XX. — Que de raisons aux deux sexes de s'en abstenir I
La vieille Rome avait présenté ce miracle de cinq cent Tingt années passées sans un divorce : nous pouvons hardiment en conclure que les adultères, soigneusement dissimulés,furent rares. Quel merveilleux amour, quel respect, quelle charité , queue force de continence ce seul fait raconté par tous les historiens comme étant de notoriété publique, officielle, suppose chez les Quirites et leurs matrones I... Une telle race était faite pour conquérir le monde.
Mais voici qu'avec la religion nuptiale la pudicité s'est envolée ; et les mêmes hommes , les mêmes fournies , qui ont étonné le monde par leur chasteté, l'étonneront par leur luxure.
A une époque de dissolution générale, dans un milieu enfiévré' par le luxe et les jouissances, dénué de vie publi(|ue, sans communion sociale, tout créait aux époux des antipathies sans fin, tout leur devenait motif de divorce, tout militait par conséquent contre le mariage.
4Ô AMOUR KT NARIAGK
L'avarice, d'abord, côte iaible àa Tame romaine : les fitaÎB de maison sont trop lourds ; Tentretien des enfimts et leur édacation sont autant de retranché pour le bienêtre personnel. An dessus de la maxime eAoctfa ekez foî, chacun pour toi. dont le triomphe a amené la désertion du forum et assure la fortune de César, règne, sévit le féroce primo mihi. Tout pour moil Devant cet indomptable égoisme, que devient Tamour ? Un objet de consommation, comme le pain, le vin, la baignoire, le spectacle, qu'il fernt obtenir au plus juste prix. Donc point de mariage.
Le dégoût du travail : le noble et le chevalier s'en décharg[ent sur la plèbe, qui le renvoie aux esclaves. Sans travail, ne f&t-ce que celui de la surveillance et de l'administration , point de fortune qui se puisse soutenir ; d'ailleurs, point de Justice. Si le nche, indolent et désœuvré, se trouve pauvre, que sera-ce du citoyen sans patrimoine, à qui de vastes possessions ne produisent pas de rente? Se marier, c'est se condamner a travailler : donc, point de mariage.
L'horreur de la progéniture : la femme n'en veut plus, dans l'intérêt de sa beauté ; l'homme , qui met sa vie a fonds perdus , pour qui la République se réduit à la personne au prince , s'en soucie encore moins. Paternité, patrie, patnciat, autant de fables : donc, point de mariage.
La surexcitation de l'idéalisme, qui sous toutes les formes, philosophie , littérature , arts , envahit la société ; l'empire et ses pompes; la superstition et ses recherches. Une seule pensée gouverne le monde, apparaît au fond de toutes les aoctrines. se fait jour dans toutes les œuvres de l'esprit, sert de mobile à toutes les actions, la Volupté. Le concubinage déjà n'v suffit plus : sans doute il est préférable au mariage, plus économique, plus commode. A rhomme il promet plus de licence, à la femme plus d'éffalité ^ mais lui aussi fatigue par la monotonie : il &ut de la vanété , de la mise en scène , une excitation orgiastique ; pour rendre à l'amour ses ravissements, une res* source s'offre encore^ la débauche.
Arrivé là, toute dignité, toute Justice s'évanouit. Plus de respect, ni pour l'âge, ni pour le sang, ni pour le lien. Toutes les barrières sont franchies : du concubinage légal, puis de la tolérance du lupanar ^ ou, ce qui revient au
AMut'R ET MARIAGE 4*i
même, de la voltigo amoureuse qu^entraîne le concubi* nage, nous entrons comme de plain-pied dans la région du crime : adultère, stuçre, inceste, viol. Possible que cette série éprouve de fréquentes interversions : il en est du crime comme de layaîeur, qui anûp âmes lien nées n'attend pas , dit le poète , le nomtre des années. Je raisonne sur la moyenne de la moralité publique , et Ton ne saurait nier que la marcbe de la dépravatien dans cette moyenne ne suive le pro^^rès indiqué plus haut :
1 . Réauction du mariage religieux à une convention purement civile ;