‹ Amour et mariageChapitre 11 sur 34 · IV. t · texte numérisé non relu

IV. t

C>» AMOUU ET MARIAGli:

vena aa Bommet de Pempyrée, Vamour céleste^ attiré par cette beauté matérielle dont la contemplation le poursuit, retombe vers Tabîme : c^est Éloa, la belle archange, amoureuse de Satan, qu'il lui suffit de regarder pour se perdre.

Telle est donc Tantinomie à laquelle Tamour, comme toute passion, est soumis : de même qu'il no peut se passer d'idéal, il ne peut pas non i)lus se passer de possession. Le premier le pousse invinciblement à la seconde, mais celle-ci obtenue, l'idéal est souillé et l'amour expire, à moins qu'une grâce supérieure ne le ranime et ne Im rende réquilibre.

C'est ainsi que chez les anciens la femme se trouva peu à' peu exclue du pur amour, et le mariage, malgré ses honneurs d'institution, tacitement réputé ignoble. Gréé par les sens et l'imagination, l'amour, que ne soutenait pas une conscience rigoureuse, s'éteignait comme un météore tombé du ciel dans la mer morte du mariage. Des le lendemain des noces la femme avait perdu son prestige; le lit conjugal avait englouti, en une nuit, et son pucelage et sa virginité. Nulle poésie de l'âme, nulle tenmresse du cœur, nulle surveillance des sens, ne pouvait, aux regards d'un époux assouri, réhabiliter cette infortunée formée à la^ luxure par sa propre mère. L'illusion irréparablement détruite, le dégoût devenait inrincible. Il existe de Sapho un disti(][ue dans lequel cette pensée est rendue avec une mélancohe profonde : Virgimtéj VirginiUl Où fuis-tu çue tu m^ abandonnes ? Et la Virginité de répondre : Plus jamais Je ns reviendrai vers toi^ plus jamais je ne reviendrai,

France I tu étais vierge, quand tu possédais la Justice, la virginité des nations. Et maiutenant tu as perdu ta fleur, tu ne relèves plus de ton droit, tu as cessé d'être chaste. Tes enfants t appellent prostituée. Qui te la rendra, patrie, cette virginité bienheureuse, qui te la rendra?...

Puis, l'amour vit de sacrifices : sacrifice à la patrie par l'accomplissement dès devoirs civiques ; sacrifice à la famille, par le travail ; sacrifice à la femme, par la continence. Anacréon feint dans une ode que l'Amour, voulant l'éprouveTi l'a sommé de le suivre; qu'il L'a ÙH oourir à

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trarera les forêts, les torrents, les montagnes, et que le dieu, le voyaiit épuisé et hors d*haleine, l'a frappé de son aile en lui laissant pour adieu ce reproche : Tu ne peux pas aimer! Qui ne sait endurer, eu effet, ne sait pas aimer : telle est la pensée qui ne fait que traverser le cerveau du poète. Coinment pourrait exister le sacrifice dans cette société basée sur 1 esclavage, oiï toute liberté dégénère en tjrrannie, oîi le travail est en horreur, où la volupté se dozme pour si peu de chose?

et l'arrête en trois pas. Que veut dire ce songe? Les jeunes filles le fuient, les femmes se moquent de son front dénudé, les jeunes hommes lui reprochent qu'il ne sait plus boire : s'il terminait sa carrière amoureuse par un amour constant?... Mais ce n'est qu'un songe : comment serait-il constant, lui pour qui l'amour multiplie et pullule comme les têtes de l'hydre ?

Sans chasteté, sans sacrifice, sans constance, point d'amour entre l'homme et la femme. L'Hyménée, ce cardien de la tie, n'est plus qu^un dieu pénible, le frère chagrin et détesté de l'Amour.

