XI. — Au nom de quelle puissance le mariage prétend-il
tenee des enuints?
Au nom de la Justice* Si Tamour, ainsi que nous Tarons expliqué ailleurs, est plus fort que la mort, la Justice à son tour sera plus foite que Tamour : telle est la donnée du mariajge.
Ceci résulte d'abord des conditions, formalités et cérémonies matrimoniales, telles qu'on les roit se produire ou au'elles tendent à se produire chez tous les peuples , et ont la substance peut se résumer dans les articles ci-après :
1. Le mariage n'est point abandonné à rinelination amoureuse; €elle*ci n'est point éeartée, mais considérée eomme étant seulement de aecond ordre;
8. Le consentement des iSuntUes est demandé en même temps que eelui des époux ;
8. La société est prise à témoin, d'abord des promeises, Jiançailiêt^ puis de l'engagement;
é. Une oérémonte soienneUe, idigieuse, réalise le mariage, et en fût un sacrsxeht;
5. Far cet aete sacramentel, incompatible de sa nature avee toute idée de polygamie et de di? oroe, les époux se jurent réciproquement un amour inviobible et perpétuel ;
6. Le mari promet protection et déTO&ment; la femme, obéissance ;
7. Ainsi eoigoints soua les auspices de la fimtUe et de 1* cité, les époux forment entre eux et stcc leurs futurs enfants un tout juridique et solidaire, cmbiyon, image et partie intégrante de la grande société, dont la destinée est liée ainsi à râlle de la famille.
Oèarvaiioiu. La cohabitation suit le mariage ; mais, de même que Famour. qui la rend désirable et l'embellit, ce n'est au'un accessoire dont les époux ont le droit d'user ou de n'user pas, à leur eonTenanoe commune.
Quant aux stipulations d'intérèfai, à ce qu'on nomme spécialement aujourd'hui eomirâi éé wigriagê^ bien qu'elles aient leur, prineipe dsna le mariace«iq;u'élles lui servent d'expression au dehors ; bien même que kaMunge Ji* puisse exister sans uao certaine communauté de fertuoea
fê ANODK ET MARIAfiE
# tAWpâkmt tê donknrt «t de j»fn^ êoifêêfifwms bien enfin t^m 6e •oit d*a|irèft le tjrpe dç I» fiistilie qii'aitiiC rCé formée» y:ir U s«tif6 les •ocietéfl civiles, comme de telles conventions, entre hommes et femmes, feu vent exister sent m erk g e , elkeae foiàl pas plue le OMuiage quel^moor ou la eoiiabitatioA*
Le Buuriag9, eu tu ttôt, «i «m MiMf6t«tiofi#0s^iiMH!i, formée tout à la fois au for extérieur par le tentrat, an i<tr i&tétieiur par le aacreiBeiit , et ^ui pmi Maiitôt que Vnn ou Tattire de eea dettx éléomiU dît par ait^
Ce qvn frappe dan» celte iaetitotioft isyetéiieMe, e'eet surtout, je ne saurais trop le redire, la préte&tida bautemeai avouée de souaieltre YàmovLtf de le placer^ igélon l'exitftssioii â4i la lei roiiiitiMf in maim^ c'est à dire dans la d^Mudaace el loue Tanteirité da oeaple eof^^irgsd , et eel* par «ne teirte d'évemtioi^ religîeuie^ ««^ eMroiêiâe <ini
Surge Tamour de toute lasciveté et défaillance«^yâàte au essus de lui-même, et en fait un sentiment surnaturel.
Je laisse de eêté le détail des rites qui, en chaque pavs ei eha^ue leeelité^ précèdent, aceompameiki et suiveot la Bolenmté du mariage : il y en a de touchants, debislarren, de ridiciilee, d*oMeènei# Je paeee égalm^fi^t eeus^ til#nco les diverses interprétations que Ton a données dti Èstetement, sroit quant à rautorité mâtrftal^, soit qmnt tfo^x prérogatives de la femme , à rhonneur âû à la lilëfa dé^ famille, etc. A travers la variété inânie des usagés» une c^se ressort constamment^ savoir la pensée de maîtriser l^amour par la retig^eo^ et,, par une canséq^uenee nécessaire ^ de rendre le mari, malgré sa prép^teme ergMâUeuiSey. fiie Foft a eom de re c € » iti aaH»e ^ teiftj9»re m^eseé peu^ sa fedtme; la fei&tte^ maigres lee cbd^rileee f» Vi^Mtdent, totrrovrs aimable foitr ^tt msai.
