‹ Amour et mariageChapitre 22 sur 34 · XXV. — Bbdame de Staël · texte numérisé non relu

XXV. — Bbdame de Staël

pi 1689, je demantfat à M. Dros, de l*Aeadémie française, 80i\ opl- {ion eor madlimede Slnël, lui avouant ingénument qu'ayant commencé, nr la Ibi de la rei^ommée, la lectvre des Cùnnidirationt sur /« Hévolu" mmjfiranfttUê et de VAltmoyne, il m'avait été ioipodsibie de vaincre 9on ennui et dV^<^^^f Ç^^^^ entreprise.

M. Drot se mit à rire, et me dit : • Je auU, avec mon ami An- ^enx, l'un des littéraieura de IVpoque qui ont le plus Ikit pour la tiputation de madame de Staël. Elle n*eut jamais de plus ardents, de ahis tincèrea enthousiastes. Or, voici ce q[uî nous arriva. Quinze on llngt a^s après la vogue de cette femme, je m'avisai de relire (es œc|s(p^ dttf d^atlbord m'avaient causé tant de plaisir, et je fus, comme voua, •pdfei d'un insurmontable déjpùt. Je (s part de mou imoression à Ai^« $ieax, qui m'en avoua teut autant. Nous rimes fort de notre mésâ- ^f^ntnre, mais nous ne nons en vanterona pas. Laissons en paix maèama de 6taêl. f

CTeit ainsi, pour le dire en passant, qne se font les célébrités fémi* fthiee 61 qu'elles se soutiennent. Les premiers qui, jeunes, y mirent m Ktain, pa: venus à la maturité n'os«nt plus se déjuger^ et il reste établi» parmi les adolescente et les femmes, qu'une iStaêl balance un IjIaDo^on.

Qu'une femme entourée de tous les avantages de la fortune et du laïlg, ayant reçu une éducation hors ligue, vivant au milieu d^ ^mmes les plus considérables par la science et le génie, puisse, à une époque de décadence, ou, ai l'on veut, de vulgarisation littéraire, pu- Çier, soua forme de considérations, de roman ou d'essai, le résumé de eei leetures, conversations, correspondances et impressions, cela peut %Voir son utilité et mériter à l'auteur de justes éloges. La nature, qui I bit i'esprit de la femme d'une autre trempe que celui de l'homme, ia*a pas entendu que cet esprit demeurât sans manifestation et sans in- Suence. A qui le nierait, je ferais observer que la femme parle^ et gé* ttéralement, avec plus de gi&ce et de facilité que rhomme : elle doit donc avoir à dire quelque chose. Qu'elle parle donc, qu'elle écrive ttAme, je l'y autorise et l'y invite; mais qu'elle le fasse selon la mesure et l'essence de son intelligence féminine, puisque c'est à cette eondition qu'elle peut nous servir et nous plaire : siupn je la rappelle à l\)rdre et lui interdis la parole.

Le dé£^ de presque toutes les femmçs auteurs est qu'elles veulent ttrë hommes, et que, nç pouvant le devenir, pas plus par TintelligçnÇe [ue par le sexe, elles retombent au dessous de la femme. A propos de

Révolution, madame de Staël pouvait faire one chose aussi utils

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MterteUe, c'était de recumllir des matériitti et det eneçdotoe i elka ^vGlu wit des CoHSfdérations, comme un homme d*Btat» et elle ut sàhi a rien appris du tout. Quand les liommes, étourdis par les évéae* ments, passaient à Tennemi, comme de Maistre et Chateaubriand, oa battaient en retraite, comme Laharpe et ]^yer-Coliard| que pouvait aVoif a dire la fille de Suzanne Curchod P

)e fourrais m^en tenir au témoignage de M. Dros t j^ai voulu poar« tant, <p'ans ces dernières années, et pour l'acquit de ma conscience, me laire i ne idée plus exacte de la dame ; et comme c*ést dans leurs œu* nés irtimei qu'il faut juger les femmes, j'ai lu Corinne, le chef-d'œuvre de ma iaroe de Staël.

Coiinne, bien entendu, est madame de Sfaël elle*méme, poètOi Minlie, improvisatrice, cantatrice, danseuse, joueuse de harpe, cornéaienn*) et tragédienne, par dessus tout précepteur et pédante, l'ancienne profession de la mère de madame de Siaël, Suaanne Curchod» ' La Inèse, en forme de roman, développée par madame de Staël» peut se réduire n cette question : Si »» ^éais comme celui de Corinne (madame de Staêi) peué te contenter de Vexistenee vulgaire qn^ offre 1% ménagé aux épouses et aux mères, et si par conséquent la société p*est paê iyuste envers la femme F

A quoi je réponds, le roman de Corinne à la main, que ce prétendu génie n'existe pas ; que les picxes fournies à l'appui démontrent préei^ sèment son absence; que même les talents d'acquisition exhibés par l'auteur font lort à son esprit naturel autant qu'à sa dignité de femme; on sorte que, si Ton devait conclure de l'exemple de Corinne à l'uni* Tcrsalité du sexe, il vaudrait mieux, pour celui-ci, rester dans l'igno* rance que de compromettre, par un semblant de génie, avec le bon aena et la grâce qui le distinguent, le bonheur de sa vie et le repos de la nôtre«

lie roman de Corinne se compose de deux panies» que l'auteur méic et alterne dans sa narration.

