‹ Amour et mariageChapitre 5 sur 34 · Les solennités au mariage, oa les noees^ institaées · texte numérisé non relu

Les solennités au mariage, oa les noees^ institaées

par tonte la terre^ dans un but apparent de rejouissance

et comme une excitation au plaisir, mais dont robjet réel

est de conférer aux époux je ne sais quelle dignité juri-

dique et religieuse, f*i»m humant et imni eommunieaiio^ et dans le8jq[uelles les uunilles des coigoints et la société tout entière interviennent ;

8. Les prérogatives assurées à Véjmse^ et les devoirs, parfois d'une riçieur excessive, qui lui sont imposés : devoirs et prérogatives dont la si^^nincation constante, malgré toute la diversité et Tarbitraire des formules, est que la femme , nonobstant Finfériorité relative de son sexe , est déclarée membre du corps social ;

9. La distinction de$ personnes ^ des conditions et des races, dans le choix des époux et épouses et dans la formation des couples coxyugaux ;

10. Enfin, le principe de nnonogamie indissoluble qui se dégage de plus en plus , à mesure que la civilisation se développe, et se pose comme condition saeramentélU du mariage.

Or, à moins que nos axiomes ne soient faux et nos définitions erronées , il faut admettre à priori oue toutes ces institutions, dont le rit varie à Tinfini, sont les/orm^f par lesquelles Thomme et la société tendent spontanément à constater le rapport secret de la génération et de Tamour avec la Justice. La tâche du philosophe se réduit donc à pénétrer le sens de ces manifestations , à en déduire les motifs cachés et à en formuler la théorie.

Je passe sur les cérémonies nuptiales, ainsi que sur la condition civile et domestique que la législation des différents peuples a faite aux femmes. Cette recherche, de pure érudition, n'ajouterait rien à ce que je viens d'en dire, et qui en traduit l'idée générale.

Quelques mots seulement sur les deux dernières questions, les plus graves de toutes, de la distinction des personnes relativement à l'union des sexes , et de la monogamie indissoluble.

VL — De temps immémorial , antérieurement à tout

AMOUR ET MARIA68 iS

sonTenir historique, il s^est opéré spontanémenti en yae da Famonr et du mariage, un premier triage :

Du père à la fillo, du fils à la mère, au frère à la sœur. Tumon est interdite ; Tamour répugne : il est regarde comme monstrueux. Pourquoi cette exclusion?

Dans les sociétés plus avancées, la distinction est allée beaucoup plus loin : elle embrasse des classes entières, des nations et des races. Partout le mariage a été défendu de noble à plébéien, d^homme libre à esclaye, et la mésalliance notée d'infamie. La loi de Moïse interdit aux Israélites de prendre des épouses parmi les races réprouvées de Chanaan. Plus puissant que la loi de Moïse, rorgueil du sang et de la couleur empêche de nos jours le croisement, par le mariage, entre les blancs et les noirs. Â peine si les mulâtres, blanchis par plusieurs générations, osent

Î prétendre. Sans doute une pareille réprobation est exoritante; mais elle a sa cause, elle repose sur un motif plus ou moins compris, plus ou moins judicieusement appliqué : quel est ce motif?

On a dit , en ce qui touche les degrés de parenté , que la conservation de Tespèce et la paix de la société j étaient également intéressées ; que le croisement des familles est un principe d'ordre autant qu'une loi d'hygiène.

J admets ces considérations d'utilité publique et sanitaire. Mais je ferai observer qu'il y a dans le sentiment des sociétés primitives , dont la pudeur condamna tout d'abord l'inceste , quelque chose de plus , qui tient à la conscience : c'est cette raison que je cherche, me demandant si elle est fondée en morale , ou s'il ne faut y voir qu'un caprice de l'instinct.

Autrefois les rois d'Egypte pouvaient, par privilège spécial, épouser leurs sœurs. La dérogation faite en faveur de la royauté, pour des raisons qui ne sont plus de notre siècle, prouve qu'en général l'union du frère et de la sœur était regardée comme contraire aux bonnes mœurs. Elle n'appartenait qu'aux bêtes et aux dieux , que la religion affranchit de tout temps des d'avoirs de l'humanité. Â plus forte raison le commerce du père avec la fille, du fils avec la mère, passait pour abominable ; on n'était pas loin d'y voir une calamité publique. La raison, encore une fois, de cette abhorrence?

