‹ Amour et mariageChapitre 23 sur 34 · XXVI. — Madame Neokeb db Saitssuse · texte numérisé non relu

XXVI. — Madame Neokeb db Saitssuse

Avec celle-ci nous aurons le spectacle d'une sorte de réaction en famille : après la mondaine, la dévote; mais le diable n'y perdra rien.

Madame Necker de Saussure, fille du célèbre physicien de Saussure et parente par alliance de madame de Staël, est auteur d'un livre fort répandu, qui a pour titre Education progreasioe ou Etude du cours de la viCt 3 vol. in- 8*. Il suffit d'ouvrir au hasard cet ouvrage pour s'apercevoir qu'on a affaire à une personne dont l'indépendance s'affiche beaucoup moins que celle de madame de Staël, et chez qui, pour cette raison, le caractère, les idées et le stjle semblent plus assurés. Dtfiez-vous cependant de cet air de componction : madan^e I^ecker n'est pas tellement résignée à la loi de subordination qu'elle enseigne aux jeunes filles et qae sa religion lui impose, que je voulusse recommander son livre aux institutions, et cela dans l'intérêt même du sexe. La pédagogie de cette prêcheuse, inspirée du temple, est dépourvue d'aménité ; ou dirait la Julie de Rousseau devenue ictérique, et qui, après avoir caressé l'amour et l'homme, est saisie tout à coup des deux sentiments les plus haïssables chez la femme, l'aversion de son sexe, et une jalousie démesurée du nôtre. Ah ! plutôt que ces piétistes à figure de parchemin, vivent les Madeleine et les Aglaé ! Celles-ci du moins nous font sentir la femme; la vertu des autres n'est bonne qu'à figurer sur des croix sépulcrales. Tandis que madame Necker disserte, étale sa discipline et sa savantise, elle oublie de montrer ce qui plaît le plas dans la femme, la seule chose qu'elle puisse donner et que nous lui demandions, cette physionomie ravissante que prend dans son esprit la pensée de l'homme. Qu'on trouve dans son ouvrage quelques observations de détail qui ont leur prix, je l'accorde ; au to(al, je préfère à ce méthodisme décharné la bonne madame Le Prince de Beaumont et son Magasin des Enfants,

Je ne m'arrêterai point à examiner Tordre d'idées dans lequel se meut madame Necker : sa pensée ne lui appartient pas. Chrétienne et réformée^ elle part du dogme de la chute, rétrogradant ainsi de Rousseau, qui du moins affirmait la Justice native et immanente, à saint Paul, le théologien de la grâce : c'est assez dire. Madame Necker n*a pas de système, pas d'idée synthétique et mère ; le titre de son livre. Education progressive^ sans portée philosophique, aussi ambitieux que mal justifié, n a pas même de sens : cela pourrait s'appeler aussi bien Juge conducteur dans tes voies du salut^ à la manière aes ouvrages de dévotion catholiques, sUa foi calviniste ne répugnait à la modestie et à U simplicité.

Puis donc que nons ne pouvoui jager cet èvrivaiii que sur des aperçus de détail, et qu'après tout la ouissance de l'esprit , quand elle existe, se montre aussi bien dans les petites choses que d*ns les

if6 AHoim rr habugb

grandes, eonientons-nooi d»qiielqiiMt dtotioai, qni terrirovl âvfettl quf! mille.

Le tome troisième de VEineaiitm frogrgmve est exolnsivmaeat eobsaeré aux femmes : e'est la partie de son sujet que l'auteur dsvait le mieux eonnaftre. J'ai cité les passages dans lesquels madame Necker avoue, d'un air û centraiet, si piteux» i'inieriorité de l'intelligence chei la femme, sans se douter un moment que eette iaférioritc puisse avoir sa raison dans la destinée sociale ; je eontinne.

• Une entière franchise est rare cheala femme, • dil madame Neo» kcr.

Le fait est Trai ; mais d'où vient cette rareté? Voilà oe qu'il faol dire; sans quoi l'observation est sans portée, etrinstitutriee, qui veut corriger ce défaut dans son élève, court ^i^que de faire fausse route» Faut il attribuer au serpent, l'antique initiateur du sexe, cette perfidie naturelle que les philosophes et les satiriques attribuent si voion« tiers à la femme ? Pour moi, sauf meilleur avis, il me semble que U défaut de franchise chez la fr mme résulte de la qualité de son entende* ment. Ilile procède par intuition, non par enchaînement de propontioiix ; et comme l'intuition ne mène pas loin, il s'ensuit que la femme est forc(*e de s'arrêter devant les conséquences inconnues de ses paroles : elle se mette d'elle même : son défaut de franchise ne prouva dore qu'une cho»e : sa timidité, disons môme, sa prudence. Madame Necker, qui, aprè& a^oir posé le principe, n'avait plu» qu'à tirer la conséquence, le comprend si peu qu'elle attribue la duplicité de lib feniroe à sa iervitude ; do surte qu'au lieu d'un coupable nous en avoaa deux, la femme menteuse et l'homme tjran. Quelle psychologie!

• Cependant, ajoute notre institutrice, ses sentiments sont plus vifii« plus inoestructibles, moins sujets à être refioidis par lessophismee qn* ceux de l'homme. •

Pourquoi cela encore? Madame Necker, qui a vu le fait, n'en dé* couvre pas mieux la raison. C'est qu'un esprit qui n'enchaîne pas sea idées est par là même plus difficile à entraîner par la série dialeetiqua ; d'où résulte que la femme semble têtue, comme on l'a dit de loat temps, obstinée, indocile, tandis que tout son crime est de vouloir ra* mener cette certitude théorétique, à laquelle son iuteliigeAce répugne» à l'évidence de l'intuition. Pauvre femme!

