Nous avons laissé aux lettres publiées par nous dans la
Les lettres échangées, avant leur mariage, par Bernardin et Félicité, ne sont pas les seules que nous possédions; Aimé Martin, en 1826, dans la Correspondance de Bernardin de Saint-Pierre, en a imprimé plusieurs que celui-ci écrivit à sa femme. Par elles, par d'autres lettres, inédites, — nous les publions toutes dans notre seconde partie, — et les renseignements que nous donnèrent les biographes, nous pouvons connaître l'épilogue de ce roman : il est très triste.
Félicité ne fut point heureuse. Elle mena une vie de dévouement et d'amour pour un homme qui ne sut même pas s'en apercevoir ; la naissance d'une fille ' et de deux fils -, dont l'un mourut très jeune, n'égaya que peu de temps la triste mélancolie de son séjour à la campagne; elle se donna toute à l'éducation de Virginie et de Paul, mais, restant de longues journées très seule,
Revue Hebdomadaire la qualification d'i?ie'diles, parce qu'elles ont paru récemment, et qu'elles sont inédites en volume, comme, du reste, les lettres publiées par la Revue des Deux Mondes. Mais pour ces dernières nous avons indiqué les numéros qui leur avaient été donnés dans cette revue.
1. Virginie de Saint-Pierre naquit le 29 août 1794, à Essonnes.
2. Le premier û\s, Paul, ne vécut que six mois; il était né le 3 juin 1796 (25 prairial an IV). Le second fils, qui fut, lui aussi, appelé Paul, naquit le 5 avril 1798 (16 germinal an VI).
car Bernardin s'absentait souvent, elle laissa libre cours à ses rêveries, et dut avoir d'amers regrets. Elle aimait pourtant toujours son mari, bien qu'il s'occupât peu d'elle, et lui écrivait encore en l'an IV de tendres lettres, pleines d'affection pour lui et ses enfants'. Ses frères qui déjà se querellaient avant son mariage, ainsi qu'en témoignent plusieurs lettres où elle le dit à Bernardin-, continuèrent leurs disputes qui la bouleversaient profondément; enfln son père Didot le jeune mourut en décembre 179o^ La succession embrouillée fut difficile à liquider et ses frères ne laissèrent point échapper cette occasion nouvelle de discussions et de récriminations ; Bernardin dut intervenir pour défendre la part de sa femme, et de tout ceci la pauvre Félicité souffrit davantage. Elle s'étiola, et dans sa froide maison d'Essonnes les germes de la tuberculose qu'elle avait en elle ne tardèrent pas à se développer — de cette tuberculose qui avait tué déjà Sophie, sa sœur, à l'âge de dix-huit ans\