Alors le cœur, de plus en plus vide, demande à la fantaisie ce que la nature lui rçfuse. De là, Vamour céleste des anciens philosophes. Mais, en amour comme en teuto chose, l'idéalisme c'est l'absolu, et l'absolu n'a pas de limite. De l'idéalisme proprement dit l'imagination passe à un panthéisme erotique, à ce que Fourier, dans son style métis, appelait omniçamie. Tout le monde connaît cette ode délirante, tant de fois imitée, où Anacréon dit à sa maltresse :

Qae ne snis-je ton miroir ! je te verrais cbaqae jour. Que ne suis je tft tunique! tu me porterait toujours. Que ne suis-je ta ceinture! je te oeindrais tons les jours. ••

Cest bien mal comprendre Anacréon de ne voir dans cette pièce qu'une fantaisie galante. Le panérotisme qui l'inspire éclate ici dans toute la force. Cet amour suprême, qui délnrouilla le chaos et qui anime tous les êtres, n'a pas

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besoin, pour jouir, de la forme humaine. Pour lui, les règnes, les genres, les espèces, les sexes, tout est con« fondu. C'est le <nrgne de Léda, le taureau d'Europe, le laurier deDapline,Ie jonc deSyrinx,le tournesol de Clytie, la rose d'Adonis. C'est Cénis, cLangée de fille en garçon; Bermaphrodite, à la fois mâle et femelle; Protée, avec aes miue métamorphoses. Sur un plat d'argent ciselé, Anacréon représente Venus voguant sur la mer, et autour les poissons amoureux qui viennent becqueter le corps de la cféesse et la chatouillent pour la faire rire. Théocrïte va bien plus loin : dans une complainte sur la mort d'Adonis, il prétend que le sanglier qui le tua d'un coup de croc ne fut coupable aue de maladresse. Le pauvre ammal voulait donner un oaiser à ce beau jeune homme : dans le transport de sa passion il le déchira!... Quoi de plusl La sodomie, plus affreuse, dit Plutarque, u'un sépulcre ouvert, la hideuse sodomie, cas particulier e l'amour idéaliste et panthéistique, longtemps avant Socrate désolait la Grèce. La lo^que du crime, chez les SyrienSfles Babyloniens et autres Orientaux, n'avait pas eu besoin de cette déduction philosophique pour arriver, d'un saut, de la vision de l'idéal à la perpétration du plus grand des forfaits. De bonne heure la religion, commençant par où la théorie devait finir, avait fait de la pédérastie un de ses mystères. Tant il est vrai que l'absolu, sous toutes ses faces, est, par l'idolâtrie qu'il inspire, la cause de toute hypocrisie, de toute dissolution, de toute décadence. Et de quels rangs de la société sortent donc les infâmes que chaque jour une police trop peu sévère défère aux tribunaux? Sont-ce des paysans, des ouvriers, des hommes de pratique et de travail? Non, ces gens-là ne sont pas assez avancés dans le culte de l'idéal. Ce sont des raffinés, des artistes, des cens de lettres, des magistrats, des prêtres... vous tous, jeunes hommes et jeunes filles, qui rêvez d'un amour parfait, sachez-le bien, votre platonisme est le droit chemin qui conduit à Sodome.

XXVin. — J'ai dévoilé le sophisme qui perdit les Grecs. Viennent maintenant les Romains, avec leur débaudie titanique, et la société va être engloutie.

Le Romain, esprit positif et sévère, impitoyable comme

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flon épée, n-a pas Fair de s'y connaître. V Alexis de Virgile, imitation de Théocrite, est un exercice de poète phimellène, pour Pamusenient de la fashion de Rome. Tous les traits de cette égloguc sont tirés du lieu commun : c'est un nom de garçon mis à la place d'un nom de jeune fille. Yirçile se met à la mode, voilà tout. C'est bien pis du Ligurinus d'Horace ; on dirait le singe de Bathylle. Cicéron se permet quelque part, sur ce honteux sujet, une plaisantene qui prouve tout iuste qu'il n'est point initié à la chose. Ne chercnons pas d autres citations. Je ne puis dire si Trajan, qui fit faire l'apothéose de son Antinous, avait poussé jusqu'au bout la délicatesse de Socrate et d'Epaminondas : je le voudrais pour sa gloire. Ce qui est sûr, c^est que les Césars, à l'exception peut-être de l'imbécile Claude, furent tous, au rapport de Suétone, des infâmes. APexemple des empereurs , tout le monde, sénateurs, chevaliers, plébéiens, sodomitisa. Car, dans cette Rome impériale, il fallait que tous, riches et pauvres, jouissent comme César : l'ordre social était à ce prix. Déjà nous savons que la femme, comme la frumentation, le bain, le spectacle, chose de première nécessité, se délivrait à peu

