CHAPITRE IV
DoetriM d« l'Église sur le mariage. — Commnnanté d*amoQrs, concabinat, dîTOrcc,
confasion des sexes : négation de la femme.
XXTX. — Lorsque le christianisme fit son entrée dans le moî. ^e, Tamour et le mariage, Tun par l'autre détruits, sur toute l.i face de l'empire agonisaient. Pour des réformateurs qui an r. lient eu l'iptelligence des symptômes, la médication était indiquée.
Il fallait, en premier lieu, rétablir le vrai sens de l'amour, qui est le sacrifice et la mort ; définir l'essence du mariage, tant au for intérieur qu'au for extérieur; déterminer le rôle moral de la femme dans la famille et la société; éteindre enfin, parla supériorité du nouvel idéal, cette luxure dévorante gui, faisant de l'union des deux sexes un commerce insipide, les poussait à des jouissances contre nature et à leur négation mutuelle.
Ces conditions, toutes ae moralité personnelle, supposaient en outre, exigeaient une réforme générale des rapports économiques : division des grandes propriétés foncières, latifundia; abolition de l'esclavage, rétablissement des libertés locales et politiques. Sans liberté et sans égalité, il n'y a mariage ni famille qui^ se soutienne : cette vérité est de tous les siècles, et jamais son applicatiCfu ne fût venue plus à propos. L'homme alors redevenu travailleur et citoyen, la femme ménagère et première institutrice des enfants, l'amour rasséréné, le mariage remis en honneur, la prostitution tombait d'elle-même, le concubinat s'ennoblissait, l'horreur publique aurait fait justice
4u restOf '
e« AMOUR ET MABIÂGF.
Mais une révolution qui se produisait au nom du ciel . ne pouvait procéder avec cette sagesse, et moins que de personne on devait Fattendre des prédicateurs de l'Evangile. Le christianisme réagit contre la dissolution des mœurs païennes de la même manière qu'il réagit contre Tesclavage, Texorbitance des propriétés et Tautocratie de Tempereur : il changea, avec grand accompagnement d'anathèmes, les termes de la question; il ne la résolut point. Comparée à la théorie romaine, la théorie chrétienne du mariage fut même un pas rétrograde.
Il faut voir sous quel bizarre aspect les fondateurs commencèrent par envisager la chose.
XXX. — A peine les apôtres, persécutés à Jérusalem, eurent-ils mis le pied sur la terre de la gentilité, qu'ils eurent à résoudre, pour la direction des néophytes, cette grave Question de morale intime, qui tenait à toutes les habituaes de l'existence païenne :
S''il était permis à des chrétiens de fréquenter les lieux consacrés à T amour?
C'est dans les Actes des Apôtres, chap. xv, que se trouve le détail de la consultation.
La proposition, ainsi qu'on peut s'en convaincrepar le texte des Actes, se borne aux filles ou prêtresses de Venus : elle ne regarde point les hétaires ou concubines, qu'il ne pouvait entrer dans la tête de Juifs, polygames, exerçant sur leurs servantes le droit du seigneur, et s'adressant à des Gentils, de proscrire ; et elle fait abstraction du mariage. Elle fut solennellement débattue, en même temps que la question de la circoncision, au concile de Jérusalem, tenu par les apôtres, autant que l'on peut conjecturer, vers l'an 56, (quatorze ans après la conversion de Paul, vingt-huit après la mort du Cnrist, que je place, avec Lactance et Gibbon, à l'an 29.
En même temps qu'elle déclara la circoncision inutile, l'auguste assemblée prononça que la fréauentation des femmes consacrées à Aphrodite était interdite; mais sur quels motifs?
** Attendu que lesdits lieux d'amour sont placés sous l'invocation d^une divinité païenne, la plus abominable de toutes, d'après Moïse et les prophètes; qu'il se fait dans
AMOim ET MARTAGR 69
lesdits lieux , en llionneur de la déesse, des libations et des sacrifices, et que le commerce avec les femmes est inséparable de la manducation des mets offerts, idolothyta : toutes choses dont Fensemble constitue, d'après les Écritures, la fornication... „
Tel est le considérant , non pas exprimé , mais évidemment sous-entendu dans le texte des Actes, et que le sens du décret suppose. Ce qui choque la religion du collège apostolique , soit faiblesse de sens moral , soit ménagement pour la coutume, c'est, quoi ? la dégradation de la femme ? non ; — les licences de la Venus vulgaire? ils n'y pensent pas ; — c'est la participation à Tidolâtrie, pour eux le plus capital des crimes. D'après le Décalogue et la tradition des prophètes, dont le Christ fermait la série, la défense de l'idolâtrie est absolue ; elle emporte la renonciation aux filles de joie* C'est ce que déclare le concile pas son décret :
Il a pla au Saint-Esprit et à nous, Vintm est Spiritui Saneto ei nobis, que vous vous absteniez des viandes immolées aux idoles, des boudins, civets (la loi de Moïse défendait de manger le sang, la cbair des animaux étouffes ou cuite dans leur sang), et de fornication : Ui abstineatis vos ab immolatis simulaerorum, ei sanguine, et suffocaio, etfornieatione. Ce que faisant vous serez sans reproche. Adieu. A quibus custodùnies vosbeneagetis, Faieie,
Singulier effet du préjugé : ces hommes, qui osaient rompre avec la foi d'Israël et reprendre leur prépuce, s'effraient d'une vaine cérémonie polythéiste ; aans leur cervelle étroite, la condamnation du boudin bénit est placée
c'est à l'aide de cette généralisation qu'ils attaquent l'amour libre. Qu'est devenu le prophète de Nazareth ? Qu'aurait pensé sa haute intelligence en voyant ses légats, Pierre, Paul, Jacques, Jean et toute l'Éguse , gravement occupés de tels scrupules ?
XXXI. — Du moins, pensez-vous, en vertu de cette décision canonique, la femme va monter d'un grade : plus de courtisanes, plus de mercenaires, plus de ces femmes
V3 KShiVW ET MAniAcr,
dont les charmes sont à tous et le cœtir à personne ; la femme désormais sera époose, ou du moins compagnonne.
Doncement, s'il yoas nlsât; n'allons pas plus vite que lliistoire. La défense de la fornication ne levait pas, pour la nuyorité des fidèles, la difficulté économique du concubinat. Aussi , admirez le tour imprévu que prit l'affaire. Puisque, sous le nom de fornication, c'était avant tout le culte des dieux que le concile avait voulu atteindre, le péché, pensait-on, cesserait, si les chrétiens, au lieu de recourir aux saifUes du paganisme , s'adressaient à leurs $mur» c'est i dire à des femmes de leur secte, avec les-
Suelles ils ne couraient plus risque de manger des viandes efendues. *-* ^ Nous sommes tous membres du Saint- Esprit , disaient-ils dans leur jargon ; nous ne pouvons nous unir aux filles de Vénus, a des membres du démon. Biais les sœurs ont reçu comme nous le Saint-Esprit : comment perdrions-nous l'Esprit en nous unissant à dles? „ Telle fut Porigine des amours libres entre frères et scmri. c'est à dire entre chrétiens et chrétiennes, amours dont la coutume passa jusqu'au (Quatrième siècle et motiva ces accusations de promiscuité que les églises rivales Sortaient les unes contre les autres, et qui retentirent tant e fois devant les tribunaux de l'empire. L'Église de Pergame, où dominait Nicolaûs : celle de Thyatire, qui n'était
1)as encore fondée en 96, sont dénoncées dans TApocaypse comme outre-passant la limite posée par le concile, et permettant aux frères non seulement la jouissance des saurs^msÀs la fréquentation des bosquets de Vénus et la participation aux festins des courtisanes, fornicari et manr aucare de^ iiolothytis. On les compare pour ce fait à Balaam, qui, d'après le livre des Nombres^ avait conseillé à Balac, roi de Moab, d'envoyer des filles aux Hébreux pour les initier au culte de Belpnégor , et par là irriter contre eux leur dieu Jéhovah, Il paraît inême que les Nicolaïtes trouvaient à cette latitude un sens mystique, aîtitudines^ mysterîa. Ce fut la grande tentation du premier siècle.
