III. La Passa indlca sans pépins
IV. La Passa minor ou Passula de Corinthe. Feuilles rondes, épaisses, blanchissant en dessous, aux lobes peu profonds. Raisins, partie dorés, partie presque noirs, sont doux et sucrés.
V. Vigne sauvage, Labrusca, Son nom vient de ce qu'elle pousse des lèvres de la terre, m labris terrœ oriatur. Son raisin ne mûrit pas, mais sa fleur, cueillie en plein parfum, constitue l'œnanthe. Elle est très abon- •dante en Floride.
VI. Vitis sijlvestris amer Icana, Vignes sauvages grimpant sur les arbres et donnant des raisins comestibles dans la Nouvelle France (Amérique).
VII. Vigne vierge ou de Virginie, Il y en a deux genres qui naissent spontanément, l'un à petits, raisins acerbes ; l'autre aux grappes agréables et beaucoup plus grandes-
yill. Vigne vierge de V Inde y aux grains de prunier sauvage. Grains ligneux, sans pulpe, incapables de faire du vin.
Notes :
Malgré ses connaissances ampélographiques, le grand botaniste ne professe pour la vigne qu'un amour assez tiède. Il se méfie
des gros raisins et il pense que la grappe de la Terre-Promise, si bien peinte par Nicolas Poussin, était un régime de bananes ^
Mais il ne craint pas, dans le baptême qu'il prodigue à plusieurs plantes, peu connues avant lui, de se servir de ce terme de raisin, t/cci, qu'il n'a accordé que si parcimonieusement à cette sorte de chose grimpante appelée Vitis cinifera.
P. 422, c'est un champignon rouge qui pousse sur les racines du chêne qu'il appellera Uca quercina; et p. 455, ce sont les fruits des groseilliers qu'il favorise de la même appellation, Uca crispa, uca spinay crispina uca, uca ursi. Ribes et grossUlaria ont plus de raisins que les vignes.
P. 470. l<e Myrtille, appelé si faussement par Pline Vitis Idœa, voit son nom dûment accepté et consacré par /jaspard Bauhin, qui décrit VIII variétés de Vitis Idœa! autant de variétés que pour toutes les vignes du monde, sauvages et apprivoisées réunies.
Ah ! non, Gaspard peut être un homme très illustre, comme il est dit sur le titre de son ouvrage, fruit de 40 ans de labeurs, mais s'il a soupçonné l'ampélographie, il n'est que plus coupable de l'avoir négligée. Sans son frère Jean, le premier vigneron franc-comtois, son nom ne mériterait que l'oubli dédaigneux des viticulteurs qu'il a si mal servis.
Biographie :
Premier jardinier de Henri IV et de Louis XIII, Claude Mollet dessina les l)eaux parterres des Tuileries, et il planta les jardins de Fontainebleau et de Saint-Germain. Il introduisit la mode italienne des plates- bandes en mosaïques et des -dessins en grands compartiments; il perfectionna la taille symétrique des arbres et employa dans les cabinets de verdure le cyprès et le buis. Il est un des créateurs du «jardin à la française». Il se servit judicieusement d'observations météorologiques, décorées alors du nom d\istrologie, pour indiquer au cultivateur les moments propices de ses différents travaux.
1. Bannana : Hue referri potest Ficus indica fructu racemoso folio oblongo, an Uva quam ex benedicta terra Movsi attulerunt?
Claude Mollet fut un excellent praticien. Ses deux fils, André et Noël, horticulteurs distingués, eux aussi, recueillirent ses notes et les publièrent, longtemps après sa mort, sous ce titre : « Théâtre des Planfi et Jardlnafies" contenant des secrets et inventions incognus à tous ceux qui jusqu'à présent se sont meslés sur cette matière d'écrire, suivi d'un Traité d'Astrolof/ie propre à toutes sortes de personnes et particulièrement pour ceux qui s'occupent de la culture des Jardins. Paris 1652, in-4° avec 22 planches dessinées par les fils de l'auteur. »
Ce livre se trouve à la Bibliothèque de Lyon. C'est là que nous l'avons consulté. Dans ce bel ouvrage, dédié à Fouquet, l'auteur consacre six chapitres à la vigne. En voici l'énumération :
Chap. XXXI v. — Monstrant comme il faut planter la vigne, ^t comme il faut cognoistre la terre afin de recueillir de bon vin.
Chap. XXXV. — Monstrant comme il faut que soient les talons ou crossettes, et de quel costé du sep de la vigne il les faut prendre ^ si c'est en vieille vigne ou nouvelle.
Ni l'une ni l'autre, nous dit l'auteur avec raison, mais en une vigne en sa pleine force et vigueur, ni trop âgée, ni trop jeune.
Chap. XXXVI. — La façon comme il faut planter la vigne selon la lune.
Au sujet des influences lunaires l'auteur conseille de tailler la vigne « au decours de la Lune du mois de février, c'est à dire si tost la pleine lune passée».
Chap. xxxvii. — Comme il faut labourer la vigne et en quel temps.