Est-ce donc là utier idéër qtfïï iBStUiaetb^mY I^di^miSte de la superstitioxî, et (mi ne mérite pus pfos d'bcciïpeï^ le ûhilosppiiô que ïéS encnaateménfs^» les pmltrë^âûioureuz. Ma talismane qui rendent invulnérable eu invisible^
Ke nous hâtons pas^ encore une fois, de porter une e e nflblahl e eesdaetBatîea. Lê^ v^giei^ est essentieUMient HfhuilkikB :■ e^lest m^niytbetegie d«i^d#»i!k Or^ le iteMiage est afasS t ey^ m agle^ féâgltêm'i wê SÉêa wwwn »; if»&fex
fBâSl^i État JUSSfpfMftfiW', ^[l^lfr T^éU^pêKt MtSfl^ émisée ^e
cri». Ponfqti^ ne pas supposer, aitisi qne je l*al éwnâ à
entendre, que le mariage est de toutes les manifestationi de la Justice la plus ancienne, la j lus authentique, la plus intime, la plus «ainte? Notre expérienee de la Tîe est déjà longue ; mais nous avons si peu réfléchi, que notre science de nous-mêmes est à peu près nulle. Que savions-uoun^ hier, de Téconomle {sociale, de h i;H)nstitution de TÊtat, de l'organisation du travail, de Téduc^tiop de TintelUgenci, de la liberté, du progrès? Que sanons-nous de la justioe elle-même? Nos premières lueun sur toutes ees choses datent de la Révolution française : par ^uel privilège eussions-nous été mieux et plus tôt éclaires sur le mariage?
Je dis done, et tdle est mon affirmation fondamentale, que nous avons ici une eréailon de la eonsdeace d'un nouveau genre, création ayant pour but, non seulement d'affranchir la dignité humaine du double fatalisme de la chair et de l'idéal, mais de les faire servir conjointement à la consolidation de la Justice, tant au for intérieur qu^an for sxtérienr.
Pounuivens numitanant, «t sans plus de digvessioiui , nos recherchts.
XII. «*- Bans Is prindpe, n'est surtout la femme ^n'a ett vne l'instituteur du manage. Pour elle, 1» oérémonie nnp» tiala devient une eonséeration qui la rsnd sainte, êantUi* Hma Gwiju»^ dit Virgile, inaccessible, à peine de sacrilège, atout autre que son époux. La réciproque n'existe pas, da moins au même degré, pour le man : nous l'avons vu pay le droit de enissage accordé par Moïse au mattre de la fille esclave, droit reconnu par toute l'antiquité. Tandis que le aommeice d'une femme de condition libre avec un esclave paraissait monstrueux et était puni du dernier supplioSi l'homme jouissait d'une sorte de privilège à ré|[ara de la servante qu'il daignait honorer de sa faveur, Q^ia r$êf$»H immOUaUm aneillm hms, dit la Vierge mère , favorite du Très Haut, dans l'Evangile ; comme si le mariase intéressait la femme d'une tout autre manière que l'homme, et £16, du reste, le droit de propriété couvrit pour eedui-ci mésalliance.
Aussi l'adultère de la femme et la séduction tentée à
9ê AMilim ET MAItlÀGR
ton éguA ont-ils été partout Tobjet d*ane répression éner* gique.
Qœ k lédiietkm as garde d'approcher de la femme libre. Le dés* bonnenr imprimé à la malrone» à la Tierge. au iOa de tunille, ii*ett pas aettlemcni une honte pour le toit domestiqae; e'eat une honte et on dommage pour TEtat. Si le trilmoal domestique, du mari ou du père, est trop long à venger eette injure, i'^le ira devant le peuple accuier la matrone coupable. Le séducteur sera dégradé par le censeur, si tou» tefois il n'est condamné par le juge. L'amende, l'ciil, la mort même seront les peines de la débauche. (Fbaxs ds Chahfaosy, lêt Cê$mrs^ t. U, pag. 301.)
Nos lois, qui n'admettent Faction en adultère que sur la plainte du mari, ne sont-elles pas sous ce rapport au dessous de celles des Romains?
Au reste, le lecteur comprend que je n'entends point un titre au libertinage de Tbomme de Tespèce de prérogative ou de tolérance que lui ont généralement reconnue les lois, ou, à défaut dès lois, les mœurs. Je cons* tate simplement ce fait, dont la portée est plus haute qu'il ne semble au premier abord, savoir, que dans Topimon de tous les peuples, le mariage est institué principalement en vue et dans Tintérêt de la femme; que, sous le double rapport de l'économie et de l'amour, 1 liomme perd à cet engagement plus qu'U ne gagne , à telles enseignes que les restrictions dont la liberté de l'épouse est entourée, la retraite qui lui est imposée, les peines, parfois atroces, dont son inndélité est punie, doivent être considérées bien moins comme un abus de la torce que comme une compensation du sacrifice marital et une vengeance de l'ingratitude de sa moitié.
Sans doute une pratique mieux entendue de la vie conjugale rassérénera le ménage et y mettra l'équilibre ; mais ne nions pas ce qui , d'abord , éclate à tous les yeux , le sacrifice énorme que fait un nomme de sa liberté, de sa fortune, de ses plaisirs, de son travail , le risque de son honneur, et de son repos, à la possession d'une créature dont, avant deux ans, avant six mois peut-être, je raisonne au point de vue de l'amour proprement dit, il aura asses.
Comment donc Thomme est-il amené à ce pacte où sa prépotence devient serve de la faiblesse; où» tandis qu'il
<aroit ixméâer et jouir, c^est lui en réalité ^ui est possédé, pour ne cas dire exploité ? .Comment ce maître superbe s*est-il fait le législateur et le garant d*nn tel marché? Qu^en espère-t-il? Qu'y trouve-t-ii? Voilà ce gue les partisans de l'égalité des sexes devraient au moins nous ap- {irendre avant de déblatérer contre celui dont tout le crime ut d'abdiquer sa forcOi en inventant, pour la femme, le mariage.
