‹ Amour de têteChapitre 24 sur 41 · HR · texte numérisé non relu

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malices : causer avec la première venue un peu trop, ou trop chaleureusement, s'inscrire au carnet

de Suzanne pour une valse trop éloignée, ensuite

laisser passer son tour, ces riens l’affolèrent visiblement.

En un mois, elle fut à bout. Son cœur se désorientait complètement ; le développement de sa passion factice ne suivait plus aucune direction. Des sentiments fantaisistes et des idées incohérentes la traversaient comme dans un délire. Elle voulait furieusement être coquette; l'instant d’après elle était chevaleresque, elle avait des pitiés si Marcel affectait la tristesse, des idées de sacrifice : elle ne souhaitait plus que l'amitié de Marcel, et elle le marierait avec la meilleure de ses amies. Et puis elle jurait que s’il lui faisait l’affront de se marier, elle se jetterait à sa tête, elle le séduirait, elle deviendrait sa maîtresse rien que pour se venger.

Mais elle n’avait plus la force de soutenir cette lutte. Elle désirait que Marcel lui fit une insulte assez grave pour qu'elle fût en droit de lui demander une explication. Lui, hésitait encore par

scrupule d’artiste : ses premiers essais lui avaient révélé combien la jalousie de Suzanne était facile

à exciter, et d’ailleurs il avait beau se creuser la tête, il ne pouvait rien imaginer de plus ingénieux ; mais ce moyen vieux et vulgaire lui répugnait. Lorsqu'il se'‘résigna enfin à l’employer plus vigoureusement, ce fut avec si peu de conviction qu'il s’amusa pour ainsi dire à ôter, par des exagérations

idicules, toute vraisemblance à sa feinte. Au nez de Suzanne, il attaqua, presque avec des façons de plaisanter, une femme d’allures suffisamment excentriques, mais d’une honnêteté notoire.

Il avait fait semblant de ne pas apercevoir Suzanne. Il ne lui dit bonjour que fort tard, en passant. Elle pressa la main qu’il lui tendait négligemment. Il comprit qu'il touchait au but. Ileut un instant de faiblesse, et faillit quitter la partie par peur de la gagner ; mais il se tança vertement et recommença le jeu qui lui réussissait trop bien.” Il dansa trois fois avec cette même femme, la mena ensuite au buffet, la ramena devant la chaise de Suzanne qu’il surveillait, heureux de la voir pâlir et rougir, et ses traits se décomposer, mais très ennuyé aussi, et toujours, comme un maniaque, inquiété par son scrupule d'artiste, toujours estimant que c'était là un moyen bien

usé, inélégant.

Mais à son insu la curiosité de l'effet produit corrigeait esthétiquement la banalité du moyen. Le sentiment obtenu chez Suzanne ne ressemblait guère à la jalousie courante. Par une de ces sautes habituelles à la psychologie des femmes, le procès imaginatif qui avait fait de Marcel, pour … Suzanne, l’archétype même de l’amour, venait de reprendre au point juste où 1l s'était l’autre jour

interrompu. L’impossibilité de ne pas être à lui, d'être à un autre, apparaissait de nouveau à la

raison de la jeune fille, et quand elle voyait Marcel pris par une autre, elle n’était pas jalouse, elle

n'éprouvait qu'un entitent étol te: e détresse Me de la femme abandonnée. Cette enfant de dixhuit ans, cette vierge, venait d’entendre avec …

terreur éclater dans sa poitrine le cri rauque et. désespéré de la femme que nul n'aimera plus! 2 À l’improviste, Marcel Dehaynin se tourna vers elle. « Accordez-moi cette valse, » dit-il: cette. prière était une impertinence de plus, car il ne

pouvait espérer qu’elle fût libre à une heure si avancée du bal. Et, en effet, quelqu'un était là...

« Pardon, je m'étais trompée, » dit-elle à l’im-

portun d’une voix presque bourrue, et elle prit le bras de Marcel.

— Je vous remercie, dit-il en souriant.

Elle ne répondit pas. Ils ne dansaient pas encore. Elle se pendaït à son bras. Elle était satis- faite de le tenir, mais c'était sans plaisir n1 émo- tion : ce fut même ce qui brusqua le dénouement, parce qu'elle sentit que sa résolution allait chanceler. Elle dit, en fronçant les sourcils :

Je voudrais vous parler.

Mais vous n’osez pas, répondit-il d’une voix

Non, dit-elle, je n'ose pas.

Pensez-vous que je vous comprenne?

Oui, dit-elle fermement. |

Mais aussitôt elle frissonna.

— Reconduisez-moi à ma place, » murmurat-elle. Dès qu’elle fut assise, elle reprit : Vous viendrez demain.

Et comme s'il leur avait semblé peu convenable

Une Pidina tion de tête, comme pour nuitter, ie une valse, la première jeune fille venue, et sizanne lui dit : £ :

— Merci, monsieur. |

Alors leurs yeux se rencontrèrent, ceux de

Suzanne très noirs, chargés de rancune, ceux de Marcel toujours Dale mais pétillants de vanité. à

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