14 AMiitlII ET MAKIAM

VMuMMm en niffitgi prar eatiM jç parenti parait d'autant plus avrprenante que ijaus Popinioa des anciens TesuTre de ehair« «9f^«i. était regardé^i a l'état de Daturej eenme elioseinaiff^nte, uMmpliquant de soi m crime Pi délit. Us eoBsidéraient commt vivant & l'état de nature, fflatlvement à une société donnée , tout ce qui était en dehors de cette société, les barbares ou étrangerS| les prisouBlers de guerre et les esclayes. Four ces catéjSoHeSf rejetées hore la loi. hors la conscience publique, u n';^ avait ni inceste, ni adultère, ni stupre, m viol : la promiscuité était pour ainsi dire leur droit. li'interdictloQ. c'est à dire le erime , n^eadstait que pour les personnes de condition libre , qui seules étaient tenues ae respecteri les unes à Fégsra des autres, les barrières légales*

Coi&ment donoi en passant de Tétat dit de nature à ViM de d^sation, la raison pratique des peuples a-t-elle créé, au peint de vue de Tamour, ces distinctions de personnes, qu^on prendrait presque pour une variante de la distinction des viandes? Comment ce que Tétat de nature aur^t autorisé est-il devenu, par la définition du législateur, illicite, coupable?

On a pris texte de cette défense y sans motif apparent»

Jour traiter la morale civilisée de fréjugi; on a reveniqué les droits imprescriptibles de la nature, qui laisse toute liberté à l'amour : tous les sopbismcs accumulés contre le mariage, la famille et la pudeur, partent de là.

Mais il su$t dis Tattcntion la plus médiocre pour se convaincre que» sHl y a préjugé quelque part, u est du côté des partisans de Tétat prétendu de nature, non du côté de la civilisation. Il en est, en effet, de Tamour comme du travail, de la propriété, de rechange, de la société tout entière- Cripst en sortant de Tétat de naiure que la multitude humaine passe & l'état Juridique et devient la cité, ce qui prouve tout juste que l'état de nature est pour l'humanité un état contre nature : toutes les déclamations de Jean Jacaues à cet égard sont absurdes* Pe même, c'est en sortant de l'état ae nature et en revêtant le caractère social ûue la propriété se distingue du vol, que l'échange §0 régularise et s affranchit de Pagiotage, que le travail ePorganise par la division et le croupe : ce sont là des foits par&tement intelligibles, fondés en raison, en utilité, en

AMOmi CT If AHUM IH

tfonlt, et oontri lesquels racune argutie ne latirafl prétaloir.

Baisonnant par analogie, je aie qn^il en doit être de même de Tamour, quMl ne peut pal être, à Tétat de dtili* sation, la même qn^à l'état de nature : je demande en conséquence ce qui le dittingue daaa les deux états, et la raison de cette distinction.

Car, bien loin que le mariage ait à perdre de sa considération parce qnil est une correction de la nature, c'est cette qualité de correctif qui, d'après tontes les analogies civilisées, Ikit sa léffitimité, par conséquent sa noblesse. Comme Ift propriété et le travail, l'amour doit obéir à la Justice : voilà sans doute ce que poursuivaient en idée les premiers qui essayèrent cette difficile réglementation. Avant de récuser une tendance aussi générale, il faudrait

génération : oe qui négation de la société dans son embryon, la famille.

Que la Justice saisisse l'homme dans ses amours comme dans toutes les manifestations de son activité, loin de nous en étonner, nous devons nous y attendre : il ne nous reste qu'à découvrir la loi et à nous y soumettre.

Je reprends donc la question posée : Que signifie tont d'abord cette distinction des personnes? Pourquoi intCN dire le mariage entre sujets que la consanguinité devait, ce semble, rendre d'autant plus chers Tun à l'autre qu'elle était déjà un commencement de justice? Cest ce que ré« pondaient autrefois les sectateurs de Zoroastre, à qui les étrangers reprochaient d'épouser leurs sœurs, leurs filles et leurs mèreSé

VII. «- Voici qui n'est pas moins digne d'attention. Que des hommes, réunis par un pacte de réciprocité

Srotectrice, conviennent entre eux de placer les femmes, e même que les propriétés, hors du droit commun ; qu'ils fassent ainsi de rabstention mutuelle de leurs concubines une convention civique; que même ils assurent à celles-ci et à leurs enfants, en cas de séparation, des aliments, une indemnité, en récompense de leur jeunesse déflorée et dis leurs soins» je ne tois à tont cela rien qui sorte des limitée

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des eonrdntions ordinaires : affaire de convenance, de prévoyance, qui n^enchaîne la liberté des couples qu^aussi longtemps qu^il leur convient de rester ensemble; ce n'est pas là qu'est le mariage.