XIII. — Dans tous les actes, soit de sa vie privée, soit de sa vie publique, l'homme tend à sauvegarder sa dignité, conséquemment à réaliser, en lui et hors de lui, la Justice.
Dans les relations amoureuses il y aura donc toujours, i un deçré si faible qu*on voudra, tendance au mariage, à la consécration de l^mour par l'honneur et le droit; et cette tendance, proportionnelle à l'idéal inspiré par l'objet aimé, acquerra son maximum d'intensité au moment qui précède la possession.
Ici nous commençons à entrevoir le motif secret qui conduit l'homme au mariage, motif qui déjà va nous expli* quer deux choses : la première, pourquoi le mariage à son oriçne revêt un caractère aristocratique ; l'autre, pourquoi chez les anciens le concubinat et Pamour Yulgivague furent réputés moins indignes, moins honteux qu'aujourd'hui.
Le mariage, par son institution, est aristocratique : on
I Fa pas trouvé chez les insulaires de TOcéanie, vivant, lors de la découverte, dans une égalité édénique. Puis,
sanoe libre, c est à dire noble, l'antre de~ condition servile on plébéienne. De là une dâférence radicale des prérogatires : pour l'épouse seule, il y a des fiançailles, un contrat, des noces légitimes, des privilèges, des droits, par dessus tout le respect de la cité. Quant à la concubine, après avoir servi aux plaisirs de son propriétaire, elle redevient sa servante, elle lui sert de chambrière, de boulangère, de parfumeuse, dit le Deutéronome à propos^ du statut royal dont il menace les Israélites. Dans le Décalogœ il est défendu, par un seul et même commandement!
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d» ooBToiter ai la femme ni la eerraiite (eoneabliie) As prochain. Mais les conséauenoes de Tinfraction soiit bien différentes, selon oue la femme est libre ou serve, époase ou favorite. Dans le premier oas, peine de mort; dans le second, peine de bâton.
Mais nulle part cet esprit aristocratique ne se montre aveo ^us de force que dans les cérémonies du mariage ro« main, selon la classe à laquelle appartenaient les époux.
U y avait d^abord la eonfarreatio^ ou banquet sacre, seul mode de eélébratioA connu dans les premiers temps et dont Tusa^ fut ensuite réservé aux patriciens; puis vint la eemp^te, ou la vente, établie par Servius Tullius pour la légitimation des unions plébéiohnes; enfin V%9Uûafiêy possession d^an et jour, lorsque la femme était étrangère, sans parents ^ui la pussent livrer. Au fond, ces trms formules de mariage pn>duisaient les mêmes effets, quant au for extérieur, pour la femme et les enfants. Maiâ il s^n fallait de beaucoup qu^elles eussent dans roninion la même valeur quant à oe qui toueiie la partie la plus délicate du sacrement, à savoir, la dignité ae Pamour, Thonorabilité de la femme, la sainteté du lit conjugal ; en autres termes, le for intérieur. A peine si la fière matrone admettait qu^il y ett de Phonnèteté ches la plébéienne, mariée par une vente fictive; à plus forte raison chea Pétrangère, prise, pour ainsi dire, à Pesisai, exposée au risque de voir la prescription annale, son unique espoir, interrompue par un caprice de ton possesseur.
Virginie» fi.Ue d'Aulvs^ svsit ^té dkaasés par 1m mstioBst des sacii» ficet à la Pudeur patnQisAAe, pour t'<it«e msjri^ à an pl^b^ies, W oumI VolumaiM, Irrité^» elle rassamble Ua plébéiennes daiM «^ lifu o^ ^e vient dç placer un auUl* Aorà^ avoir raconté son injure ; Moi» ^outa* t-elle, J6 consaore cet autel à la Pudeur plébéienne, afin que la même émulation qui existe dana la République entre îes Iiommea pour la valeur existe aussi entre les matrones pour la pureté. Faites doue que Pon dise à l'avenir que eet autel est plus ràvm que loutre, et par de phtf chssiea. (Ti»'Livb, 1, x.)
Ce n^était pas asses pour la dignité de la matrone d^tre mariée et d^observer les devoirs du mariage^ il fallait Pavoir été selon le rit sacré, justificateur supérieur à la
çoilT^^^ ^T^l^ 09 $0 Hàmm autant que la r^gitoi)
AMOim VT M AHUOI M
ene-mime è«i iléfêe an dessus de intérêt. Viàêé était louable, ear elle renaît d^un sentiment exqnis de Thonnetit de la femme et de la dignité du mariage ; les sévères patri* oiennes avaient raison an fond : elles ne se trompaient que sur la forme. Cette vertu de justification que Ton demandait à la eôi\farr$atiô^ en Paecompagnant de supplications et de sacrifices, cette légfitimation au for intérieur, tenaitelle donc à une oérémonie matérielle, à quelques formukMi de prière? Le bon sens répugne à un semblable fétichisme, et le législateur latin, d^accord avec Popinion. a donné raison sur ce point à la fnnme de Volumnius. La etM^ar* naiio^ qu^aucune raison positive apparente ne pro^geait, tomba peu à peu en désuétude : o^est le sort de tout symbolisme inexplioué; la eoempHtp disparut à son tour par une cause semblable; et Vuêucaph s^élevant d'un degré, le co'^isentement public des parties suffit à la fin pour la validité du mariage.
