XXI. — Bebanoeb
Une réaction vient de te déclarer contre le célèbre diansonnier, à propos de sa publication posthume. Je crois cette réaction mal fondée dans ses motifs, mais en partie juste.
Que Béranger ait passé les vin;^ dernières années de sa longue czistenee à rimer une centaine de chansons au dessous du médiocre, il en avait parfaitement le droit, et c'est nous qui sommes des sots de les lire ; — - que l'insignifiance de ses mémoires soit poussée jusqu'au commérage, est-ce sa &ute si nous attendions de lui des révélations f — que son chauvinisme soit en 1857 ce qu'il était en 1825, cela prouve tout juste que le monde a marché depuis trente-deux ans, et que Béranger est resté ce qu'il était; — qu'il s'en vienne ressasser,
Suand l'histoire est ouverte, la postérité saisie, l'opposition éteinte, e stupides calomnies contre les Bourbons, et se croie pour cela un grand citoyen, c'est une infirmité d'esprit à porter au compte de la vieillesse; — qu'il demande pardon au lecteur des grivoiseries de son jeune temps, je ne le trouve pas de mauvais exemple ; — qu'il implore le Dieu det 6o»nâs çeni, le Dieu de Maximilien, le Dieu d'Alphonse de Lamartine, après l'avoir si drôlement chansonné, on n'en peut rien conclure, sinon que Bérsmger, tout révolutionnaire et esprit fort qu'il se croyait, entendait aussi peu la Révolution que la philosophie ; — - qu'au lieu de se lancer, comme tout l'y invitait, dans la carrière politique, il ait arrangé sa petite vie loin du flux et du reflux de la popularité, des orages du parlement et des éeueils du pouvoir, ménager de sa réputation, craignant sur toute chose de se compromettre, désireux de ne se brouiller avec personne et de s'assurer un superbe enterrement, il serait d'autant plus injuste, à mon avis, de l'en blâmer, qu'il se fiûsait justice et qu'en pareil cas tout individu doit être cm sur parole.
Béran^ n'en reste pas moins le premier poète français du dixneuvième siècle : de quel calibre est cet homme P
Béranger appartient à la Révolution, sans nul doute; il vit de sa vie; ses ehansons, comme les fables de La Fontaine, 1m eomédiis àm
IM KWOm Vr VAKIAffl
MoMn et le» ooato fU Voltaire, ont conquis parmi le people «tie»
hautes classes une égale célébrité. Et c'est ce qui élève Béranger au dessus de tous les poètes contemporains : en fiât d*art et de poésie^ me pareille unftrersallté d'admiration est décisive et dispense de tout antre argument.
Béranger est-il initiateur, comme fureut les aineiens lyriqu'- , comme Homère, Vii^le, Corneille, Boiieaa, Molière, La Fontaine, Yoltaitcf A*t*il en lui U eoneept, l'idée P
A eette question je réponds sans hésiter : Non, Béranger n'a rien do poète initiateur ; c'est un écho, une harpe éolienne. Lui-même Is dit quelque part : Je iuis un luih suspetulm, gui résonne dès qu*on y touche. Que la Toix publique vienne ébranler son fime, il chantera ; lui-même ne la devance pas. Seul, il se trompe constamment; il ne connaît ni sa route, ni son étoile.
Four le style et les mœurSi je parle ici des mœurs poétmues, c'est simplement un disciple de Voltaire et de Pamy ; aucune qualité propre ne le distingue, si ce n'est peut-être la fatigue et l'obscurité trop fréquente de ses vers. Sa plaisanterie et ses gaudrioles sont en général puisées à deux sources suspectes, l'impiété et l'obscénité. Ses chansons bachiques n'ont pas non plus la )oie franche des chansons gauloises s elles sont d'un poète qui se met à table ; il y a de la recherche, de la préméditation, trop de philosophie. Béranger est sérieux, point naïf, souvent tendu et forcé, jamais aviné. II serait demeuré un poète médiocre, si les circonstances ou il vécut ne lui avaient fait trouver une autre veine, ^
Pour le fond, il n'a pas plus d'invention et d'initiative.
D'abord, il chante l'amour grivois, et rétrograde de Rousseau à Brantôme et à Boccace. Rarement il s'élève jusqu'au sentiment et à l'idéal \ et toute cette partie de son œuvre serait à dédaigner, si, par la vivacité des tableaux et le mordant de la vérité, sa chanson, licencieuse de pensée et de fait, n'était devenue une satire d'un genre supérieur à celui d'Horace et de Juvénal. Ma Granà^Mère est une de ces pièces incomparables, dont je doute que le poète ait eu lui-même la conscience, et qui n'a de modèle en aucune langue. ^ Dans ses chansons politiques, Béranger n'est que l'écho des passions de son temps : il grandit avec l'opposition libérale pi monte avec les souvenirs, avec les conspirations bonapartistes.
Que fait-il en ISJOet 1811, quand le despotisme impérial, parvenu à son apogée, a fait taire IaKévolutionP Chante-t-il la Liberté et la EépublioueP Non : il est tout entier à Cornus, Baochns, Vénus i il attendra les Bourbons et la Charte.
