‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 106 sur 180 · Si pour aussi, de plus · texte numérisé non relu

Si pour aussi, de plus

2. S'engraisser, prendre la maladie de la graisse. 5. Premier mars.

226 AMPÉLOGRAPIflE RÉTROSPECTIVE

soudées même par cette sorte de greffe, émettent toutes deux des pousses, on comprend qu'il y ait, sur le même cep, d'un côté des raisins blancs, et de l'autre des noirs. Viennent les hybridations, successives et fatales, de ces grappes entrecroisées, et les grains pourront parfaitement se panacher au bout de quelques années.

Il est donc prudent de ne pas sourire trop tôt des recettes de commère dont fourmillent les vieux livres ; elles cachent parfois, sous leur empirisme bizarre, plus de sens scientifique qu'on serait tenté de le supposer.

Biographie :

Né à Breslau, Philippe-Jacques Sachs fit sa philosophie et sa médecine à Leipzig; puis il voyagea en France, en Espagne, en Italie, et revint exercer la médecine dans son pays. En 1658, il fut reçu dans Y Académie des Curieuœ de la nature^ dont il a enrichi les mémoires d'un grand nombre d'observations. — Outre cela, il *a publié des ouvrages de minéralogie et de médecine, notamment De mira lapidum naturd, où il tend à prouver la circulation du sang par la circulation des eaux ; et, à Leipzig, en 1661, son Ampelographia, écrite en latin, étude physico-philologico-historicomédico-chimique de laVitis vinifera et de ses parties, dans laquelle on a noté, selon la règle de l'Académie des Curieux de la nature, un grand nombre de choses curieuses, tant de la vigne en général que spécialement de ses pampres, sa fleur, ses larmes, ses sarments, son fruit, les usages variés du vin, de l'espr^rt de vin, du vinaigre, etc.

Texte : AMPELOGRAPHIA. Lipsise, 16CL

P.. 3 et seq. — - « Les botanistes appliquent le nom de vigne à un grand nombre de plantes, soit pour la ressemblance de leurs parties, soit pour d'autres causes. Ce sont :

1. Vitex, autrement Agnus castus et Salix amerinay dont parle Diosc. 1, 116.

2. Vlticella, autrement Balsamina, Momordica, Caranza, qui a des feuilles semblables à la vitis vinifera^ mais beaucoup plus petites, et plus découpées tout autour» (Matthioli, Comment, in 4. Diosc. c. 177).

3. Vitis silvestris, que Pline appelle Uva Taminea, Les botanistes varient dans sa description. Matthioli, in Comment., livre 4, c. 174, comprend sous ce nom la Dulcaniara, Glt/cipicron,Solanum lignosum, qui a des feuilles comme le solanum des jardins, des fleurs en forme de cheveu et en grappe, un fruit menu, tirant sur le rouge, et vineux, comme le raisin.

Dalechamp entend sous ce nom la Vitalba des Italiens,, que Bauhin (Hist, Plant,, t. 2, 1. 15, c. 13), appelle Clematis latifoUa ou Athragene, et définit au c. 14; Dodoneus donne ce nom au Tamus, que Matthioli appelle Vigne noire,

4. Labrusca vitis vinifera silvestris, Bauhin, c. 15,. f. 96, la distingue de la sauvage. Voir aussi Mercur. 2. Var. lect. 16 et Marsil. Cognatus 2 Var. 26, qui discutent curieusement si la Taminia et la Labrusca diffèrent entre elles ou sont une même espèce. Elle rappelle la vigne cultivée par sa souche, ses pampres, ses sarments articulés, ses feuilles, ses vrilles, ses petites fleurs, son fruit,, qu'elle n'amène pas à maturité, mais qui reste dur et âpre ; elle a une luxuriance de rameaux étendus qui lui donne un aspect d'arbre, mais d'où provient sa stérilité. Sur les côtes de Provence et de Narbonne, elle monte au haut des arbres. On l'appelle aussi Vitis spontanea, en français Vigne sauvage ; labrusca, parce qu'elle naît sur les rives ou lèvres (labra) de la terre. Gorrœus, Defin. Med., f. 3, l'appelle dejise. Virgile, Culex, v. 51, mentionne ses grappes. Dans les Églogués, 5, 2, il distingue entre celle dont le raisin ne mûrit jamais, mais qui produit une fleur appelée Œnanthe, et celle qui a de petits grains noirs astringents. Sur l'Œnanthe, v. Gagnât. 2, 27. Turnheis. 1. 1. Hist. Plant, c. 35, 36, 37 établit trois œnanthes,. ou plantes à fleur de vignes : VŒnosmen, ïŒnanthe

femelle ou Gleucanthon, et ïŒnanthe soboles, œnanthoide..