CTett en baine de eet esprit aristocratique que Platon , dans sa République, abolit le marian et rendit les femmes communes. Dans son opinion il ne les avilissait pas ; seulouent, comme il ne découvrait dans la distinction des sexes aucune pensée juridique et sociale» comme il ne voyait dans la femme quHin instaiment de reproduction et de plaisir, il se disait qu'elle tombait sous le domaine de la république ui plus ni moins ^ué industrie et la propriété, et, de même qu'il avait dégradé Thomme de la dignité patrideune, il destituait la femme h son tour de la noblesse qui lui est propre, le mariage. Ainsi le voulait la raison d^Etat de sa répuUique communiste, conçue dans un esprit de répression de la personnalité antique, dont Texfl^ration était devenue un pml pour la Grèce.
Mais si la civilisation tend à IMgalité, elle se refuse à toute dédiéanoe. La législation oes empereurs, et plus tard le diristianisme, conservèrent le mariage et en rendirent le rit unifoiHie : sous oe rapport du moins toute femme mariée devint noMo, et ebacune put se dire aristocrate.
XIV. -— Si la eauso eSdenie du mariage, je veux dire, n réléaMBt juridique qui tend i s^ntroduire entre tltomme
0t l» hmm peu? 8iM»9t^ }m (m^wr pi tn^rifffvmsfri
» àMiim n mâbum
dans un inttrèt ropérienr, leur uiûon, si^ dis-je, eet élément réside essentieUement au cœur de rhumanité^ dans la conscience conunone de Tépoux et de réponse, et si le rit nnptial, public, solennel, n'est à antre fin que de Ini donner, avec rauthenticité, Timpulsion et la vie, il est évident que quelque chose de cet élément, de son action, de son influence, doit se retrouver en tout amour non consacré par h loi, auquel Tbomme et la femme, librement, passagèrement, peuvent se livrer. Toiyours un rayon de la Vénus Uranie brillera dans les ténèbres de la Vénus marécageuse : û n*est pas donné à lliomme, quoi qu'il fasse, de renier son âme.
Plus humaine sous ce rapport que ne nous a fiEdts le christianisme, rantiouité avait eu le sentiment profond de ce fait, et, tout en âevant haut la dignité matrimoniale, elle avait essayé, par sa tolérance, par ses coutumes et ses institutions, oe racheter Tindignite de Tamour libre.
En dehors du mariage aristocratique et solennd, les Grecs admettaient, pour les cas où le mariage était censé, par une raison quelconque, impraticable, un concubinat qui n'avait rien en soi de dégradant, bien que la femme n'eût aucuns droits légaux et que ses enfants ne pussent tenir lieu des légitimes. La femme de compagnie, %etaïra, n'était pas infâme; privée des honneurs oie réponse, elle l'emportait souvent sur elle pour la fidélité, la chasteté et le sacrifice.
La fameuse Briséis, cause innocente de la querelle entre Achille et Agamemnon, était, comme Ghryséis, la fille du grand-prêtre, de captive devenue hetaïra. Quoi de plus touchant, de plus décent, que les larmes de cette jeune fille, quand elle se voit enlevée à son Achille, le maître de son cœur et de sa personne? Comparez ses adieux avec ceux d'Andromaque, l'épouse légitmie d'Hector, et voua trouverez dans la difierence des tons du poète la différence de condition de deux femmes, mais rien oui trahisse la moindre idée d'avilissement. — Alcibiade, réfuçié en Asie, vivait avec une hetaïra quand il fut assassine : on sait avec quel soin pieux elle recueillit le corps de son ami et lui rendit les derniers devoirs. — Les Dix mille, de la fameuse retraite, avaient chacun leur femme de compagnie. Ces femmes les suivaient dans les marches et sur le champ do
AMÔim ET MARlÀm 33
bataille, préparant leurs repas, pansant leurs blessures et leur rendant tous les services d'épouses dévouées et fidèles. Beligion à part, croyez-vous, monseigneur, que ces femmes ne valussent pas, pour rhéroïsme, nos sœurs de charité, dont le ministère, je le sais comme vous, cesse à la convalescence du malade? Croyez-vous que le cœur du soldat ne se sentit pas p' ^^ fort, soutenu par cette pieuse et gratuite tendresse?... — Aspasie, aue nous qualifions iigurieusement de courtisane, était la aame de compagnio de Périclès. Aristote, Platon, les philosophes en général, étaient engagés dans des liens semblables : jamais il n'est venu à la pensée d'un Grec d'y trouver matière à critique et à calonuiie.
