‹ Amoureux d'artChapitre 19 sur 29 · I. Ch. Clément · texte numérisé non relu

I. Ch. Clément

mentaire d'un de mes confrères : « La tête, ce profil nerveux et bruni d'émir arabe où les yeux profonds et luisants ont connu la nostalgie d'une vie antérieure, des siestes douces sous les lauriers-roses du généralife, des prières lentes que clamaient les imans dans le crépuscule pardessus les terrasses claires de Grenade, des batailles furieuses contre le Cid Campeador et les preux bardés de fer — ressort un peu lasse, un peu morose d'un veston de flanelle blanche, et absorbe toute l'attention. » Et si M. Clairin s'était fâché !

Un autre écrivain dit de M. Roll « qu'il a toutes ses dents et qu'elles sont très blanches ». Un journaliste, en visite chez Abd-el-Kader, écrivit que le vieux chef avait parmi ses dents blanches une dent « couleur d'ambre )), ce qui fut une façon délicate de dire qu'il avait une dent gâtée.

J'eus toujours d'autres soucis.

D'un portrait de femme de M. Cabanel on peut louer la borme tenue. Chose faite pour surprendre, ses portraits son peints de pratique. M. Cabanel peint de chic devant le modèle et

ceci le prouve^, les femmes qu'il peint se ressemblent toutes. M. Bouguereau dit sans lyrisme : « Cabanel a un dessin assez agréable. »

Malgré Mme Demont-Breton , parmi les femmes, pas de grands peintres, mais que de musiciennes : Malibran, Sontag, Pasta, Falcon; de ce temps : Pauline Viardot, Miolah-Carvalho, Nilsson, Patti même.

Le tableau de M. Clairin, Après la victoire — Les Maures en Espagne^ c'est un très grand tableau. Plus grand que le Travail de M. RoU, un Chantier de Suresnes? On discute, à ce sujet.

Quel artiste réalisera ce tableau rêvé ? Un soldat et une femme écoutent un musicien. Refrain guerrier pour lui, chant d'amour pour elle; le même air rappelle à l'homme la première victoire, à la femme, la première défaite...

Lequel de nos artistes pourrait rendre cela?

Nos artistes rêvent à la croix, à la médaille d'honneur. Carolus-Duran, Jules Breton, Cabanel, Bonnat, Gérôme, Robert-Fleury fils, ont eu cette grande médaille. Pas de médaille d'honneur à François Millet, Courbet, Corot, Théodore Rousseau. Voir cela ! l'avoir vu ou

savoir que Ton le verra encore, toujours ^ ! Avoir vu Delacroix après la Barque^ après le Massacre de Scio, craindre encore la fureur imbécile du jury ! Assister à la bataille de tous les jours, où triomphe la sottise puante, et pour l'artiste n'avoir qu'une consolation : Penser que l'on rêve, rêver que l'on meurt. Je lis : « Élèves de Cabanel, de Gustave Boulanger. » Il faut lire élèves de M. Boussod et C^, élèves de M. Siedelmeyer ou de quelque autre marchand.

Du groupe de Dalou : Triomphe de Silène, des artistes ont dit :

« C'est de l'art d'orfèvre. C'est de la sculpture tapotée. »

Sa vie de misère : Dalou échoue à l'école des Beaux- Arts même au coneours de place; alors pendant deux années, il empaille des animaux, puis il entre chez des fabricants de bronze, deux frères « qui font tous leurs modèles. » Dalou les regardait faire très probablement.

M. Bouguereau trouve au Silène de Dalou un défaut : Il est ivre.

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