Je parle de cette constitution, bien autrement sérieuse, où tendent et dans laquelle se résolvent toutes les coutumes matrimoniales, constitution qui se définit en trois termes : Unités inmolaUliU^ indissolubilité.

Nous verrons en effet que hors de là point de mariage.

^'est-ce qui pousse rhumanité, en raison même de sa civilisation, à cette monogamie rigoureuse? Comment la Kberté, que nous avons vue briser sans cesse toute espèce de joug, vart-elle au devant de celui-là? Est-il sûr que cette tendance, si généralement, si fortement accusée, soit conforme à la raison des personnes et des choses? D'illustres philosophes, tels que Platon, le nient, et leur négation arrive juste dans l'histoire au moment de la plus grande civilisation, comme si au nom de la civilisation, ils protestaient contre un préjugé de la barbarie et un reste de servitude. De nos jours, comme au temps de Platon et des empereurs, beaucoup protestent contre le mariage, auquel ils substituent Vamour Itbre^ appelant de leurs vœux une liberté toujours plus grande, garantie par la communauté des enfants et des femmes. Que penser ae ces opinions en sens contraire? Dépendait-il du législateur antique, dé-

Eendraitril du législateur moderne, de resserrer ou de re- Icher, à volonté, le lien conjugal? Qui empêche enfin l'union de l'homme et de la femme de rester, comme la domesticité et le louage, un contrat révocable, susceptible de toutes les restrictions et extensions possibles ?. . .

Les objections contre l'unité, l'inviolabilité et l'indissolubilité du mariage, traînent partout; elles figurent parmi les motifs principaux des systèmes communistes, saintsimonien et phalanstérien : je n'ai que faire de les repro-

qui se multiplie partout témoignent de lincertitude qui règne sur toute cette matière dans les esprits. J'ai rap-

1)orté ailleurs {Etude VlIIy chap. n) les doutes des theot ogiens sur l'essence du mariage ; la loi civile ne parait guère moins flottante. Après la dévolution, le dioores s'in-

AMOUR^ET MARIAGE It

trodnit dans les lois; pois on Yen efface : est-ce im fuitet est-ce on mal ? Quant aux stipulations matrimoniales, lé Code reconnaît à la fois deux systèmes, le régime de eomrmunanté et le régime dotal : lequel répond le mieux à Tessence du mariage, si tant est que le mariage soit quelque chose? Réponse, s^il vous plaît.

Un mot nous donnerait la def de toutes ces énigmes, qui dépendent visiblement Tune de l'autre. Mais ce mot. nous ne Tayons point; il faut le chercher au plus profona de la conscience, aucune bouche humaine n'ayant encore su le dire.

Fuis avec moi sur la montagne, belle Sulamite ! Et je te dirai ce que tu rèyes en ton fiancé, ce que ton fiancé rêye entoi...

CHAPITBE n

Fremlènt manifeitatiaiit à» to JotUc* ttfiwonfali.

Vin* — De toutes les parties de l'éthique , celle qui a le plus fait diyaguer les auteurs est sans contredit le mariage.

La yariété des usages, toujours si instructiye, leurs oppositions même, si bien faites pour éyeiller l'esprit, tout ce qui devait faciliter la solution du problème est justement ce qui a embrouillé les doctes ; et l'on demeure stu- I>éfait en voyant la peine que se donnent des esprits distingués d'ailleurs pour faire montre^ sur ce sujet de leur inintelligence. C'est la réflexion queje faisais à propos de liM. Ernest Legouvé et Emile de Girardin : le premier, auteur à^xmeBUtaire très peu morale des femmes , alaquelle il a dû cependant son entrée à l'Académie ; le second, père d'une idée absurde, déguisée sous ce titre, la Liberté dans U Mariage o% V Egalité des enfants deeani la mire , avec 400 pa^s de pièces justificatives empruntées à ce que Tantiquité et le monde moderne, la civilisation et la barbarie, offrent de plus divergent et de plies excentrique.