XT7 . — L'idée que la condition de l'hétaïre , illustrée par la poésie et l'histoire, n'était pas incompatible avec une certaine dignité, inspira l'empereur Auguste, lorsque, trouvant les Romains rebelles à l'antique conjugium^ il donna un titre légd au concubinat, et éleva à la hauteur d'une institution publique ces unions libres que la gravité des vieux patriciens avait toujours refoulées, et que multipliait la décadence des mœurs républicaines. M. Troplong (de VI^fiiMinM du ehrùtianisme sur U droit civil des Xomaim)^ accusant cet empereur d'avoir précipité la dissolution des mœurs, a également méconnu l'histoire et le cœur humain.
Le mariage, pour des causes qu'il est aisé de deviner, et malgré les facilités qu'offrait le divorce, si largement
Sratiqué dans les derniers temps de la république, était evenu onéreux à tous les points de vue ; la plupart recou* raient à des unions ou la liberté, l'amour et Téconomie trouvaient mieux leur compte. Auguste régularisa ces mcsurs nouvelles en créant, pour ainsi dire, l'état civil du concubinat, et selon moi il fit une chose morale. G^était le maria^ qui renaissait sous un autre nom : il n'y avait qu'à laisser faire au temps.
Ce qui diili^rrieiBit la coneuhinafMê du mariage légitime, appe1é/«t/4v tmpiiégf e^cst que par ce mariage l'homme no prenait pas la femme avee laquelle il m mariait pour l'avoir à titre de légitime époitse (jtuia uxor)^ ■uua il la prenait peor l'avoir à titre de femme et de coneubine. Le»
31 àMOmWfWJMÂM
e»fc«l« f«i Minalait de M «n^gt itWiwil 9M bi ^Mte âe ftm ils n'étaient pa»/««/f7#^«Pt; ils n'étaient pu néanmoin«hftiardn.On Ici appelait liùeri nalufëU** On appelait ntdhi et spurii le« enfanta qni étaient niê$s9corio et d'unione défendues. (POTBISftt Contraê ic mth
8ou$ l'emperear Jusf inîen le concubinage nVtait point encore aboli ; il était permis d'avoir une concubine. (Merliit, Rermeil éejfrrttpF.)
(V07. aussi nige»te, i XXV, tit. yii, /Vf eoiewàmêëi Avlu-Gblu» Nuiii aWqws, li?. IV, chap. m.)
L'homme marié ne poiiTait avmr de ooncuMne 1 Uk
femme avec laquelle il avait alors commerce était
^ Virgile, dans sa Didon, me paraît aussi avoir fait allu^ sion à la coutume homérique de Vhetaïrat; et c'est à mon avis très mal entendre ce poète, que de comparer les amours de la reine de Garthâçe avec oellaa d'ane pécheresse de notre temps. Plus sévère qa' Auguste cependant, Virgile se garde bien d'ennoblir le concubinat, et s'il ft renau Didon si touchante, c'a été pour relever d'autant U puclicité matronale, représentée par Lavinie. L'Enéide était le chant du droit romain, comme l'Iliade et l'Odyssée avaient été le chant du droit grec, une œuvre par consé* quent de haute moralité publique. Les convenances éj)!* ques ne permettaient à Virgile ni d^ laisser croire qu'il mit le ooncubinat au niveau du mariage, ni de se livrer à une description erotique qui n'eût pas trouvé son excuse dans la conscience publique elle-même.
Remarquez d'abord que Junon, la chaste et sévère déesse, préside à l'union clandestin^ de Didon, union qu'elle se propose de changer 911 w iermo et légitima mariage :
Connubio Janptni stabUi propriamqne dÎQsbQi
que les cérémonies nuptiales sont accomplies sur la montagne par les nymphes; que Mercure, envoyé auprès d'Euée pour lui faire rompre cet engagement, déjà le traite de Vir uxorius^ mari soumis à sa femme ; ^u'Enée lui-même, avant ce message, n'eût pas demande mieux que de se fixer auprès de Didon et de joindre la fortune de Troie à celle de Carthage. Didon, d'ailleurs, l'avait ainsi espéré ; elle avait vu et dû voir dans cett^ consommation
AiWntifi ET MVftTACt 3*5
tfiméM t 1
Keè te daift déiter» Siiëiidia
ffii éonànbis ooètra, (fer iliCtt^toS hpAenàoè.,. Hoc Mlam ndinen (^ieêpiéh) qnonfàin cle eonjugë testiài
A iùUt éêk q'iie i:épôné Ènée? Il objecté rordre des
été»4^»i Met 66ti(jd^n ifti^tfcrtkitf Fralfadt tttdsv^ sot itfo ifi îd^Cttt Téni»
Ct (SStfé (féàé|iaifîôâ\ qui dans nos idœiirfl sérail ùnéMé êS âéi6fai;atê et p6vtf ôtié femme le dernier des^ outrages/ n^â ftôïï âë ù^irkîtei à ta ptîdtéur et k ïa ,probite antiques. De IsC tâft d$née, fl nV à' pas plus dCoffense aue de ntau-
Où donc €&t la fauté? démânctéf a-£-on, car sur ce point Virgile est formel :
6eii|iuginn toob^i bw pMBtéJUt Aotntié H^Hnèm
1a fmfi Sert toute â Dtdon : elle consfiste eit ce qa^ ffrfVe dé ^rîiKé é^ féîn'eV ayant tant de titres à l'union lefidAé^n né lui élàif ô^^ permis dé former jiner union sei^ Ôtètffy a l^ fa(fôn druâe Ëérenicé ou d^une maxime de Main^ tenon, et de préluder au mariage par les jouissances de Vtétairàt, Ses plUiliteëf, exprimées avec la yiolence, d'une ]^ssî6ï! dépitée', sont celles d^une compagne sacriôée, non oTutfiÊrfettme trompée; a cet égard, elle est si loin d'envi-' tfagë)f élC faiitéP domine nous lé ferions aujourd'hui, qu'elle regVetf^' SS n*avôir pas' iu moins un enfant de son usioii
L6 >M t' r MAHlAr. .
