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Soudain, il se dresse : l'heure avance, et ï “+ trouve tout débraillé, à moitié déshabillé, c'est | ie l'occasion de faire sa toilette pour sortir. Les vs soins de détail que, par habitude, il y apporte, l'irritent lui-même, ainsi que des fautes de goût et de tact : il s'apprête comme pour aller chez une fille. Et puis, ces Gaildraud sont-ils à même . 6 d'apprécier les raffinements de la tenue? Marcel, toute une minute, est repris par l’habituel dédain que lui inspirent les mauvaises façons de François, au point qu'il ne tient plus du tout à entrer dans cette famille. Puis le dédain, comme toujours, fait place à la gêne, et cette puérile question du costume étant reléguée enfin au second rang, Marcel se demande avec effarement comment il osera se représenter devant François après avoir fait cette chose médiocre de rechercher sa sœur. Oh ! l’ironie du regard que François a laissé tomber sur lui, hier soir, quand il a vu clair! |
Brusquement : « Maïs, si elle dit non, je ne. pourrai plus vivre avec François sur le même pied d'intimité. » Alors le désir est ardent et sincère qu'elle dise oui, et les nerfs se calment au souffle sain de la sincérité. Marcel est allégé, heureux presque. Il aime. Mais c’est François qu'il aime : et il redoute à tel point le jugement de son ami que sa préoccupation unique est à présent :. « Pourvu qu’en allant chez sa mère, je ne me heurte pas à lui. »
Le désir de ne pas rencontrer François devint fixe, et ce puéril souci fit diversion. Marcel dès
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lors ne souffrit plus. L'heure de partir avait sonné : il partit, ragaillardi par le beau temps, enclin aux superstitieux espoirs, à cause d’un rayon de soleil : qui venait de percer. Il avait conscience d’être vigoureux, élégant et souple. Il s’'amusait à exercer cette faculté, récemment recouvrée, de la souplesse, en faisant dans les rues des coudes et des cro- chets pour éviter les amis qu'il apercevait de loin ; . car il sentait que si on lui demandait : « Où vas-tu? » il aurait beau répondre n'importe quel mensonge, sa mine discrète et radieuse trahirait la vérité.
- À plus forte raison encore que ce matin, il déclarait l’impatience illogique : puisque ce n’était plus à présent la veille, ni le jour, mais l'heure même du dénouement. Que l’action définitive fût engagée, cela satisfaisait son énergie; en même temps sa lâcheté calculatrice était satisfaite car 11 se comparait à un homme très énervé par les préliminaires d’un duel, soudain calme, et même brave, dès que les fers sont croisés, parce qu’il se dit uniquement ceci : « Dans un quart d’heure, je vais remonter en voiture. »
Marcel franchit la porte cochère avec décision ; mais le passage du soleil à l’ombre du vestibule le glaça. Ce fut une déroute. Le cœur manqua la mesure de son battement. Pour se résoudre à gravir l'escalier, il fallut que Marcel se démontrât à lui-même, avec une éloquence désespérée, l’im- possibilité de manquer au rendez-vous. En haut, lorsqu'il toucha le timbre, l'habitude de toujours
MA nander F rançois Hi à porte ‘ouverte lui rap ; pela son ami. De nouveau, il eut une peur folle de se heurter à lui dans l’antichambre. Il ne s’étonna point que le valet de chambre, avant toute question, lui dît : « Monsieur François n’est pas là. » Ce domestique peut-être avait dessein. de le rassurer sur-le-champ. Marcel lui fut reconnaissant, et sourit; puis, sans répondre, il demanda : « Est-ce que Mme Gaildraud est chez elle? ». On l'introduisit dans le salon, dont les persiennes n'étaient qu'entr'ouvertes. Il y avait des housses aux meubles. Marcel attendit là debout, abruti. La porte se rouvrit. Il fit un geste convulsif et reçut un coup de pointe au cœur. C'était ce domestique encore. On venait le chercher pour l’introduire dans la chambre de Madame.
Alors, après une traversée inconsciente de Ja. salle à manger, c’est l'entrée dans une chambre aux lourds, aux épais rideaux, où l'ombre paraît d'autant plus mystérieuse qüe cette chambre est inconnue. Tout de suite, Mme Gaïldraud, à contrejour, est debout devant Marcel, presque contre lui, et lui prend les mains en murmurant : « Mon pauvre ami... » Il ne comprend pas, mais il serre la main de Mme Gaïldraud, qu'il aime pour son intonation sympathique : il souffre tant ! Elle dit encore : « Mon pauvre ami... » et très bas, elle ajoute : « C’est non. » "
Lui répond : h! » sans aucune expression ;. sr mais Rae il a le sang fouetté, il pense :
« Comment? Elle ne veut pas?… Sn :
Al ons, c est 1 une sotte.. » T1 est outré, mais s nullement ému; et par un cercle vicieux risible, il dmet que cela vaut mieux ainsi; car s’il avait encore des illusions sur le sub de Suzanne, les … voilà perdues.
Cependant Mme Gaïldraud s'efforce de le ré- ‘ conforter : elle lui dit de bonnes paroles. Il écoute respectueusement, mais il n’entend rien, et il se bute à cette idée : « N’aura-t-elle pas bientôt fini? Puisque c’est non, je n'ai plus qu’à m'en aller. » Machinalement il se répète : « C’est non... C’est non... » Et il sent que ses poumons s’élargissent, que tous ses organes se dilatent, que son cœur bat plein. Un flot de joie monte en lui à ces mots : «C'est non, c’est non... » qu’il se répète suivant le rythme de la pendule : comme le duelliste de tout à l'heure, il a une piqûre à la main et cela lui a fait mal ou l’a humilié une minute, mais il se dit avec : € C'est fini ! »
Il n'essaye même plus de dissimuler le sentiment qu'il éprouve : c'est l'ivresse de la délivrance. Ilen est lui-même choqué : « Par pudeur, se dit-il, il vaut mieux que je m'en aille », et il murmure : « Laissez-moi partir, jétouffe. »
£ Après des formalités d'adieu, de regret, inévitables mais supportées impatiemment, ce fut une
fuite folle dans l'escalier ; et Marcel se trouva presque inopinément dehors, saisi par l'air vif et le soleil, comme, en arrivant, par l’ombre et le