La fornication qui distinguait les discijples de Nicolaiis des autres sectes messianiques était en vérité trop minime pour motiver une déclaration d'hérésie de la part des puritains : aussi l'Apocalypse n'a-t-elle pas l'air d'en faire
tine question de dissidence, hatêo aêoenim te paiMt Mes que, dans son zèle biblique, elle menace de mort les prévaricateurs. Ce ne fut que postérieurement que l'interdio» tion qui frappait les femmes publiques fut étendue à cette promiscuité iraternitaire, devenite en peu de temps pire que la débauche païenne. Pierre, cl les r.iitres que IjS^se romaine a rangés parmi les vrais apôtres; Pierre, qui avait £rappé de mort Ananias et Saphira pour une infraction légère au droit communiste, fut le premier, si les deux épîtres qu'on lui attribue sont authentiques, à battre en retraite sur la question de Tamour libre : il décida que chacun aurait sa chacune, et donna lui-même l'ezemjj^ du concubinat. Mais ]es partisans de la communauté tinrent bon : l'épitre de Jude, quinzième évêc^XLe de Jéru* salem, publiée entre 117 et 138, et que l'Eghse a placée dans le canon comme étant de l'apôtre, les dénonce ayeo fureur ; elle les appelle corrupteurs de la chair ^ eanUmp^ teure de la hiérarchie^ blasphémateurs du pouvoir^ et les me» uace du supplice de Sodome et de Gomorrhe. Pauvres raisons, vraunent, pour des gens qui faisaient de la com* munauté des amours une loi de charité, et qui se regar» daient tous comme é^aux 1 Aussi la partie la plus fervente de la chrétienté persista dans la pratique des libres amours jusqu'à ce que rempereur, embrassant la foi du Christ, vint nettoyer son bercail : on voit dans les lettres de Cyprien, évêqne de Carthage, décapité en 258, les martyrs recevoir dans leurs cachots 1^ visite des sœurs^ et, tout couverts du sang de leurs tortures, les embrasser en Jésus^ Christ et Cupidon, au grand scandale du chaste évêque. Je sais bien que TEglise dite orthodoxe décline la re8««
Ïonsabilité de ces aberrations, qu'elle rejette sur Vhér^ie. [ais vous avouerez. Monseigneur, que la pensée première de votre Eglise fut communiste, son idéal communiste,
repas
l'autorité furent sortis de l'indivision, je ne fais que tirer la conséquence du principe qui pendant la première période régit la secte, et rappeler une pratique dont la longue durée accuse la presque universalité originelle. Âinsii ce n'est pas comme honteux que le christianisaii
7i AMOUR KT MARIAGE
condamne d*abord Tamonr libre : le décret du premier
concile, Tépître de Jude et TApocalypse le prouvent ; c*est uniquement comme iacompatible avec la propriété, Tadministration ecclésiastique, le respect du gouvernement. Le concile apostolique avait défendu le commerce avec les filles de Vénus en raison des viandes offertes à la déesse ; maintenant le chef de Tapostolat défend la communauté des amours par respect pour les mœurs de Tempire. A travers ces restrictions, on voit que le principe ne change pas : la vraie foi du chrétien est que l'amour, comme le travail et la propriété, doit être commun. Si Pierre et ses successeurs y dérogent, c'est affaire de police et de circonstance, qui ne change rien à l'esprit de l'Evangile et aux tendances de TEglise, et n'affecte en rien l'essence du dogme.
XXXn. — Avec Pierre et ses acolytes, nous voici donc arrivés au concubinat. Gomment les apôtres du Christ, maîtres de morale, ne crurent-ils pas devoir compléter d'emblée la pensée d'Auguste? Pourquoi, des le début, au lieu de se tenir dans ce milieu concubinaire, qui n'avait
{)our lui ni la dignité patricienne ni la franchise de 'amour libre, n'affirmèrent-ils pas exclusivement le mariage? D'où leur vint ce modérantisme? Les justes noces étaient-elles réservée^ pour ce jour terrible, qui faisait le fond de l'espérance messianique, où, sur les ruines de Rome et de l'univers, devaient se célébrer les noces de l'Agneau?
C'est un fait que les modernes historiens de l'Église dissimulent tant qu'ils peuvent, mais qui ressort avec évidence d'une lecture attentive des originaux, que jusqu'à une époque avancée le concubinage fut non seulement autorisé, mais d'usage vulgaire dans l'Eglise. Ds Potteb, Histoire philosophique^ politique et critique du christia^ nisme^ cite saint Augustin, oisant : " Que les concubines ^ ne sont pas des épouses, non parce que la bénédiction *^ nuptiale leur manque, mais parce qu'il n'y a point d'acte ^ civil constitutif de la dot. „ Le même auteur rapporte le concile de Tolède, qui autorise le concubinage, comme supplément du mariage. On cite encore, en faveur de cette opmion; le recueil de Gratien, célèbre canoniste du 4ott«
zième siècle. De bonne heure, cependant, le concubinat parait avoir été interdit aux évèques, dont les femmes de* valent être épo'ises légitimes. Le mariage pour les hauts dignitaires, le concubinat pour le commun des fidèles : c'est justement ainsi ^u^avait débuté la vieille Rome, avec sa distinction du mariage par confarréation, coemption et usucapion. On sait quelles résistances éprouva le saintsiège, lors de Tinstitution du célibat ecclésiastique. Le
Eeuple faisait cause commune avec les prêtres : le concuinat étant le mariage populaire, l'interdiction brutale dont on le frappait dans la personne des curés et vicaires devenait une injure à la démocratie. Pour triompher de Topposition, le pape Grégoire VII, entrant ou feignant d^entrer dans les iaées de Tépoque, soutint au contraire
Îue le célibat des prêtres avait précisément pour objet 'empêcher Tenvahissement de TÉglise par la féodalité, en rendant impossible Tappropriation, par les desservants et leurs familles, des fonctions et propriétés ecclésiastiques. Toujours la politique à la place des principes, la oisci* pline à la place de la morale : comme si le droit conjugal était chose variable au gré de la raison d'État, comme si la famille n'était pas la base de toute morale. ^
Quelle est donc, enfin, sur le mariage, la pensée, la vraie pensée de l'Église? Où en est-elle aujourd'hui?
Chose singulière, que personne ne me semble avoir remarquée, mais qui ressort avec éclat de l'histoire de l'Eglise et de toute sa discipline, l'Eglise, moins avancée que le paganisme, n'a jamais distingué le mariage du doncubinat. Pour elle, c'est tout un. Elle bénit les époux, elle bénit les concubinaires, comme elle bénit toutes choses ; elle bénissait naguère les draps du lit nuptial, que les mariés portaient avec eux à l'Eglise ; elle bénit autrefois Famour libre; si elle l'osait, elle le bénirait encore. Qu'on 86 marie, ou que Ton se contente de coucher ensemble, de telles distinctions, toutes de tempérament, de convenance ou d'intérêt, ne la regardent point ; qu'on lui demande sa bénédiction seulement, et tout sera pour le mieux. L'Eglise, en un mot, qui, sur toutes les autres parties de la philosophie sociale, a porté si loin la spéculation théologique» rjBglise est restée, sur la question du mariage, dans le pur naturalisme ; die n'a littéralement pas de religion.
