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XXXIX. — J'ai prononcé le mot de divorce

L'Eglise, et je parle de toutes les Eglises, grecque, Ia« tine, réformée, sans exception, l'Eglise, par la manière dont elle a traité le divorce, l'admettant tour à toiur et le rejetant, a montré une fois de plus sa pensée secrète sur l'identité du mariage et du concubinage.

D'après la tradition suivie par les rédacteurs des trois premiers Evangiles, le rabbi Jésus s*était exprimé sur te

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dirorce en termes précis, qu'aucune interprétation ne sao-. rait obscurcir :

Yoiii saves qu'il a ^té dît aux anciens : Quiconque Toodra renTOjer ta femme lui signifiera l'acf'' de répudiation.

. Si moi je tous dis que celui qui divorce avec sa femme, hors le cas d'adultère, la fiût prostituée, et que celui qui épouse une femme diforeée est lui-même adultère.

Faut-il tant de pénétration pour comprendre la pensée du fondateur? H prend en main la détense des femmes, livrées^ accordaTt une limite à un abus q^d faisait dégc

Sromiscuité. Il restreignait, en un mot, le divorce au cas 'adultère : c'était ainsi que le comprirent les disciples immédiats, oui avaient vu et entendu Jésus, et TËglise greccjue est là tout entière pour affirmer la vérité de cette tradition.

Mais Paul a aussi «on Évançile, |)lein de choses qui ne se trouvent pas dans l'Évangile de Pierre, comme par exemple de rompre toute relation avec la société civile et de s'abstenir de ses tribunaux, malgré le mot si connu du Maître : Mon royaume fCeii pas de ce monde. Jésus avait fiait profession d^obéissance à Tautorité établie; Paul

Srâche la sécession, la sédition. Jésus s'était montré inulgent pour les pécheurs ; Paiû tranche du rigoriste. Sur tous les points il aspire à surpasser Jésus dans la morale et dans la gnose, il ne lui laisse que la messianité. A ceux qui lui font des objections sur son enseignement, dont certaines parties ne se trouvaient pas dans celui du Cbediléen, il répond avec aigreur :

Diea a suseité le Maître, j'en conviens; mais moi aussi il me susdtera par sa Tertas Deia veto et Dominum nucitavii; êi nos itueitaàiiper wktiUem êMom. — Tout m'est permis, mais tout ne me oonyient pas, et je ne relère d'aneune autorité.

Oui, TOUS avei été &its membres (enfants) du Christ; mais quoil est-ce qu'en toqs reprenant au point oil tous a laissés le Christ, je ferai de vous des UtaidsP ToUent ergo membra CàrùH/aeiam memira Mê* fêiriciit

Passage qui prouve «ncore que Paul, à Oorinibe

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aussi bien qn^à Borne, avait été devancé par les autre»apôtres.

Après cette verte apostroi)he aux Gorintliiens réfrao taireSy il poursuit son exposition ; et c'est alors que, enchérissant sur Jésus comme celui-ci avait enchéri sur Moïse, et singeant jusqu'à sa manière; il prononce cet oraole:

Yoiu saves que le Msitre a défendu le dlToroe, hors lo cas d'adultèfè.

liais moi je Tous^dia ceci t Si un frère fidèle a une épouse infidèle et que œile-d oonaente à oobabiter avee lui, il doit la garder; et lédpioquement» ai une fidèle a un mari iafidàle» elle ne le quittera pas*

Deux mots d'explication sur ce texte. D'après l'ancienne loi, à laquelle Jésus avait fait allusion, le mari seul avait la faculté de signifier le divorce ; la femme maltrai* tée ne pouvait que s'enfuir et se retirer chez ses parents.

D'autre part, .par le mot ii\fiiélilé il faut entendre tout à la fois : l"" l'idolâtrie, le plus grand des crimes d'après le Pentateuque, et qui constituait entre les Juifs et les racea proscrites un empêchement absolu au mariage \ 2"* la for* nication, et conséquemment l'infidélité coxyugale, ainsi que je Tai expliqué plus haut.

Paul, embrassant dans sa définition la retraite de la femme chez ses parents et la répudiation du mari, les prohibe toutes deux, même dans le cas d'idolâtrie, à plus forte raison dans le cas d'adultère. ^ Le fidèle, dit^il, devra rester, quand même, avec l'infidèle, a Et la raison, divin Apôtre ?

C'est que Ilionorabillié de l'époux fidèle ooune la formeatûm de l'infidèle, et que par là les en&nts, qui sans cela seraient bâtards, sont rendus légitimes. Saneiijieatui esi vir infiddii pêr mÊdmnrnfUkûm^ «I ianàUfieata est mtUUr infidêlù per virum fiiUem z aliofumJUU 9êUri uanif mime atiUm êancii ttmi.