Que fait*il encore, de 1812 à 1815, quand la franco est écrasée sous les désastres, et que les armées étrangères ont établi leur quartier général à Faaiiif II chante des gaudrioles, le Boi ^tveM^ le &ém- Uur^ B^er BotUew^^ le» Ou$u»^ la Grande Orgie, eto«, fie. Ce M
AMOHII m UÈMikéA 497
JfOnt M8 les C^tmtolê ii U» Frétna, nt le B&n FrançaU, ni U S0çu4i0 des Chiens ic gnfJUé, ni YOpUion de ces demoiselles, qui peuvent racheter cet étrange oubli de poète patriote* Certes, on n'était pas trop nalheureus en France, on riait, on chantait, pn dansait, on s'amusait, durant ces affreuses invasions, s'il faut s en rapporter an répertoire de Bëranger. Ce n'est que plus tard, au retentissement de 1» tribune, à U voix des 'éoutés hoérau^, de Manuel, de Benjamin Constant, de Foj, qnana l ennemi a évacué la France, que le rougn monte au Wsage du poète et qu'il prend son élan. Le Marquis i§ p^rabas^ Mon dme, sont de 1816 ; la Vivandière et Champ d'asile, deux chants épiques, de 1817 et 1818. De ce jour nous possédons Séfanger : il ne s'arrêtera plus. Après 1880, retiré de la (lolitique, nais toujours fidèle au mouvement des idées ^ il deviendra encorç le prophète du SDcialisme.
pans cette longue suite de petits poèmey, an nombre de |dns de trois cents, et qui^ placés bout à bout, formeraient une espèce d'épopée, Béranger montre-t-il une fnteUigenoe véritable du mouve» ment historique, des passions de fon époque, du droit et de l'aTenlr de la Révolution P
Il n'en est rien. Béranger a si pen le secret des clM)ses, que efest précisément à son ignorance qu'il a dû son succès. Jamias homme plein des hautes pensées que pouvait suggérer à un Rojer-Collard.
Sar exemple, à un Saint Simon, la marche des choses, ne se fidt avise e mettre ces pensées en chansons : il en aurait fait un poème énique. tout au moins des tragédies. Jusqu'à trente ans, Béranger avait éti rimeur aussi malheureux qu'obstiné; peu |i peu cependant U B*était xompu au couplet ; il avait acquis, dans le genre iniérieur da retraîq^ un vrai talent, lorsque la Restauration arriva.
En homme d'esprit et de pratiquCj Béranger W^9k donc à tirer parti de ses moyens. Sou éducation (tait f^ite, et % contraste dee Idées et des événements avec le cadre de la chanson, la seule forme poétique dont il dibpos&t, ne pouvait manquer de produire^ pour le sublime comme pour le ridicule, des effets surprenants. Il mit eii oonplets, sur des airs connus, non pas l'idée qu il n'eut jamais, mais le sentiment révolutionnaire, tel que le lui offraient les souvenirs de 93, la bataille impériale, le débat constitutionnel, et cette longue figure de l'Ancien R«'gime qui revenait, comme un spectre, en la personne dee émigrés. La littérature française se trouva ainsi enrîobiei par Tev haussement de la chanson, d'un genre nouveau, dans lequel Béranger n'avait pas trouvé de modèle et oik il restera sane égalj l'histoire et le poésie ne se répétant jamais.
Du reste, la Révolution est demeurée pour Béranger nn mjthe ; reropereur, une idule ; les princes de Bourbon, l'ennemi. Sous toq| les rapports, sa pensée est courte, défectueuse, arriérée» contradiptoire. lu preafCi c'est qu'il a beaucoup peidu de sa rtelitéi
I ^ AMOUR ET MARUGK
Imite aiu, les trois quarts de ses ebaisoiiB n'etiront plus de tabor. Ses vingt dernières années, il les a passées à rem&clier ses plus hearenx refrains et à rq;retter ses amoors; il est mort déiste. Conune Rdnaseaiiy il fut, par la prédominanoe de l'élément féminin, un agitateor en qui la passion débordait la oonscienoe; il a servi la Bévolution. mais il a fait baisser le sens moral et dérouté le sens politique ; s'U montre quelque Tirilité d'entendement, e'est dans l'ardiitecture de ses chansons, dont chacune forme un erêseenio continu, un tout logique et complet, parfois même comme la miniature d'un poème épique. ^
XXn. — M. DB Lamabtinb.