^4 Amour vt mAriam
Q0àl éiiil-frai, i) n^e&t pas yriai que l'EgUse eompte k lurâft au Mffmw de ses 9û0peménfê9. . . — XJn instant, ]f<numfA0iir( k» pavolea sont les papoles, et les choses ioat ks okAiet. Vous a^ea pour tout de beaux mots, et \e «• BÎi pat q«Vni Kie dans saint Paul eette phrase magni-» i^pM, a pvapos de IHink» de rhomino et de la femme, mêMmmtwm tê$ mâfm um êrt; eed est qu grand sacre- «ani, ou mianx un pand mvstère. Sous la presaion de la ooiioiftiim uuTerseUe, qui de tout temps fit du zuariage t^afita la plus réligieax de la Tie, PEglise, distancée parle pagaaisnM^ duteompmdvo qu^elle ne pourait entièrement abaudanuer aux définitions de la loi eivile ce qu^il r a de ulua f àdtabkaiaBt sacramentel dans Thumanite. Eue eut Ibuû aussi son sacrement de mariage, le dernier en rang •epipa au daia, sacrement sur lequel, au rapport de Bergier, hasitaiei^t saint Thomas, samt ^ouav^ture et 8cot, Sk qua TCijata plus taidi la j^r^nduo Bésformei elle eut sa UMsse da uauçaîllêB, sa m^Mo d^épousaiUes, sa formule de Ipauédiotiou puptiale^ tout Téquivalent du rituel de Bomulua «fc da Numa. Ifaia, vous le saves mieux que moi, la ktka tua, Tasprit TÎvinei et je vous demande : Quel est Tesprit de ce grand eaurament? H n'est pas déjeune fille ahas la^ualle ce mystérieux n(»u ne réyeiile uu sentiment indéfinissahla, bien difl^rmit de Pamour ; que tous dit, à vous ibéolaciau, uotra coMcieneet Qu'est-ce enfin que le managa? Vous êtes embarrassé : ** On dispute, dit Ber-
* ginr. pour savoir quelle est la matière de ce sacren^ent, 9 ^Uilia w est la fonpM; si le prêtre en est 1q ministre,
* OU aHl u'en asl que la témoin. „ Le Aaef, la farfMj le lltjatt k miaistro^ rosam ignores tout. Laissez-moi donc taiis dir^ à vous-iuêma ca que tous pensez ; je tous dirai apiùa oaque pensa la Bérolution.
XWIII» «<- Les premiers chrétiens, par leur communauté d^anours} kpremî«r concile de Jérusalem^ par son décret tauohaat les femmes ?ouées à Vénus ; Pierre, le chef dM auAtr^ par sa déclaration en faveur du concubinat ; tc»taVS|^se, M uu mot, par sa pratique et sa foi, tendaient 4 TabaHMiueBl du mariage. Il ne manquait à cette tep* daikoa que d^étra conv^tie en dpetrine : eé tut Salil ou Saul^ deveuu ai célèbva sous le nom de Paul, qui s'en chargea.
AMOUR ET MAMaGE 7S
ooBiiaÎBflanoe ateo ce penoimast.
SmÛ^ à» la tribu de Benjamin et dt la «ecte dtt phivi» (rilMB, &^ à Tarsus en Cilicie, disciple de Chunaliel, inoU^ juuit| malgré son éducation hébraïque^ Tt^rs Thelléaitme^ nprès avoir Berri la persécution contre les ehrétienSà finit mr comprendre^ à rexemple des Simon^ des Ménanwe et a^ttne foule d^autres, que c'était fait du inosalsmd) et que li siècle marcliait à une rénovation religieuse et sociale
r' entraînait tous les peuples^ sans distinction de culte ni langue. Les hérodiens avaient disparu; les iadii^ eeens, les pharisiens^ étaient impopulaires; le Bac«rdo<Se hol ; Theudas, Judas de Galilée et leurs pareils^ ^ar le tb^ dicule de leurs entreprises, avaient discrédité le meiftia* fiisme^ tel du moins que, jusqu'à Jésus de Nazareth, TejH*nion rayaitgénéralement compris. Par contre une réaetien «^opérait en faveur de ce dernier, exécuté d'un Commmi accord et malgré sa protestation par le proconiul romain et le pontificat : la disgrâce de Ponce-Filate, Tezil d'Hé^ rode et d'Héi:odias, la fin tragique de Caligula, étaient cités hautement i)ar les chrétiens comme des marques de la vengeance divine. La mort subite d'Agrippa, arriféê Tan 43, quelque temps après le martyre de Jacques, premier 4vêque de Jérusalem, et regardée par la secte comme une nouvelle marque de la colère d'en naut, acheva d'étonner les^ esjprits et plongea la nation dans le décôuragemeni C'était par la permission de ce prince, dont les États œlfrprenaient, avec la Judée^ la Samarie et une partie de 14 Syrie, et qui désirait plaire aux Juifs, que le pontificat d^ Jérusalem faisait poursuivre jusqu'à Damas les Nazaréensi contre lesquels Saul lui-même avait obtenu une commis^ sien» Agrippa mort, la Judée réduite en province rotnaine, le peuple, en Asie comme partout, abandonnant ks idées nationales en haine de l'aristocratie, que restait-il,
I»our un génie remuant, dogmatique, aussi propre à jouer e rôle de martyr que celui de bourreau, tel etmn qu'était Saul? Se faire chrétien : il se f&t fait christ si la place n'eût Çtéprise.
' Tout à coup il disparaît ; il a dôs visions, fait une retraité de trois ans en Araoie : celle de Jésus n avait été que de goarante jours; puis les frères apprennent, à leur griode Bttq^ri^i V^ ^tti qui jadis les perséentaît ATte iMAil
n AMOUR ET MÀftlÀGE
fureur maintenant évang^élise la foi de Jésus-Christ L^ moyen de refuser une mission sumaturdle à un homme transfiguré miraculeosement, qm a foulé aux pieds tous les liens de la chair et du sang, non acquieni cami et san^ çuini; qui est monté au troisième ciel, d'où il a rapporté des choses extraordinaires? Aussi Paul rappelle-t-il sans cesse qu^il a été instruit par Jésus-Christ en personne, bien qu'il ne Tait jamais vu; quant aux apôtres, il ne leur doit rien. U a conféré avec Pierre, il est vrai, pendant un séjour de deux semaines qu^il a fait à Jérusalem; il a aperçu Jacques une fois : qu^est-ce que cela prouve? Si plus tard il a cru devoir se rendre au concile, en compagnie de Titus et Barnabas, il Ta fait ensuite d'une révélation, ieeundûn^ revelationemy et afin de confronter les Evangiles, mais non pour obéir à une autorité qu'il ne reconnaît {)a8. Que chacun dirige comme il l'entend sa propre mission : il ne se mêle pas des églises des autres, et il ne soufifrira pas qu'on se mêle des siennes. Surtout il revendique l'apostolat des nations comme lui appartenant en propre et ne permet pas que sur ce point on le contredise. C'est en vain que rierre, au concile de Jérusalem, proteste contre cet accaparement, rappelle sa mission de Césarée, où il convertit le centurion Uornélius ; son voyage à Rome, entrepris alors que Saul n'était pas même baptisé : l'cx-pharisien n'entend pas raison. " A moi, dit-il, l'évangile du prépuce; & Pierre, celui de la circoncision. „ Le prépuce, c'était tout l'empire, 120 millions d'âmes; la circoncision, c'était la Judée et la Samarie, plus les synagogues répandues par le monde, trois millions d'âmes, peut-être, ce qu'il y avait de plus réfractaire au mouvement.
