‹ Amour et mariageChapitre 8 sur 34 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

CompIlM da miritfê tl d« r^Miir ptr l14Miiai«. GosliniiM to wam,

XVIII. — On a VU au précédent chapitre comment Vexpérience de Famour, tel que le donnent Timagination et les sens, avait dû faire naître Tidée du mariage.

Cette idée, il nV a pas à s'y tromper, n*est rien de moins

Îue le projet de dompter Tamour, de le rendre constant, dèle, indéfectible, supérieur à ltti*m6me, en le p^étrant à haute dose de ce sentiment de dignité ^ui accompagne l'homme dans toutes ses actions , et en umssant Phomme et la femme dans une communauté de conscience, dont la communauté de fortune n'est que la conséquence et le gage. La consécration matrimomale par le ministère du prêtre, avec sacrifice, auspice, invocation des dieux, banquet eucharistique, paroles secrètes, bénédiction, exorcisme, n'a pas d'autre sens. Pour le vulgaire, c'était comme un

Shiltre mystérieux qui devait conférer à l'amour la qualité ivine, l'incorruptibilité. Pour le philosophe, c'est l'affirmation de la conscience qui répudie l'amour dans sa na* ture doublement fatale, et tend à s'en faire un instrument de Justice en le convertissant à son image.

Or, rien né se produit en tertu de rien^ rien ne tend d rien^ rien ne peut être Vexpression de rien Le mariage n'est donc pas une vaine conception de la conscience, c'est une réalite.

Ce n'est pas rien, en effet, que cette aspiration sublime à qui la chair répugne, que la beauté mâme ne satisfait pas. et qui sous cet idéal cherche un idéal supérieur, i'ideal de l'idéal. Il y a là un phénomène de psychologie qui étonne l'esprit par sa hauteur, qui s'empare de la vo- •^nté par wm ex^uisQ délicatesse, et coix|n(aiic|e la oertf?

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iade par son universalité. Espérance d^en haut, à qui le succès n'a pas toujours manqué, témoin les six siècles de fidélité conjugale de Tancienne Home.

Que si maintenant nous considérons le mariage dans ses rapports avec la destinée des nations, nous deyrons reconr nai&e gu'entre la société et la famille il existe une solidarité intune; que comme la génération est une fonction de l'organisme, le mariage est une fonction de l'humanité, hors de laquelle l'amour devient un fléau, ladistinction des sexes n'a plus de sens, la perpétuation de l'espèce constitue pour les vivants un dommage réel, la Justice est contre nature, et le plan de la création absurde.

Le mariage n'est donc pas seulement une idée ; ce n^est pas non plus seulement une réalité : le mariage est nécessaire, de nécessité sociale.

'C'est ce que nous allons démontrer par l'examen de ce qu'il advient de l'amour, et par suite de la famille, de la société, de l'espèce, lorsque les relations entre l'homme et la femme ne sont plus régies par le principe conservateur du mariage.

XIX. — Tout se conserve et se développe dans l'humanité^ par la Justice, avons-nous dit ; tout dégénère par

n en sera de la famille comme de l'Etat, comme de la

mœurs domestiques par l'idéalisme erotique sera d'autant

1>lus rapide que la corruption des mœurs publiques par 'idéalisme politique, métaphysique ou esthétique ira plus grand train, et vice versa.

Esquissons en traits rapides les moments de cette dissolution.

Après avoir, par un acte de sa spontanéité religieuse, pose le mariage, l'esprit, obéissant a la loi du développement intellectuel, étudie ce svmbole et en cherche la raison philosophique. Problème difficile, dont la solution exige de nombreuses connaissances, et ne peut par consécjuent lui être sitôt donnée. Gomme il ne découvre qu'une cérémonie tQU^ ejçtéfieurei un rit Buperstitieux| b^jis, réajité appij.

rente, Tesprit nie le mariage ; c'est à dire qu'il ne reconmât an mariage que la partie purement civile, relative à la position des parties yis-à-vis des tiers et au droit des entants : ce oui assimile le mariage à un marché dans lequel Famour n a rien à faire, la conscience des époux rien à Yoir.

C'est ainsi qu'à Rome la forme religieuse du mariage, la eonfarreatio^ par laquelle l'époux s'engendrait spirituellement son épouse avant d'engendrer de celle-ci des enfants, tomba en désuétude. La coemptio^ puis Vuêucapio^ produisant, quant au for extérieur, les mêmes effets, on en conclut avec Ulpien que le contrat était tout, la cérémonie insignifiante; que ce qui faisait le mariage était la volonté de s'unir, eonsemus/aeit nuptias^ plus, certaines stipulations concernant les apports et acquits.

La famille ainsi établie sur une base douteuse, puisque le côté religieux n'était pas compris , et que faute de le comprendre on le délaissait, la légitimité des enfants devenue équivoque, on conçoit comment il devient impossible de distinguer le mariage du concubinage, et comment l'eœperear Auguste, dans l'intérêt de la population et des mœurs, fut conduit à donner au concubinat un titre légal. Je m'étonne qu'un écrivain tel que M. Amédée Thierry Œistoire de la Gaule^ 1. 1*') ait pu voir dans cet abandon de la confarreatio un progrès : les choses parlaient assez haut cependant.

C'est ici le cas d'appliquer la règle : La forme emporte le fond. Le sacrement dédaigné, le sentiment reli^eux du mariage ne tarde pas à s'éieindre ; l'institution aisparaît du foyer, elle n'existe plus q^ue pour la place public^ue. De ce moment l'incompatibilité des humeurs , des idées , des sentiments, prend l'essor; la division, puis le scandale, entrent dans la famille; l'autorité paternelle, que ne tempère plus l'affection, prend un caractère de tyrannie au- J^uel le législateur se croit obligé de mettre un frein ; la emme, protégée par les siens, sentant sa force, s'exaeérant ses droits, devient insolente, aspire à l'égalité ; les enfants, à peine adultes, obtiennent l'émancipation; la famille devient une pépinière de discorde, et le serment conjugal, sanctionné par le divorce, une promesse tacite de résiliation.

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Alors, mal^ les phrases pompeuses des juristes, qui coBtinuaient à définir le mariage une participation du drtnt divin et humainj il devint clair pour tout le monde que cette prétendue participation se réduisait à une pure association de biens et de gains, à une communauté de profits et pertes, dont les enfants formaient le principal article. Dans un contrat de cette espèce , auquel suffisait le ministère du tabellion, les stipulations d'iiri;érêt tenant toute la place, Famour laissé à ses propres risques, le mot de mariage retenu par habitude et pour les convenances, l'union des époux, quant à la couche, ne se distinguait en rien de celle des concubinaires, que dis-je? des simples fomicateurs; de sorte qu'entre le mariage, le concubinage et la prostitution légale, il n'y avait plus de différence essentielle.

Rien n'est impitoyable comme la logique. Le voile nuptial , fiammeum , déchiré ; l'amour céleste , promis aux époux, changé ipso facto en caresse lascive, la fidélité maritale jetée aux vents, la pudeur féminine tombée en M^ çueulerie^ le mariage dut être et fut pris pour ce qu'jl était, un marché de dupes.

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