‹ Amoureux d'artChapitre 11 sur 29 · I. M. Robert- Fleurv · texte numérisé non relu

I. M. Robert- Fleurv

Bézancourt, un peu à Técart de ses camarades, s'abandonnant à des songeries d'amour ou mieux ne pensant à rien. Il y a un boucher dans mon récit et la mère Jean allait mettre à la marmite un quartier de bœuf de belle mine quand VoUon dit : « Laissez çà là . » Et Vollon de peindre avec rage. Puis, beaucoup plus tard, le peintre retrouve une toile dans un coin : « Ce n'est pas mal », dit Vollon.

J'ai dit que les amateurs d'art sont gens d'humeur paisible; s'il collectionnent les épées, c'est pour les ciselures de la garde. Exemple : M. Antony Valabrègue a pu faire une conférence sur ce sujet : U Histoire de France au Louvre, un 21 janvier, sans une allusion à la mort de Louis XVI...

Ce qu'il faut voir, c'est le portrait signé Fantin-Latour. Ceux qui aiment à être tutoyés dédaignent cet art discret et mesuré. J'ai là, chez moi^ devant ma table de travail, le portrait de Fantin-Latour par lui-même, daté de 1861. En ce temps-là, Tartiste était pauvre^ méconnu, fort triste et très maigre. M. Fantin-Latour n'est plus aussi maigre qu'alors et il est tou-

jours triste. Ce portait, ce petit portrait-là, supporte, sans faiblir, les plus dangereux voisinages. Fantin-Latour se tient bien partout. Il est sincère, quelles délices!...

J'avais dit^ dans une conférence au Musée du Louvre sur les petits peintres hollandais : « J'ai une croyance qui me guide dans mon choix: Le style est l'état innocent de V esprit.

A ceci, mon confrère, M. Édouard Sylvin, répond : « Il n'est pas nécessaire de méditer longtemps cette formule pour y retrouver la poursuite sous une forme plus serrée, plus particulière^ de la formule même de Bufïon : Le style, c'est l'homme. Mais dans la bouche de Jean Dolent, elle s'applique à une manifestation de l'intelligence, où l'homme peut se garder mieux, se trahir moins aisément soi-même, et^ par conséquent, elle exige pour être comprise des développements. Ces développements, il nous les doit. »

Si je dois, je paierai.

Quant à la formule célèbre, le style c'est rhomme, je dirai sans irf-évérence qu'elle équivaut à : ce qui vient de nous tient de nous. Ou

bien : à père camus, enfant camard. La belle découverte et le grand effort d'esprit !

J'ai voulu dire, j'ai dit : Confessons-nous, mes amis^ déshabillons-nous^ mes frères. Le poète Rollinat n'est point un loup-garou, c'est un renard ^ Que de pauvres sonneurs de trompe seraient d'aimables petites flûtes ! Combien d'artistes singent l'homme entraîné, possédé, innocent... Ce n'est pas sans qu'ils aient un certain désir d'avoir du génie, mais il y a les abeilles du mont Hymette et le miel du Gâtinais... Dans les rêves de ces artistes, les croix remplacent les étoiles. Ce sont des menteurs et les gens qui les louent, les récompensent, les paient, des ignorants.

(i$ juin 1883.)

1. Cela s'adresse non pas au poète, mais au malin diseur de vers, soigneux de ses effets.

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