On lui objecte qu'il n'a pas reçu le ministère des mains de Jésus-Christ :
Cet hommes, réplîque-t-il, parlant de Pierre, Jacques et Jean» m sont pas chrétiens, car ils transigent aveo la circoncision. Mais moi, qui ai renié Israël sans restriction, je suis le vrai représentant du Christ; je suis cloué sur sa croix ; je ne suis même plus vivant, je ne suis pas moi, je suis le Christ qui vit en moi et qui vous parie par ma bouche : Vivo egojam non ego^ vivit verb in me CkrUtuê.
Une exposition sincère des épîtres de ce maniaque serait llubitoire la plus curieuse des temps apostoUqueSi et mon-
àMOim ET MARIAGE 77
treraît par quel mirage du fanatisme religieux le plus haïssable des caractères, Tesprit le plus faux, devint la gloire de TEglise et Foracle de la théologie.
J^ai remarqué déjà, en parlant de Tesclava^e, quelles étaient les préoccupations de l'Apôtre. Ce qiril voulait n'était pas une refonte des mœurs et des institutions : la chose à ses veux n'en valait pas la peine ; c'était de pré-
?»arer les fidèles, Juifs et Gentils, au retour prochain du Christ, ^ui devait mettre fin à toutes choses. De là, sa disposition à envisager les questions de morale, d'ordre poiblic et domestique, à travers le prisme de son expectation messianique. On a vu {Etude V) comment il engageait les esclaves à prendre leur parti de la servitude : c'est dans le même esprit qu'il s'occupe du mariage. Bien petits d'intelligence, pense-t-il, sont ceux qui s'embarrassent de ce détail, comme s'il s'agissait de statuer pour des siècles! " Le Christ arrive, s'écrie-t-il ; jeûnez, priez, mortifiezvous ; méritez, par votre pénitence, de participer au nou« Teau règne. „
Paul est par excellence le docteur de la chute, de la grâce, de la supériorité de la foi sur la Justice et de l'idée millénaire. Sur tous ces points, il se sépare de ses collègues, qui le trouvaient difficile à entendre^ faisaient de leur mieux, par leurs concessions, pour conserver l'unité avec le très cher frère Paul^ et, ne mettant pas leurs prévisions palingénésiques à si courte échéance, conciliaient de leur mieux les exigences de leurs ménages avec les devoirs de leur apostolat.
On s'est partagé sur le point de savoir si Paul avait été marié : d'après les passages que je rapporterai de ses let^ très, et surtout d'après sa manière de penser sur les femmes, la question ne me semble pas douteuse: il était, il fut toute sa vie célibataire. Dans l'absorption de son zèle, il ne souffre auprès de lui ni sœur ni concubine ; à plus forte raison ne tolérerait-il pas une épouse. Comment se diargerait-il de ce joug, lui qui oublie même de prendre de la nourriture?
N'ai-je pai, a'écrie-t-ii» le droit de rompre le jeùçie» de boire et de nuuigèr. eomme les autres apôtretf N*ai-je pas le droit de traîner par* toat avec moi une femme, torar, ocmuie font les frères de Jésus^ et
Fienre F Pourquoi dono n'en na(-je pat? Ceit qne je suis tont entier à In prédieathm. Si je n'y ai liesdemirilesearjeiaie un honunedA prédîeation» moi. C'eet pour moi nne aeooiide aiiaie» nne laéemnUé i NeeesêUaê miÂi incimiU. Je mm Budide, li je ne pfèehe : Vm mùm miiàut H non noMgêiiMauro!
n te Tante, Torgaeilleus âpotre. Dans une antre letin, il fait l'ayea de ses tribulations charnelles : U m^€ été donné un démon de ciatr fui uiê eolapAise, dit-il en propres termes. J'aime mienx Anacréon demandant nn rafraîchissement à rameur qui le consume : Couronne» dé /birtv /mlcAM, ô /em$nêty eui UU hrûUntef... Oui, malgré see naufiragesi ses voyages, ses bastonnades, ses jeûnes, ses Teilles, malgré sa prédication incessante, Pwl ne peut éch^[>per à la lasciyeté proyerbûde de sa race. Sa conti* nence obstinée le rend malheureux, atrabilaire, cataleptî* que ; elle lui donne des hallucinations, de la rage. Que ne met-il en pratique sa maxime iMieuw vaut épouser âuo de hrûUr? Que ne prend*il une sœur, une concubine, s il nd yeut une femme solennelle? Pourquoi ce martyre ridiculOi indécent, qui trouble sa raison, nuit à sa liberté et fausse sa yertu?
La théorie de Paul sur le mariage nous fera peut-être pénétrer ce secret. Elle nous intéresse d'autant plus qu'elle fait loi dans FEglise.
XXXIV. — Ceux de Gorinthe, yille célèbre de tempe immémorial pour la beauté et les talents de ses courti* sanes; où la continence, dit naïvement dom Calmet, était d'une pratique plus difficile ^ue nulle part ailleurs, lui avaient écnt sur le sujet qui intéressait si vivement les néophytes, à savoir la fornication, ou, pour mieux dire, l'amour libre. Les choses allaient loin parmi les frères de Gorinthe, puisque, dans le pêle-mêle, le fils prenait la maitresse du père (/ Cor., y).
Que répond le terrible prêcheur, l'apôtre humoriste, savant dans les traditions i)hari8iennes , qui de plus avait étudié les poètes et les philosophes grecs /
Ceux de mes lecteurs qui n ont jamais lu l'Apôtre ne s'y attendent certainement pas. La pensée de Paul sur le
fMriage est 93(actei|(ie|i^ la niêqie ^ue ç^Uf 4^9 |[»fif9M
Umm ET HAMACS t
gu^il a la prétention de convertir : o*est la ptesé^ éeiW^ teILtxs Numidicua, déclarant la fenuue im ma nécèsaittvèi là pensée de Ménandre^ qui dans cea d«w "fen iik m même cîhose :
Ta^tv, làv ri; àl^Ostav q-xottq,
C'est le Tten exprimé dans ce vers d1Somèrd| %tM iotll le inonde prenait ponr devise :
Yifn MM fomme et mourir sans eaAmts !
Voilà le thème que Paul délaie dam ta prenière Corinthiens, çtoif^ yu.
En pnxuàpe« dit-^il, ilcft bien à l'homaM de m pM loeriwff
O^est à merveille , très excellent Paul I Mais le commua des fidèles ne s'accommode pas de cette haute vertui qu «l consent à admirer chez les prêtres de Cybèle et les évangélistes de votre trempe ; puisi ce nW pas avee dei bcMltades qu'on moralise les nommes. A ces conditions, le chiistiiuiisme est impossible , il ne passe pas. Paul le SMt bien, il propose donc, sans autre transition, iamônogande, soit mariage solennel, soit concubinat lésaUsé de par la loi JuUa Poppaa : il ny tient pas » il n'en lait aucune die» tinction.