Conçoit-on des philosophes qtii, ayant à dégager la loi de

<• AMOtTR ET MAT^TACE

fimt ordre de phénomènes, commencent par déclarer les phénomènes dépourvus de sons, les effacent d'un trait de

I)lume, et substituent en contenu, à la raison des choses, es vaines imaginations de leur philogynie ? Voilà pourtant ce qu'ont fait MM. Legouvé et de Girardin, à la gloire, ils en sont convaincus, et pour le plus grand avantage du beau sexQ Je voudrais <][ue chacun de mes lecteurs eût sous les yeux ces deux compilations, dont tout le mérite est ds pouvoir servir de dossier à une théorie du mariage : os serait le meilleur commentaire des conclusions que nous: aurons à prendre.

En voyant à quelle déraison étaient arrivés, sur uns <][uestion aussi sérieuse, des écrivains à cj^ui la galanteris tient lieu de méthode, j'ai cru qu'il était a propos de rappeler en quelques mots les principes qui nous oirîgent.

Du moment que nous nous sommes résolus à demander les lois de la morale, non plus à des spéculations arbitraires ou à des sentimentalités plus aveugles encore, mais aux manifestations comparées de la spontanéité universelle, nous avons dû supposer et nous supposons à priori que ces manifestations sont le produit des lois mêmes que nous cherchons, lesquelles lois ont ainsi pour expression là série des phénomènes.

C'est ce que nous avons explicitement déclaré, dès Is commencement de ces Etudes, en posant ces axiomes :

RUn d$ nécessaire n^esi rien;

Rien ne peut être tiré de rien ni se réduire à rien^

Rien ne se produit en vertu de rien;

Rien ne tend à rien;

Rien ne peut être halaneé ou stabilisé par rien^ etOé

Opérant sur ces principes, nous avons constaté que l'humanité marchait, par de longs et douloureux tâtonne* ments, à une constitution générale dont nous avons essayé de déterminer les principales parties.

Or, de même que nous avons supposé, puis démontré, pa^ cette méthode d'observation, ^u'il existait dans la société une constitution de la propriété, une constitution du travail, une constitution de TEtat, une constitution de la raison publique, etc. , nous supposons encore et nous démontrerons qu'il existe une constitution du mariage rt de )ft fWQiU9|.6Q98t)tuUQH %^ W/^v^i^Um^^^ «9 «'est jpae T^

YJlée dn premier coup d&ns saprofondeur, mais qtil d^abord se révèle dans la donnée première de la sexualité, puis sa dégage T)eu à peu dans les formes de Tamour et du mariagei pratiquées, consacrées ou tolérées chez tous les peuples. Que parle-t-on ici de ft^ugi? On s^étonne qu'ayant nié,

ÛgiOD,

pectable, ^joutons, le moins défendu par la démocratie moderne.

jour

convertit le préjugé en vérité positive ou le rejette déftniti* vement. S*agit-il donc de suivre, sans examen, le préjugé établi? Non certes, et on ne me reprochera pas d'avoir jamais donné pareil exemple. Mais récuser le préjugé sans rentendre est de tous les préjugés le plus absurde, puis-* que, supposant des effets sans cause, des phénomènes sans réalité, des tendances sans but, une existence sans raison, il est la négation même des lois de rintelligencc.

Le préjugé de la famille et du mariage existe: il est universel, et il paraît indestructible; il est donné à priori

1>ar la génération, la distinction des sexes, l'amour et toutes es anfuogies de la Justice ; il forme avec la société un tout solidaire. Il T a donc quelque chose sous ce préjugé, et toute notre pnilosophie ne peut aller qu'à déterminer, avec Îb plus d'exactitude possible, ce quelque chose.

Fassons donc sans plus de retard a Texamen des faits, témoignages plus ou moins exacts, mais authentiques, de la pensée universelle sur la constitution du mariaffe. Un premier aperçu de Têtre humain, de son lenouvellement

i)ar la génération, de sa sexualité, de son entraînement à 'amour, de la nécessité d'une intervention nouvelle de la Justice, nous a permis de poser le problème t voyons comment la pratique des nations l'a saisi. Il 7 aura bien du malheur si nous ne finissons par découvrir une parcelle de la vérité.

