XX. — J.-J. ROUSSBATT
Le moment d'arrêt de la littérature française commence à Roassean, Il est le premier de ces/emmelins de riiiielligence, en qui, l'Idée se troublant, la passion ou affectivité l'emporte sur la raison, et qui, malgré des qualités éminentes, viriles même, fout incliner la littéra« rure et la société vers leur déclin.
Le bon sens public et l'expérience ont prononcé définitivement sur Jean- Jacques : caractère faible, âme molle et passionnée, jugement faux, dialectique contradictoire, génie paradoxal, puissant dans ses aspirations, mais faussé et afElùbli par ce culte de l'idéal qu'ua iu&tinct secret lui faisait maudire.
Son discours sur les Letfren el les artt ne contient qu'un quart de ▼érité, et ce qusrt de vérité, il Ta rendu inutile par le paradoxe. Âu« tant l'idéalisme littéraire et artistique est favorable au proscrès de la Justice et des mœurs quand il a pour principe et pour but le droit, autant il leur est contraire quand il devient lui-mèuie prépondérant et qu'il est pris pour but : voila tout ce qu il j a de vrai dans la i hèse de Rousseau. M<'*'« ce n'est pas ainsi qu'il a vu la cko!»e : son discours est une déclamatiuo que l'amour du beau style, qui commençait à faire perdre de vue l'idée, put faire couronner par des académiciens de province, mais qui ne mérite pas un regard de la postérité.
Le Diteourt sur CluéyaUié det eouditioM est une agjrravation du précédent : si Rousseau est logique, c'est duns Tobstinaiioa du paradoxe, qui finit par lui déranger la raison. La proptiété, malgré la oontradiction qui lui est inhérente et les abus qu'elle enfraiae, n'est en fin de eompte qu'un problème de l'économie sociale. Et voyee la misère de l'écrivain, tandis que l'école physiocràtique fonde la science prcoisément en vne de résoudre le problème, Rousseau nie la science et conelut à IV/a/ i9 naiure,
1^ DolitîQue de llousçç^^tt est jo^e ; Que pourrais-îe jire de pif
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eoBtie la théorie de k wfmwtnxnM da peuple» empruntée aux protestants, quederaoonter les actes de cette souveraineté depuis soixante et dix ans? Ia RéTolution, la République et le peuple n'eurent jamais de plus grand ennemi que Jean- Jacques.
Son déisme, suiBsant po* r le faire condamner par les catholiques et les réformés, est une pauvreté de théologastre, que n'osèrent fustiger, comme elle méritait de l'être, les cliefii du mouTcmeut philosophique, aecusés par l'Eglise et par Rousseau lui-même de matérialisme et dlmmoralité. Justice est faite aujourd'hui et de Véiai de matwre et de la reiiçi&u natitrellâ,
VHiloUe a relevé l'amour et le mariage, j'en tombe d'aceord, mais eUe en a aussi préparé la dissolution : de la publication de ce roman date pour notre pajs l'amollissement des âmes par l'amour, amollissement que devait suivre de près une froide et sombre impudicité.
Les Gmfuêtmuwûi d'un autolàtre parfois amusant, nuds digne da pitié.
Quant au style, excellent par fragments, toujours correct, il est fréquemment déshonoré par l'enflure, la déclamation, la roideur, et une affectation de personnalité insupportable. Rousseau a ajouté à la gloire de notre littérature ; mais, comme pour le mariage et l'amour, il en a eommencé la décadence.
En somme, et cette observation est décisive contre lui, Rousseau n'a pas le véritable souffle révolutionnaire ; il ne comprend ni le mouvement philosophique ni le mouvement économique ; il ne devine pas, comme Diderot, l'avenir glorieux du travail et l'émancipation du prolétariat, dont il porte si mal la livrée; il n'a pas, comme Voltaire, cet esprit de Justice et de tolérance qui devait amener, si peu d'annéea après sa mort, la défaite de l'Eglise et le triomphe de la Révolution. U reste fermé au progrès, dont tout parle autour de lui; il ne comprend, il n'aime seulement pas cette liberté dont il parle sans cesse» Son idéal est la sauvagerie, vers laquelle le retour étant impossible, il ne voit plus, pour le salut du peuple, qu'autorité, gouTemement, discipline légale, despotisme populaire, intolérance d'église, comme un mal nécessaire.
L'influence de Rousseau fut immense cependant : pourquoi? Il mit le feu aux poudres que depuis deux siècles avaient amassées les lettrés français. C'est quelque chose d'avoir allumé dans les âmes un tel em« brasement : en cela consiste la force et la virilité de Rousseau; pour tout le reste il est femme«
Le snccessseur immédiat de Rousseau, dans cette série féminine, fut Bernardin de Saint-Pierre. Je n*en dirai rien : Vopinion sur le caractère de cet écrivain est formée depuis longtemps.
Je passe également sur toute la période réyolutionnairi
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et impériale, pendant laquelle les intelligences d^élite forent entraînées dans d^autres directions, et j^arrire à la littérature contemporaine, qui commence à la Restauration.
Ici, je Tavoue, je ne vois guère que les historiens et les
1»liilolo^es dont la pensée féconde mérite les honneurs de a yirikté, et soutic ne la Révolution et le progrès. Tout le reste me parait, en prédominance croissante, livré à l'esprit femelle, stérile et rétrograde.