Chap. xxxviii. — Comme il faut enter la vigne.
L'auteur est un partisan résolu de la greffe pour améliorer le produit. « Si vous voulez avoir du bon vin, dit-il, il faut nécessairement enter vos vignes, afin qu'elles ne tiennent de leur bastardière. »
Quel dommage qu'il n'ait pas vécu à notre époque, ce brave Claude Mollet! Il aurait eu la satisfaction de voir ses théories universellement appliquées, par la force des choses, il est vrai, et en vue du phylloxéra, mais appliquées tout de même.
Voici enfin son chap. xxxix que nous donnons intégralement :
Texte : THÉÂTRE des PLANS et JAR-
DINAGES, par Claude Mollet, Paris, 1652.
Chap. XXXIX. — Pour inonstrer les espèces de complan pour apporter de bons raisins, aussi pour faire qu'un seul
cep de vigne rapporte son raisin calhotté de blanc et noir c est-à-dire un grain blanc et Vautre noir.
Nous avons de plusieurs sorte» de Muscats, scavoir blanc, noir et violet ; ils sont tous excellens mais le blanc emporte le prix, parce que le noir et violet ne viennent pas si bien en maturité en ce climat. Telles espèces de complans se doivent planter le long des murailles du jardin potager, scavoir contre celle qui regarde le soleil du levant, Midy et couchant ; c'est un ornement nécessaire au jardin : mais si vous voulez faire planter une vigne pour faire du bon vin muscat, vous le pouvez faire, pourvu que ce soit en lieu où le climat soit chaud.
Nous avons d'une espèce de vigne, laquelle nous appel- Ions le Mourillon; c'est un fort bon raisin noir, lequel vient fort bien à maturité, et fait de fort bon vin clairet, lequel se conserve bien ; c'est une des meilleures espèces <iue le jardinier puisse choisir.
Nous avons aussi d'une autre espèce de vigne que nous appelons du Meslier blanc, c'est aussi d'une très bonne espèce, laquelle rapporte quantité de raisins, et fait du vin fort excellent, et qui est aussi doux comme du vin bourru, c'est la meilleure espèce de tout le raisin blanc; c'est pourquoy il faut remarquer les lieux où il s'en trouvera pour en avoir des greffes.
Nous avons aussi d'une autre espèce de vigne noire qui s'appelle Somoireau, laquelle rapporte grande quantité de raisins, mais le vin n'est pas si excellent que l'autre •cy-devant.
Le moyen que le jardinier fasse en sorte de faire qu'un sep de vigne rapporte le raisin blanc et noir, il faut qu'il plante deux marcottes ou Racineaux de vigne, un blanc et l'autre noir, tous deux ensemble; après qu'ils seront repris, il faut qu'il les fende tous deux : mais il faut qu'il prenne bien garde d'offenser la mouëlle de tous les deux, et que les fentes ne viennent jusques aux yeux dembas, proche du tronc, et après il les faut adjouster l'un avec l'autre et les englutiner et joindre si bien, que
les yeux soient l'un contre l'autre, et qu'ils se touchent en «orte que des deux il n'en soit fait qu'un seul, et après les •envelopper avec un petit linge, et pardessus de la terre -engleuse défaite avec du soin, par ce moyen ils s'incorporeront ensemble, tellement que le raisin qu'ils rapporte- Tont sera un grain blanc l'autre noir.
Nous avons d'autres espèces de vignes qui sont propres pour faire du verjus, à scavoir Gros Goix blanc, Bécanne blanche^ Bourdelais blanc, ce sont les meilleures pour faire des verjus ; le Gi^os Goix rend davantage de verjus, mais il n'est pas si bon et si ^ il est subjet ■à s'engraisser*. Le Bourdelais blanc est propre pour •confire.
Nous avons un autre Bourdelais rouf/e, et Bécanne rouf/e, toutes les deux espèces sont propres pour seicher au four. Toutes les deux espèces cy-dessus, comme Bourdelais blanc et noir, se doivent planter le long des murailles du jardin potager, et non dedans les vignes.
Notes :
Cet honnête précurseur de La Quintinye nous donne, avec <iuelques expressions pittoresques, d'exceUents conseils. Pour la taille qu'il soumet h une influence lunaire, discutable bien entendu, il tombe néanmoins sur la bonne époque. Nos proverbes patois en font foi :
Si tu taille en feuvreille, Si tu tailles en février,
Tu mais le rasin dans ton peneille. Tu mets le raisin dans ton panier.
Taille le jo de lai Saint-Aubin Taille le jour de la Saint-Aubin ^
Po aivoi de gros rasins. Pour avoir de gros raisins.
Quant à son procédé, renouvelé d'ailleurs d'Olivier de Serres et d'Estienne qui le tenaient des Romains, pour obtenir des variétés panachées « calbottées de blanc et noir», est-il pratique? J'en doute, 5ans pouvoir afiQrmer le contraire. On aurait tort, pourtant, de le rejeter à priori et sans expérimentation. Voici pourquoi : Si les *deux souches de couleurs différentes étroitement juxtaposées,