rifier le mariage romain «et réprouver en conséquence la dégradation delà majesté impénale dont s'était rendu cou-
Îable Antoine, par son ooncubinat avec Cléopâtre. IToulions pas que le triumvir, après avoir répudié Octavie pour prendre la reine d'Egypte, répond à Auguste : — " Quel mal fais-je? Cléopâtre est ma femme. Ea peux-tu ^ dire autant de TertuUa, de TérentiUa, et de tant a*autres '^ que ta courtises contre tout droit et toute pudeur?... „ Environ cent ans après la lecture que Virgile fit de soii
Îoème en présence a Auguste et d'Octavie , la femme délissée d'Antoine, la tragédie de la fondahîce de Carthage et du héros troven se jouait au naturel entre Titus et Krcnice, dont le concubinat, non Tamour assuréu^ent, blessait si fort le soldat romain. A une époque oii le mariage solennel tombait en désuétude, la (qualité de concubine ou hétaire était un pas vers la dignité d'épouse : cette transition, que notre civilisation rejette, me parait avoir été, après la chute de la république romaine, le principal soutien de la moralité dans les relations des sexes.
XYI. — Mais, si le mariage était redouté du grand nombre en raison du décorum^ des charses domestiques , des prétentions de la matrone, etc., il n'était pas plus facile, et par des raisons analo|;ues, à quiconque reût voulu, de se donner une concubine ou hétaire. Que fiedre alors?... Le paganisme avait osé se poser la question : il faut voir la réponse.
L'homme a oesoin de s'honorer jusque dans le péché. Je n'aime point , je l'avoue, ces accommodements avec la conscience ; mais je ne puis m'empêcher de reconnaître ici, une fois de plus, le sens moral de l'antiquité. Elle avait porté haut la dignité de l'épouse ; elle avait honoré la concubine : laisserait-elle périr la femme vouée à l'amour universel , qui , ne pouvant devenir la compagne d'aucun, était condamnée à servir de maîtresse à tous?
Il y avait donc, en dehors des épouses et des concubines, pour le service de l'amour passager et au plus bas 1)rix, des courtisanes, comme il y en a parmi nous, malgré es prescriptions du christianisme ; mais avec cette différence, que chez les anciens la religion intervenait en faveur de ces femmes, livrées par nos mœurs à la dernier» des
AMOUR FiT MABIAGK ;^?
infamies. Elles étaient placées sonsla protection de Vénns, elles servaient dans son temple ; leur dignité , si i'ose em« ployer ce mot en parlant de femmes prostituées, était sauvée en quelque façon fsx le sacerdoce. On les appelait , dans le langage de TOrient, d^où elles passèrent en Grèce, filles consacrées, en hébreu qadUehoth^ littéralement des saintes.
Il existe au Japon une coutume semblable et bien autrement perfectionnée.
Au Japon, comme en Grèce, comme dans llnde antiqae et moderne, les femmes galantes par profession paraissent avoir nne mission poé» tique et relieuse qui se lie aux anciennes bases de l'organisation sociale» et qui leur permet de conserver leurs droits aux prérogatives de leur sexe et aux égards de la société... Leur éducation est Tobjet des soins les plus assidus. On leur apprend tout ce qui peut contrilmer à reluiusser leurs avantages naturels, à développer leur intelligence... Une fois leur engagement expiré, ces femmes rentrent dans leurs familles ; on grand nombre réussissent à trouver des maris, et personne ne songe à leur rappeler leur vie passée... Le nombre des maisom jk ihé (habitations de œs femmes) dépasse toutes nos provisions européennes. A Nangasaki, ville de 70,000 âmes, on en compte plus de 750. (Univfri fiUoretqut, t. VUI, pag. 45 et 46.)
Ainsi fut conçu, de par la Justice immanente dans FHumanité, le culte de la Vénus vulsaire; car, ne Toublions pas, toute religion , si pollue qu'elle paraisse, est une expression de la Justice. Certes laRévolution n'entend point, quoi qu'on ait dit, réhabiliter la fiUo de joie; mais, vraiment, la manière dont notre hypocrisie chrétienne explioue et juge les mœurs d autrefois n'est-elle pas stupide? Qui donc au Japon, dans l'Inde, la Babylonie, la Grèce, mit jamais la protégée d'Aphrodite au rang de l'épouse, ou seulement de l'hétaire ? Quel homme de sens , pouvant se donner Tune ou l'autre de celles-ci, leur préféra l'amante commune, la femme omnivore, celle que le latin brutal nommait une louve, lupam?
