‹ Amour de philosopheChapitre 57 sur 194 · DE BERNARDIN DE SALNT-PIERRE · texte numérisé non relu

DE BERNARDIN DE SALNT-PIERRE

A la Citoyenne félicité didot quay des augustins

a jJaris.

Je profite, mon aimable amie, d'un moment de loisir pour vous prévenir de mon arrivée à Paris. Quoique vous me taxiez d'indifférence je n'ai pas été un moment sans m'occuper de vous. Les soins nécessaires à la disposition d'un asile que vous devez partager, me font naître une multitude d'idées agréables, dont l'exécution ne laisse pas d'être laborieuse sur une terre toute nue, dans une saison où il n'y a pas un instant à perdre pour les plantations, et avec des ouvriers peu nombreux et qui ne sont pas échauffés par mes sentiments -. Cependant à force d'aller et venir, de faire et de refaire, votre hermitage commence à prendre une forme intéressante. Je vous en dirai davantage demain à l'heure du dîner, car je compte donner ce soir et demain matin aux affaires, afin de pouvoir jouir, l'après-midi, de quelques heures

1. Sans indication de lieu, ni de date, mais probablement de Paris, et de la fin d'octobre 1792; — pas signée; — porte une adresse; — pas oblitérée; — publiée dans la. Revue des Deux Mondes avec le n" 8. — Cette lettre a le n" 41 dans la collection Gélis-Didot.

2. En marge, à la hauteur de cette première partie de la lettre, il y a le mot : t/on.

de plaisir auprès de vous. Je suis obligé, en ce moment, de quitter la plume. A demain, tendre amie, je vous embrasse de tout mon cœur.

J'allais vous écrire, ma tendre amie, lorsque Rousseau m'est venu apporter votre lettre. Elle m'aurait fait plus de plaisir par la poste. L'envoi d'un commissionnaire donne trop de publicité à notre correspondance. J'ai cependant parfaitement bien senti que c'était l'inquiétude où vous étiez de ma santé qui vous avait décidée à cette démarche. J'en suis donc très touché. J'ai, en effet, du rhume, ce qui m'a décidé à garder hier la chambre et à suivre le conseil que je vous avais donné pour vous-même. Cependant j'irai dîner aujourd'hui chez le ministre de l'intérieur. J'en ai reçu l'invitation hier à 9 heures du soir. J'ai à lui parler de plusieurs affaires et aussi de mes plaisirs ^ c'est-à-dire des moyens de me procurer quelques bonnes espèces d'arbres à fruits de la pépinière nationale pour l'île de la Félicité, car c'est le nom que je désire qu'elle porte. 11 n'y a pas un moment à perdre. Cette perspective de bonheur, dont vous êtes

1. Sans indication de lieu, ni de date, mais probablement de Paris et de novembre 1792; — pas signée; — sans adresse; — pas oblitérée; — publiée dans la Revue des Deux Mondes avec le n" y. —Celte lettre a le n" 42 dans la collection Gélis-Didol.

Page 1