Mais à cause des fomicatioaii que duuitis homme ait sa femms, il chaque femme ion mari*
LaVulgate ait projeter /omicationem ; le grec i»prte ^e ràç iropvtta;, au nluriel. Par ces fornicationi , l'Apôtre en« tend, d'abord , la fréquentation des courtisanes païennes i conformément au décret apostolique: puis, la commii« nauté d'amour entre chrétiens et chrétiennes i introduite par les premiers messianistes, et contre laquelle réagissent Paul et Céphas ; enfin, et surtout, les amours pedé" rastiques, dont il se faisait un commerce pour les deuK sexes, d'après co que rapporte Paul lui-mime, {fi^m^^ l% ^6 et 27^* * * . - . T
M AMOUR ET MÀltlAGS
Tel est, selon loi, la raison érangélique du mariage : retour à Tmage naturel^ tombé en désuétude chez les païens I et renoncement à toutes les prostitutions. La Genèse avait dit) ayec infiniment p^us de dignité : Il iCest pat Ion fue rhamme soit seul; donnons-lui une eompaçne de son espèce. La philosophie de Paul est autre : pour lui, le mariage n'est qu'un remède à Fincontinence. Dom Galmet, qui suit saint Chysostome, trouve le motif apostolique
les prend donc, la première comme la remplaçante de la courtisane, le second comme supplément ae la fornication. Quant à la difficulté économique, si bien mise en lumière de nos jours par Malthus, Paul ne s'en inquiète aucunement ; loin de là, on dirait qu'il s'en applaudit. Le mariage est une concession regrettable faite à la chair : on ne saurait l'entourer de trop d'épines, le racheter par trop de tribulations. Aussi raisonne-t-il de l'usage du mariage en digne précurseur de Mahomet :
Que le mari rende le devoir à la femme, et semblablement la femme
Car la femme n'a plus la propriété de son corps^ mais le mari ; et l'homme n'a pas non plus la propriété da sien, mais la femme.
Tout à l'heure on nous disait que le mariage était institué pour empêcher la fornication; mais n'est-ce pas fornication pure que ce commerce conjugal, à la manière dont l'entend Paul, et toute TËglise après lui? Que deviennent ici, entre les conjoints, la personnalité, la dignité? L'épouse, assujettie au devoir ^ est moins que la concubine, qui, conservant sa liberté, peut du moins exiger de son amant qu'il soit aimable, réservé, même respectueux. Le mari, à son tour , est moins que l'amant libre , à qui son hetaïra^ si elle est digne de son nom, ne reprochera jamais sa lassitude et son impuissance.
Après un si beau précepte, il ne manquait plus que de régler les heures et le nombre. Sous la loi du Coran , les crieurs publics, du haut des minarets, rappellent à leur devoir les maris paresseux. Paul se borne a recommander la bonne foi dans l'échange ; il laisse le chiffre ad liHium.
Ne TOnt sertei pas Tan raatre, nolUeftaMiare inviem, on» taifant dom Calmet : Ne vous faites pas banqueroute» comme des débiteurs de mauTaise foi, si oe n'est d'un commun accord» et pour vaquer au jeûné et à la prière.
La Yulgate supprime le mot au jeûnây qui se trouve dans le grec, et qu^exige le sens. Par mesure d'hygiène, rApôtre dispense les époux de se rendre le devoir lorsqu'ils jeûnent, d'après raphorisme hippocratique : Sine Baccho et Cerere friget Venus.
£t quand tous avez fini de prier et de jeûner» revenez-y encore» t/#rùm rêver fimmi in idipsu», de peur que &itan ne vous tente par votre incontinence.
n veut dire, de peur que Tardeur de chair, vous poussant à la fornication, ne vous fasse retomber dans ridolatrie.
L'apôtre Pierre, dans sa première Epître, ch. m, v. 7, recommande la même chose, et pour le même motif, aux maris, mais en donnant à entenare que c'est surtout par charité pour les femmes, dont la nature est plus faible, et qui n'en sont pas moins, avec les hommes, cohéritières de la grâce : (^asi infirmiori vaseulo muliebH impertientes honoremy tanguam et coharedibus gratia vestra. Le mot mulieiri^ qui dans la Yulgate est adjectif et rend la phase embarrassée, est substantif dans le grec, tû ywaixttw, le gynécée, terme honnête, pour indiquer les parties naturelles de la femme. Pauvres femmes ! ce n'est pas assez de les assujettir au devoir, voici qu'on accuse leurs tempérament. Que devient l'amour?
Il est entendu» continue Paul» que ce que j'en dis est de pure ioli* xanœ» ieeimdùm indulgentiam : je n'en fais pas une loi.
La loi, suivant lui, serait l'abstention absolue.
comme tous n'ont pas reçu de Dieu ia même grâce dont je joui! (0 parle de sa continence !;, je répète aux célibataires et aux veuves que» s'ils ne se peuvent tenir et rester ainsi comme je fius» eh bien» qu'ils se marient : mieux vaut se marier que brûler.
Que dites^vous, Monseigneur, qui vanteis si fort la pu-
89 AMOUR ET MABIA6S <
denr éyangélique, de ce matérialisme? C'est pourtant 1& toute votre vertu : vertu brutale, digne du siècle qui la ^t paraître. Comment la délicatesse grecque, comment la gravité romaine, comment la pudeur germanique ont-elle» pu, sans protestation, recevoir cette doctrine avilissante» mspirée par la lasciveté des races phémco-arabesi et dima laquelle viennent se donner la main deux réformatems paîtis des extrêmes opposés de Tascétisme et de la volm^ Paul et Mahomet?
Chez les Romains, il était ae principe, non pas juridique mais moral, que Thonnête femme ne pouvait, en thèse générale, se marier qu'une fois. De quelque manière qu'eue eût perdu son époux, la bienséance lui faisait un devoir de garder sa mémoire ; sa gloire était d'être appelée itnivtra. raul n'atteint pas à ce degré de convenance conjugale. Il autorise les veuves à se remarier, et si plus tard FEglise latine condamne les secondes noces, nous savons que par ce mot elle entendait le mariage contracté à la suite du divorce, qu'il est dans sa tradition particulière de ne point admettre. Pour ce qui est du remariage après décès, elle permet les secondes et même les quatrièmes noces, et déclare hérétiques ceux qui les blâment : Il tauû mUux se nuirier que brûler! saintes Cornélie, Porcie, Agrippine, trop heureuses d'être nées idolâtres, à l'abri des accom« modements de la chasteté chrétienne I
XXXV. — Qu'après cela Paul dise : Ceci est un grand sacrement ou un grand mystère^ car le mot eaeramêntitm se prend au sens de myslerium chez les anciens Pères, il n'y a vraiment pas la de quoi établir la religion de TEglise à l'endroit du mariage, d'autant moins que rApdtre prend soin d'expliquer lui-même oe qu'il veut dure quand il qualifie le manage de mystère :
Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur t car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef de TEglise^ dont il a sauyé le corps; et oomme l'Eglise est soumise au Christ, ainsi les femmes doivent en toutes choses être soumises à leuia maris.
Maris, à votre tour, aimez vos épouses : comme le Christ a aimé son Eglise et s'est livré oour elle, afin de la sanctifier, Uver et purifier paf la parole de yh^ et de se faire une I^glise gimeuse, ud$ taehe, saaa
AMOtIR ET MAB1AGË 8$
itfe, pme et immaeiilée; amsl les varh dalroi^t aimer lenni épouse^ eoiMiio Iffiiit pxopies eorps*
Ceci eet iiE giîuid BjFilèie t Je Tosi k dk tA Olkilil §4 ea rikUM« «* {Aux M^àéiiÊMê.)