Suit chcs Tauteur une enfilade de lieux communs sur le despotisme de ces méchants sujets d'hommes, qui font, par la tyrannie de bnr volonté, perdre la Irauchise et la sincérité aux femmes* Voilè toute la philosophie de madame Neckei 3 mauvaise humeur, dénigrement. L'homme est ceci, la femme est cela | mélange de vertus et de vices, les premicres données p«r le Saint-Esprit, les secondes contractés par la suggebtion du diable. Tandis quH madame Necker, sévère aristarque. accuse la faiblest^e de la raison chez les femmes, elle ne s'aperçoit pat ^

i}u'«JJ« m^^ f^\we^m^t 9« femme, •» a'fsf 99 ^ûm'i^^9f9Êf

AMoim vr MAmAens m

omtft «Ue, D« qvoi «e BMlo-t««lU, fema»» 4ft i^v^îf MMWfliar

eomiu« aa homme F J'aimerais autaai qu'ella juràfc oonuM Hm thur litief . ^

Ainsi, elle convient de l'inégalité intellectuelle des sexes. • llai%. • lioute-t-eUt*, cette inégalité n'est pas au«»i grande %Wim croiU • ---Eh ! madame, si peu que rien, c'est rin&ni. Il en e»i iei 4e i'wttk ligeocc comme de la justification. Four peu que rbownie aH par laimène d'énergie justiliaute, il a la sainteté; pour peu qu'il ait àe htm de conception, il a la science ; dans l'un et l'autre eas» il «'esi paadé* chu : c'est fait de votre religion. Or, la femme n'ayant de soi ni ia jnt* tifieation» ni la conception ou la génie» serait positivanonl déekiie, si elle n'était rachetée par eon compagnon. Qu'avea-vtMta à ié|Mttilra à «elaf

• La femme est naturellement pins religieuse que l'homm*. a Certes, oui; peuaea-voua lui faire de eeite religion wi litM à

l'égalité F

• LtB femmes aiment immensément } elles aiment depuis reafiuMt jusqu'à la Tieillesse, sans désirer d'autre boubeur Que celui d'aioitr. Im mouvement du coeur n'esi jamais suspendu chez elles. •

Pour cela ricore, vous dites vrai ; la femme est tout amour. Maia d'abord ne confondons pas cet amour immense, tel qu'il s'oh^erft eheft la femme naturelle ou émancipée, et qui n'est autre que laseifuté pure, avec ce qu'il devient sous le regard de l'bomme par latvansflgm» ration conjugale. Puis, mettes-Yoos d'accord avec vousomémc, at ftoonnaisses que, si la femme est douée d'une si grande putssanoe d'ai* mer, c'est qu'elle est douéa d'une médiocre capacité pour la Justiot» ainsi que vous le constatez ailleurs, ce que ne taohètCAt auUeiMnt Ml diapfisi tiens religieuses.

Madame Necker ajoute t

• De cet amour immense résulte l'amitié que lea hommes «ni mira eux. Il est de fait que là où les femmea eaptives et peu déttloppéit n'eieroent aucune influence, les hommes vivent aoUtairee; ils n# s'aiment pas. •

Le fait peut être vrai ; mais ce n'est qu'une eoïnoidenoe, ai l'oA n'en montre le pourquoi. Madame Necker saurait-elle le dire? Non : eed rentre dans la raison des choses, à laquelle ne s'élève jamaii de lut* même l'esprit de la femme.

• Pu moins les femmes ne sont pas toufes meriéei, et eela wmitiittt une large exception en faveur de la liberté de la femme. «

Noue j voilà : la Libk&tA Comme si, mariée ou non, la destinée de la femme daut la société n'était pas toujours la mémel L'indifidu aiiit la loi du leze, madame : demandes à Daniel Stem.

• Un bit dont on ne tient pas asses compte est la parfaite égalité inteUectuelle des jeunes garçons et des jeunes flUea pendent \^ k

lis AMOIlh RT MARIiLGii:

Bâppoiici l'effet à la caue, et tous Tems qae rinégaliiê qui se dé- Tdoppe après le piemier âge Tient de la mascttlinité, qtd auparavant •omneillait. Mais quelle femme sait rapporter les effets à leurs

canscs?

• L'engagement que prend réponse est spécial; II a sa limite; Ù9 iroiiê iê Dieu mmt téurtiê, •

HoU ! Après avoir reconnu la prépondérance de l'homme» rê»erver la iroiii it Dieu» des droits que l'on prétend antérieurs et supérieurs à ceux de l'époux, c'est séparer ce que Dieu même a jointe et changer le mariage en concubinage.

Aprte une tirade contre les ahu du pouvoir marital, madame Necker fiât appel à l'égalité mystique en Christ. Elle est loin de se douter, la dévote institutrice, du chemin qu'on pourrsit lui faire parcourir, aree cette égalité. Nous n'en avons déjà que trop dit; n'en parlons plus. Constatons seulement la fatalité de la loi qui mène toutes ces émancipées : boa gré mal gré elles tombent toutes dans l'éroiisme, èrotisme sensuel, si avec le respect conjugal elles ont perdu la foi religieuse ; èrotisme mystique , si elles sont demeurées fidèles. Les Thérèse, les Chantai, les Guyon, les Comuau, les Krudener, émancipées de l'Eglise, sont sœurs de Ninon de Lruclos, de mesdames du Chatclet, d'£pinay« de Tencb, du Deffant, de Genlis, de Geoffrin, émancipées de la philosophie. Toutes se valent, toutes sont également à craindre pour la famille et la société.

Madame Necker de Saussure est si peu amie du sexe masculin, qu'elle voudrait, pour lui faire la pièce, pouvoir ôter aux jeunes filles leurs grâces naturelles et leurs attraits. Elle ne supporte pas ce culte universel fendu à la beauté.

« Le culte de la beauté a des autels indestructibles dans le cœur des femmes. Bien plus, des hommes graves, des penseurs capables de le

i'uger tel qu'il est, des moralistes qui devraient en diminuer l'influence, 'augmentent encore. Us semblent fascinés à la simple idée de beauté. Et ceux qu'on croirait appelés à donner aux femmes des conseils sévères s'arrêtent retenus par la crainte de nuire à leurs charmes. •

a Et pourtant il faut être sévère... «

Ne voilà-t-il pas un grand malheur que les femmes soient belles, qu'elles ajoutent, par la parure, à leur beauté, que même elles mêlent à tout cela un peu de coquetterie? Eh bien, madame, puisqu'il faut vous le dire, sachez le donc : la beauté, c'est toute la femme. Otea-lui la beauté, elle n'est plus rien pour l'homme; elle n'est rien mémede« vant Dieu ; et votre Education soi-disant progrestive, qui conduit la jeune fille au mépris de l'homme et de la beauté, est une éducation à reculons. U faut refaire votre ouvrage, et prier quelque honnête homme, amoureux de la beauté, de vous assister de ses conseils.

