CHAPITRE PREMIER
FrablèflN eoapltM da aartait i aiul|M pcéiNmttirt»
m. — - Le problème du mariage est n vaste, ai oempliqaé, ai acaJbreux ; il a donné matière i tant d'élnett*
lirres, et d^en résumer la substance en une suite de que»» tions sur lesquelles il sera aisé de concentrer le débat et de préparer un jugement.
1. L'espèce humaine, comme toutes les races TiTantee, se conserve par la génération, La physiologie donne um première raison de cette loi. Des qu'il a vu le jour, Tindi» Tidu commence à s'user et à vieillir; la nourriture et le repos ne le réparent pas entièrement ; il se détériore par la vie même, et demande bientdt à être remplacé. Ce rem* placement a lieu par la génération : voilà ce qu'un pre* mier regard jeté sur le mouvement des existences croit découvrir.
Mais cette raison, toute de physiologie, est-elle la seule? Je dis plus, est-elle la principale I En dehors de l'évolution vitale, il y a la société, but suprême de la création. Je demande donc si le renouvellement des sujets par la généra* tion est tout simplement une condition imposée à l'humanité par la dissolution inévitable de l'organisme, ce qui subordonnerait le règne de l'esprit au règne de la matière et répugne à nos idées de liberté et de progrès, ou si ce n« serait pas plutôt que . la société ayant elle-même besoin ,
Sour son propre oeveloppement, ne se rajeunir sans cesse ans ses membres, comme l'animal se renouvelle par l'alimentation, la génération est ainsi plus (|u'une néeessité die l'organisme, elle est de constitution sociale?
Et comme , ^ans le tourbillon de cet univers , le pria'» dpe, le moyen et la fin de toute chose sont identiques . la question reviendrait en dernière analyse à demander si
lit inorti ^ue norn Tojrons planer «nr içti^ vie^ h'a p^
g AMOUR m UiMM€
«De>iiiême, comme Ift ginfration, sa raison dans la félicite de rhomme, de tous les êtres le seul qui connaisse la mort et qui puisse, selon les circonstances, se réjouir ou s'affliger de mourir?
Si cette hypothèse se trouyaitTraie, on entrevoit de suite la haute importance du mariage , qu'on pourrait définir une initituiion âlavUetà lamort.
2. La nature a fait Thomme bi-sexuel, nuueiUnm et fe^ lÊubiam enaoU eos; c'est à dire que pour la fonction génératrice il faut le concours de deux personnes de sexe d^érent. Pourquoi la nature nVt-eUe pas plutôt fait rhomme hermaphrodite? Pourquoi cette division de l'appareil générateur entre deux indivir^ s complémentaires run de l'autre, le mâU et la /em^fo: Est-ce encore une nécessité que la physiolo^e impose à la société, ou une condition que la société impose à la physiologie? Plus simplement: la distinction des sexes a-t-elle sa raison tout à la fois dans la société et dans l'organisme? Quelle est cette raison ? Dans la série animale, certaines espèces inférieures réunissent les deux sexes ; à mesure qu on s'élève sur l'échelle, la division devient de plus en plus tranchée. La théorie du mariage et du rôle de la femme dans la société |>ourra seule nous dire ce que nous devons penser de cette finalité de la nature, ou de cette fatalitéi de la civilisation.
8. Le concours des sexes en vue de la génération a lieu sous Finfluence d'un sentiment particulier, qui est Vamour. C'est cet attrait puissant qui, dans toutes les espèces oik les sexes sont séparés, pousse le mâle et la femelle à s'unir et à transmettre leur vie dans un orgasme mortel. De là ce mot fti connu, si profond : Z^amour eit flus/bri que la mort; ce (^ui signifie que l'être qui a goûté iWour n'a plus rien a redouter de la mort, parce que l'amour est la mort même, la mort en joie, euthaiuuia.
Ici commence à se révéler le secret de la mort , du même coup se fait pressentir la dignité du mariage, qui la rend si douce. Mais nous i^e sayôns pas pour cela comment, au. point de vue de l'ordre moral, la mort est uiie condition de frgipÉe et de félicité : sons ce rapport, ce que nous en mfdm 4it dand me autre étude attend un complément.
l^es iSP^nlf jgr^t 4e cette inclination irrésistible des
AMOUR ET MARUCK •
deux sexes à reproduire leur yie en la sacrifiant, FAmour, le premier né et le plus puissant de leurs dieux. Cest TAmour qui débrouille le chaos et qui anime la nature... Le Christ, rédempteur, donnant sa vie pour le salut des hommes, est encore^ à un autre point de vue, un symbole de la génération universelle ; et ce n^est pas sans raison que Dupuis, Origine des cultes^ a tu dans la légende du Christ une reproduction de celle d'Adonis.
L'amour est doncrapogée et la consommation de la yie, l*acte suprême de Têtre organisé ; à tous ces titres on peut le définir : la nuitiêre du mariaçe. Mais si le rôle de Tamour dans la génération est très apparent, on ne voit pas à quelle fin il est donné dans la société, dont le pnncipe
Jropre est la Justice. Car nous n'admettons pas que rien e ce qui intéresse Findividu soit sans rapport avec Tordre Bodal : plus que le philosophe, la société à le droit de dire : Jffamo iwm, kunutni nthU à me alienum futo. Encore une question sur laquelle il faut que la théorie s'expliejue.