Tout le inonde ne devine pas comment ces banalités sur la soumission des femmes et Taffection des maris couvrent un mystère en Jésus-Cbrîit et en rEçÛse, II faut pour cela se reporter aux Ecritures dont Paui est rempli, se rappeler que sous Tançienne loi le pacte de Jébovah avec la Synagogue était représenté sous Tallégorie d'un maria£[e ; voir encore, aux cbap. xvi et xxm a'Ezéchiel l'bistoire des amours malbeureuses de ce Jébovah. qui se pr^d de
{tassion pour deuj( jeunes filles, Jérusalem et Samarie, .es tire de la boue et de rignominie, en fait ses épousest
tffott)^ et U attend de notre fidélité sa récompense \ tel ^st le mystère,
Bien de plus clair, à Taide du rapprocbement des deux AUianeee, ipiue toute eette allégorie au mariage. La lémme, selon TApôtre, est un être dégradé, impur, que Thomme ^ui s'en approche doit, par charité, relever en s'unissant ^ elle, nettoyer et embellir, comme Jébovah et le Christ son fils ont fait Tun et Tautre, le premier pour la Synagogue, le second pour TEglise.
A la suite de cette tirade, Paul cite aux Epbéslens le passage de la Genèse : Vhomme quittera son père et sa mire et s^ attachera à sa femme ^ et Us seront deux dans une seule chair.
Pour comprendre ce texte et n*en pas exagérer la pozw tée, il est indispensable de rappeler rhistoire de la créa-* tioQ.
A Toccasion des animaux, la Genèse avait dit que Dieu les créa chacun suivant un type particulier y marquant ainsi l'originalité et Finconvertibilité des espèces. Quand ce vient à Tbonmie, elle parle d'une tout autre manière : Sdeu ne le crée pas comme il eût fait up nouveau terme de la ^rie animale, suivant un type particulier, conçu selon le
U iOf OCR ET MARUGK
bon plaisir de Tentendemeiit divin ; il le fait à son imoffe^ de Ini créateur. La Yulgate n'a pas rendu cette opposition, que MM. Glaire et Frank, dans leur traduction littérale de la Genèse, ont encore moins entendue, et qu'aucun inter-
Erète, que je connaisse, n'a saisie. Maintenant il s'agit de I femme : à l'image de qui sera-t-elle faite? — ^11 iCest fOi }(m, se dit l'Etemel, que Thomme soit seul : faisons-lui un aide semblable a lui. „
Telle est donc la marche de l'idée génésiaque : en premier lieu les animaux, créés tous d'après des conceptions particulières de l'Esprit divin, quadrupèdes, oiseaux, poissons, reptiles, insectes; l'homme ensuite, fait, par exception, à l'image de Dieu et tiré de la terre ; la femme, enfin, faite à l'image de l'homme et prise d'une de ses côtes. Dans tout cela (fu*SL voulu la Genèse? Marquer la dépendance et l'infériorité de la femme : elle aoit être pour l'homme un auxiliaire ; c'est pour cela qu'elle est faite à son image et prise de sa substance. L'Apôtre le rappelle ailleurs en termes singuUers :
Qoe Fhomme se lienne à l'église na-tète, parce qa'il est l'image et la
Soire de Dieu ; mais qae la femme soit voilée, parce qu'elle est la gloifc \ son mari : sinon qu'on la rase.
Car l'homme n'est pas de la femme, mais la femme de l'homme; et l'homme n'a point été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme. {Première mux Corinthiem^ chap. xi.)
Entre ces deux êtres semblables, mais inégaux, quel sera le rapport? Telle est la question à laquelle va maintenant repondre la Genèse, et saint Paul à sa suite. La femme créée. Dieu ne procède point, à l'égard de cette création dernière, comme il avait fait au sujet des animaux, des plantes et des astres, s'approuvant lui-même et prononçant que c'était bien! Il présente à Adam tous les animaux pour qu'il les nomme, et la femme en dernier lieu. La revue se passe d'abord avec tranquillité ; puis tout à coup, à la vue de la femme, Adam s'écrie hors de lui : La voilà! Chair de ma chair ^ os de mes os^ moitié de ma vie!,,. L^homme auittera son père et sa mère^ etc.
La Bible, en taisant ainsi parler le premier amant, rappelle l'androgyne de Platon, dont les deux moitiés séparées tendent avec ardeur à se rejoindre. La dérivation
AMOUR ET MARÎAGB to
itd^y femme, de isch^ homme, sur laquelle insiste en cet endroit la Genèse, témoigne de Tintention : Isch ;»t^^a fère et mère et s*attachera à Ischah. Les derniers mots font image : Ils seront deux dans une seule chair. Le sens est donc que la création d'Eve, Adam pris pour juge, a réussi, trop bien réussi Cest r
mot qui se rapporte spécialement riage. L^amour, voilà, selon la Genèse, la destination de la femme : c'est par son amour qu'elle doit aider Thomme ; que si plus tard elle le trompe, si elle tombe dans Timpureté et se montre infidèle, si Tamour qu'elle inspire devient pour la société un fléau, la faute en est au serpent qui a séduit Eve et fait de cette source de vie {Heta^ en
Kec Zôè^ vie) un instrument de mort. Dans ces conditions, lomme qui prend une femme doit se souvenir avant tout Îu'il est son rédempteur comme le Christ a été celui de Eglise : telle est, selon TApôtre, Téconomie du mariage. Supposons que la Genèse, à propos de la première rencontre d'Adam et d'Eve, au lieu de peindre la fascination ?ue la femme exerce sur l'homme, eût voulu inculquer idée du mariage, elle aurait dit, en intervertissant les termes et restant dans la vérité de la nature : La femme quittera son père et sa mèrê^ et s* attachera à son mari; et ils seront uk en deux corps.
L'unanimité dans la dualité corporelle, sous la prépondérance de l'homme : c'était le mariage.
La dualité de volonté dans l'unité couplée des corps, jointe à l'entraînement de l'homme par la femme : voilà le concubinat.
L'expression est claire, et l'intention de l'écrivain n'est
Es douteuse : il a voulu représenter, non i)as l'union des les, ce qui est le propre du mariage, mais leur dualité amoureuse ; pas plus que saint Paul il n'a eu la vraie no^ tion du mariage.
Cest ainsi que l'a entendu l'Apôtre dans sa deuxième aux Corinthiens, chapitre vi, quand, pour détourner ses néophytes de la fréquentation des prostituées, il leur dit : *
IgnoreK-TOQS quo celai qui s'accouple à une prostituée fait un avec eHi P Car il écrit : • lia leiont deux dans une seule chair, »
Vf. 8
W AMoim ET MAKUGE
Lmi âttM qM I^Âpairo w^prinxA du mimé paBtage 4« la Genèse, tantôt a^ee Im Epidsienii peut leu rappeler ee ^ue le mari doit de charité à ta femme; tantôt avee le* ConnthienB, pour les détounier delenrs habitndea de m%u^ vais liens, il est elaîr que ponr lui Famouv pennis ne dif- Are pas intrinsèquement de Tamouf iUioite, le mariage ou ooncubinàt de la formeatiQn ; à ses yeun ees différents états ne se distinguent que par des drocmstaneea extérieures, comme la continuité des rapports, la oommunauté d'habitation, et, autant que jKMsible, la psrtieipation à la même foi* Dans ces conditions, Tamour ooiuugal étant accordé seulement comme un remède ft U fornication, rœuTre de chair assimilée à un serrice commutatif, wW^ ffa%iÊ»% nifîsisi, limité de consoienoe, d'esprit, de ccaur, ■e trouve de fait exclue} le mariage se réduit à une toi4rsMei. Le mot est ignominieux, mais il est pris de saint Paul, et il n'y en a pas d'autre pour ejiprinM? la pensée chrétienne.
