‹ Amour et mariageChapitre 21 sur 34 · XXIV. Madame Bolaki · texte numérisé non relu

XXIV. Madame Bolaki

Mtnon Phlipon, itée ii Paris, fille d'an graveur} ié^e romaaeactaet formée à l'école de RouBeeau, chrétienne d*iibord, paie pliilosophe par •entimenl, républionin» par engouement, mais toujours dominée par le senUmeni et l'idéal : à dix-sept ans elle accepte, en la personne de BoUnd de la Platière, un Wolm <r, en attendant que le ciel lui envoie UD Saint-Freux ; rédige, en collaboration avec 6oa mari, des livres sur le commerce et tes manufactures ; puis tout à coup, devenue dubiste, femme d'Etat et chr ffesse de parti, elle agite la nation plus qu'elle né la sert, et perd la Gironde, son mari et elle môme, par loa immixtioft auisi malheureuse que malhabile dans la politique t voilà, en dis lignes madame Roland*

Ce dont Je la loue est d'avoir, par l'infloenCé propre à son sexe» par lesentimcal et ridéeli contribué au développement de la Justice révolutionnaire i elle gâta sou rôle dès qu'elle eut la prétention d'employer d'autres armes, et d'agir aussi par la foroe de la raison.

Les mémoires qu'on lui attrituie étant apocryphes, j6 ne puis la Ja-

ger que par son parti et par un seul acte ; mais cet acte est décisif et i peint tout entière, elle et ses amis. On lui a supposé un amouf se* eret et profond pour un Girondin : personne ne peut dire ce qui en futê J'admets que sa vie occupée, son esprit remuant, le respect de soa mari, le soin de sa réputation, la sauvèrent jusqu'à la fin des misères d'un entraînement que fille et femme elle dut réprimer : que ne fit-elle pour la vanité ce qu'elle avait si bien su faire pour l'amour 1 La Gironde, en conservant le pouvoir quatre mois de plus, eût sauvé peutêtre la République, tombée à sa naissance dans la mare de sang do septembre.

Madame Roland et les Girondins, o'e^t toul uq : dire ee que /ot le parti, c*est faire le portrait de la femme.

Pjir l'idée qu'elle représente autant que par ses talents, la Gironde a toujours eu ma sympathie; comme caractère, je la trouve déplorable.

Mieux que les Jacobins elle avait conservé la pensée de 89, marquée par \t^/édération$; mais elle la compread si peu, cette pensée» eue lj montre si incertaine, si chancelante, qu*on l'accuse, sous le nom de tÉDj^B4Li3M£, avec une apparence de raison^ d9 vgïiloir le démembrement de la France.

La Gironde est philosophe et se moque ajuste titre des capucinades de Robespierre : et par son affectation de scepticisme elle se fait accuser encore decorntpUo»; elle ne sait pas prendre la directioii de l'esprit public, se poser en défenseur de la morale et d|i drçit^ défeiidre son idée et tenir son drapeau.

La Gironde est révolutionnaire jusqu'à la violence : c'çst eUe qui décide Ja chute du trône ^ et elle se fait accuser de wudérantUme,

Malgré les Jacobins^ elle fait déclarer la guerre à l'Autriche, ce qui était la vraie tactique ; la victoire la justifie; et elle se fait accuser de trahison.

On l'appelle le parti des hommes (TEiat, aveu forcé de la supériorité de leur polii ique ^ et ces hommes d*{!tat sont sans cessa occupés de querelles particulières et de personnalités. Us s'elTraieut de Marat, ils méconnaissent Danton, ils jalousent Robespierre,

P oii vient que le caracicre de ce patti jure si fort avec sou idéeP C'est que l'idée ne lui venait pas lia sou fonds ; il la suivait, mais oe la portait pas : ce qui faisait dire des Girondins e^ général quç, s'ils savaient parler, ils ne savaienit point agir, et il j eut du vrai dians ce reproche.

