AU BORD DE LA MER
Et j'isolai mon cœur de la foule agitée
Qui n'a connu jamais ni trêve ni repos;
Kt je m'en allai seul jusqu'à l'anse écartée
Où la mer monte et j> ronde avec ses mille Hols.
La mer!... elle étendait, profonde et transparente, Sa ceinture de rocs où la mouette a son nid; Et l'éternel concert de son onde vibrante Versait dans ma pensée un parfum d'infini.
Et j'écoutais, rêveur, sa voix précipitée. Du haut d'un roc noirci par les flots et les ans; Et la lune, de vague en vague ballottée, S'allumait comme un phare au milieu des brisans.
Oh! j'aspirais cette heure où l'espace étincelle. Où quelque ange nous prête un char aérien : Perdu dans cette extase immense, universelle, Mon œil contemplait tout, — je n'apercevais rien.
Je n'apercevais rien que des astres de flamme Qui s'élevaient en chœur au ciel oriental: Et mollement bercé sur l'aile de mon àme, Je me sentais ravir par un souffle idéal.
Je montais par-delà ralrnosplière grondante. Par-delà l'étendue iiiHnie en hauteur :
Je montais, il semblait que chaque étoile ardente M'appelait en passant et se disait ma sœur.
Puis mon âme tomba, refoulée, abattue.
Tant l'extase des cieux pèse à des cœurs humains;
Et comme pour tarir une sève qui tue
Je pressai fortement ma poitrine à deux mains.
Mais l'aigle enfin rouvrit sa paupière lassée;
L'extase de mon cœur recommença bientôt,
Et je ne trouvai plus qu'une seule pensée ,
Qu'un seul cri dans mon âme : Elle ici, Dieu là-haut !