Jamais peut-être un homme ne se rencontra doué d'inclinations plus heureuses que M. de Lamartine. Il aime la vraie gloire et il s'y connaît ; son esprit cherche naturellement la vérité, son cœur la Justice; les plus hautes conceptions, quand elles lui sont présentées, il les embrasse sans effort; personne plus que lui ne désire servir et illustrer son pays ; il a la religion du devoir, le courage dans le danger, et celui, plus rare encore, de la fidélité à sa conviction, alors même que cette conviction peut le rendre impopulaire. Ajoutes une chasteté de sentiments qui rappelle Bossuet, et une puissance de verbe qui tient du prodige. Tout d'abord on l'aime, on se sent attiré vers lui ; on le prendrait volontiers pour directeur de conscience ; il semble même, à la limpidité et à l'éloquence de sa parole, que l'on pourrait se reposer sur lui du soin de penser et de raisonner, tant, dans ses écrits comme dans ses discours et dans toute sa personne, l'expression du beau apparaît comme le gage souverain de la raison. Malheureusement, ces belles qualités sont déparées, souvent même neutralisées, par un irréparable dé&ut : le travail intellectuel, ches M. de Lamartine, cet esprit d'analyse et de synthèse qui seul, en donnant la raison des choses, élève et entretient l'idéal, manque tout à fiut ; il conxemplb, il ne pénètre pas ; et comme il arrive a tous les contemplatifs, on peut dire que la raison en lui ne dépasse la mesure de la femme que juste de ce qu'il faut pour qu'il ne soit pas femme.
Ce qui ressort de la vie et des écrits de M. de Lamartine, c'est
âu'il c'a pas l'intelligetace de son époque et de son pays; il ignore 'où nous venons et où nous allons ; trop instruit pour se payer d'utopies, trop fiiible de génie pour percer les ténèbres qui l'enveloppent, cherchant le courant providentiel autant que peut le révéler à une àme de poète le tourbillon des événements, il ne sait jamais quelle route choisir, quelle conduite tenir, quel principe affirmer. De là ce scepticisme qui malgré lui fait le fond de sa philosophie, et lui a donné dès ses débuts un caractère de tristesse, auquel, selon moi, son caïao* lire est étranger.
ÀMotJR £T Mariage le»
J'emprunte les détails qni suivent à VBUtoirt de 7a Hévchiion i$ 1848 par Daniel Siebn, l'une des plus ferventes admiratrices de M. de Lamartine.
Né à Mâcon, en 1790, d'une famille noble, M. de Lamartine fit ses études avec une rare distinction au collège de Bellej, entra en 1814 dans la maison militaire de Louis XYIII, publia ses MédUatiom en en 1820, et suivit jusqu'en 1830 la carrière diplomatique.
Far sa naissance, son éducation, ses sentiments de famille, son inclination personnelle, M. de Lamartine est royaliste, de plus chrétien. Quel bonheur pour lui s'il était né au siècle de Bossuet, alors que rien n'était venu ébranler dans la nation la foi monarchique et religieuse ! Sa poésie eût éclairé le monde, et sa gloire, aussi pure que sa pensée, eût duré plus qu'elle.
Après Ja Révolution de juillet, M. de Lamartine se tient à l'écart; fl contemple cette Bévolution qni était venue donner le démenti à sa muse et déranger sa fortune politique. Fuis, croyant reconnaître le doigt de Dieu dans le fait accompli, il publie une brochure ou il expiiqw et légitime, aux yeux de la raison et de la foi, l'avènement de dynastie d'Orléans. 11 ne se vend ni se donne ; son désintéressement est un sûr garant de sa loyauté. Comme je le disais tout à l'heure, il cherche le courant proviaentiel, et opère, en tout bien et tout honneur, sa transition.
Elu en 1833 député de Beighes (Nord), pendant qu'il était à Jérusalem, il s'assied au banc des eomervateurs, appuie la loi contre lee associations, soutient la prérogative royale, puis vote contre la loi de dotation et Its fortifications»
Autant qu'il est en lui, M. de Lamartine, rallié à la dynastie nouvelle, reste fidèle au principe monarchique ; mais il n'en est pas le flatteur, sa conduite le prouve. Tout cela, cependant, est-il bien logique P Etait-il possible d*abstraire à ce point les personnes des principes, que M. de Lunartine pût se croire dans la sincérité de sa foi parce qu'il suivait, du côté oii le vent la faisait tomber, la couronne P Qui empêche aujourd'hui que M. de Lamartine, après s'être rallié à la dynastie des Orléans, ne se raliie de nouveau à la dynastie des Bonaparte?
En 1843 , le tempérament de M. de Lamartine se décèle tout à fait : il vote la régence de la princesse Hélène, soutenant, par toutes sortes de considérations, qu'en fait de régence la main d'une femme est préférable à celle d'un homme. Fourquoi pas, aussi bien, en fait de royauté?... Le 27 janvier 1843 il voU contre l'^resse et passe à l'opposition, convaincu, dit-il, que le gouvernement #'éytfr« et «V/oî^m de son principe. De quel principe parlait alors M. de Lamartine ? De la Bévolution, sans doute. Mais alors pourquoi n'avait-il pas des premiers applaudi à la ehatê dn Bourbons? Pourquoi enauite, dorent
170 lAMODE ET MAAIAOE
•iépMt ii'éUii-il pu enM 4e plaiR-pied dans les rangs de fepposîtion, au lieu de ce Itage de dix ans parmi les oonicnraUuraP
Alliai, tandis que la .lévolution de juillet s'écarte de son principe^ M* de Lanartine a't^^ie dn sien, ee qui fait dire k M. de Humboldt : X#fitfr/ie# eH um0 cmèk dee* v^ n^aput meore emUuU P orbite,
I^ea mots, ^« fra^m #Vee«i#, Bé$^uêiêm ém mipwiê. li êuJUi cTimw borne, etc., sont de ce tempe. Lui qui dana aon Oeifrê familier de MU- Minre nie didaigneueesient le progràa, il a'indigaaîi em ISiS que les conser? ateura dont il se séparait réaiataasent au moa^ement, dont loi* n^me ne pouvait déterminer U direeiicm ni prévoir l'issue I
£n lSi6« il pnUie eon UUhifê éee QiremUM, De i'oppesition djyastique il avait glissé dans la république de Tidéid \ par une dernière évolution, le huitième volume de son Histoire n'était pas sons presse que de la République idéaliste il tombait dans le jacobinisme ; l'ancieii Tolontaire de la légitimité sa raaoroelisit a la c^ueue de Robespierre.