« Les hommes, observe-t-elie avec humeur^ ne s'occupent de l'édu* eation des femmes qu'en vue d'eux-mêmes. •

St eu rae de qui, s'il ?oas plaît, tonles-vous que nous nous eu oeeu* pions, puisqu'il est avéré, mathématiquement démontré, reconnu par TOUS et par toute la chevalerie errant», que la femme jetée parmi les hommes n'est rien par elle-même, ne se soutient pas elle-mé me, cl qu'elle n'acquiert de valeur et de signiGcation que par le mariage P. ••

Je ne pousserai pas plus loin ces citations, qui nous montrent la nature prise sur le fait, je veux dire la femme, même la mieux élevée, la plus instruite, celle que la fréquentation des hommes a de longue main fortifiée et aguerrie, dont une dévotion raisonnée a mis le cœur à l'ahri des séductions de l'amour, en flagrant et perpétuel délit de contradiction, d'inconséquence, d'absence d'idée, de faux jugement, et, ce qui est pis, toujours à la recherche de compensations amoureuses en dehors de son intérieur et de ses serments.

XXVn. — Madame George Sand.

Jusqu'à ces dernières années, je n'avais lu de madame Sand que quelques fragments saisis à b volée dans des feuilletons et des revues ; et sur la foi de ces fragments, j'avais conçu, je l'avoue, un vif senti* ment de répulsion pour l'auteur. Des amis, dont l'opinion devait être pour moi un grand poids, m'assurèrent que mes préventions étaient injustes et faisaient tort à mon jugement. Madame Sand, me disaientîk, est un éerivain de génies et, ce qui vaut mieux, c*ett une bamiê femme. Lisez-la : voos vous deves de la connaître.

Je demandai quels étaient ses meilleurs romansP L'un m'indiqua Lélia; un autre, tndiana; un troisième donnait la préférence à Jaeqtue ou à Mauprat; on vantait le style de Leone Leoni^ etc. C'était un mauvais signe que cette divergence d'opinions : j'en fus quitte pour voir tout. J'ai donc lu de madame Sand Indiana^ FaUntine, Lélia^ Mauprai, Jacques^ Roee et BlameMe^ Le Compaffnon du tour de France^ Spiridiom, Leone Leoni^ le Secrétaire intime, téverino, et l'Histoire de ma vie; j'ai vu, à TOdeon, le Ciampy, Claudia, Maître Favella : si cet ensemble ne sufBt pas a motiver mon opinion, je suis prêt à retracter tout ce que je vais dire.

Le premier effet de cette lecture fut de soulever en moi une réprobation terrible. Je n'avais pas assea d'imprécations et d'injures contre eette femme, que j'appelais hypocrite, eeélérate; peete de la République ^ fUe dm marquii de Saie, digne de pourrir le reete de ses jourt à Saint» Laeare, et oue je voyais admirée, applaudie, Dieu me sauve, par les puritains de la Eépublique.

J'avais tort cependant, sinon vis-à-vis des livres, au moins à l'égard de l'auteur. Une étude plus attentive m'a calmé, et je crois pouvoir d'un mot justiflier madame Sand, à qui je demande pardon de ma colère.

Bien de ce que In raison et In morale peuvent Uàmerehei elle n'est

!'>0 AMrUR KT MAHIAGB

d*ell« ; cft i«fiaeh«, font ee qu'elles penrent approuver loi appartient. PaiNUit* par le talent et le earactère» amante de rhonnéte ftutafit ffitê da beau» nadame 8«nd, dans la modestie de son coeur, a eherobé dû homaMi elle ne Ta pas trourék Aueun de oeut qu'elle a hantés, aimétf, n*a itt la oompretidre et n'était digne d'elle ; elle a'est égarée par leur fkute. Elle ne «iemandait, en suivant sa vocation, qn'k rester en tout et pour loulM que les plus désintéressés de ses amis l'ont trouvée toajoursi ane bonne et «impie femme i ses eour tisans ont fkit d'elle une em^wiêtphi que la responsabilité leur en revienne !

Bi jamais rétineelle du fténie dnt briller en nné femme, ee fut certes en madame 8and. Son édseation lui donna tout, et malgré certain petil aecès de dévotion qu' 41e accuse vers sa seiaième année, et qui ne fui que le prélude de sa vi t amoureuse, bn peut dire que dès le ventre de sa mère elle fut $an$ ; •^jvgéê. Elevée par une grand'mère voitairienue et un préct* pteur hi ^ée, à vingt ans eile possédait les langues, les sciences, les arts, laph tosophie; elle s'est mariée elle-même ; elle a fréquenté les jésuites, le « religieuses, l'ancienne et la nouvelle société, les pajsans et les an «toeraies ; depuis 1630, elle passé sa vie au sein du monde politique cl ittéraire. Aueun écrivain, de notre temps, n'ama»8a pareil:e provision de faits et d'idées, ne fut è même de toir d'ttussi près tant d'hommes et de choses. Ajoutez une faculté d'expression extraordinaire, qui imite à s'y méprendre la manière des plus élo* quents. C'est avee ces avantages que madame 6and, à vingt-huit anS| mère de famille et revenuf des illusions de la jeunesse, renonce à la vie de campagne et entre dans la carrier e« Que va t*elie donner au ptlblioP Qu'est-ce qu'il y a, dans les cent ou cent cinquante volumes qu'elle a écrits, qui révèle une idée forte? Voilà ce que nous lirons à denteler, et ce qu'elle serait sûrement incapable de dire.

