XIX. — Je complète les réflexions qu'on vient de Iitô
Far quelques ohservaiions faites sur des sujets de l'un et de autre sexe assez connus pour que chacun puisse vérifier l'exactitude de l'observateur.
On a dit que l'esprit avait, comme l'animal, sa dualité sexuelle, son élément masculin et son élément féminin.
Sans discuter la vérité de ce jugement , il résvli . de tout ce qu'on vient de lire, que l'élément féminin, nonobstant la qualité spécifique qui résulte de son infériorité même et le fait reconnaître, est en dernière analyse un élément négatif, une diminution ou affaiblissement de l'élément masculin, qui à lui seul représente l'intégrité de l'esprit.
Vcà û mit encore mie, ri dans une société, dans tme litténttnre , rélément féminin vient à dominer ou seulement à balancer Télément masculin, il y aura arrêt dans cette société et cette littérature, et bientôt décadence.
Cette prévisicn de la logique est confirmée par Tezpérience.
Toute littérature en progrès, ou, si Ton aime mieux, en développement, a pour caractère le mouvement de Vid^ê^ élément masculin; toute littérature en décadence se r^ connaît à robscnrcissement de Tidée, remplacée par une loquacité excessive, qui fait d^autant mieux ressortir le fkux de la pensée, la pauvreté du sens moral, et, malgré Tartifice de la diction, la nullité du style.
La raison de ceci se découvre d^elle-même.
Une suite de chefs-d'œuvre, en développant les apti* tudes de la langue, lui a donné Tabondance, la flexibilité, la force, créé ses locutions et ses formes. La philosophie, les sciences, Tindustrie,- toutes les branches deTactivite sociale Font enrichie. Son dictionnaire, comprenant avec les vocables, les tours, formules, acceptions de mots, est devenu un arsenal où fourmillent les iaées, et dont aucun écrivain n'épuisera les trésors. Â ces matériaux déjà si riches, la grammaire et la rhétorique ajoutent leurs recettes : moules de phrases, périodes, cadences, eto, ; on en a pour tout. L'art de faire jouer la métaphore et la méto^ nymie^ de darder l'apostrophe, d'amener le mot, d'enfoncer le trait, est connu; la tactique du langage n'a plus de secrets. Pour faciliter le travail, on a des répertoires de rimes« de synonymes, d'épithètes, de périphrases, d'exemples choisis, qu il suffit de parcourir, pour en voir jaillir sans cesse ae nouveaux aperçus, des rapprochements ingénieux, des traits d'esprit, des coq-à-l'âne, enfin des idées telles quelles. Le dépouillement des littératures étrangères apporte un dernier continrent, avec lequel on donnera une couleur encore plus foncée à cette originalité de mauvais aloi. Allez maintenant, jeune homme ; prenez et mélangez, comme font les apothicaires, Sume et misée. Vous êtes écrivain, vous pouvez, pendant une génération au plu3, devenir grand homme.
Cfn conçoit combien cette méthode est favorable à l'am-
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criptîon parénumérationdes parties, une.litanie. Ouvrez le Gradus ad Pamassum^ au mot Jupiter^ par exemple : vous avez une ode toute faite, dans le genre orphique. J'os^ dire, qu'une partie de la littérature contemporaine, poésie et prose, n a pas d^autre raison d'être, que c'est là ce qui fait son mérite, et ce qui depuis le commencement du siècle a détermine sa décadence.
Pour faire comprendre la cause des rétrogradations hu** maines, j'ai cité, dans une autre étude, quelques extraits de mes lectures d'histoire ; qu'on me permette, dans le même but, de donner un croquis de mes observations sur quelques-uns de nos gens de lettres.