CHAPITRE III
Ce soir-là, Marcel, en se levant de table, ne suivit point Suzanne qui remontait dans le boudoir, et s’en alla seul au jardin. Pourquoi? Il. n'aurait su le dire : aucune de ses actions n’était . plus délibérée. Il en arrivait à cet excès de compli- ji cation et d’antinomie où la conscience se décourage et n’éclaire plus. Alors, c’est la stupeur. Il. semble que l’imagination renonce à traduire en. À termes de pensée les mouvements vibratoires du a cerveau, et se contente, pour toutes représentations, des images matérielles de ces mouvements. …
Encore ces mouvements se transforment-ils si vite fi par leurs combinaisons, qu’ils ne représentent plus rien d’intelligible dès que l’on a une fois perdu de vue les états de conscience qu'ils signifiaient ; et cette série d'images mécaniques n’est même plus une espèce de formule qui exprime l’âme algébriquement. si L'état physique de son cœur se révélait à Marcel : par des suggestions incomprises de métaphores et d’allégories. Tantôt c'était une machine sous ; vapeur, et tantôt un vase trop rempli ayant, | comme une personne qui sent, le vertige de un
débordement prochain, mais ne pouvant déborder..
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al , il pesait.
rcel avait en même de dans ses yeux ; orage de
à voisine des larmes, qui jaillissent du bonheur bien que du désespoir.
qui nous devons nos PU les plus essen- if Iles, c'est-à-dire les pue Aer organiques.
rouvait, plus qu'un autre jour, soumis à l’inience de l’atmosphère; et cette influence ne
s la mélancolie ambiguë. HAL La maisonnette sans style, dont la façade sur jardin était revêtue d’un simple enduit blanc,
nee une to fit halte un instant Fa le contre-jour. Puis, elle fut dans l'allée, et
Pont. Mais le visage, qu’elle détournait de ; moscnet des dernières lueurs, Hoyt ses
La démarche de Suzanne était inégale : elle irrêtait et elle repartait, comme si, tour à tour, lle eût résisté, puis cédé, à une aïmantation. Enfin, elle gravit le perron, elle fut à côté de
Lui ne bougea point; mais un orage d’une olence prodigieuse se déchaîna en lui, à l'imroviste. Que lui offrait-elle donc de subitement Mmouveau, cette femme qu’il avait quittée cinq minutes auparavant, qu’il n'avait ni appelée ni ‘Souhaitée, à qui même il ne songeait point? Rien, en vérité ; mais elle était venue. Elle était venue, t elle se révélait à lui pour la première fois. Marcel, qui vivait aveugle depuis des semaines à ses côtés, n'avait eu ce soir qu’à la regarder pour la comprendre. Il avait lu dans ces yeux les secrets d’un autre cœur, pareils aux secrets An sien; il avait lu dans les yeux de Suzanne Son propre cœur. Alors, au lieu que cette impression lui donnât les idées de comparaison et de ressemblance qui supposent toujours la dualité, il lui parut que Suzanne et lui-même avaient mis leur cœur et leur conscience en commun, Puis, Son imagination mobile préféra la représentation des personnalités confondues. Suzanne était venue, et Marcel, à l'instant même, s'était senti parfai-
EDS lune AMOUR DE TÊTE tement intelligible pour celle qui lui res EE Ô parfaitement. Alors, il avait pressenti la joie de. À pouvoir se livrer sans réserve, la joie du refuge, la joie d’être deux, alors qu'il mourait d'êtres seul. | AUS Oui, c’est bien toutes ces idées, ces images, a qui avaient remué le cœur de Marcel; mais ces En intermédiaires si longs et si filandreux à déduire, lui n’en avait aucune conscience, et le miracle, à ses yeux, restait encore bien plus mi- # raculeusement immédiat : Suzanne était venue, et comme jadis, au temps des amitiés passionnées … qui avaient illustré son enfance sentimentale, Marcel avait senti tout d’un coup son cœur + manquer, se déclencher et battre. (111780 Maintenant, ils étaient accoudés l’un près de ne l’autre. Marcel gardait une immobilité presque surhumaine ; mais 1l était en proie au trouble le plus prodigieux qu’il eût jamais ressenti. Tout … son corps trémblait. Il souffrait de la tête si vivement, qu’il avait besoin de la balancer et de la. a rouler, comme les membres se tordent dans la douleur. Mais surtout les crispations du cœur se * répétaient convulsivement, et les spasmes $e prolongeaient au delà de toute durée normale: il semblait à Marcel que son cœur se déplaçait d'une façon désordonnée, qu'il allait et venait dans sa poitrine comme un enfant dans le ventre “0 de sa mère. | | Puis il ne put se retenir d'approcher Suzanne pe davantage. L'évolution de l’amour s’accomplis- :
else régularité ; à peine « en out EUR à tion première, que l’impérieux besoin y sucdait de frôler la femme qui lui avait occasionné tte émotion, de la caresser, de l'envelopper, de er à lui : besoin de possesssion qui, même si tériellement exprimé, ne trahit pas un appétit exe, car l'instinct sexuel, loin d’être la cause nte de tout amour, n'intervient dans l’amour après le développement total du sentiment, É pour révéler au cœur par un désir le mode le
lus parfait de posséder.
Par quelle appréhension, par quelle nsc honte, : Marcel résista-t-il si longtemps au désir qui l’enahissait d’effleurer, de toucher celle qui lui ARDAE ait de fait depuis plusieurs semaines? Il n’osa | oint d’abord poser, sur la rampe de pierre, sa in contre la main de Suzanne. Plus réservé ‘aux jours où elle était vierge encore, il n'osa nt lui enlacer la taille de son bras. Mais le désir andissait, irrésistible. Alors il eut un sanglot ur d d'abandon, de renoncement à la lutte, et s’abattit sur elle si brusquement, que si elle
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À . tait ‘une protection ‘une tutelle. Et: à à qui Hi uva
. qu'ils s’expliquaient autrement.
Mais ce fut après cela un Aloe sans Die tout en balbutiements et en interjections. Et tou deux se faisaient ainsi les aveux sanglotan et extasiés de leurs tristesses et de leurs amer tumes, ne s’étonnant même pas de les confie l’un et l’autre à celui qui les avait causées, com- prenant, en son intelligibilité sentimentale,
haute synthèse de haine et d'amour qui venait de s ‘accomplir dans le mystère du crépuscule.
Puis ils se turent. La nuit tombait. Ils se. dé senlacèrent un instant. Leur mélancolie se ré nouvela, parce qu'ils n’avaient pu satisfaire, avec … ces caresses trop superficielles, l’inéluctable dési de se posséder et de se confondre qui les solli citait tous les deux. Maïs il était impossible q même leurs étreintes chastes ne suscitassent pas en eux, rien que par une irritation nerveuse, d’autres appétits. L'idée sensuelle domina enfin, ii nn par l'idée de possession qui s
| ils dormaient comme ins les grandes chaleurs où l’on a conscience uffer en dormant. | Parfois, une image trop précise pour le rêve irait du sommeil en sursaut. Leur cœur se ndait ou vibrait, leurs lèvres se cherchaient ore, et ils se rendormaient en souriant.
Æ it enfin, ce fut l’aube. Leur réveil fut ardent superbe comme celui du jour dont le rayonneglorieux les éblouissait jusque dans leur Puis ils s’apaisèrent délicieusement dans la issitude. Alors Marcel redevint maître de lui et mit à penser.