5. Ch. Estîenne, dans son Vinetum, p. 11, rapporte à la vigne l'espèce de viorne que les Italiens appellent Mutiana, qui rappelle la vigne par sa fleur, son raisin, ses rejetons flexibles. Elle est munie de feuilles pileuses, et de ses raisins rouges, on tire, quand ils sont mûrs, une substance pour préparer le cuir.

6. Staphis sauvage, que lés Italiens appellent Uva passa silvestre. Elle a de petites feuilles, dans lesquelles se cachent des grains. Elle rappelle le raisin sec, ridé. Ses feuilles ressemblant à la labrusca, on la compte parmi les vignes sauvages.

7. L'Écriture Sainte mentionne une vigne quasi sauvage, in 4. Regum. 4, que Vallas. Phil. sacr. c. 36 estime être la nouvelle Colocynthide, parce qu'elle porte des sarments et des feuilles semblables à la vigne sauvage.

8. Vitis alba, ampelos leuké, Bryonia, en italien Colubrina, parce qu'elle rampe entre les haies comme un serpent. Elle imite la vigne cultivée par ses feuilles, ses rejetons, ses pampres, quoique tout chez elle soit plus sauvage, weisse Weinrebe,

9. Vitis nigra, ampelos melaina, espèce de vigne, dont la souche et les feuilles ressemblent au lierre ou plutôt au liseron, quoique plus grandes. Elle a un fruit en forme de grjtppe, d'où pendent les raisins. Au début il est vert, puis il noircit, Diosc, 4, 177. On l'appelle Chironia, parce qu'elle guérit les ulcères chironiens, Gorr. Def. f . 30. Elle est très fréquente en Étrurie et dans le comté de Goritz.

10. Vitis elaiostaphulos, c'est-à-dire vitis oleosa, lorsque la vigne greffée sur l'olivier produit des raisins et des olives. On l'appelle ubolima, Ch. Etienne.

11. Vitis phaldcra, qui pousse sur l'Ida. Ses grains sont noirs comme la fève, doux au goût, son bois ressemble à la vigne véritable, elle a de petites feuilles rondes.Cette espèce de l'Ida est appelée par Pline, 14, 3,

Alexandrina, autrement Corinthia et apyrina, parce qu elle n'a pas de pépins, et qu'elle produit le raisin dit de Corinthe, On en retire pourtant un vin très agréable au goût. On emploie aujourd'hui cette vigne en Italie et dans les jardins du Piémont pour orner les balcons et les voûtes des berceaux et tonnelles. Joli, du Choul in Descript. mont. Pllati p. m. 88 dit : « La vitis phalacra est un petit arbrisseau, aux branches petites, et aux rameaux atteignant presque une coudée, aux grains noirs, doux

Les Italiens l'appellent uva dolce, les Français airelle. Elle croît au centre du mont Pilate. »

12. Vitisidœa nigra, est appelée par Camer. in llerbar., 1, 69, Myrtis, offic, Heidelheeren, et elle conserve ce nom dans le Catalogue du Jardin d'Altorff par D. Jungermann, 1646. Bauhin, pourtant, T. 2, 1. 15, Hist. univ. PI. f. 72, dit que ce nom ne convient pas au myrtille, parce que cet arbrisseau diffère beaucoup de la vigne de l'Ida.

13. Vitis Idœa rubra. Ce sont les vaciets rouges. Dodon. l'appelle rothe Heidelheeren, Camer. in Ilort. med. p. 182, l'appelle Vitis Idœa rubra Baccarica, Elle porte des baies insipides, sans suc, croît dans les forets. Il l'appelle Steinbeerlein.

14. Vitis Idœa Gesneri major. Croît au pied des monts Sudètes. On l'appelle Trinckelbeeren, parce que son usage trop copieux procure une sorte d'ivresse. Camerar. Hort. med. p. 182.

15. Vitis Pretia Plinii. Ch. Etienne entend par ce nom la vigne précoce. Mentionnée par Camerar. Hort. Med., p. 180. Bauhin, t 73, pense que le nom de Pretia convient à la vigne à feuille d'ache qu'il a vue importée de Hongrie à Besançon. Dans llerbar., Camerar., 1. 1, c. 64, appelle la vigne Pre^m Grossularia, uva spina, uva crispa, Krœusel, oder Klosterbeeren.

Vitis arbustina. Herbe qui naît spontanément au Brésil de la fiente des oiseaux, que les Portugais appellent Tetyns. A feuille de grand myrte. Elle se marie à l'arbre lui-même et le couvre d'une telle luxuriance qu'elle finit

par rétoufîer complètement. Avec ses racines et ses petites branches trempées dans l'huile, on prépare un remède pour l'enflure du ventre et des pieds. Juil. Piso, Hist. Nat. Brasil, 4, 86.

