POUR UNE LARME
J'ai cueilli ce matin, quand s’éveilla l’aurore Sur le marbre argenté de la plaine opaline, Une perle plus fine, et plus légère encore, Qu'un rayon de soleil, aux pieds de la colline.
C’est une larme d’or, sur la blanche rosée
Que je foule en rêvant, sous ma paupière sombre, En suivant pas à pas, sur mon aile brisée,
Les roses parfumées que dessine votre ombre.
Une larme au ruisseau du rêve abandonné,
C’est la source du cœur, à jamais solitaire,
Qui jaillit sur les fleurs, d’un espoir suranné
Qui se fanne en silence, et qu’il nous faudra taire.
C’est pourquoi chère Amie, cette larme morose, Perdue dans le destin des choses qui se meurent,
Est pour moi l’espérance où fleurit une rose,
Que je voudrais cueillir sur vos yeux qui me pleurent!
Gi
Vous reviendrez ce soir, ou peut-être demain,
Dans le sentier désert de notre rendez-vous,
Une larme à vos yeux, une rose à la main,
Pour y prendre mon cœur, qui ne bat que pour Vous.
Ne mouillez plus vos yeux, qui s’inclinent le soir Comme un astre argenté, sous le ciel endormi, Puisque dans les sentiers, où je viendrai m’asseoir, Vous cueillerez pour moi les roses d’un Ami.
Si ma peine est la vôtre, et vos rêves, les miens, Si notre solitude a le même séjour,
Nous partirons tous deux, comme des bohémiens, Sur les chemins en fleurs de notre jeune amour.
Et mon cœur dans vos mains, qu’une étoile a fleuries, Je viendrai cette nuit, pour la première fois,
Poser mon front timide, et mes joues amaigries,
Sur vos genoux plus doux que la mousse des bois.
A l’heure où dans la nuit les échos se dispersent, Je poserai ma lèvre, où fleurit un baiser,
Sur la colline en feu de vos seins qui se bercent Aux chants de vos désirs, que je veux apaiser.
Appuyons notre cœur sur le rêve qui passe,
Et cueillons pour nous deux, quand sonnera minuit, Les parfums du bonheur que notre âme bien lasse Attend depuis vingt ans, aux portes de la nuit !