XXXYI. — * Tous les Pères se sont insnirés, a Tégard du mariage , des sentiments de l'apotre. Us ont dénoncé co dualisme, si redoutable à la paii de l'&me et au salut, ào- Toilé cette souillure ineffaçable du lit nuptial, pour laquelle le mari doit demander sans cesse gr✠au Christ, la femme grâce i son mari. De là leurs aaatbèmes , si peu compris, contre la femme, anatJièmes qui ne s'adressent point à la personne, participante comme son époux du sang de Jésus-- Christ, mais à cette sexualité aux séductions puissantes, cause de tant de douleurs et de tant de crimes.
B<m9ifain» pêih fHê la/mm/ l'iorie uiat Jsat GhiTaestoms ; iard M^ iu dém<m/ Fat la fimm^kdiatkairimpkéfAdamt H M a/aii |MW« h Fofaéiê.
Que de malédictions cette n^udita all^orie du fruit défendu a attirées sur le sexe t
Lafemme^ dit saint Augastin, ne peut ni enseigner^ ni témoigner, ni OÊÊ^meUrêf nijngef, à pins /or ($ roifos commander.
Saint Jean de Damas : La femme eei uaa taéekante kmrriqt»^ s» i/firmui (éniOf qui a eon eiége dam le ccmr de Vkommê:fiUe du meneonge.
iwiiMêlle tmancie â$ ftftfw^ ^^ « tkant 4dam du paraâii/ iadomp^ iMê SelloMê, ennemie jurée de la paix.
Saint Jean Ghrysologue : Elle est la cause du mal, fauteur du pêckê, là pierre du iomheau, la porte de Venftr, la/alaliUde nos mitèret, ' Saint Antonin : Téie du crime, arme du diable, i^uand wu» voyes ime fimmê, trefe» que wue aveM devant touif nen pae un être humain, Uên pue uneèéle/^vee^ maie le diable eupereonm» Sa noue eei le tijflel «bteer* penU
Saint Qrprion aimerait mieux entendre la eijkmeni du baeiHe que le ohant d'nne femme.
Saint Bouaventure la compare an ecor^ton. toujours prit à piquer/ Si l'appelle lance du démon. C'est anssî l'avis d^Eosèbe de Çésarée, que ta femme est laJlèeAe du diable.
Saint Grégoire le Grand ; Lafmme ifapas te sens du bien.
Saint Jérôme : la femme, livrée à dle-méme, ne tarde pas h tomber dans 1^ impureté* Et encore : Une femme eane reproche est plus rare que le pkékùtf. Cesi la porte du démcn, le ckemin de tinifuité^ ta dard du eeorpianf em total une dangereuse espieem
Nos écrivains damerets affectent une grande colàre à la lecture de ces imprécations ; il serait plus simple d'y voir un hommage désespéré rendu au pouvoir de la femme.
Au reste, la méditation du dogme évangélique et la lecture de la Bible étaient peu faites pour inspirer à des âmea ascétiques le respect de la femme et du mariage. Le paga? nisme, venu au début de la civilisation, plein de joie et d'espérance, avait idéalise la femme dans ses nymphes, se» muses, ses déesses ; il avait sanctifié le mariage , élevé la famille à la hauteur d'une royauté et d'un sacerdoce. . I/O christianisme, provoqué par une corruption sans exemple, vit dans la génération le principe, dans la femm^ l'instrument de toutes nos souillures. Sans doute, après comme avant la prédication de l'Evangile, Tespèce continua de se reproduire par la voie ordinaire ; comme autrefois on fit ramour et l'on s'épousa; la femme ne cessa pas d'être la bienvenue auprès de l'homme; sa condition , son caractère , gagnèrent même quelque chose. Théologiquement le mariage fut sans honneur ^ la femme sans es* time. Le baptême, administré aussitôt après la nàissancet n'eut plus aautre objet que de laver l'impureté génitale. L'influence de la Bible ^ inspirée, en ce qui touche la femme, de mœurs et tradiitions du harem, fut désastreuse.
Quels tiypes de femmes que les femmes de la Bible 1 fi?e,
ftS AMOUR ET MAR1A6B
la Pandore hébralqne, dont la cnriosité ouvre le monde an péché et à la mort ; les antédilnviennes, qui séduisent les anges et accouchent de géants; Sara, femme d^Abraham, maussade, incrédule, jalouse et vindicative ; Agar, la favorite insolente ; la femme de Loth, changée en statue de sel ; ses filles, amoureuses de leur père ; Rébecca, qui apprend à son ûIb Jacob, dont le nom signifie le Filou, à troi^^ son père et son frère ; lia, glorieuse et sotte ; RacheI«Qiii vole les marmousets de son père ; Dina, reffrontée ; la Pimphar, dont le nom est passé en proverbe ; Marie ionr de ICoïsCt qui conspire contre lui ; la femme de Job|
Soi rinsulte sur son fumier. Que dired^Abigaïl,de liichol, e Bethsabée, de la reine de Sabà, d'une Jaheli d'une Bahab, d'une Dalila, d'une Esther, d'une Judith?^
A l'imitation des Pères, les casuistes ont traité la matière coigugale en vrais Turcs ; ils ont si bienfait que leurs noms sont demeurés infâmes parmi les honnêtes gens. Les honnêtes gens ont tort : accuse-t-on le médecin qui se voue à la guérison des maladies honteuses, alors même que ses remèdes ont pour effet de les aggraver? Après tout, les dissertations d'un Sanchez et d'un saint Liguorine font honte ^u'à leur religion et à leur siècle ; le traité De Mor VnvMviM est contemporain de VAloysia, De pareils livres sont autant de témoignages que, du fait de l'Eglise etjus-
![u'au seizième siècle, l'honnetetiS n'exista nulle part dans e mariage des chrétiens.
XXXYII. — n est vrai pourtant que TEglise. après une longue et inutile attente, avant pris le parti d'abandonner Fopinion millénaire, force lui fut de modifier sa théorie du mariage. Le monde ne finissant pas, là où Paul n'avait vu qu'un sédatif aux titillations de la chair, elle finit par découvrir la loi de conservation du genre humain, et, ce qui lui importait davantage, l'instrument de sa propre propar
Sation. Elle condamna donc les hérétiques, qui, sur la foi es premières traditions, comptant toujours sur la venue du PUs de rAomnUj et jugeant inutile de faire des enfants, réprouvaient à la fois la génération et le mariage, et elle rétablit l'union conjugale dans son antique et païenne di^té de sacrement.
Biais cette restauration n'eut lieu, au moins de la part
des prêtres, qne pour la forme. La religion du mariage, abrogée par la foi primitive, se reforma peu à peu dans la conscience des peuples ; le clergé, voué au célibat, à qui l'amour était d'autaiit plus suspect que sa continence mal entendue lui était plus pénible, continua de regarder le mariage comme un état de pollution habituelle ; et tandis ^ue le calendrier regorge de prétendues vierges, canonisées, comme une Thérèse d'Avila et une Marie Alacoque, pour avoir, pendant une vie de langueur, enduré les soumets a • Asmodée, c'est à peine si Ton j rencontre une mère de famille.
Au seizième siècle paraît la Réforme. Vous croyez qu'elle va réhabiliter le mariage 1 Dieu l'en préserve 1 Sur ce point comme sur tous les au&es, elle accuse l'Eglise romaine de superstition, et, revenant àla foi primitive, elle commence par ôter au mariage le titre, que Kome avait fini par lui accorder, de sacrement.
Eh bien, direz-vous. allez-vous faire un crime aux orthodoxes du sacrilège des protestants?