Su XSi7, au banquet de Màoen» il a'aasoeie à l'agitation qui allait renverser le trône* et, euiraet toujoura le couraut providentiel, il soutient en fiîvricr l8iS le émi ée féwmiom^ eontre lequel il avait voté, aa moioa implicitement, ee 1833. Je voudmia savoir, à cette heure, ee que pensent de ee faneex droit de réenioa ko agilateiira de 1847, it M. de lamartine tout le premier !••.
C'en en fait : M. de Lamartine est dans le coarent ; il ne donte plus ni de lui même ai du cîeU il avaeee toujours. Le 91 février il déelsre qu'il ira au banquet #tteed miaie, et dtt-il s'j trouver seul ; il accepterait, dit'il, la booto d'une teeulade pour lui, non pour la France.
li^ branle eal donné ; U nonarchie cbaneelle et tomb'». Pourquoi, 'le 94 février. M. de Lamartine ne ee sou^nt i) pies de la princesse Hélène, dont il avait ai éloquemment défendu la cause en 1842, et qui était là, ion entant dans ses bras, appelant son enteur des jeux et du omurF II y pensait, je le veun croire, aussi bien que M. Garnier- Pegès \ nais le peuple envahit l'assemblée, le courant se prononce iontre la régence* en place de laqnelle M. de I^imartine, interprète de la volonté du peuple et dea desseins de Dieu, propose un Chueeme* ment provisoire.
Ce n'est pas assez, on demande la RêpubUque, — M. de Lamartine Msite ; il dit que penaenitEUiEtf nri il est pour eUe, mais qu^il réeerve he droite de la nation. Le contraire eiit été plue vrai, enriout plue digne, Per90Dneilem«nt U» ds Lamartine cet rof aliate, et dans la etroonstaiioe il ne réservait rien, il lâchait tout.
Lie S$, grand combat de M. de Lamartine oontee W drapeau ronge : Jes roijges «ont coufondu»; toutefois M. de Lamnrane accorde à Louis Blsno la r«ii^/<r reupr.
Le eouiant derenant toi^rs pins fmienx, M. de Leesertine erée leiei4oi»9bil«i ywir leoufer ke hennliM gsni s «n en fem iee osa-
AHmm VT MAHIAGK 171
^M^tiiM mois ptt» tard. OiepOQUébéboft âtitianfl, pidi ïi ifgtti
lé décret qui le garantit.
Dans son manifeste da 6 mars il nie tes traités de 1815 quant au élfoii, mais les admet çnani au /ait. Juste ce qu'avait dît M. Guizot, et conclut par ce mot magique, la l^âil : ce qui ne Tempécke pas, quinze jours après, de demander 215,000 hommes pour ùterver \m Bhin, les Alpes et les Pyrénées. C'est iJors qu'il proclame k grand principe politique : La bonne foi.
Après la journée du 17 mars, Lamartine voit sa poputariti décliner, celle de LearuRollin grandir. Aussitôt il cherche à se rapprocher de celui-ci; il tâte le terrain, voit Blanqui le 15 avril, et le lendemain se jette dans les bras de Changamier. Le cri du 17 mars, la cri du peu* pie, avait été : Vive Lpdru-Rolliu I Le cri du 16 avril, cri de la bourgeoisie, fut : Vive lamariinê, à bat ieseommunUês/.,.
Je ne pousserai pas plus loin ces rapprochements, dont les harangues et écrits de M. cle Lamartine fourniraient vingt pages. J'en ai dit asset pour fidre comprendre au lecteur qu'un semblable zigzag d'opi* nions, chez un homme que son caractère met à l'abri de tout soupçon injurieui, procède d'autre cause que de légèreté et de mauvaise foi : c'est l'entendement qui ne fonctionne pas, qui, ne produisant pas de germes, laisse l'homme sans résolution, sans conseil, sans critère. C'est M. de Lamartine qui, par sa guerre ridicule au drapeau rouge et AUX communistes, a déchaîné la terreur bourgeoise ; c'est lui qui, par le trouble de son esprit et l'inconsistance de son caractère a commencé la dissolution de la République ; c'est lui enfin qui a donné le signal de la réaction, et qui, tombe du pouvoir. Fa le mieux servie. Mieux eût Valu une vraie femme. Esprit malade sous une apparence de sérénité ; enfant Sublime, dont la malfisiisance égale l'innocence, M. de Lamartine est une de ces natures que les partis doivent se renvoyer l'un & l'autre, comme des mèches incendiaires, si mieux ils n'aiment les exdure d'un commun accord du forum et de la politique.