Dmus VUatoirt de ma 9/#, allant au devant de certains repf^hes que Je ne relèverai point, madnme Biind aeeuse les /ataiiiés de sa naiutnite. Elle se trompe. Madame 8and tient de sa grand'mère Marie I>uptii, beaucoup plus que de sa mère Yietoiife Delaborde, et de sa trisaïeule Aurore de KœnigsmarJc. Les ébuilitions de sa Jeanesse, de même que la mélancolie sceptique de M. de Lamartine, forent l'eiTfct des impressions du dehors : elle est née calme, de senS rassis, point soplii»tc et médiocrement tendre; doeile dans son premier mouvement, d'une conception nette, et, pour le train ordinaire de la vie, d'un très bon jugement. Tout en elle, tempérament, caractère, éducation, la luciiiité, et, si j'ose ainsi dire, le sang- froid de l'esprit, la pri*destittait à être le contraire de ce que la firent d'impures relations. Qu'elle eût, nés le premier jour, rencontré, comme Manon ^hlipotti l'hnmme grave et fort dont soti imngination avait besoin, et George &aiiu, de bacchante révoltée que nous l'avons vue, eût été la ré^r* m»itrtce de l'amour, l'apôtre du mariage, une puissance de la Sévqlution.

aMoUretmarîagi: îqj

Oa 1^ WÊifH dist 1m lonani àê madame Sand la dtengimfiit da cette âne mal équilibrée : elle cet d'abord Valeiitme, unç jeune femme placide, facikinent résignée à un mariage ^m idéal; puis e'esfc Xndiana, que l*ennuî, pluiôl que des griefs sérieux, pousse à un amour de tête où elle ne trouve que déceptiou ; plus tard elle devient LeUa. la femme irritée contre l*amour par Tim puissance de la volupté. Qusna et comment cette dère Lélia est tombée sous la tyrannie des sens qui d'abord l'avsient dégoùtre, jusqu'oi^ elle est descendue dans cet abîme, elle seule pourrait le dire. Quel qu'ait été pour elle l'anteur de < etta triste initiatian, elle a le droit do le détester; mais qu'elle n'accuie pas son sang ; madame Sand n'est point une Pbèdre ni aa mère une Pasiphaé.

La fatalité qid a bit le malheur de madame Sand est tout autre* Elle a dit je ne sais où t «/# croU p^ii n'y a qwê notu auires efii$U$ d'Aonnéies genf. Là fut le piège. Artiste, madame Saud a pris l'art pour la révélation de l'honnête et du juste, tandis qu'il n'en est que l'excitateur; elle n'a pas vu que cette liberté artistique, qui la séduisait, n'est par elle-même qu'un pur libertinage, tout ce qu'il y a non seulement de moins moral, mais de moins idéal; et elle s'est égarée, en prenant pour eoiiseillera intimes des artistes, des poètes, les moine aùrs de tous les guides, les moins moralistes, pour ne pas dire les moûa moraux de tous les hommes*

Nous pouvons maintenant fidie le ikhê» de Madame Sand, eomme disent les astrologues i

Elle e^t femme, aussi femme qae paa une fille d'Eve ;

Elle a en prédominance le goài de l'art et de la littérature; la Toilà qui, emportée par son talent , quitte son ménage et se jette à corps perdu dans le galup des artistes et des gens de lettres, vivant dans la plénitude de la liberté artistique, c*est à dire dans un complet arbitraire de pensée et de conscience. Bref elle devient, selon l'expression du jour, tout à fait ariiêiê, au dernier siècle on aurait dit pàihxoi^ ou e»prit /or * ; elle n'est même plus de son sexe ; elle prend des habita d'homme et ne garde de la femme que ce qui sert à l'amour : nous sa- TOUS re qii'elle va produire. L'étude de la vie de mesdames Roland, de Stsël, Necker de Saussure et de leurs pareilles nous en a instruits d'avance ; la règle est sans eioeption.

Par cela même qu'une femme, sous prétexte de religion, de philosophie, d'art ou d'amour, s'émaneipe dans son cœur, sort de son sexe, Teut s'égaler à l'homme et jouir de ses prérogatives, il arrive qu'au lieu de produire une œuvre philosophique, un poème, un ehef-d'cBavre d'art, seule manière de justifier son ambition, elle est dominée par nae pensée fixe qui de ce moment ne la quitte plus, lui tient lian de génie et d'idées. Oette pensée est qu'en toute chose, raieon, vertu, talent, la femme vaut l'homme, et ^ue, si elle ne tient paa la aalmo plaoa daaa la sociétéi il 7 a violenoe et iniquité à son égard.

fOi AMOim ET MAHIÂGE

L'égaliié des 8eze& avec ses conséquences inéviLdles, liberté d'amôun, coadamnation da mariage, contemption de la femmog jalousie et baine secrète de l'homme, pour couronner le système une luxure inextinguible : telle est invariablement la philosophie de la femme émancipée, philosophie qui se déroule avec autant d& franchise que d'éloquence dans les œuyres de madame Sand.

Dès son premier roman sa protestation éclate : ^

• Je ne sers pas le même Dieu que vous, écrit Indiana k l'on de ses amants. Le vôtre, c'est le Dieu des hommes, c*eat le roi, le fondateur et l'appui de votre race ; le mien, c'est le Dieu de Vnnivers, le créateur, le soutien et l'espoir de loules Us créatures. Le vôtre a tout fait pour vous seuls; le mien a fait toutes les espèces les unes pour les autres. Vous vous croyez les maîtres du monde; je

crois que vous n'en êtes que les tyrans La religion que vous avez

intentée, je ia repousse *. toute cette morale, tous vos principea, ce sont les ÎBtérêts de votre société que vous prétendez faire émaner de Dieu même. •

- Ce passage, déclamatoire et sans portée, est cependant remarquable i plus d'un titre. On y découvre d'abord ce fond noir è^andropkoibie qui forme le ciel des romans de madame Sand ; puis, sur ce fond noir, on voit poindre le panthéisme, l'omnij^amie et la confusion auxquelles l'auteur devait aboutir dans Lélia. Certes, madame Sand n'a pas saisi ces rapports, bien qu'il soit aisé d'en suivre chez elle la trace; mais si la femme ne pense guère, la raison des choses pense pour elle» et conduit son imagination et sa plume.

Donc madame Sand, émancipée, célébrera l'amour, toujours rameur, puisque en déâniâve, sainte ou pécheresse, la femme émancipée ne rêve plus .d'autre chose. La collection des romans de madame Sand est une guirlande offerte a l'amour.

'~ Ce qui fait Timmense supériorité de l'amour sur tous les antres sentiments, ce qui prouve son essence divine, c'est qu'il ne naît point de rhomme même ; c'est que l'homme n'en peut disposer ; c'est qu'il ne l'accorde pas, plus qu'il ne l'ôte par un acte de la volonté; c'est que le cœur humain le reçoit d'en haut sans doute pour le reporter sur la créature choisie entre toutes dans les desseins du ciel; et quand une âme énergique l'a reçu, c'est en vain que toutes les considérations humaines élèveraient la voix pour le détruire; il subsiste seul et par sa propre puissance. • {Valentine, ch. xyii.)

