‹ Amour et foiChapitre 45 sur 55 · PRIERE · texte numérisé non relu

PRIERE

Mon père, ayez pllié: — la va|jiie s'enfle et ijrondo La vague est toute prête à déborder sur eux, Kt leurs tremblantes mains n osent jetei* la soiide. Tant le flot se hérisse et tant le ijouFFre esl creux.

Et comme un vil feuillage à travers la tourmente,

Ils flottent sans espoir d'un meilleur horizon :

Ils n'ont plus, pour percer la brume environnante.

Que ce frêle regard qu'ils appellent raison.

Mon père, ayez pitié: — cette ombre les écrase, Et puis rien ici-bas ne console leurs yeux ; Car la sonde imprudente a soulevé la vase. Et la mer a cessé de réfléchir les cieux.

Et comme tout frémit, comme la nue est pleine De ces fortes rumeurs qu'aucun pouvoir n'abat, Assourdis par l'orage, ils entendent à peine Cette voix de la mort qui vient de Josaphat.

Mon père, ayez pitié : — que vos anges dociles Etendent sur leur tête un rideau moins profond ; Ayez pitié d'eux tous défaillans et fragiles, Ces hommes, 6 mon Dieu, ne savent ce qu'ils font.

AMOim ET FO!. 3()1

Flikris dès le berceau par un siècle farouche,

ils lancent au hasard des paroles d'erreur;

Et, si l'impur blaspjièine est encor sur leur bouche,

O mon père, il n'est pas dans le fond de leur cœur.

Oh! quand leur voix vous nomme et vous insulte en face. S'ils savaient qu'à côté du Dieu qu'ils ont proscrit. Toute {jrandeur humaine est poussière et s'efface, Et que l'immensité tressaille au nom du Christ;

S'ils avaient vu là-liaut briller vos diadèmes.

Et vos cieux, océan de splendeur et d'éclat,

Ils frapperaient le marbre avec des fronts plus blêmes

Que celui de Saiil, quand la tombe parla.

Et puis, lorsque le doigt de l'ange solitaire

Leur montrerait de loin la géhenne de feu.

Insensés de terreur jusqu'à mortlre la terre,

Ils n'auraient plus de voix que pour crier : « Mon Dieu î »

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