Ce Qu'il faut voir ici est ce sentiment, naïf et profond, de la oignité de la femme , ^ui changeait en acte de reli-
S ion ce que la morale la moins sévère ne peut s'empêcher e flétrir comme le comble de la dégradation.
Eh quoil lorsque Simonide, célébrant le patriotisme des courtisanes de Corinthei ose faire pour eUeSi au nom de
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tous les Grecs , cette épigrapbie : CeU$s*ei ont prié Venus ^ fui^ p(mr Vamour d'elles^ a samé la Gfrèee^ nous ne verrions dans ces mots qu^une horrible profanation de la patrie et une insulte à ramou]>*nonjugal I Pourquoi ne pas comprendre plutôt que ce témoignage de la reconnaissance publique, qui après tout avait son principe dans les institutions, avait pour but d'exalter le sens moral chez ces finunes, en leur faisant entendre qu'elles aussi avaient une
f)art dans les destinées de la patrie grecque? De nos jours, 'injure officielle les eût refoulées dans les inunoudices de leur temple : qui sait combien d'entre elles passèrent alors de la condition de courtisanes à celle plus honorée de compagnonnes? Et certes, lorsque plus tord, vers le premier si^Mole de notre ère, tout se lut corrompu dans la société iMdythéiste ; quand la femme, épouse aussi bien que courtisane, parut a tous les degrés avilie, s'il était un moyeu de réformer les mœurs , ce n^était pas sur ces matrones orjB^ieilleuses et dépravées qu'on pouvait en faire l'essai ; c'était plutôt sur ces créatures du troisième rang dont le cœur, en quelque sorte purifié par l'excès même de la débauche, se rouvrait aux inspirations de l'amour chaste et de la vertu. L'Eglise n'a-t-elle pas eu ses Madeleine , ses Thaïs, ses Âffre, qui, d'un seul bond, s'élevèrent des boues de la prostitution aux sublimités de la pénitence et du martyre ? prêtres, ^ue la poUtique non la pudeur de vos papes eut tant de peine à arracher au concubinage, vous ne connaissez rien à la religion; car vous ne connaissez ni le cœur humain , ni la marche de la société , ni votre histoire.
XVII. — Résumons ces faits , et faisons^n ressortir le développement et la série.
Le point de départ de l'institution du mariage et de la famille est la génération.
Exalté, transforme par l'idéalisme, cet instinct devient l'amour, le plus puissant des mouvements de l'âme après la Justice, engendré par la combinaison de deux fatalités , l'une organique, l'autre intellectueUe.
Dans cet état, l'amour est lui-même le plus tyranni^iii^ des£ata1ismes, remarquable surtout par son évolution tt>iir
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4 tour croissant^' et décroissante, irrésistible quand il vient, impoMsibl»: i retenir quand il s'en va.
Là cependant ne fiait pas pour l'humanité le rapport ■ci'éc entre les deux sexes par la génération et l'amour.
L'homme sent sa dignité en autrui : de là, en général, la Justice.
D'un sexe à l'autre, cette dignité se sent d'une façon Particulière, qui ajoute à l'amour un caractère auparavant iBOonnu de sérénité et de tendresse, éteint la passion, et crée un attachement que tous ceux qui l'ont éprouvé jugent unanimement de nature à pouvoir durer, malgré la dégradation extérieure de Tobjet aimé, autant que la vie.
Ainsi l'homme aime tout à la fois par ses sens, par son esprit et par sa conscience : il ne peut pas ne pas aimer ainsi, parce qu'il est homme.
Selon la puissance d'idéalisation et de Justice de l'amant, •et la qualité de l'objet aimé, l'union de l'homme et de la femmo inclinera plus ou moins vers l'un ou l'autre de ces termes : les sens, l'idéal, la conscience. De là trois degrés principaux de manifestation de l'amour : la fornication, le concubinat, le mariage, en d'autres termes, la luxure, la volupté, la chasteté.
n se peut que par l'eiFet d'une méprise ou de ciroonstances indépendantes de la volonté des personnes, il y ait interversion de mode dans les situations légales ; que tels mariés soient d'abominables fornicateurs, tels concubinaires de vrais époux, sinon pour le for extérieur au moins pour la conscience. Ces contradictions, qui ne portent que sur les apparences, confirment la règle : c'est qu'un sentiment de dignité plus ou moins profond est toujours présent ààJXB les manifestations amoureuses de l'homme, sentiment qui est le principe du mariage.
Ciomment ce principe se traduit^il en acte reli^eux?
L'ensemble de nos Etudes l'explique. La Justice a pour expression crémière la religion ; l'amour conjugal, fondé sur la dignité mutuelle, et, si je puis ainsi dire, sur la communauté do conscience, iprend donc une teinte de piété. Tous les amants sont enclins à la dévotion; la famOle devient, par l'amour, le foyer du culte : là est le secjret de la durée des religions.