Voilà le texte, vieux comme le monde, invariable comme un instinct, qui occupe le sexe et constitue sa philosophie ; l'idée immanente de la femme, que George Sand délaie en pages interminables, sans pouvoir jamais comprendre que cet amour, prétendu divin, n'est rien de plus que du fatalisme, quelque chose qui tombe sous le coup de la liberté et du droit, qui par conséquent, recherché pour lui-mêoie, rend l'homme indigne et la femme vile.

De là» à prendre l'amonr, eomme Dieu» pour principe de tont bien et de toute vertu, il n'y a qu'nri pas : '

• Depuis que j'aime Valentine, dit Bénédicte je suis un autre homme; je me sens exister. ( Suivez le roman et vous verrez ce malheureux se crétiniser de plus en plus.) Le voile sombre qui couvrait ma destinée se déchire de toutes parts (il voit des lanternes); je ne suis plus seul sur la terre (en effet, il est pris), je ne m'ennuie plus de ma nullité; je me sens grandir d'heure en heure avec cet amour. (Un hoiume qui tombe la tète la première croit monter.) •

Ê Je sais que l'amour seul est quelque chose, je sais qu'il n'y a rien antre sur la terre. Je sais que ce serait une lâcheté de le fuir par crainte des douleurs qui l'expient, etc. * (Jacquet,)

J'avoue que ce bavardage me cause un prodigieux ennui; mais beaueoup de gens aiment cette excitation erotique, plus ou moins parée et fardée, sans laquelle, l'amour se présentant in uaiuralUm»^ le dégoût serait par trop grand. Peut-être ne serait-ce que demi-mal, si l'auteur t'en tenait là : nous avons constaté nous-même que l'idéal avait été donné à l'homme pour l'engager à l'amour, et que l'amour et l'idéal sont les deux éléments au moyen desquels la femme exerce sa part d'influence dans l'éducation de l'humanité et le progrès de la Justice. Mais madame Sand ne l'entend pas ainsi : point de Justice pour elle, point de société, tant que la femme ne sera pas libre, libre dans son amour, libre en tout. L'amour, en effet, étant souverain, absolu, dieu, ne connaît pas de loi ; la conséquence sera donc, en premier lieu, la réprobation du mariage :

• Je ne suis pas réconcilié avec la société, et le mariage est toujours, selon moi, une des plus barbares institutions qu'elle ait ébauchées. Je ne doute pas qu'il ne soit aboli, si l'espèce humaine fsit quelque progrès vers la justice et la raison ; un lien plus humain et non moins sacré (quel lienP) remplacera celui-là, et saura assurer l'exbtence des enfants qui naîtront d'un homme et d'une femme, sans enchaîner à jamais la liberté de l'un et de l'autre. Mais les hommes sont trop grossiers et les femmes trop lâches pour demander une loi plus noble que celle qui les régit; à des êtres sans conscience et sans vertu, il faut de lourdes chaînes. • {Jacques.)

Plus loin le même personnage écrit à sa fiancée :

Ê La société va vous dicter une formule de serment; vous allez jurer de m'être fidèle et de m'être soumise, c'est à dire de n'aimer jamais que moi et de m'obéir en tout. L'un de ces serments est une absurdité, l'autre une bass^se. Vous ne pouvez pas répondre de votre cœur, même quand je serais le plus grand et le plus parfait des hommes ; vous ne devez pas promettre de m'obéir, parce que ce serait noua avilir l'un et l'autre. •

Et la jeune fille de répondre s

idi AM0t3R Et MAHIAGË

• Ab! tenez, ne (Milmis pas àê Aotrt mariage; parions eemma si M«s étions dntinés teuleaient à ôtie aaaafts, •

Ponvfnol, alori, se marier f

• Fkree que la tyrannie seeiale ns nous pemei pas de novs possédet amirenent, «diUeeqnes.

Jacques et Fernande mari^, le foneoaleMent ooniinaay aaas k moindre respeet de la dignité oonjugale t

• Il n^est quHin bonheur an monde, e^esl Tanioiir t lont Im teste n*(st rien, et il faut l'accepter par Tertu. •

Fuis arrive limant qui dit i

« 8i je ne suis pas né pour l'amonr, ponrqnoi Baia*}e né, ei à quoi Dieu me de8tine-t*il en oe monde? Je ne Toia pat ?ert quoi ma tog»^ tien m'attire... Je ne euie ni joueur, ni libertin, ni poète; j'aimo les arts, mais je ne sauraia en faire «ne ooeupation prédominante, I0 monde m'ennuie en peu de temps; je sens le beaoin d'y avoir un but« ei nul autre but ne m'y semble désirable que dVûmec qi d'être aimé. Peut-être seraia-je plus heureux et plus sage si j'avais une profession; mais ma modeste fortune, qu'aucun désordre n'a entamée, me lùaan la liberté de m'abandonner à cette vie oisive et facile... «

Que dites-vous de oette délibération d'un jeune homme qui, èher' ehant sa mm/îm, hésite entre \ej€n, la poàtiê, les afairu et Vûmmt! Quel gâchis! Bt eomme se trahit iei la femme émancipée qui, rendue à la bsciveté de sa nature, ne peut plus s'affraaohir de aes penasrs obscènes!...

Et elle n'en sortira plus, elle en a pour la vie. Daas ses Âr«imtf«i, publiés en 1857, vingt-cinq ans après Iméiana, madame Sand, qui a eu le temps de réfléchir et qui n'est plus jeune, conclut sur le mariage par cette formule dont tout le mérite est d'être oaiquée aur une phrase de Rousseau :

« L'indissolubîKté du mariage n^est possible qu'à la condition d'être volontaire; et pour la rendre volontaire, il faut la rendre possible. •

On le voit, quand madame Sand parle du mariage, c'est toujours l'amour qu'il faut entendre. Far lui-même, en effet, l'amour n*e&t que passager, et les deux lignes qu'on vient de lire lui sont directement applicables. Adressée au mariage, la critique porte à faux, et pourquoi P parce que le mariage n'est pas rien que l'amour ; c'est la subordination de Tamour à la Justice, subordination qui peut aller jusqu'à la négation même de l'amour, ce que ne comprend plus, ce que repousse, de toute l'énei^ie de son sens dépravé, la femme libre.