Telle n'est pas ma pensée. La réforme accusait l'Eglise d'avoir, en ce qui touche le mariage, varié dans la foi, qouté à la tradition apostolique et à l'Evangile : je prétends que l'Eglise n'a point varié du tout, si ce n'est peutêtre dans les mots. Après comme avant le concile de Trente, l'Eglise de Rome, d'accord avec les chrétiens primitifs comme avec les réformés, nie le mariage, qu'elle confond toujours avec le concubinat.
La société conjagale, disent nos modernes théologiens, peut exister sons trois formes, donner lieu à trois sortes de contrats; le contrat «aiurel, le contrat civil, le contrat religieux.
Le contrat naturel est l'union spontanément formée par nn nomme et une femme, antérieurement à l'existence de l'ordre ci?il, ou en de* hors de cet ordre. C'est, à proprement parler, le concubinat.
Le contrat civil est le même que le précédent, mais accompagné, pour les époox, de certaines obligations et prérogati?es réciproques, exprimées ou sous-entendues, et garanties par la société, lesquelles obfîgatioiis et prérogati?es font du concubinat une société civile de biens et de gains, chose que par lui-même le concubinat ne comporte pas nécessairement.
Le contrat religieux consiste dans la bénédiction donnée par le prêtre à deux personnes conjointes, soit seulement de par la nature, soit en outre devant la société : r£glise ne se préoccupe pas plus de l'un que d« l'autre.
9» AMOUR BT MABIACHB
L'Eglise, elle le prodame elle-même, ne eonnalt t>ss et 86 soucie encore moins du contrat ciyiL Elle prétraa pouvoir marier nonobstant ce contrat; rendre éponx, par la vertu de sa bénédiction, des coneubinaires qui repoussent le mariage civil et Tintervention de la société. Le mariage romain, jpar coempiio ou nsueapio^ valait du moins, par sa publicité^ pour le for extérieur; mais le mariage conféré par rÉghse, en dehors de la garantie sociale et sans autre motif que de donner absolution du péché, ne vaut en réalité ni pour le dedans ni pour le dehors : c^est la négation même du mariage.
En deux mots : selon Tesprit de TÉglise, le idariage, quel qu^il soit, n^est point chose sacrée ; c'est un acte essentiellement entache d'impureté, que la bénédiction du Srètre a pour objet de laver, comme une sorte de baptême onné à Vamour.
Jusqu'au concile de Trente, l'Église fut dans l'habitude de donner à tous ceux qui la lui demandaient la bénédiction nuptiale, sans témoins, sans annonce préalable, sans nul souci des familles et des tiers, et c'est encore ainsi qu'elle en use dans les pays de franc catholicisme. Un de mes amis, établi à Valparaiso, se marie. Il fait venir sa fiancée de Paris et l'épouse au débarqué, dans une sacristie, sans publication ni témoins. Le sacrement, en effet, étant un don de Dieu, ne requiert pas l'assistance des hommes. Les unitaires d'Amérique en usent de même, fidèles sur ce point à la tradition de Bome. De là ce fléau des mariages clandestins, auquel le concile de Trente fut obligé, sur la réquisition formelle des souverains, de porter remède, en décrétant qu'à l'avenir tout mariage devait, à peine de nullité , être célébré |)ar le curé des parties ou par son délégué , accompagné de deux ou de trois témoins.
Ainsi la distinction , telle qu'on la fait aujourd'hui, entre le mariage et le concubinage, cette distinction, tout imparfaite qu'elle est encore, ne vient pas de TÉglise; elle appartient à l'autorité civile, qui, au seizième siècle imposa à TËglise la publication des bans, l'assistance des témoins, et le ministère ou la délégation de l'ordinaire.
lé^i "EiimWfm 9 Mt {>lu9 ; ne jugeant pas ]fk iévm^
des &milles et Tordre public suffisamment protégés par
rËglise, elle a séparé radicalement, pour le fond et pour
la forme, le manage civil et la cérémonie ecdésiastiiiue.
Mais rËglise,^ qui ne renonce pas à ses idées, proteste
contre cette séparation outrageuse ; elle revendique pour
elle seule le pouvoir de marier, elle devrait dire , pour
rester dans Tesprit et la lettre de ses auteurs, le privuége
de bénir les concubinaires. A Theure oii j'écris, uest dés
prêtres qui, maigre le concile et le concordat, poussés par ^^ »Ma ^<»4:/%n^ fln«v«*x^A^4- A^ «v«n^;r>« gjj georei^ îeg conçu**
prétendu sacrement d s'aperçoivent pas que ce sacrement^ donné hors de la société, est une consécration du concubmage, un sacrilège.
XXXVULi. — A ce propos, je ne puis m^empêcher de dire ici quelques mots d'une affaire qui a vivement occupé dans ces derniers temps Tattention publique, je veux
Îarler du procès entre madame Weber et les héritiers ^escatore.
Yoici le problème :
En France, depuis la Révolution, le mariage civil doit précéder toujours le mariage religieux.
En Espagne, il n]^ a pas de mariage civil : le mariaçe religieux^ conformément à la discipline du concile de Trente, tient lieu de tout.
Un concubin français, pour plaire à sa concubine, désire se marier religieusement, mais non pas civilement ; faire, comme Ta dit ironiquement M. Dufaure, un mariage d$ conscience^ nojx un mariage social et solennel; surtout éviter la publicité. A cet effet, il obtient la recommandation d^un évêque français auprès d'un curé espagnol, le<|uel passe d'emblée à la célébration, sans autre formalité en France ni publication. On demande si le mariage religieux ainsi fait a l'étranger emporte pour la France mariage civil, d*après l'art. 170 du Code; et si la concubine, lavée, purifiée, épongée par l'Eglise, peut se dire épouse et com« mune en biens ?
Cinq consultants, MM. 0. Barrot, Betbmont, Marie, Buignet, Demolombe, d'accord avec les évêques de Reims,
4# $^4^^U| dePMÎs, 49 y^r^^Q»! répo^4ç{|^ ; Quî, -^
n AMOUR ET MARIAGE
Le tribunal, d*accord avec lé ministère public et le défenseur des héritiers, M. Dufaure, dit : Non.
Qui est dans la vérité, dans le droit? «rajoute : Qui, de MM. Barrot, Bethmont, Marie, Buignet, Demolombe, ou du tribunal, a le mieux saisi Tesprit de la Révolution?
Après Texposé qu'on vient de lire, la réponse ne peut être douteuse.
En principe, aux termes de la théologie chrétienne, de la tradition et de la pratique ecclésiastique, le mariage religieux n'est pas un habiage ; c'est une union naturelle^ contractée, si vous voulez, devant Dieu, mais non pas devant la société ; union sanctifiée, pour le croyant, par la bénédiction du prêtre et son exorcisme, mais qui n'emporte point par elle-même d'effets civils ; en un mot, c'est un contrat de concubinage.
Le mot déplaît, mais ce n'est pas ma faute. Je voudrais, comme l'empereur Auguste, comme les Apôtres, comme toute l'Eglise, qu'il pût être rendu honnête ; à ce titre, j'accepterais avec reconnaissance la bénédiction religieuse. Mais que vous vous mariiez devant le Christ, conime M. Pescatore, ou devant le Soleil, comme Murai, qu'importe cette symboliijue? Dès lors que vous écartez votre pays, ne demandez rien à voU*e pays : vous ne pouvez jpas réunir à la fois les franchises du contrat naturel, même sanctifié par le culte, avec les droits du contrat civil que votre intention a été d'esquiver. Peut-être en croirait-on votre protestation, si l'Espagne, encore sous le joug des prêtres, eût été le seul pays où il vous fût possible de vous marier ; mais vous étiez en France, où la régularisation de votre communauté n'eût certes pas été de mauvais exem* pie : qu'alliez vous faire en Espagne?