La première partie consiste en une espèce de guide ou l^ade meeim du voyageur en Italie, comme en fourniraient sur commande tous les faiseurs d'almanacbs, avec des morceaux dithyrambiques sur les gran* deurs et les misères de ce p:iys. Ç4 et là quelques pensées justes sur la littérature et les arts, extruitesde lectures et conversations de i'auteitr, mais qui ne sortent pas du lieu commun.

La seconde partie, ou le roman proprement dit, est quelque chose d'absurde, écrit en un style inqualifiable. Si Corinne, ou lord Melvil^ son amoureux, avaient un seul moment lucide, ce serait du roman t comme le Raphaël de M. de Lamartine, il finirait le premier jour, il finirait le second, il finirait le troisième, ii finirait à chaque instant* Ajoutez que, comme dans Raphaël, la moralité des personnages est détestable, un manquement perpétuel à la bienséance, à la délicatesse» à la probité, à la rais^on, déj;uisé sous le plus iatigaut verbia^ et 1m lèntiinentalités les plus fades.

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Coriiine, d'abord, n'attend pas qu'on l'aime i elle devine qu'on Faimera et fait toutes les avances, assurant néanmoins qu'elle se tient sur la réserve : résultat de cette efféminatio9 Httéiaire qui commence à Rousseau, et que nous avons vue se continuer par la Gironde. Une femme qui raisonne de tout, religion, morale, philosophie, politiquOp littérature, beaux- arts, a des privilèges que n'obtient pas une pécore. Son tttieuit ce mot revient à chaque instant dans la bouche de Corinne^ la dispense de toute retenue; elle ebt naiurtlh. Elle sait qu'en se faisant connaître sous son véritable nom elle court risque de perdre lord Idelvil, à qui un devoir pieux défendrait de l'épouser; mais elle sa garde de tenter l'épreuve, et s'efforce d'engager son pitoyable amant, en enflammant sa passion. Puis, quand lord Melvii la quitte, elle eourt après lui, assiste invisible à son mariage, et revient se désoler en Italie.

Quant à lord Melvii, le héros du roman, un homme selon Je cœar de madame de Staël , c'est un être sans caractère, sorte de pantin qui, après avoir longtemps soupiré pour Corinne et lui avoir promis mariage, l'abandonne en lâche, trahit sa parole et épouse ailleurs. C'est un fait d'observation générale que les caractères d'hommes conçus par des romancières sont au dessous de la virilité. Mettez à la place de lord Melvii le premier bourgeois venu de la Cité de Londres; dès la premier jour il en eût fini avec la donaelle par cette proposition simple : « Pouvez-vous, ô Corinne! renoncera vos triomphes et vivre comme une Anglaise, sauf à mêler de temps en temps aux occupations domestiques votre culte des beaux-arts? Nos femmes, que vous dédaignez, ne sont pas tellement ménagèren qu'elles ne s'amusent volontiers de musique, de danse et de littérature, comme de modes. Servez-leur en tout de modèle. Un vrai gentleman ne trouvera jamais, pour lui verser le tké, Vénus trop belle, Minerve trop sage, les Muses trop savantes, Junon même trop grande dame. Voulez-vous être la premiôra lady d'Angleterre?... • On s'expliquait, Corinne acceptait, tout finissait ; mais madame de Staël perdait sa cause.

Ou m'a cité de madame de Staël un autre ouvrage fort peu eonnu. et qui, m'assure- t-on, mériterait de l'être. Je ne le lirai pas : laisaona en paix madame de Staël.

De même que madame Holand, madame de Staël fut une espèce de chef de parti. L'idée qu'elle représente est la réaction au despotisma militaire ; et comme la première avait eu, dit-on, son Barbarbuz, la seconde eut son Benjamin Constant. La femme n'a pas une idée dont elle ne fasse un petit amour : que ce soit sa gloire, si l'on veut, mais que ce soit aussi le signe de sa faiblesse. Qu'il en eût peu coûté a Bonaparte pour faire de cette rebelle une fanatique de son pouvoir!... Mais, par la loi de contraste qui unit les sexes, le plus nomme dea hommes proférera toujours la plus femme des femmes; époux et empereur, Kapolîon, qui dédaigna madame de Staël, couronna deux fois Joséphine. Parlez donc d'égalité i

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