D'après le style des prophètai, dont Paul affeote de se servir, il est évident que les mots /idéU et infidèle se rap-» portent à deux ordres d'idées, le culte et le mariage : le

I)arallèle qu'il établit entre la doctrine de Jésusetlasienno e prouve d'ailleurs.

tfê f9llt*t*U pas une belle raison m ft^ènr du eoraage?

dominent 1 G^st pour annuler la bâtardise que tous répronves le divorce et passes Téponge sur Tadultère? Vraiment les adultérins vous auront obligation. Mais que devient la foi conjugale? Que devient la sainteté du mvriage ? Que deviennent 1 amour et le resi>ect?

Bagatelles I Est^oe que le mariage n'est pas institué, d*aprè8 Paul, simplement pour remédier à la /amieaiiùn? Est-ce qu'un homme sérieux, un esprit grave, un vrai chrétien, peut se soucier de Famour de sa femme? Qu'importe, en vérité, de quel père sortent les enfants, pourvu qu'ils soient baptisés! Passe eneore si le mari qui demande le divorce, si la femme qui se sépare, alléguait le refaS du Miinm : alors il y aurait lieu a rupture, le service pour lequel le mariage est octroyé n'étant pas rempli. Mais si le mari infidèle, si la femme infidèle, etmsmt à la eotàHiéhiion^ plus le moindre sujet de plainte : c'est à l'époux fidèle à ramener, par la raison et la douceur, l'infidèle.

O'est d'après cette solution, logiquement déduite de Pépttre auxGorinthiens, que l'Eglise latine, qui repousse le divorce, même pour cause d'adultère, autorise rannula^ tien du mariage pour cause d'impuissance : Si impo9. Tout le monde ici se rappelle l'édifiante formalité du congres, imaginé, sous l'influence de cette casuistique orthodoxe, pour constater les cas d'impuissance, si un mari nâiurait ou s'ilneiiA^i^rtfflpas ; formalité qui ne fut abrogéeqne sous le rè^e de Louis XIV.

L'impuissance dans le mariage jugée moins excusable que ridolfltrie, moins excusable que l'adultère 1 ... Ne trouvez-vous pas, Monseigneur, qu'après cet enfantement, Paul A le droit de s'écrier avec un légitime orgueil j

CertcB, je ort^ que moi aussi j^d l^prit de Dieu; Pwi» tmimpid êê êgo ifhUwm Iki kaèêamt

XL. -— Que la théologie chrétienne ait fait deseendi^ le mariage de la hauteur où l'inspiration polythéiste l'avait placé, c'est un fait que l'histoire de l'Eglise, que ses Ecritures, ses définitions, sa pratique et toutes ses autorités 4témontrent avec la dernière évidence.

Mais on voulait savoir encore qudle a été la raison

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mpfrîeorede ce mouTemôiit rêtaroçrade, qiie nT«pB^erait pas sufiSsamment la grossièreté priinitiye de la sectei ni Fesprit orieiitâl de ses missionnaires. Indiquer cette raison, ce sera compléter ma critique.

Le polythéisme, avec ses dieux mâles et femelles, couplés, mariés, Tun de Tautre engendrés, ayait donc idéausé la famille et le mariage; il avait fait de cet idéal le sommet de Justice et d'honneur auauel il conviait toutes les races humaines, toutes les conditions sociales. Hercule, après sa mort, reçu dans le ciel et devenant Tépoux d'Hébe, était Femblème de la barbarie qui s^élève des violences de Tamour à la sainteté du mariage. On a vu ensuite par quelle dégradation du sentiment religieux et quel concours de circonstances la famille païenne déchut de cet idéal ; comment, enfin, par les railinements de son érotisme, la société grecque et latine s'abîma dans la^Tolupté unisexuelle.

Que va faire le christianisme?

C'est une loi de l'histoire, qui a son principe dans le mouvement évolutif des idées, que toute révolution, en même temps au'elle nie et abroge l'état antérieur, ne fait

r^iurtant que le continuer. Nous en avons vu un exemple, propos du travail, dans la succession des lois qui le régissent tour à tour : LoiéCégoîsme^ Loi i'amùur^Zoide Justice.

Ainsi le christianisme devait reprendre les choses au point oil les avait laissées le polythéisme, faire pour le mariage ce qu'il faisait pour l'esclavage, ce qu'il avait fait pour toute sa théologie. Ce fut en effet ce qui arriva.

Témoin de la dégradation des mœurs domestiques, de l'hypocrisie du mariage, de Tinsociabilité de la famille, des misères de la prostitution, des horreurs de l'amour pédérastique; frappé en même temps de la logique, au moins apparente, au concubinat, si commode, si populaire; convaincu, du reste, par la théorie platonicienne autant que par ses monstrueux résultats, que le véritable amour n'est pas do ce monde, n'appartient point à des natures mortelles, le christianisme condamna la chair, nia, du point de vue religieux, la sexualité ; quant à la vie terrestre, il affirma en principe la communauté des femmes, mais se contenta, dans l'appUcation et par forme de tolérancei du concubiuat.

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Le cliristiAnisihe, en liii !not, prit ponr point dedépast le terme où s^étaient arrêtés les philosophes de Técole de Socrate et d^Epaminondas, Tunisexualite spirituelle.