Je ne m'étendrai pas longuement sur l'écrivain : d'avance noua l'avona Jugé. 8i le moral de la Kévolution commence à baisser en Rousseau ; s'il est plus bas encore en Béranger, il tombe tout à fait en Lamartine. Or, sans cet élément moral ^ui fait l'âme de toute littérature, le poète, l'écrivain, quel qu'il soit, est comme un banquier sans argent : son papier est de nulle valeur, et toute sa circulation aboutit à la banqueroute.
Les Méditationi poétiçueif cenvre capitale de M. de Lamartine, iont une lamentation sur la fin de l'âge religieux et monarchique, un poème purement négatif. Par ce c6té funéraire, ce poème se rattache à la Révolution ; aussi le succès fut grand et mérité. Mais déjà l'on pouvait prédire que le poète, s'il restait fidèle à lui-même, n'irait pas loin ; l'oraison funèbre de l'ancien monde chantée, M. de Lamartine ne pouvait être dani l6 nottvefta ^'nn poète de scepticisme, ce qui
17i àMOUR KT MAIlIAGE
vfil din» «mtelftfai Imt devrait, honi» U nonle» «m aim-nlf« Ktténdrt. Pour qall devint autre choee» il eût fklla qu'il devint Uiiaitae VB konne nouvean : or, nul poète d'un ordre élevé ne saurait être double, ineamer en sa perwnne deux époques, deux principes. Le vrti poète est rhomme d'une idée, iomo nmiu liàri,
Ln Égrmoniei sont une reprise mallieureuse des MédUaiioms ; versification Iftehe, {.«correcte, pensée nulle. En poésie on ne se répète pas^ M fêfêiiia won ptaeeni.
Le Foyaff9 «• Orient^ essai de variations sur le thème de Vltimêm fmr$ de Cluiteaubriand : un écrivain ne fait pas de ces choses, bien qu'il ait parfaitement le droit de les ùdre.
Dus Jœilwn^ poème de six mille vers, et qu'il eût fallu réduire à cinq cents, M. de Lamartine a voulu représenter un amour idéal con* tenu par la religion. C'est le Vicaire savoyêtrd corriji:é et refait ; mais telle est la faiblesse du jugement en M. de Lamartine, qu'il ne s'aperçoit pas que son héros, qu'il a voulu faire vertueux et diaste, hit autant honte à l'amour qu'à la religion et à la vertu. Puisque Joceljn s'est fût prêtre par un acte d'héroïsme, la foi, la Justice, la poésie, Le csBur humain, le plus simple bon sens n'admettent plus qu'après ce sacrifice la perte de son amour lui pèse quelque chose, que sa Laurence ose l'accuser et qu'elle se jette par désespoir amoureux dans le désordre. Celui qui renonce à sa maîtresse pour sauver sa religion, sa patrie, moins que cela, pour donner l'extrême onction à son évéque, n'a Ï^lus de larmes à répandre; le devoir accompli prend la place de 'amour, devient amour lui-même. Et celle qui a perdu do la sorte son amant doit se dire qu'elle a gagné un héros, elle est heureuse. Le Joeelvn, en un mot, n'a pas le sens moral : cette simple observation, qui certes est loin de la pensée de M. de Lamartine, hit de son poème une OMivre scandaleuse et met à néant ses six mille vers.
Je n'ai pas lu la Càute d*M» Ange^ qu'on m'a dit être fort inférieure encore à Joeêlj^n* Serait-ce une variante du poème d'Sfoa^ de M. Alfied de Vigny, comme le Voyage en Orient est une réédition de Vliinéroiret comme Joeelpn est une résurrection du Vicaire tavojfardf
Les Hiitoirei de M. de Lamartine, fatigantes par la pompe continue du style, sont pour le reste au dessous de la critique. Son Conteiller lie penpie^ œuvre de réaction, mériterait de ma part de rudes repréiailles ; je me contente d*un mot. Après s'être laissé descendre, avee le courant providentiel, jusqu'à la République sociale, il a remonté^ •ous la même influence, vers la contre-révolution; que le vent tourne de nouveau, il reviendra des premiers : ce sera toujours le mémo homme. N'a-t-il pas déjà distingué entre le bon soeialieme et le numoai»
Dans Raphaël, M. de Lamartine a voalu réagir contre l'impudieité ^:..*»«^ A^.. m^^^^^ -« -^«..« «,- I -uture d'un amour immaculé.
Constant, a'est-il proposé de
croissante des romans en vogue par la peinture d'un amour immaculé, peut-être aussi, à l'exemple de Benjamin Consi
AMOUR ET MAWAGÉ !78
comf gne f, dtns mie fiction phs on moiiwpenoiiiielle, qvelqiie «Mif«< nir de sa vie intime ; oe que je regretterais, je. l'avoue. Quoi qu'il eli soit, l'idée de rétablir la moralité dans le roman par une purification de l'amour était excellente, digne du cœur de M. de Lamartine. Mais ici encore il est retombé, par l'irréflexion de sa pensée, dans le défaut de Joeelyn^ à tel point que Bapkaël, qui par la forme toucbe an mysticisme, est, quant an fond, ce que j'ai lu jamais de plus obscène.
