment précieux : « Tous ceux qui la connaissaient, mon Dieu, vous louaient, vous honoraient et vous aimaient beaucoup en elle , parce que la sainteté de sa vie leur faisait assez connaître que vous étiez présent dans son cœur *. »

Mais Monique (c'est toujours son admirable fils qui parle) puisait sa force dans le sacrifice de Tautel , a oii elle avait assisté avec une dévotion particulière, tous les jours de sa vie; d'oii elle savait que Ton distribue aux fidèles le sang

^ Aag. Enar. in Ps. = « Joao. c. 15, t 5 = • Conf. c, 9, j^ r

27 i SIXifeXB gCHAINK.

de la Victime sainte...., de cet Agneau sans tache , qui a été Tautear de notre victoire * i> quand il a triomphé ponr nous sur la croix , et qui Test encore des victoires que nous remportons aujourd'hui par son secours, sur le démon, sur le monde et sur nous-mêmes.

Monique assistait donc tous les jours à la messe ; et une âme si pure n'y aurait certes point assisté alors sans communier. C'était donc la communion qui produisait en elle les fruits ai admirables et si aimables de sainteté, qui font des derniers chapitres du m^ livre des Confessions , le plus beau miroir de justice et de perfection que Ton puisse présenter aux personnes appelées à se sanctifier au milieu des embarras du monde et de ses immenses dangers.

* Conl. c. 9, y 9.

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