IX. — Q^è| es^ 4*abof d le bt)t, au moins apparenti 4a inariageî .t ï-

2*) AMOI'R FT MABÎ\OR •

De TaTea de tout le monde et ft ne le considérer que du dehors , le mariac^e a pour but de pourvoir à ces trois ffrands intérêts : l^unour, la femme, la progéniture. C'est ropinion unanime des auteurs ; elle résulte de toutes les lois et de toutes les coutumes, et il ne parait point aue les premiers instituteurs du mariage aient eu dans 1 esprit une autre idée. Suivons ce fil.

Vammr. — Je n'ai pas la prétention d'en apprendre grand'chose à mes lecteurs : il n'est adolescent sortant du fycée qui ne se croie profès en la matière, bachelette qui ne se flatte d'en remontrer sur cet article à son grand-papa. Contentons-nous donc, pour l'intelligence de la discussion, de le représenter d'abord tel qu'il est et que nous l'avons éprouvé tous ; nous aviserons après ce qu il peut devenir.

L'amour est un mouvement des sens et de l'âme, qui a son principe dans le rut, fatalité organique et répugnante, mais qui^ transfiguré aussitôt par 1 idéalisme de resprit, s'impose a l'imagination et au cœur comme le plus grand, le seul bien de la vie, un bien sans lequel la vie n'apparaît plus que comme une longue mort.

Sous l'un et l'autre aspect, soit que nous le considérions comme l'effet de la puissance génératrice, soit que noua le rapportions à l'idéal, l'amour est entièrement soustrait à la volonté de celui qui l'éprouve : il naît spontanément, indélibérément, fatalement. Il arrive à notre insu, malgré nous ; tout lui sert de moyen, ou, comme disaient les anciens poètes, de flèche : jeunesse, beauté, talent, la voix, la démarche, et je ne sais quelles affinités secrètes, qui d'ailleurs tiennent beaucoup moins de place dans la réalité que dans le roman. Je mets de côté la vertu, dont l'admiration a pour effet de produire entre l'homme et la femme un sentiment d'une autre espèce, par suite, de transfigurer l'amour une seconde fois.

L'amour ainsi donné par la nature et l'idéal, et jusqu'à ce que la Justice lui assigne une nouvelle destination, n'a

l'autre de satisfaction ou de décroissance.

Pendant la première période, Fâme, livrée à l'hallucination d'une volupté ineffable, affamée de ce qu'elle nomme

ÀM UR :.T MAHIAGC t4

jum sonrerain l»en, haletante, s^absorbe, se confond daqi la personne de l'objet aimé? elle est prête à se sacrifier

Cour lui, elle s'en tait Tesclaye, elle rappelle sa divinité. *ont amant est idolâtre et a perdu la possession de luimême : c'est alors au'il rêve d'une union intime, continue, inviolable, étemelle, abîmée dans la solitude, loin des hommes et des choses. C'est Tamour tel que réprouvent le jeune homme, la jeune fille, à moins <}u'une expérience précoce ou de sordides calculs ne les aient dépravés ; tel

Îue les poètes et les romanciers aiment à le ceindre^ pour enivrement, la déception et tôt ou tard la dépravation de cette jeunesse.

lAsLiB nous ne resterons pas longtemps dans ce septième ciel. Les amants se possèdent : le cœur a joui, la diair est satisfaite, Tidéal s'envole. Un mouvement inverse du premier, tout aussi fatal, se déclare; la période de décroissance a commencé. En vain l'ima^ation fait effort pour retenir l'âme dans Feztase : la raison s'éveille et rount; la liberté, au plus profond de la conscience, fût enteiKbre son rire iromque ; le cœur se détache ; la réalité et ses suites, grossesse, accouchement, lactation, fait pâlir l'idéal: heureux alors celui que le besoin de se ressaisir ne pousse pas jusqu'à la haine et au dégoût 1 Effet inévitable de la possession, oui désole la femme

Ïltts lente à se dégriser, la fait crier à l'infidélité, à la traison, et la livre corps et âme à son amant ; qui en même temps commence pour l'homme une période de libertinage en le rendant incrédule, et fait calomnier par les deux sexes l'amour, qui n'en peut mais. C'est l'étemel sujet des élégies, héroïaes et lamentations amoureuses, auxquelles toutes les littératures accordent une si grande place, et dont il serait temps d'abandonner le thème par trop battu : car vraiment, depuis l'Ariane abandonnée des mythologues» il ne s'est dit absolument rien de nouveau.

