AMOim ET MARUGK
dvilisation vient tout entier de là, et que Tinflaence attribuée aux cultes consiste uniquement en ce que la religion, 2ue nous avons vue se résoudre toujours en une symboque de la conscience, n'est autre chose en effet qa^ane forme de la conscience. La religion, en un mot, est le res-
{^ect de l'humanité idéalisée et adorée par elle-même sous e nom de Pieu : là est tout le mystère.
Un dout«9 cependant nous e^ resté.
Oui, la Justice est quelque chose, puisque, à travers tant de crimes et de déchéances, nous en reconnaissons les effets; puisque par son impulsion soutenue elle iaitmardier la civibsation ; puisque nous Taffirmons tous du fond du cœur, que nous n avons pas d'ironie contre elle, et que le scepticisme théoriq^ue dans le<][uel nous restons à son égard nous semble si pénible, si dangereux, que noua nliésitons pas à y suppléer car un pacte d'hypocrisie. Mais cette Justice, prétendue réelle, immanente, qui opère [ en nous à la manière d'une faculté positive, quelle est-elle, et comment agit-elle? Toute fonction, avons-nous observé à propos du liore arbitre, suppose un organe : où est l'organe de la Justice? On parle de la conscience: mais la conscience est un mot, le nom d'une faculté dont nous affirmons que la Justice est le contenu, et qu^il s'agit de montrer à cette heure dans son organe même. Pourquoi la conscience ne serait-elle pas à son tour, comme le Dieu
Îuenous avons récusé, une fiction, un symbole? Que dis-je? ourquoi ne la prendrions-nous pas, avec les théologiens et tous les premiers peuples, avec quelques-uns de nos philosophes modernes, pour l'impression secrète de la bivinite, que par sa grâce agit en nous comme si elle était nous, mais qui cependant n'est pas nous? Les apôtres l'ont enseigné, l'Église le redit après eux, et les nouveaux éclect»iues le répètent avecr£giise : Dieu est immanent à nos âmes, et cette réalité de la Justice, cette efficacité de la conscience que nous invoquons à si juste titre, ne prouve qu'une chose, la présence de Dieu dans notre cœur et 1 immédiateté de son action. "
Telle est donc l'objection : de même que Rien ne se produit de rien^ Rien ne fonctionne à Vaide de rien; cet axiome peut être ajouté aux autres, et s'appeler principe D'oïTBUHEiïTALXTi. La vuc, l'ouïe, l'odorat, le goût, le
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toucher, ont chacun leur organisme ; Painoùr a le sien; la pensée a aussi le sien, ^ui est le cerveau ; et dans ce cer- Teau chacune des facultés de la pensée a son petit appareil, Comment la Justice, faculté souveraine, n'aurait-elle pas son organisme, proportionné à l'importance de sa fonction?
Je Tavoue pour ma part : quelque étrange que les habi<* tudes de notre esprit nous fassent paraître cette idée d'un organisme correspondant à la Justice, comme le cerveau corresj>ond à Tintelligence, j^aurais peine à croire à la réalite d'une loi morale et à Tobligation qu'elle impose, si cette réalité ne devait avoir d'autre gage que ce mot vague de eofucienee^ par lequel nous en avons désigné la fonction dans une précédente Etude. C'est donc très sérieusement, selon moi, qu'après avoir déterminé spéculativement, dans ses termes principaux, la Justice comme loi ou rapport ; après en avoir reconnu en outre la réalité nécessaire comme sentiment, et en avoir constaté le néant dans les systèmes religieux, nous devons en chercher encore la condition physiologique ou fonctionnelle, puisque sans cela elle reste pour nous comme im mythe, une hypothèse de notre sociabilité, un commandement étranger à notre âme, au fond, un principe d'immoralité. N'est-ce pas, d'ailleurs, sous l'impression de ce sentiment que les premiers civilisés d'entre les humains, en qui la Justice parlait si haut, parce qu'elle était toute jeune, mais aux regards desq^uels elle ne se manifestait par aucun signe, la personnifièrent en un sujet invisible qu'ils nommèrent Dieu? Sans plus d'hésitation, mettons-nous donc à l'œuvre, et cherchons ce que peut être en nous cet organe de la Justice.
8, Que l'organe de le Justice cet Teadrogyne, on le oouple coojugel
XXXI. — Lorsque à l'occasion du libre arbitre, après avoir constaté que toute fonction ou faculté suppose, à peine de néant, un oreane, nous nous sommes demandé : Quel est l'organe delà liberté? nous avons répondu que c^était tout l'individu, et nous avons motivé notre réponse sur cette considération, que, la liberté embrassant daas
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son domaine la totalité des faoultos, elle ne pouvait avoir ,
Sour organe que la totalité même de rorjfainsme. D'où la | èiiuition que nous avons donnée de Tindividu humain, | Une liberté organUée. Continuons sur cet errentent.
Si la liberté embrasse, dans son exercice, la totalité de rindividu, la Justice à sou tour exige plus que cette j totalité. Elle dépasse I0 mesure de Vinditidu (JSiude II) ; l elle reste boiteuse chez le solitaire et tend à s'atropbier; c^est \epaeie de la liberté {Mude VIII)y ce qui suppose au moins deux termes ; sa notion seul^, synonyme d!égaUl4 oa de balance {Etude III\ implique un dualisme.