Îrès pour rien. Mais ce n'était pas assez que la femme. Fn immense commerce de mâles se faisait par tout l'em- Sire pour les joies du peuple-roi, une vraie conscription, ont Sénèque se lamente ni moins ni plus que s'il s'agissait de dîners à cent mille francs par tête et du vomitoire. Transeo puerorum i^felicium grèges^ agmina exoletomm fer nationes coloresque descripta , guos post transacta convivia, alia cubieuU contumelia expectant. C'est ce crime de lèsehumanité que dénonce l'Apocalypse, lorsqu'elle montre la nouvelle Babylone sous la figure d'une courtisane qui porto écrit sur le front : " Mère de toutes les fornications et abominations de la terre. „ Et c^est en même temps son supplice, comme l'atteste Juvénal :

Ssvior annis

Luxurift incabait, yiotumque ulciscitur orbem.

Ainsi Finduction est confirmée par l'expérience ; la négation du mariage aboutit à la confusion des sexes, c'est raffirmation de la sodomie.

Et eomme la désaétade du mariage a pour causes : 1* rinintelligence du sacrement, resté à l'état de s^bole ; 2* une surexcitation de Pidéalisme erotique, favorisée par le développement des lettres et des arts ; di^ les gênes de Feadstence dans une société livrée au luxe et à Tagiotage, dépourvue de balance dans son économie, d'équilibre dans ses pouvoirs, de sincérité dans sa raison; il s'ensuit que toute nation en qui la Justice, à ces points de vue divers, a défailli, est une nation que dévore la gangrène sodomitique, une con^gation de pédérastes.

Ub communisme, ce prétendu antidote de Tinégalité, que Platon oppose à la tyrannie et à la licence comme la véritable forme de la république; le communisme, je puis le dire maintenant sans passer pour calomniateur, contient dans son principe les mêmes imamies. Par sa négation de la personnalité, de la propriété, de la famille, par son esprit d'Eglise et son dédain de la Justice, il tend à la confusion des sexes j comme ses contraires, il est, au IK>int de vue des relations amoureuses, fatalement pédérastique.

Xes faits prouvent la vérité de ces assertions. La fin la* mentable des Romains, des Grecs, des anciens Orientaux, en dit assez; quant aux faiseurs d'utopies, la promiscuité

Slatoniaue, l'omnigamie de Fourier , l'androgynie sacerotale aes saints«simoniens, les débauches secrètes qui de tout temps illustrèrent les communautés religieuses , les casernes , les prisons et les bagnes , n'ont pas besoin de commentaire.

Je finis par une citation qui doit frapper toute âme chrétienne. Le peuple de Dieu n'échappa pas à l'anathàme ; tous ses prophètes, depuis Moïse, l'accusent. Sans compter

Î[u'il n'eut jamais un sentiment fort élevé du mariage, on e voit, dès le temps de Salomon , livré aux vices qui le devaient conduire aux abominations de Sodome et de Gomorrhe : initiation aux mystères de Thammuz ou Adonis, exploitation de la plèbe par l'usure et le servage , la morale remplacée par l'idéalisme esthétique (idolâtrie) ; pour gouvernement, tantôt l'accord, tantôt la lutte de la royauté et du pontificat, double forme du droit divin, double manifestation de l'idéal, ^out ce quif après avoir commencé par l'idéal, se pour-

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suit par ridéal, périra par l'idéal. Là est pour les sociétés le principe de toute déchéance, laquelle se traduit fatalement^ pour la famille, le mariage et Tamour, par ce mot à jamais exécré , la pédérastie. Eglise du Christ , prends garde à toii tu as commencé comme la Synagogue , et tu continues comme la Synagogue.

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