Comme on n'accuse pas à légère un homme tel que M. de Lamartine, posons quelques principes.
Parmi tous les amoureux et amoureuses du roman et du théâtre, il en est fort peu- dont j'approuve la passion, et qui par conséquent m'intéressent : pourquoi P C'est qu'il est rare que le devoir ne soit sacrifié à l'amour, qui dès lors devient ignoble, antipoétique, et, - s'il est malheureux, indigne d'être plaint.
Dans le Cid de Corneille, Rodrigue et Chimène m'intéressent an pliia haut degré : ils sont beaux tous deux; ils me passionnent; leur amonr est légitime, et parce qu'il est légitime, son infortune excite ma pitié. Le sacrifice que le jeune homme et la jeune fille en font an devoir est tout oe qu'il j a de plus idéal et en même temps de pins tragique.
Dans Polyenete^ dans Zaïre, les conditions sont les mêmes que dans la Cii; et telle est la puissance du beau moral sur l'imagination, que nous n'apercevons plus les taches qui déparent ces tragédies : elles nous émeuvent profondément, et malgré notre pitié, nous sommes satttfiiits.
C'est antre chose de la Camille dea Haraeeê^ et de l'Hippolyte de PJMre.
Meurtrier de sa sœur, Horace, coupable tout au plus devant le tribunal domestique, est innocent devant le peuple. Il pouvait supporter les regrets de Camille; il doit punir ses imprécations* Cette fille, en qui l'amour parle plus haut que le patriotisme, n'est plus Romaine; elle est indigne de son père et de ses frères; elle lait tache dans sa famille, il Uni qu'elle meure.
Qu'Hippoljte aimât quelque part, en chevalier ou en prince, je ne l'en eusse pas plus blâmé que n'eût fait Thésée. Mais comment supporter ce jeune homme condamnant, par une amourette, la politique, le règne entier de son père? On me dit ^ue l'amour ne se commande pM : soit; nais le devoir commande aussi, et plus haut que l'amour. Ce qu'il j a de pis est que cette désobéissance donne raison à Thésée : il a le droit de penser qu'un fils dont les sentiments sont la censure de toute sa vie, qui le brave et tend la main â rennemi, a bien pu former encore des projeU sur Phèdre.
Je f uis sans sympathie pour Françoise de Bimini et son oonsin, que Dantty amoureux mystique, a trop ménagés. Que me fiât eet adultéra pcodnit par la désosuvremant du eorps et de l'esprit, la lecture dee
174 AMOUa ET MÀ1iTA6« ^
•I U éfa»l6fnnimR«it 40 U tolufité? ITesi-ee pas la pire flapèee é'adolUra, partant la moins iitéressafite P
hêdê dé Lammaraioor me rarit : fiancée, fidèle alors même qa*elb aceepte ma aetra époux, elle reste dans la Justice. Le coupable est le frère qui la trompêi et qui, es la sacrifiant à son ambition, immole le devoir et le droit de la femme, tout ee qui fait la gloire et la félicité duçreafoliHmaiA^
Maie, tout es plaidant Roméo et Jupette, je les blâme et ne les
Sleure pas : eux aussi ont manqué au droit paternel. Comment ces eus jeunes gmts s'ingèrent-ils de trancher les vieux différends de kiirs familles par un mariai eiandeslin f Quoi ! c'est ainsi que va finir raatafonisme iiéréditaire des Moutaigu et des Capulet!... Je ne suis pas de ceux qei traitent l'amour do misère, ie ne suis ni guelfe ni gi« oelin ; mais 11 me semble que les deux familles avalent le droit de punir les iadiserets amante, je ne dis pas en les tuant, mais en les mettant en religion.
J'ai borreur de Paul et Virginie : Je regarde cet amour, possible pent4tre, mais non plausible, et où respire l'inoeste, comme une pro« fanàtion de renûmee, Paul et Virginie sont, par les doU2e premières années de leur vie, frère et sœur ; ils ne devraient s'aimer que Hen tard, et après nne séparation prolongée ; et je trouverais Virginie dIus pure, an dernier moment, dans les bras du matelot nu qui offre oe 1a •anTer, que morte avee le portrait de Paul sur le cœur.
La &ble de M« de Lamartine se déroule entre deux personnages ; Bapbaël, une espèce de Siénio; Julie, une Léiia rectifiée, créole, eiorit fort, qui s'est fiût une religion à elle, mais qui se convertira à la fin, par la grâce de l'amour et pour la plus grande gloire de Dieu.
Qr, de quelque stjle qu'ait su la couvrir l'auteur, la situation passe tonte lieenee.
fiaphsël et Jtilie se rencontrent aux eaux d'Âix, le premier poitrinaire» la seconde attaquée d'une maladie de cœur qui lui interdit tout rapport physique d'amour. Us s'aiment, néanmoins, et comme bien on pense, d auiaut plus qu'iU n'ont rien à espérer. Le jeune homme suit la femme à Paris, est agréé par le mari, vieillard octogénaire, qui approuva cette liaison platonique. On se voit, on s'écrit, on «'adore pendant six mois au bout desquels, forcés de se séparer, on se doune reades-vous à Aix, et la femme meurt.