La Gironde, élite bourgeoise, formée de sujets k la nature élégante et artiste, inclinant par son admiration de l'antiquité, par sa liUérature et son éloquence, à l'utopie, était le p^ti idéaliste de la F.éyolutiou, l'élémeni fcminin, par conséquent.

RobeF;>ierre et les Jacobins, bien autrement bavards, étaient-ils donc plus hommes d'action, plus forts sur les principes» plus loin du despotisme et des formes de l'ancien régime que la Gironde P Tout au contraire : c'est le parti de la médiocrité envieuse, de la contrefaçon monarchique, de la roideur sans puissance, du dogmatisme sans portée. Si les Girondins sont lea/emmelUs de la Révolution, Robespierre et SCS hommes en sont Us castrats. La République de 1848, qui reprit cette tradition, devait en fournir une triste preuve.

Mais les Jacobins affectaient de se tenir plus près du peuple ; s'identifiant avec la Montagne, affichant des mœurs austères, montrant des figures recbignées et des barbes incultes, ils furent, dans l'opinion, les justiciers de la RevolutioA^l'éléineut Jia&lç. Leur triouàphe mom^ataué était certain.

ItO AyialJK LT MâIUAGE

Quelle merveille qu^avee leur tempérament les Girondins eutseat leur Égérie, une héroïne, belle, éloquente, passionnée? Cela devait être, et eela fut. Les montagnards de 93 n'eorent-ils pas aussi lest Théroigne de Méricoort, comme ceux de 48 leur George Sand?... Li gloire et l'infortune de madame Roland étaient dans la logiqoe des eiroonstanees : c'était la reine prédestinée du parti qui d'une main renversait la royauté, de l'autre menaçait Marat et les septembriseurs.

Le fiût qui signala l'influence de madame Roland est la Utirë ëë roi, du 10 juin 1792, qu'elle rédigea pour son mari.

Tous les historiens ont remarqué le ton impérieux et blessant, l'énergie déplacée, malhabile, de cette épitre. Une femme ne pouvait plus mal faire. Pour comprendre tout ce qu'il y a de puéril dans cette œuvre, il faut la rapprocher des fameux messages de la Constituante, inspirés, dictés ou rédigés par Mirabeau et Sieyès. Ici, le respect le plus profond et le plus vrai, joint à une fermeté qui évite de paraître dans le style, et qui, n'existant que dans les choses, triomphe d'autant plus sûrement ; là une vivacité toute de forme, qui laisse voir que la Gironde n'est plus maltresse de la situation et que les événements lui échappent. Aussi la royauté, comme un fier coursier, obéit à la main de la Constituante; elle fait sauter la Gironde.

Jamais l'intervention d'une femme ne fut plus funeste : la chute de la Gironde date de ce jour. Avec les rois, il faut parler le langage de la Constituante ou ganter le silence de la Convention; et je me figure que, si la Législative avait été appelée à discuter en séance publique la lettre de madame Roland, elle l'eût sévèrement blâmée, tant pour le fond que pour la forme.

A partir de ce moment, l'influence de madame Roland se renferme dans son salon. Elle mourut avec courage, mais non sans faste. Jusqu'à l'échafaud elle ne peut s'empêcher de déclamer : liberiéf çme de erimei commis en ion nom! Bien supérieure, à cet instant suprême^ m'apparait l'infortunée Marie > Antoinette, montant à l'échafaud sans prononcer une parole, sans verser une larme, avec ses vêtements blancs de veuve, presque aussi belle que la Lucie de Camille Desmonlins. Marie- Antoinette n'a pas fait moins de mal à la royauté que niadame Roland à son parti ; elle eut du moins son excuse dans la nullité de son époux. Il est possible, l'accusation est loin d'être prouvée, que Marie- Antoinette, si mal mariée, ait été légère; du moins elle reste femme, et cette femme est plus sublime en face de la guillotine que le demi homme appelé madame Roland. La pécheresse l'emporte ici sur la stoïcienne : pourquoi? parce qu'un mot, une heure lui ont auffi pour reconquérir sa dignité de femme, et que l'autre, par sa virilité afiectée, a perdu la sienne.