L^organe juridique se composera douo de denx personnes : voilà un premier point.
Quelles seront, Tune par rapport à Tautre, ces deux personnes?
Si nous les faisons semblables et en tout égales, ou bien, 6n variant les aptitudes, équivalentes, mais dans tous les eas respectivement complètes et indépendantes Tune de Pautre, ces deux personnes seront entre elles comme Phomme est à Thomme ou la femme à la femme, comme S est à 3, comme 2 est à 2, comme A est à A. Ce seront deux essences plus ou moins homogènes ou analogues, comme le bœui et le chameau, la chèvre et la brebis, le coq et le faisan, etc., mais qui, réunies, ne formeront pas nn tout, et qu'on ne pourra considérer, dans leur ensemble, comme formant un organisme. Une société, faible, plus ou moins précaire, pourra en sortir; nous n'aurons pas la dualité cherchée. L'organisme juridique, indispensable au fonctionnement de la conscience, n'existant ni chez l'individu, ni dans la paire, le sentiment de la Justice ne se peut produire, pas plus que l'entendement ne peut fonctionner en l'absence du cerveau, ou l'amour en l'absence d'un appareil générateur. La conscience demeurant engourdie, l'homme restera sauvage, ou ne formera que des sociétés imparfaites, des meutes comme les chiens, des communautés à la façon des abeilles et des fourmis.
L'expérience confirme cette prévision. Entre individus de valeur égale et de prétentions pareilles, il y a naturellement antagonisme, ioute, agiotage, discorde, guerre, peu de respect, peu d'affection, peu de dévoûment. L'amitié eUe*-méme est rare et peu sûre : sondéveloppemaiit tifiitf à
d*AtltfAf) eatisies. Zà où hi femmes nyûfefeentemcitnê ù^/hten^ dit M"* Neckcr, les hommes vivent solitaires; ils ne s'uimeni pas. Dans ces conditions la Justice se traîne; elle ne peut se développer, devenir pour Thomme une religion et uM gloire. Reunissez au contraire, un homme fait et un adoles* cent) un enfant et un vieillard, il y aura entre eux, par le contraste de Tâge et de la pensée, par cette différenciationi pourtant bien faible, de leurs natures, un essor d'amitié plus puissant, un respect mieux senti, une sympathie nlus vive, partant un sentiment plus prononcé de Justice. C'est par la que s'expliquent les amitiés platoniques, si reli» giettsement cultivées chez les anciens, et dont nous avons suivi la trace jusque dans les origines du christianisme* Il faut, pour la Justice, une dualité formée de deux individus de qualités dissemblables et complémentaires Tune de Fautre, d'inclinations différentes, de caractères opposési tels enfin que les pose la nature dans le pare et Tenfanti mieux encore dans le couple conjugal, sous la double figurd de rhomme et de la femme.
La nature, en un mot, a donné pour organe à la Justice la dualité sexuelle, et comme nous avons pu définir l'individu humain une liberté organisée, de même nous pouvons définir le couple conjugal une Justice organisée. Produire de la Justice, tel est le but supérieur de la division androgyne : la génération et ce qui s ensuit ne figure plus ici que comme accessoire.
Ce n'est pas tout. Ciomme les autres puissances, la Jus* tice, selon le degré d'excitation au'elle aura reçu, est sus-* eeptible de plus ou de moins ; elle peut se développer par la culture, s'atrophier par la baroarie. Dans un sujet donné, elle acauerra donc d'autant plus d'intensité que son partenaire lui offrira moins de dépUisir, de laideur, d'incompatibilité de caractère, de prétentions rivales, de contradiction, et plus de sympathie, d'intérêt, d'idéal. La Justice, en effet {Etude //), considérée seulement dans son exercice, et abstraction fiute des conditions psychiques do eon développement, est la faculté que nous avons de sentir notre dignitS en autrui, et réciproquement la dignité d'au* trui en nous. Or, cette dignité se sent d'autant mieux que l'objet qui la représente est lui-même plus agréable, plus plaisant» L'amour'^propre, écho de l'amour, apparaît ici
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oomnie le mdiment et Tembryon de la Justice. Plus j^aime* riai, plus je craindrai de déplaire, plus par conséquent je me respecterai; or, plus ce respect de moi-même sera yif, plus je le ressentirai sympathiquement en autrui ; plus par conséquent je serai juste. Il ne suffit donc pas, pour la formation de lV)rgane juridique, ^ue les conjoints soient de tempérament oppose, de facultés et de qualités différentes, il faut encore qu^il existe entre eux une appétence réci-
S roque qui les rende Fun à Pautre désirables ; qu'en raison e cette appétence il soient et se trouyent beaux, divins; il faut, en un mot, pour la production de la Justice, une frémotion^ uaefrâce^ comme disent les théologiens ; il faut Takoub.
Ici la femme, dont la destinée i:!>us a paru tout à l'heure si compromise, reprend TaTantage; comme Marie la nouyelle Ere, elle passe du rôle douloureux au rôle glorimx^ et devient, par sa seule apparition au milieu des hommes, Ûbératrice et justicière.
Gomment, entre Thomme et la femme, Tamour devient-il de la Justice? C*est ce que nous allons tâcher d'expliquer.