Sans doute cette réprobation du mariage, si lestement exprimée^ crée des impossibilités sans nombre, et pour l'ordre social établi sur la Ikmille, et pour la conservation de l'espèce, et pour la bonne inteUigence des deux sexes, et pour la femme, et pour l'amour même; impossibilités qui, réagissant sur l'esprit de l'auteur, rendent à cbaquo instant sa narration absurde. Ces considérations ne r^ardent point

KV,r)X'l\ KT MABTAGE 49»

madame Sand : elle est ariUiê, et Tartiste, suivant l'esthétique de la ftmitie libre, suit son idée, sans s'occuper de la réalité et de la raison dra choses. Artiste et émancipée, madame Sand suit donc son idée, qui la conduit, romanesquement parlant, à l'impudicité la plus effrénée. - Les romans de madame Sand abondent, m combinaisons et en pein-» tues dignes du célèbre M. de Sade, sauf les mots, qui, cliez la pre« miëre, sont à peu près toujours honnêtes. Dans Vakniine, l'action se piiSse entre les gens que voici : une mère qui, selon l'expression vulgldre, a rôti le balai ; sa fille Valent ine, faisant en Tabi^ence de son ntri l'amoui avec Béuédict ; le tnari de Valentine, qui, aimant ail* lairs, ne den^nde pas mieux que d'être cocu afin de faire chanter sa le«nme; la 80«ir de Valentine, chassée de la maison paternelle pour aroir fuit un oàtard, et qui, amoureuse de l'amant de sa soeur, sert, faute de mieux, l'amour des deux jeunes gens; une confidente, demoiselle de Tillaiçe, promise d'abord à Béué tict, et qui, après avoir da dépit épousé un rustre, suit l'exemple de Valentine et «te Bénédict. Il est entendu q jc les choses sont arrangées, le bon sens, la folie, le vice et la vertu distribués entre les peracmnages, de telle sorte que les amants aient toujours raison, les maris et les papas semblent ridicules. Pour ajouter a l'émotion, il j a du sang et des morts.

Daus JaegPâê, autre priapée : une mère veuve, n^ant pratiqué pen* dani son mariage l'amour Hbre, et, pour la sécurité de cet amour, l'infanticide; sa première fille, adultérine, vouée aussi à l'amour libre; sa seconde fille, légitime, mariée et faisant, comme sa mère et sa i^œur, l'amour libre; ces deux créatures possédées tour à tour par le même amant, ee qui ne les empêche pas de vivre très bien ensemble ; le mari de la jeune, flls d'un des amants de la mère et frère putatif de l'aiuée, laquelle le prend pour confident de ses amours : scandale, duels, suidde$ triomphe de l'amour^ A travers ee cataclysme on saisit à grand*

Sine Vidée de l'auteur, savoir, qu'amour, comme nécessité, n'a pas loi.

J'ai oit^ tont an long la scène entre Pulchérie et Lélia .* ce serait bien pis si je rapportais le viol de Rose et de Blanche ; si je disais pourquoi mademoiselle Edmée est amoureuse de son petit ours et cousin Bernard de Mauprat; si je passais en revue le musée de madame la princesse Quintilie, morganatiquement mariée à un étudiant alle« mand, et qui entretient ehea elle, iH)ur le plaisir de ses jeux et par fimtaisie d artiste, de jolis garçons et de jolies filles dont toute l'occupation est de faire l'amour : imitation des scènes de Caprée, esquissées par Tacite dans la vie de Tibère. L'amour a beau être profond, sublime, néroique, divin; il parait bientôt insipide si une lubricité inventive ne l'assaisonne. CHavoEOiis bb posture : ce f\it jadis toute la science de la fameuse Eléphantine : c'est encore, hélas! ce qui fait la meiUeurO part dea histoires de madame Sand.

Maia, l'égaiité dea leseï dêdatéei la mariage Iwaii l'amov rtadti

libre, la volupté «Tce tontes us joies prise ponr r^gle et pour fia, qud sera le rôle de chaque sexe? On ne peut pas toujours vaquer à ramoor : il &ut travailler, produire, adminibtrer, soigner le ménage, élever les enfants. En quoi consisteia U fonction de l'homme? En quoi, le ministère de la femoieP

Nous eonnaissons la réponse de madame Sand : On trouvera. Ella croit que cela se fait comme elle le dit. Par provision, et pour préparer les esprits à cette grande découverte, qui doit remplacer par un liem §ki» i0eré le mariage, elle travaille de son mieux, bien qu*à son insu, à siveler les facultés entre les sexes» et tout d'abord à rabaisser lo •araetke de l'homme.

La femme auteur, surtout la femme émancipée, réussit difficilement à créer des caractères virils. Outre que la faiblesse ne peut pas naturellement exprimer la force, il y a ici une autre raison, qui est que la femme Ubre ne se grandit réellement que de ce qu'elle retranche à U taille de l'homme.

Dans les romans de George Sand, comme dans tous les romans de femmes libres, les hommes sont en général de deux sortes; ceux que rauleur aime et qu'il présente comme modèles, et ceux qu'il n'aime pas. Il ne £sut pas demander si les premiers sont peints à leur avantage, les autres chargés. Eh bien, de ces deux catégories de mâles, celle qui a le moins de valeur est en général celle des amù de eaur de l'écrivain, et la rabon en est simple : conçus fatalement d'après le typt/ifmmeliM, ils ont perdu, au moral comme au physique, leur masculinité, tandis que les autres, précisément parce que l'auteur ne les a point flattés, la retiennent. Je prie ceux de mes lecteurs qui auraient la curiosité de vérifier le fait, de revoir les personnages de Bénédict, sir Ralph» Sténio, Téverino, Leone Leoni, Bustamente, Jacques, Bernard de Mauprat après sa conversion, l'amant de Quintilie, etc. Vertaeux on coupables, tous ces êtres sont de même nerf, artistes. Mêmes, braves et dévoués, cela va sans dire, et beaux diseurs \ mais, en fait, dépourvus de caractère, de sens moral et de sens commun.