Tel est le fond sur lequel M. de Lamartine a broché S50 pages de cf style feuillu, melliflu, qui ue le quitte pas, et qui eût si fort impalieiué Diderot.
Qu'eat-ofi, d'abord, que ce mariage f
Jeune, belle, ardente à l'amour, mais sans bien, Julie a âonsentS i épouser un vieux savant» qui doit, dans quelques années, délai moral, lui Uisier cne jolie fortune avee laquelle elle pourra se remarier, et o4 4li ^tieudaat ne la ^ae pas, satisfait qu'if est, dit-il^ du |>lai3Îf
ém rmix rt de la poMession dn oonr. Sa oftmi ta main k la ievM
aspirait de plus qu'à des relations paternelles , etc.
Sur quoi j'observe que, puisqu'il ne s'agissait que de paternité, il j avait un moyen bien simple, qui ne contrariait personne et ne cho* quait point la nature : c'était d'adopter Julie» puis de la marier. Jl est vrai qu'alors le roman n'est plus possible; mais c'est justement ce que je reproche à M. de Lamartine et à ses pareils, et en q«oi je les accuse de manquer de virilité intellectuelle ou de conception : des qu'on les oblige à respecter» dans leurs compositions, la logique, la vérité et la morale, en un mot la raison des choses, on les condauner aa silence.
Si vieux pourtant et décharné que soit un homme, il lui reste tou< jours une velléité de concupiscence, et c'est ce que M. de Lamartine avoue ingénument de celui-ci : — « Sa tendresse se bornait à me B presser contre son cœur» et à me baiser sur le front» en écartant de 9 la main mes cheveux. « Assex comme cela : ce mari est un vieux drilkp qui déguise sous de grands mots une fringale de soixante-douze ans, et se permet, faute de mieux, les attouchements* Il suffit que le soupçon existe pour que l'honnêteté disparaisse, et que la prétendue paternité devienne inoestueuse. Et quoi de pins immoral <)ue la pein* ture de ces amours contrainte à la réserve on réduits à l'impuissance
{>ar un obstacle étranger à la volonté : \a décrépitude ehea le vielUard, 'anévrisme ches la femme, le vosu saoerdotai chez Jocelvn t
Du mari passons à la femme. Si peu qu'on voudra, Juue est épouse { elle doit respecter en sa personne et dans la personne de son époux, même non usager, la sainteté du mariage. Or, ce respect ne consiste pas seulement à s'abatenir de cee viles saiis/aeiioms des sens <jue lui iu» terdit son anévrisme, mais à se défendre de tout amour, si épuré et désintéressé qu'il soit. M. de Lamartine, si raffiné dans son platonisme» n'ignore pas que le mariage est chose tonte morale, dans laquelle le commerce des sens n'arrive que comme accessoire. Ce devait être l'honneur de Julie, sa gloire, comme c'était son devoir» de conserver l'inviolabilité de son mariage aussi bien de cœur que de corps. Ici encore» si Técrivain est logique, s'il reste fidèle à son principe et à son but, le roman tombe : impossible d'aller plus loin.
Mais Julie est eréole; elle n'entend pas de celte oreille ; son Vénérable d'ailleurs Tj autorise. Il lui a dit : Aimes, rajeunisses» so/es heureuse à tout prix. Depuis sk ans, sous prétexte de santé, elle vagabonde» cherchant un amant selon son eesori et comme elle ta vite quand il est trouvé! Et /• wms aimé, et fe vous afpariitiUf et ce soir même nous coucherions ensemblep sans ce maudit anévrisme. Connais-
f^'fOQi rteo de plni o\^ictoe, fu» ce Mim^ ol M» A; tmuf^fvi
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atUL kt àien msab. logés porte à pcxrte» et qd, apièt avoir fétiW la eomaiaaicalioB, le donnent tont ce qu'ils peuvent, moins ee que toiii saTCS. Mies que la sort est au bout? Lélîa n'cÂt pas hésité; elle avait dit : Mourons!... J'aime mieux Lélia, j'aime mieux Measalino,
Pendant six semaines, M. de Lamartine nous représente oe Raphaël, que la maladie de emr tient à diataaoe» en adi»ation devant lo tUdeJulieetiTéeriant:
• O amour! que les lâches te craignent et que les médiants te pro^ cfiTent ! Tu es le grand-prfttrc de ce monde, le rérélateur de l'immortalité, le fm de l'autel! Sans te lueur, l'homme ne soupçonnerait pas Pinllni!... •
A quoi Julie, en proie aux palpitations, réplique par cette an*
• Il j a un Dieu, eTest l'amour... Je l'ai tu, je l*ai senti. Ce n'est plus TOUS ^ue j*aiaM, cTest Dieu. — Dieu! Dieu! Dieu! — Dieu, c'est toi ; Dieu, c'est moi pour toi! Baphaël, tu es mon culte deDieu ! #