Au fond, tandis que le polythéisme, en instituant le mariage, s'était borné à appeW la Justice au secours de l'amour, le christianisme, faisant un pas de plus, prononça la subordination de celui-ci : en cela il servit le progrès, et prépara la formule supérieure de Tinstitution. Dans la forme et d'après la lettre, le christianisme fit plus que Bubaltemiser Tamour, il le réputa à péché et le condamna : toute sa discipline fut inspirée de cette condamnation.

J'ai cité delà le mot du Christ, à qui Ton demandait le^ quel, des sept maris auxquels une femme avait successivement appartenu, lui resterait après la résurrection : Dam le ciel y répondit-il, il n'y a plus ni époux ni épouses; tous sont comme des anges devant la face de Dieu. Saint Paul, aux Galates, m, 28, professe la même doctrine : En Christ il n^y a ni Juif ni Qree^ ni esclave ni libre ^ ni mâle nife^ mélle. Ilpouvait dire encore : Il n'y a ni frère ni sœur, comme Cnateaubriand Ta si bien fait voir dans son René. — Je vous ai faneés au Christ^ dit-U ailleurs, comme une tierce chaste... Toute la théone du célibat religieux est fondé sur ce principe d'une noce spirituelle, ou le sexe n'esj^plusdenen.

Kiee dans le ciel, la sexualité, ainsi le veut la logique transcendantale, est condamnée sur la terre; la temme, pour mieux dire, aux yeux du chrétien, du vrai spirituel, n'existe pas. Erreur ou accident de la nature, tourment de lliomme, image fausse de l'amour, elle ne vaut, comme personne, Qu'autant que, se dépouillant de son sexe, elle revêt l'individualité chrétienne, suivant la formule : Ni hommes ni femmes ^ tous anges devant P Absolu.

De là cette conséquence qui anéantit le mariage, que, l'union de l'homme et de la femme n'ayant de valeur que pour la procréation des enfants, tout au plus comme préservatif de la fornication, les personnes conjointes demeurent, quant à la conscience, indépendantes l'une de l'autre, ne relevant que de leur foi, c'est à dire de l'Eglise.

Le concubinat, prenez-y garde, est, à défaut de la communauté des amours, la seule forme d'union que puisse aecorder une autorite religieuse à ses membres des deux

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86X68, 6t mdiis qtiNiiie antre rSglise dn Gliridt pocnrût déroger à cette loi. H y a dans le mariage ce fait redoutable pour tonte Eglise, qn^ se forme entre de justes époux une consdenee commune, religion de fitmille. justice domestique, incompatible avec la souveraineté au dehors.

Le concubinat, qui rapproche les personnes* mais ne les identifie pas ; qui unit les corps, en laissant le libre arbitre aux coeurs : le concubinat, sans Justice propre et sans idéal moral, était tout ce que pouvait supporter la nouvelle re« ligion.

De 1& aussi Tintroduction dans le ménage chrétien d'une tierce influence, qui témoigne énergiquement de sa nature concubinaire.

Chez les anciens, nul ne pouvait pénétrer dans la famille : le gynécée était muré; ni prêtre ni magistrat n^avait à y voir.

Dans le christianisme, c'est toute autre chose : le prêtre confesse la femme ; il est son époux spirituel ; à lui rame, la conscience, le coeur; au man^ géniteur^ le corps. Lux et EuiE ne sont plus ttk akimes, c'est à dire ils ne font pas un esprit dans deux corps séparés; ils sani dm»] au contraire, comme dit la Qenàse, dans um seule eiair»

Ainsi l'Église, après avoir flétri l'amour et déshonoré, sans le comprendre, le culte de Vénus, sépare l'épouse de l'époux, malgré l'ordre de Dieu. Au lieu d'initier la femme à Fa Justice par le mari, le père ou le frère , comme le voulait le mariage romain et comme le veut la nature, elle

5 rétend l'instniire elle-même, par le directeur. Comme ans le ménage fouriériste, le mari, amant charnel, emplira le ventre de la femme ; le prêtre, amant spirituel, emplira l'esçrit. De sorte que le mariage chrétien pourrait se définir un cocuage mystique : JSœ est fnaçuum merameniumf Partout oà le eafholidsme a conservé sa puissance, le

Srêtre est mattre de la maison. Que d'incestes spirituels et 'adultères! Que de maris désespérés par cette aliénation de leurs femmes I Et toute religion fera de même, j'en atteste Platon et le

S ère Enfantin. Dès lors que la société, au lieu de reposer irectemoit sur la Justice, prend sa biase sur une foi, un tlogme, un respect transeendantal, â firat qu'elle zwape

entre Hiomme et la femme lô serment mAtrimonlâli oii tout est perdu. De même qu'en leur qualité de citoyens ils relèvent de l'autorité publi(3(ue, il doivent en relever en qualité d'époux. Ainsi en usaient avec leurs néophytes les jésuites du Paraguay. Ou la communauté des amours, comme la voulurent rlaton et les premiers chrétiens ; ou la subordination du mariage au prêtre, c^est à dire le concubinage. Hors de là, point d'Église, point de religion.

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