A cette dépression systématique du sexe mâle, les femmes gagnent d'autant sans doute f II n'en est rien. Les femmes de madame Sand sont, comme ses hommes, de deux catégories : émancipées, c'est à dire esprits forts, cœurs secs natures bilieuses, hautaines, rudes à l'abordage, au demeurant peu chastes, bien que le mot revienne â chaqpe ligne; non émancipées, c'est à dire lympathiques ou sanguines, molles, lâches, bêtes et perfides. Comparez sous ce rapport Lélt», Quintilia, Edmée, Sylvie, avec Pulchérie, Fernande, Âlbénaîs, Joséphine de Frénays, Juliette, la comtesse dans Téoerino, etc. Valentine et Indiana, types indécis, tiennent des unes et des autres. Madame Sand, j'en ai fait ailleurs l'observation,' a la plus triste idée de son sexe; hors les élues Qu'elle crée à son image, elle le traite on ne peut plus. mal. Elle fait due à Sylvia, la stoïcienne, â propos de la fiance de son frère :

• Elle a beaa être aimable, elle anra beau être sincère et bonne : elle est femme, elle a été élevée par une femme ; elle sera lâche et menteuse, un pea seulement peut-être; cela suffira pour te dégoûter. •

A force de chercher la liberté et l'amour, madame Sand finit par perdre jusqu'à l'intelligence des choses morales : ainsi, dans Jaeque$^ elle fait du frère le confident des amours de la sœur; «tans /« Champi^ après avoir représenté l'enfant naturel comme un modèle de dévoùment fiHal, elle lui fait épouser sa mère nourrice, malgré le cri de la conscience qui proteste contre cet inceste spirituel; dans TMia^ elle pousse le privilège de l'artiste jusqu'aux jouissances unisexnelles :

« La continence oii vous vivez, dit Palchérie à sa sœur, provoque dans l'esprit des hommes de plus graves accusations que toutes mes galanteries. Mais peut-être ne trouvez- vous pas au dessous de votre destinée d'être soupçonnée de mystérieuses et terribles passions, tandis que vous méprisez le vulgaire renom d'une bacchante. •

Ailleurs elle calomnie le mariage dans sa solennité nécessaire :

« J'ai enlevé ma compagne le jour de mon mariage ; par là, je me sois soustrait à tout ce que la publicité imbécile d'une noce a d'insolent et d'odieux. Je suis venu ici jouir mystérieusement de mon bonheur... Nous n'avons eu que Dieu pour témoin et pour juge de ce que Tamour a de plus saint, de ce que la société a su rendre hideux et ridicule. •

L'idée n'est pas plus neuve que cent autres ramassées dans les immondices da siècle par madame Sand. Il ne manque pas de gens qui se dérobent par la fuite à la publicité de leur mariage : ils ont raison puisqu'ils en rougissent ; mais il faut apprendre à ces gens-là ce qu'il appartenait à madame Sand de dire, que, s'il y a lieu de rougir ici de quelque chose, c'est de cet amour prétendu aaini et de se» jouissamce*^ non du mariage, qui l'épure et l'affranchit. Que la concubine se voile, puisqu'elle suit la passion et se voue à l'amour ; mais que l'épouse se montre : elle a vaincu la chair, non plus seulement par l'amour, mais par la Justice et la charité.

D'après la théorie de l'amour libre, que suit fatalement George Sand, le mariage est réputé un marché infâme, et la jeune fille qui se marie sans inclination appelée prostituée» C'est toujours la logique du dévergondage, mise à la place de la raison du genre humain.

De tout temps la conscience des peuples a considéré comme luxure, fornication, prostitution, c'est tout un, l'usage que l'homme ou la femme fait de son corps dans un but de satisfaction passionnelle, paresse, orgueil, gourmandise, vanité, jusques et y compris ki délectation amoureuse. Au fond, la prostitution est toute subjective; on ne se prostitue réellement qu'à soi-même, non à autrui. Le mariage seul, ■ttbordonnant le plaisir à une fin supérieure, qui est la Justice, fait cesser la prostitution. Comment le cœur de madame Sand^ oomment M raison ne l'ont-ils pas compris?

La conscience des peuples dit encore que, chez la femme formée par

là hmXHHê à la Juiiee» !• |Midflar cti aa# certaine abhomnee da eorar et dct aeiiB pour tout ce qui a trait aux plaisirs de l'amour ; la chasteté» mie pratique invioUble de la pudeur. CVst pour cela que la pudeur, soit avant, toit après le mariage, n'existe TéritAblement que par le mariage ; elle est l'effet de cette dignité matrimoniale, qui, en sauvant les époux du falalisme passionnel, leur inspire un amour oeJme et inaltérable.

Madame 8and n'a p« ignorer cet choses. Elle était mare lorsqu'elle écrivit son premier roman, et, la maternité n'eût elle pas suffi pour lea lui apprendre, l'espérience de Lé lia les lui eût révélées. Comment sont-elles sorties de sa conscience et de sa mémoire P Ce qu'elle appelle chasteté est une certaine fraîcheur de l'imagination et des sens chex la femme qui n'a pas joui, ou qui, ayant pansé par Tétamine, sait à force d'art conserver les appannce» de la nouveauté. Je ne nie pas que pour un awutteur cette qualité n'ait son prix ; mais ne soyons pas dupes de l'équiioque* Cette chasteté-là peut se concilier avcfo tous les raffinements de la volupté ; elle n'a rien d'innocent et de timide; elle peut se trouver Jusque dans les maisons que surveille la police, et raisanee avec la'fuelie les héroïnes de madame Sand, une fois bûres de leur homme, passent du «#»«• à i'aiiMt, prouve qu'il n'y en a pas une de chaste parmi elles.

Dans RoH êi BiûHcàâ, elle nous montre une petite comédienne qoi, vendue et hvrée par sa mère, intacte encore, mais parfaitement instruite, dit a son acqtiéreur i Faites, jâ vous laisse wùh torps, je gariê mon dme! Conçoit-on une vierge de dix-huit ans parlant de ce style ? Lucrèce, violée par Sextus Tarquin , se rend le môme témoignage \ Corpus immiùm violaimm, dit-elle, animus insoms; mais elle est mère de famille, et puis elle se tue. Lurrèce était une sotte, en vérité. Quel malheur pour cette Komaine, dont le suicide enfauta la République, que madame Sand ne se soit pus trouvée prè^ d'elle I La femme libre eût appris A la matrone ce que l'Evangile dit quelque part, que ce n'est pas ce qui entre dans le corps qui souille l'âme, mais ce qui sort du cœur. CoUatin eût conservé sa femme, et tout le monde auiût fini par ôtre content, Brutus excepté.