ICaia il luit connaître aussi ce Baphaël, l'homme-dieu de JuUe. Baphaël est un jeune homme paunu, doué de quelques talente, pour qui sa famille s est sacrifiée, et qui, tandis que son père, sa mère et six cnfiuite dans l'indigence cnltivent pour mre le champ paternel, an lieu de diereber un emploi dana le monde, mange leur dernier sou en Ikisant l'amour. Pour se soutenir Quelques mois de plus à Paris, il Tcnd à un juif l'anneau de mariage de sa mère : il est vrai qu'il pleure beaucoup avant de se débire de cette relique; mais enfin il la livre, un jour qu'il avait fait une course au bois de Boulogne avec Julie. Tandis que là-baa on meurt de fidm, il chante sous un hêtre, avec Julie, un dithjrambe à l'amour : Dieu! Dieu! Dieu!... A cet endroit du roman, je m'attendais à voir paraître un frère en blouse et gros souliers, vensnt soufileter le lâche et stapîde Baphaël aous les jeux de ion indigne maîtresse : M. de Lamartine n'a pas de ces inspirations. Si Bsphaël avait eu le moindre sentiment de son devoir, après s'être réjoui ou désolé, je laisse la chose à la discrétion du romancier, pendant quinse jours, de cette aventure d'aubeige, il serait retourné à ses a£hiRs, comme eàt fait le plus humUe commis voyageur; mais noua n'eumions toujours pss eu de roman, et il existerait de M. de Lamartine un chef-d œuvre de moins. Tont se passe donc sans esclandre, et l'aventure finit comme elle a commencé, à la satisfMtion du lecteur et de l'écrivain. L'étudiant et la petite pensionnaira qui liront cette nouvelle ne manqueront pas de dire : L'amour est trois fois saint, Baphaël est un grand cœur, et M. de Lamartine un grand génie.
XXin. — Je voudrais poursuivre cette revue , qui m'intéresse au plus haut point; mais Tespace me manque, et mon sujet m'appelle ailleurs. Posons seulement des conduaions.
" AMOim ET MARIAGB i7T
Tontes les fois que dans une littérature le génie, distrait par d'autres travaux, yient à se retirer, et que rélément féminin prend le dessus, alors paraissent les écrivains de second ordre, écrivains de vulgarisation et de propagande, dont la mission, slls savent y rester fidèles, est ae porter jusqu'aux dernières couches de la société la révélation du juste et du beau; mais qui, doués de plus de passion que d'invention, affectant plus de sensibilité que de profondeur, trouvant à la santé moins de charme qu'à la morbidesse, préparent la dissolution littéraire par rhypertrophie du style, et marquent le point où commence la décadence des peuples.
Deux traits principaux les distinguent : Timpuissance où ils sont d'appliquer leur talent à des œuvres originales ; le penchant aux sujets erotiques.
Tout écrivain aspire naturellement à prendre une initiative, tout poète veut être créateur ; et comme la création littéraire ne peut être la même à toutes les époques, qu'il
Îr a des intermittences forcées, il arrive que l'homme de ettres, dédaignant le rôle modeste de vulgarisateur, se trouve littéralement sans emploi.
' K 'est-ce pas un littérateur sans emploi que M. deLamar« tine? Et Victor Hugo, qui, avec une puissance de style supérieure encore, s'en va du moyen âge catholique à rOrient mahométen quêtant des sujets pour ses vers, et ne voit pas la Bévolution couchée à ses pieds, n'est-ce pas aussi un poète déshérité? £t MM. Soumet, de Vigny, Laprade, chantres de l'autre monde, qui rêvent la chute c. anges, le réveil de Psyché, le rachat de l'enfer, quand nous leur crions : A bas le prolétariat! pensent- ils avoir bien mérité de leur siècle et de la postérité par leurs rimes ?
U y a plus de vie littéraire, plus de génie, dans de petites histoires de la Bévolution, écrites sans faste, mais lues du peuple, comme celle de Villaumé, dans les récits plus ou moins légendaires de Marco Saint-Hilaire, dans les chansons de rierre Dupont et les moralités de Lachambeaudie, aue dans toutes ces œuvres qu'une société de convention admire en bâillant et qui s'enterrent à l'Académie.
Dans cette déroute des chefs de la littérature, il est facile de prévoir ce qui peut advenir des femmes qui les suivent.
I7t AMOim BT If ABIAOE
La femme est éduGatrioe ; elle a une mission sociale et coDBéquemment udb part dans raction littéraire, puisque c'est par la parole, par la poésie et Tart, que s'enseigne et se propage la morale. Mais ici encore et çlus que jamais la femme a besoin d We soutenue par la séyérité du génie yiiïl s elle est perdue si, au lieu de trouver chez lliomme un ^ide puissant par la raison, elle ne rencontre qu^un auxiliaire de ses faiblesses, un agent provocateur de son penchant à l'amour. Elle semblera d'abord une héroïne, parce que, l'homme s'efféminant, elle deviendra son égale ; peu à peu, l'erotisme subjuguant tout à fait sa pensée, elle tombera dans une espèce de nymphomanie littéraire, et tandis qu'elle rêve d'émancipation, d'égalité des seies, de
Earfait amouTi elle ira se perdre dans les mystères de otytto.