n est vrai que, l'homme ayant le privilège de survivre à sa propre génération, l'amour chez lui est capable d'une suite de reprises, comme si l'amant heureux, en revenant k la vie, ressuscitait du même coup à l'amour. Mais ces reprises n'égalent jamais en qualité et en puissance la première explosion ; elles diminuent progressivement d'énergie passionneUe et idéale. A l'entaousiasme primitif suc-

Aèdt «M fspjrieM» dt triapli tt ttft fintrit ûê§ m» fil a^àbord font illtitio&i mais qui bisatôt dégénèrent tt «ne habitude tyranniqtte et tournent à la ditsoliitiofl. Alors Tidéal tombant toinottrs, une Vague inquiétude saieit le cœur t il semble à Tame qu'après aroir tant aimé die ae retrouve vide: et tout à coup, sans préméditationi sans songer à mal^ le plus Tortueux des amants se surprend M flagrant délit d'infidélité t il a découvert, àhei une autre créature, un nouvel idée!.

L'inconstance en amour est dans Tordre même dit choses, et tout homme sans exception réprouve. Seule» ment cett« inconstance est plus ou moins longue à se dé* clarer, soit que h\ qualité supérieure de Tobjet aimé ou la rareté des rapprochements maintienne riaialité & son avantage ; soit que la puissance d'idéalisation de l'amant, son caractère, ses occupations, le rendent plus réfraotairt à la tentation d'un nouveau sujet. Mais, la première infl* délité commise, la voltige devient pour l'amour une ree* source obligée ; et plus iidéal se renouvelle, plus la lubri* dté devient intense.

On peut Juger d'après cela de la valeur de certains tjrpee^ vantéspar lauttérature du jour comme les héros de l'amouiP et de lidéal, don Juan, par exemple, et Lovelace. Morale à part, de tels êtres sont des héros d'imbécillité. En fait d'amour et d'idéal, la puissance n'est pas dans la voltige, die est dans la persistanceet l'exdusion, je n'ai pas besoin d'en répéter les motifs.

Moins active en amour que l'homme et recevant plue qu'elle ne dépense, la femme se montre aussi plus âons* tante, sans parler de cette autre considération qui fait) que l*étre le plus faible s'attache au plus fort, la mère à l'auteur de sa maternité. Aussi les cas dé polyandrie sout^ile infiniment plus rares que ceux de polyffamie, et la dépntva* tion qui naît de rinconstanoe paraître plus rapide et plus profonde ches la femme. ^

Voilà l'amour, tel qu'il se produit en nous par le déve* loppement de la faculté génératrice et l'exaltation idéa« liste, dégagé du verbiage et des jeux de scène dont l'assaisonnent les romanciers et les poètes : source de félicité, s'il faut en croire l'aspiration de nos ooKire et le témoiynefe âOttlM» dhta jpetit nombre d'élue^ océan: de ttlellf,

AMOm ET WMAGW U

d nous derons avoir JgarA aussi à IVxpMence As la mvit ^tude de ceiiap qui airoe»t : dans tous les cas, la plus puis» saute des fatalités dont lessor puisse obscurcir eu nous

Je panerai ailleurs plus au long de la Femme, dont lo loariage a oAcielleiueut pour but. eu second lieu, de régler la couoitipu dans la famiUe et dans la société t Qu'il me suffise de dire, quant h présept, qu*eu raison de sa fail^lesse toutes les legislatious lui assigueut un rans inférieur, et que, de quelque part que lui vienne sa dot, de son père OU de sou marii elfes la metteut à la cbarge de lliomme.

Quant au^ enfantin troisième et dernier motif allégué par les légistes eu faveur de Tiu^titutiou matrimoniale, il 1^7 a, si j ose le diro, qu'uu cri contre ces petits malheu^ reux» C'est, pour les épou^ç, plus qu*une charge; c'est, avant, pendant et après renfautemeuti une gène à Tamour, gêne que leurs innocentes caresses sont loin, bêlas t de ncbeter» Car à Tamour proprement dit la pro£féniture est pdieuse ; ïï u*est pas rare de voir les apimaui; etles hommes s*eu défairei lorsque leur lubricité iugéuieuse u*a pas sa l*«»pêcb§r«

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