HR ANNE 1, RS
N dès la troisième génération, parfois dès Ïa ns ie D'ailleurs, une loi compensatrice paraît exiger que les fortunes gagnées par un labeur cérébral soient dissipées en folies; de sorte que, dans ces familles soi-disant intellectuelles, hors desquelles | naissent tous les talents d’avenir, on ne con- le temple que quelques gloires à leur zénith, entre | des vieux célèbres sur leur déclin et de la ] jeunesse nu de rebut. ; Dès que Marcel vit Mme Gaïldraud à Ja porte ouverte du salon, debout et si grande, encore belle, poudrée, en velours noir, il se rappela son nom noble de jeune fille. François, qui passait, le pré- senta d’un seul mot : « Marcel. » En s’inclinant,il sentit sur lui le regard de Mme Gaïldraud, et sans . lui-même poser son regard sur elle, il sut ce qu’elle pensait, comme un wind reader : obsédée, ainsi. que toutes les mères, par le souci de marier sa fille, elle avait d’abord, et par simple habitude, A jaugé Marcel, rêvé aux convenances; puis, dans un éclair, le jeune homme lui était apparu comme providentiellement désigné, seul possible, de toute la centaine de jeunes qui étaient là. Bien que l’in- . tuition de ces projets trop précis, trop positifs, sou- levât des révoltes chez Marcel, qui n’était pas mûr encore pour des résultats aussi brutaux, il vit avec plaisir se dégager l’idée récemment pressentie d’une sympathie, d’une alliance avec la mère. . « Où est Suzanne? Elle a entendu ie de % vous si souvent... » Marcel fit observer d’un sou- DE rire que d’autres arrivants restaient en détresse b : 11
ou
derrière Qui, A bebr pour ue Unie Gaildraud. Alors elle le congédia d’un geste et d’un sourire d’assentiment.
Vaguement Marcel se ressouvint de la satisfaction déjà une fois éprouvée, lorsque, mis en de- meure presque d’apercevoir Suzanne, il avait
réussi à éviter sa vue. Il s’éloigna, lent, soulagé es respirant et comme goûtant une trêve. Mais à peine commençait-il, dans le second salon, vide, où une table de jeu attendait des joueurs, l’ins- pection des toiles pendués au mur, que la voix de Mme Gaïldraud, toute proche, le fit tressaillir : -« Venez... que je vous présente à ma fille. » La jeune fille, intimidée, se tenait près d’elle, blanche ; et comme cette phrase était déjà une présentation, . Mme Gaiïldraud n’ajouta pas une parole. Le silence fut bref, mais excessivement pénible à Marcel, qui se raidit. Un passant ravit Suzanne pour une . valse. Ce fut donc tout, et c'était fini. Marcel, pris à l’improviste, n’avait même pas eu le temps de craindre d’être gêné. L’entrevue avait donc eu lieu, et sans émotion, et même sans appréhension. C'était fini.
Il ne bougea pas, amèrement désappointé, Ses doigts maniaient les cartes étalées sur la table, comme pour dissimuler à des spectateurs leur frémissement. Il était sans pensée autre que cette formule : « C’est fini. » Et elle durait étrangement, | cette pensée, bercée par les valses, qui, avec leurs redites et leurs reprises, la ramenaient sur elle- ; même, toujours. o est fini.
Sa nilee se Et de et musicale. 7e à dos fois une jeune fille passa, le regarda curieu-
sement : une amie de Suzanne peut-être, qui elle
aussi avait oui parler de lui souvent, dans l’inti-
mité de cette maison. Et celle-ci lui plaisait infiniment. Il pensa cette absurdité : « Si celle-ci était. Suzanne, je l’eusse aimée très facilement et tout :
de suite. » Quand il fermait les yeux, c’est l’image
de celle-ci qu'il revoyait. Il voulut de même revoir celle de Suzanne : 1l s’aperçut avec stupeur qu'il ne se rappelait rien de sa physionomie, rien de sa toilette, qu'à peine la reconnaîtrait-il, s’il voulait l’inviter à danser. | S’il voulait? Ne le devait-il point? Il prit l’atti-
tude de la décision. Il eut des idées de correction et d’impassibilité mondaine « jusqu’au bout ». IL marcha vers Suzanne, qu’en dépit de ses craintes
il retrouva aisément. Il lui demanda quelque valse : elle fut libre aussitôt. Ce manifeste mensonge, cette évidente, mais hélas! inutile faveur le navra. |
Ils tournèrent d’abord vite : « O chère, chère. créature, pourquoi donc est-ce que je ne vous chéris pas? Ne devrais-je point dire : Pourquoi est-ce que je ne vous chéris plus? » Ses lèvres cependant articulaient avec peine des banalités.
EN, Puis leur valse se ralentit, fut un languissant boston ; et la difficulté de glisser d'accord à contre- ci
mesure accaparant toute leur attention, ils se turent. Marcel Dehaynin souffrait affreusement de tenir contre lui ce jeune corps et de n'être pas
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Et fi an bla qu’ une créndenee conseillère #
Jui donnait, en guise de leçon, un avant-goût des Le intimités sans joie, dans le mariage sans amour. Enfin il était délivré : il reconduisait Suzanne ME sa place. Sa conscience fut franche et bourrue : elle considéra cette dernière épreuve comme dé-
sastreuse et décisive. Sans une seconde d’hésitation, Marcel se dirigea vers le vestiaire : qu'avait-il plus à faire ici? Il descendit l'escalier d’un pas ferme. «Eh bien? » prononça-t-il, une fois encoigné dans sa voiture. S'il avait souhaité un dénouement, il le tenait ! Mais il était pareil aux gens qui clament : « Sortir du doute, à tout prix, fût-ce par la certitude d’une catastrophe ! » et puis qui, 1 certitude acquise, à ce prix-là, regrettent déses-
pérément que leurs angoisses ne se soient pas éter-
nisées.