Après ce que je viens de dire, il n'y a plus rien, comme idée, à attendre de madame Sand t nous la possédons tout entière. Cependant elle s'est mél<^e un peu de tout ; en déroulant, sous forme de roman, sa théorie sur le mariage et l'amour, elle a voulu dire son mot sur tout| mais partout elle n'a fait preuve que d'une oi^^eilleuse impuissance,

PhilosopLe, elle a fait de l'éclectisme à sa manière, disciple tour à tour de Lamennais, de Pierre Leroux, de Jean Keynaud et iutii qtuiUi. Elle n'a pas de goût, dit-elle, pour la métaphysique r je le crois bient il n'y a rien de moins métaphysique que la promiscuité. Elle se défend d'être athée : qu'en sait-elle? J'ui eu la patience de Ure jusqu'au bout

Sfkidm^ Mtci^4«ut toiqouri If mimuvçrit r^vélatçHr ? de» f^ toHl^f

blanches m'auraient plus satisfait que les phrases creuses de ce sot érangile.

Sa politique est comme sa philosophie, empruntée aux seoies du siècle, depuis le babouvisme jusqu'au SBint^simonisfne. Ou peut en juger parées maximes, prises de Louis BUno, et que madame Sand trouve fort ATAiicÊ£S : Tous U» Aommei Qn$ un droU égul ûuMmti A ckaeun guivani ses bétoina^ etc.

De la critique, ne lui en demandez pas s elle décide de tout inprompiu, selon son intuition, comme quand elle dit ;

• J'aimais passionnément Virgile en/rftnçaù. Tacite en latin. »

En 1855, madame Sand, imitant Rousseau, publie en feuilletons VEisioirê éê tû via, 20 vol. in-8<^. Je comprends, toute honte bannie, la spéculation; mais comment n'at-elle pas n'flr'chi qu'en se troussant de la sorte devant le public, elle autorit^ait le premier venu à la Ûaf^ï* 1er, sans qu'elle eût le droit de se plaindre? Do»»ât»nêoi tr^ii Itghet tTun àommê, disait un criminaliste, et je Im ftr0i pendtM, Je ne connais de la vie de madame Sand que ce qu'il lui a plu d'en révéler dans ses confessions : eh bi''n, il n'est pas d'indignité dont je ne me fisse fort, par son propre récit, de la convaincre, s'il n'était encore plus évident pour moi que ce récit est fantastique, venant d'une émar.cipée, d'une folie! Âh ! madame, vous fûtes autrefois une bonne Ûlle; cessez d'écrire, et TOUS serez encore une bonne femme.

Par le stjle, madame Sand appartient à cette école descriptive qui dans toute littérature signale les époques de décadence. Comme faiseuse de paysages, el e est la reine ces artistes, sinon le roi des écrivains. Elle a donné, dans le genre bucolique, de jolies choses, qui lui ont valu une réputation méritée, et dont le succès a dû faire sentir en quelle médiocre estime le publ c tient ses grandes compositions. Dans celles ci même, il existe une foule de sentiments et d'idées marquées au signe de l'époque, et qu'il faut savoir gré à madame Snnd d'avoir contribué à répandre, L^ailiage n'est pas bon, mais il y a du bon. Ses descriptions ont aussi quelque chose de Ivrique qui contraste avec les dissections de Balzac. Mais, ainsi que le savent tous ceux qui se sont occupés de l'art d'écrire, ce style ballonné, qu*imit.ent à l'envi nos dames de lettres, celte faconde à pleine peau qui rappelle lu roioiiditô de la Vénus buttentote, n'est pas du style : c'est article de modes; et je ne suis que vrai en disant qu'il y a plus de style dans un aphorisme d'Hippocrate, dans une formule du droit romain, dai s tel vers de Corneille, de llacine, de Molière, dans un proverbe de Sanchu Pançu, que dans tous les romans de madame Sand.

XXVIII. — Je crois inutile de multiplier davantage les exemples. Ce serait à redire sans cesse les mêmes choses : U me faudrait inoLtrer toujours la femme, Quan4 une |bi§

ffiO AMOUR ET MAB1A6B

U manie d^éffalité et d^éoancîpatioii s^est emparée de son esprit, pourchassée par cette manie comme par un spectre; envieuse de notre sexe , contemptrice du sien , ne rêvant pour elle-même qu'une loi d'exception qui lui confère, entre ses pareilles , les privilèges politiques et sociaux de la virilité ; si elle est dévote . se retirant en Dieu et dans son égoïsme ; si elle est mondaine, saisie par Tamour et en épuisant honteusement toutes les fantaisies et les fij^ures ; SI elle écrit, montant sur des échasses, enflant sa voix et se faisant un stvle de fabrique, où ne se trouve ni la pensée originale de 1 homme, ni l'image de cette pensée gracieusement réfléchie par la femme ; si elle fait un roman, racontant ses propres faiblesses ; si elle s'ingère de philosopher, incapable d embrasser fortement un sujet, de le creuser, de le déduire, d'en faire une synthèse ; mettant dans son impuissance métaphysique, ses aperçus en bouts de phrase ; si elle se mêle de politique, excitant par ses commérages les colères et envenimant les haines.

A toutes les époques, les femmes se sont fait une place dans la littérature; c'est leur droit et c'est notre bien, je suis loin de le méconnaître. Leur mission peut se définir : Vulgarisation de la science et de l'art par le sentiment, progrès de la Justice par le juste amour, qui est le mariage. Qu'elles restent fidèles à ce programme : de brillants succès les attendent, et la reconnaissance des hommes ne leur manquera pas.

Mais la femme libre, la femme messie, exprimant la subordination de l'idée à l'idéal, de la Justice à l'amour, cette créature-là n'existe pas : c'est un mythe, qui, comme tant d'autres fictions de la prescience humaine, doit être renversé pour être vrai; pris au sens littéral, ce n'est plus, comme la prostituée de Babylone, qu'un emblème d'ixnmo« ralité et de dégradation.

AMOUR ET MARUGE soi

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