Quant à la position particulière de la femme au. foyer
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donasttqm, à sa part de liberté et d'influence, diose marquame, elle est partout inverse de Thonorabilité du lien qui Tunit à l*homnie.
La femme galante jouit de toute son indépendance : trar fiquant de ses charmes, honnis un instant très court elle n'est rien pour lliomme, qui n'est rien non plus pour elle. Elle pNeut dire : je ne connais point de maître; mais elle est avilie.
L'éi^té règne dans le concubinage , aussi longtemps du moins que la maternité ou d'autres disgrâces ne mettent pas la femme à la merci de son amant. Mais la conçu* bine n'a aucuns droits, et tout ce qu'elle peut attendre de l'opinion, c'esi qu'on fÉisse grâce à l'irrégularité de sa position en faveur des vertus qu'elle y déploie.
L'honneur et la dépendance sont pour l'épouse.
NoUe part autant qa'à Rome la éhoee paUîqiie n'aeeepta et ne glorifia la vertu féminine; nulle part la femme ne fut plus dtojenne, plna associée aux dangers, aux triomphes, aux intérîsta, à la gloire commune... Elle tient le second rang dans la cité. Tout père est prêtre, guerrier {çuiris), patron, maître {daminui); au dessous du père, la femme, viairamm; puis, les libres, liberi; les esclaves, ienn; les clients,
n n'ont pas droit de parler, eUngnei, c'est à dire qui il*ont pas de t politique. (FaàHS nx Champaght, Im Càart.)
liais, qu'on ne s'y trompe pas, si l'honneur est grand, la subordination au père de famille est rigoureuse. La Romaine ne fut îamais qu'une ménagère : Domi mansU^ lauam feeii; elle a gardé la maison et filé la laine, disaiton d'elle, et les plus illustres tenaient à honneur de remplir ce modeste devoir. Lucrèce, Clélie, Valérie, Virginie, Véturie, Comélie, Aurélie, la mère de César; Atia, mère d'Auguste, Livie elle-même, Porcie, Arrie, Agrippine, femme de Germanicus, toutes ces héroïnes, auxquelles nous n'avons rien à comparer, furent avant tout des travailleuses, des prêtresses du sanctuaire domestique. Les vieux Romains ne souffraient pas l'immiittion du sexe dans les choses de TEtat : on sait que le parricide Néron fut
5 resque justifié aux yeux de la plèbe, comme si, àl'exemple e Brutus, bourreau de ses nls, il n'eût fait en tuant sa mère qu'accomplir un acte nécessaire de l'autorité pata^ Belle.
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Cette séTérité des mœurs latines nous parait excessiye : aucun roman intime des sept premiers siècles de Rome ne nous est parvenu, et nous nous demandons, en lisant dans les iurîsconsultes le détail des cérémonies matrimoniales et des devoirs de réponse, si véritablement les Romains aimaient leurs femmes.
Question de bas-bleus et de coquettes. Le mariage ro« main par eonfarreatio est le chef-d'œuvre de la conscience humaine : en faut-il davantage pour démontrer que les femmes romaines furent les plus aimées de toutes les femmes? Pendant près de six siècles, pas une séparation, pas un divorce, ne vint scandaliser la cité; encore le premier* qui en donna Texemple, Sp. Garvilius Ruga, cité par les historiens pour Tétrangetié au fait, neiit-il, en se séparant d'une épouse adorée, mais stérile, qu'obéir à Tordre des censeurs, q|ui lui avaient fait promettre de donner des enfants à la Republique. La constitution de l'Etat ne fut dle-même qu'une extension de celle de la famille : oui touchait à celle-ci, ébranlait aussitôt celle-là. Toutes les révolutions romaines ont pour cause un attentat à l'honneur domestique; la mort de Lucrèce amène l'expulsion des rois et l'é^blissement de la République ; celle de Virginie détermine la chute du décemvirat; le crime de Papi* nus produit la liberté civile ; un peu plus tard, l'insulte faite a une autre Virginie amène la divulgation des formules : alors le mariage plébéien, eoemptio^ devient l'égal du mariaçe patricien, eonfarreatio. Mais de cette époque date aussi l'altération delà charte domestique: la constitution de la famille entraînant celle de l'Etat, le droit public est changé, mutatum autem jus^ selon l'observation de Tite-Live, et la République que soutient de moins en moins le respect des pères, patres eonscripti^ incline à sa I>erte. (Voir une excellente monographie du Mariage romain^ par M. Picot, in-S**, 1849.
La question maintenant est de savoir si le principe de ..conscience qui dans l'union de l'homme et de la femme B^^joute à l'amour pour le purifier, le rasséréner, le convertir, en faire un amour spirituel et à tpute épreuve, ce ou*inaiquait la fraternité m^hoIoc:ique de l'amour et de rhyménée; si, dis-je, ce principe a véritablement l'efficacité requise; à quelles conditions il peut acquérir cette
efficacité ; ce que vaut à cette fin Tacte ou le sacrement de mariage; quelle destinée il fait à la femme, et de quelle importance il est pour la Justice et la société. Suivons rhistoire.