On peut dire que madame Roland eut son continuateur, son tougeoTi en Charlotte CoBSukT, L'une de eea femmes complète Tanin i

AMOUR ET MABIAGE iSl

y^st la même roideor de eanetère, la même soif de rewmimée et de

S* euToir, le même mépris du parti oppoeé ; da reste, la même bravoiire evant la mort. Seulement, tandis que Vémaneifotion de la première n'avait pas dépassé le for intérieur, la seconde se donne liberté cornplèfe.

Charlotte Corday d'Armans, comme elle se nommait, sorte de gen« tillfttre, aventurière, repue de romans, fainéante, menteuse, archicatin, aspirant, comme madame Roland et à son exemple, à jouer un rôle politique, et sachant à merveille, dans ce but, trafiquer de son

Sneelage : telle fut l'assassin de Marat. A Caen, où elle vit les Gironins, elle eut des relations intimes avec Barbaroux, on dit même avec le grave Péthion. Thibaudeau et Doulcet de Pontécoulant, bien instruits de ces détails, l'affirmèrent toujours. M. Yillaumé qui a recueilli leur témoignage, et étudié à fond cette affaire, est présent pour en déposer. L'émancipation de Charlotte Corday datait de loin ; elle en avait tiré hardiment, et de bonne heure, les conséquences. Du reste pas d'amour en cette créature. Dupe des illusions girondines, elle se figurait, nouvelle Judith, que, Marat mort, une réaction de Paris con« tre la Montagne était inévitable, et sur ce beau calcul elle avait fondé l'espoir de sa fortune. Ni les Girondins, ni à plus forte raison vie Charlotte Corday, ne pouvaient comprendre que, la Révolution étant emportée par un courant irrésistible, la prudence commandait de le suivre, jusqu'au moment où de lui-même il s'arrêterait. Ici encore éclate la supériorité de conduite des hommes de la Plaine sur les em« portés de la Gironde.

La Plaine, personnifiée en Sieyès, vote la mort du roi saïupkrasei; envoie, au gré des événements, an tribunal révolutionnaire. Girondins, Hébertistes et Dantonistes, se lavant les mains des condamnations qui

S cuvent s'ensuivre ; vote en trob jours la Constitution de 93, salue la éesse de la Liberté, assiste à la tète de l'Être suprême, puis, éclatant de rire au rapport de Barère sur le messie de Catherine Théot, d'une chiquenaude met Robespierre et les Jacobins à bas. Tout cela n'est pas fort héroïque, sans doute ; mais le tapage girondin, mais les épurations jacobines, mais les processions maratistes, était-ce donc de l'héroïsme P Entre partis qui luttent pour le pouvoir, le plus fort n'est-ii pas celui qui sait le mieux se contenir et faire servir à ses desseins l'ineptie de ses compétiteurs? Il y avait aussi des hommes courageux dans la Plaine : Féraud et Boissy d' Angles le prouvèrent. Mais ils ■avaient, ce que la Gironde et madame Roland, les Jacobins et leurs tricoteuses, ne comprirent jamais, qu'en Révolution il y a des frénésies populaires qu'il faut laisser se calmer quand on ne peut plus les retenir ; qu'on n'en finit pas avec l'anarchie et le despotisme par l'assassinat ; que ce ne sont pas les hommes qui font les partis, mais les partis qui font les hommes ; et qu'entre deux folies furieuses qui agitent une natMHi û n'y a d'autre initiative à prendre que celle de la réserve et du

le

lat AMOUR ET MAIIIAGt.

IflcMft. Ihftt «atanbé, Hébert deTfnt le chef an mouTeipeiii sans» iidillv t iO M l«at le fruit du erime de Charlotte Corda^.

Page 1