Ici nous quittons les faits généraux de TanimaUté pour entrer dans la catégorie des faits exclusivement humains.
IV. — 4. L'amour, dont nous venons de parler, a sa hase dans l'organisme.
Stos les espèces inférieures, il ne paraît pas, malgré toutes les démonstrations amoureuses des couples, ^ue le ravissement ffénétique soit mêlé d'aucun attrait supérieur à la sexualité même. L'amour est wr chez les betes, si je puis ainsi m'exprimer ; je veux dire qu'il est purement physiologique, dégagé de tout sentiment moral ou intellectuel.
Chez l'homme, intelligent et libre, les choses ne se
Eassent pas de même. Nous savons, par la théorie de la berté, que lliomme tend à s'affranchir de tout fatalisme, notamment du fatalisme organique, auquel sa dignité ré-
Jiugne, et que cette tendance est proportionnelle au déveoppement de sa raison. Cette répugnance de Tesprit pour la chair se manifeste ici d'une manière non équivoque et déjà fort sensible, d'abord dans la pudeur^ c'est a dire dûs la honte que la servitude de la chair fait éprouver à Teiprit ; puis &ns la ckoeteU ou l'abstention volontaire, à
40 kMOm KT MAWfAfiR
lAqudle S6 mêle une toluptj inttnMi résultat de Ut honte évitée et de la liberté satisfaite.
Le progrès de la liberté et de la dignité humaine étant donc en sens contraire des fins de la génératioUi U j aurait lieu de craindre que Thomme, par rexcellence même de sa nature, ne perdit tout à fait le soin de sa génération, 8*il n*était rappelé à Tamour par une puissance tout ani« . mique. la teauté. c'est à dire lldéal. dont la possession lui promet une félicité supérieure à celle de la chasteté même.
L'idéalisme se joint ainsi au prurit des senS| de plus eu plus exaltés par la contemplation esthétique, pour solliciter a la génération Phomme et la femmOi et laire de ce couple le plus amoureux de Tunivers.
rar Tidéali Thomme conserye sa dignité en amour ; il
première distinction des sexes. La faculté que Thonime possède
) idole. Puis générations il fallait une division sexuelle ; en deux mots, à Vi 9îro, il fallait la^/emme.
Ici nous tombons dans une autre difficulté.
5. En triomphant des répugnances de l'esprit par la beautéi nous sommes exposés aux séductions de l'idéalisme, plus terribles cent fois que celles de la chair. La conservation de l'espèce et la félicité des sexes se trouve-^ raient de nouveau et plus tristement compromises « s'il n'intervenait un troisième élémenti dont cette étude et la suivante auront surtout pour objet de déterminer le rôle : cet élément est ]a Justice.
Déj[à nous avons vu, par la théorie du progrès et dé l'origine du péché, comment l'idéal tend à se^ corrompre, entrcdnant dans sa ruine la liberté et la société, s'il n est incessamment soutenu, relevé, purifié, assaini, par le condiment du droit.
Il faut à l'amour, même idéalisé, comme à la propriété et au pouvoir, comme aux idées et à la philosophisi uno loi d'équilibre, sans laquelle il dégénère fatalement en dé^
AMotJR si HARIAGV H
bi^udie, et, an lieu dd perpétuer la via sociale^, conduit la èitîllQatloBi à ta perte.
QuaUe eera eette neuTelle applioatton it la JustiMi qui taenète llioinme et la femme ae la h9ure9
4ea
wprême, et que la soeiété e^est Justicei il est érident que la justice n'intervient pas seulement dans le mariage eemme réaetioii à Tidéai, elle doit apparaître eomme raison dernière, eomme le but pour lequel le mariage a été (réordonné et préru. La question deyient dono edle-ei ; A quoi eert, pour la production, la mrantie et le progrès delà Justice, nnstitufion conjugale ?lSn un mot, qu^est-ce que le MAUiaB?
V. — 6t Le sentiment, plus on moins Tague, d^une mo* difieation à donner à Pamour en tuc de lauustiûe existe ebes tons les bonunes. Il n|)r a pas dans Tâme bumaine de ftu^ulté, dMnstinct, d*affection, sans excepter Tamour, qui ait donné lieu à un plus grand nombre de manifestations. Les montra matrimoniales embrassent toute la partie de la législation relatire à l'état civil, au domicile, à la puis<* sance paternelle, au droit des femmes, à bi tutelle, k rémandpation, au divorce, aux successions et testaments : c*est la partie la plus considérable du droit dvil. En j re-
i gardant déplus près, on n*est pas même loin de penser que, e mariage supprime, le respect de Tbomme et du citoyen perdant sensiblement de son intensité, le système social n^est plus, et telle avait été la conclusion de Platon, qu^ine affaire de police et de discipline, où la Justice se réduit à peu près à téro.
A peine nommés , le mariage et la JmttU nous apparaissent donc comme le foyer de la Justice, la radicule de la société, et, s*il m*appeJtient de le dire, la Traie reUfion du genre bumain,
ïk religion, chercbée aree tant d*ardeur et peudant une si longue suite de siècles, se trouvant dans le mariage 1^ llieure juste où lliuinanité partout ailleurs la répudie : quelle oéçouTertel
If AMOCR ET 1UIIU6K
Les motift sur lesquels s^appuie cette conjecture sont :