17. Vitis Canadensis Amerlcana, aux feuilles découpées, que le célèbre Vorstio m'a montrée dans le jardin botanique de Leyde, que le célèbre Richer de Belleval, <ïhancelier de l'Académie et directeur du Jardin royal, m'a montrée à Montpellier, et que j'ai vue élevée aussi dans le Jardin botanique de Paris, au faubourg Saint- Victor, jardin immense et rempli de plantes exotiques. Cette vigne est plus pleinement décrite par Jacques Cornulus Paris, dans Canadens. Plantar. Histor., Paris, 1635, 4« édit., sous le nom de Vithedera. Récemment mon ami si gracieux Léon Ursinus, directeur du Jardin botanique •de Leipzig, m'a fait savoir que son établissement élève une vigne du Canada, qui est arrivée par ses soins habiles à une longueur de douze aunes pour la quatrième année.

18. Ampelos oinophoros, Vitis vinifera cultiva, que Plante, Amph. a. 2 s. 3. v. 274, appelle élégamment Mater Vini. Nous allons en parler dans les pages suivantes.

Notes :

A cet endroit, p. 9, Sachs passe à un autre chapitre : Étymblogie ^t éloge de la vigne.

P. 53 et seq. Sachs a un chapitre sur les variétés de vignes. Il y distingue la vigne tortue, la vigne plantée en échiquier, la vigne tripedanea, « ainsi nommée parce qu'elle avait 3 pieds de haut ou parce que l'espace d'une vigne à l'autre était de 3 pieds »; la coronaria ou stcphanites, « quand les/ vignes sont disposées en couronne... », la citis rehemens et frondens^ « qui croit en terre iorte et est robuste », la nooella^ « qui est tendre et jeune, au contraire de la ceterana, qui compte beaucoup d'années »; la dejtorescens, « quand tombent les fleurs et que le fruit va arriver »; la citis fructu semper onusta, « que Bellon a observée à Gallipoli de Thrace et qui produit sept fois par an un fruit q.ui vient à maturité »; \a.fecunda, qui donne beaucoup de vin; la lanata, « qui ;tire son nom du duvet qui couvre ses grains » ; Vinerticula, qui

ne peut amener l'ivresse, Xewltiosa^ qui fait avorter les femmes, la diuretica^ « qui fait uriner si abondamment ceux qui boivent de son vin qu'ils en deviennent maigres », etc.

P. 84-111. Sachs parle des variétés de raisins, mais il ne décrit aucune des espèces qu'il nomme. Il distingue le raisin non mùr, le raisin mùr, le raisin sec.

Pour le raisin mùr, il cite les vers de Virgile sur le nombre infini des espèces. Puis il différencie les raisins :

1" D'après la grosseur : « il y eut dans la terre de Canaan un raisin d'une grosseur stupéfiante (Nombres^ 13)..., » il cite de nombreux commentaires là-dessus ;

2" D'après la forme, les uns ronds, les autres allongés. Il cite, d'après Virgile et Varron, le bumaste, d'après Columelle, le dac- ^ylite, ou raisin au grain long, d'après Baccius, Yura spongiola^ la fignola, la greppella, la groperia, la codacarallo ;

3" D'après la saveur : raisins doux, raisins aigres. Il cite VUca leporaria^ qui platt aux lièvres, !& Mang laquer ra^ sur le Vésuve, que les sangliers désirent avidemment, ÏApiana^ qui attire les abeilles : on l'appelait autrefois Veiiucula, Sticula, Scirpula^ aujourd'hui Moscatella (Sachs renvoie à Manardus) ;

4" D'après la couleur : parmi les blancs, l'Aminea avait la prééminence chez les anciens; Sachs renvoie à de nombreux auteurs : Liébaut pour la France, Rhagorias pour la Suisse, Bauhin pour l'Allemagne;

5" Les raisins diffèrent encore par la dureté de la chair et par le nombre de pépins ;

6" Par leur emploi (soit de table, soit de cuve) : Sachs continue à renvoyer à de nombreux auteurs ;

7* Les raisins diffèrent par l'époque de la maturité : Sachs ne cite pas ici un seul nom de raisin.

Il termine en disant : En voilà assez sur la différence de raisins.

A propos des vins, après avoir donné le vin de Beaune comme le premier de la Bourgogne, Sachs loue la force des vins de Meudon, de Ruel et d'Argenteuil; il trouve les vins d'Orléans trop vaporeux.

Dans le chapitre de l'ivresse, il dit qu'un clystère, donné avec du vin à une personne abstènie, l'avait fortement enivrée. Il oublie d'ajouter si c'est avec du Meudon première ou de l'Argenteuil : le cas n'en serait que plus curieux.

« Cçt ouvrage savant, dit François de Neufchateau, contient des choses extraordinaires. Son plan est vaste et bien conçu; mais l'auteur écrivait à Breslau, oti il avoue qu'on n'a des vignes que pour manger les raisins. Il ne peut que citer, et il cite, en effet, une multitude d'auteurs, dont la liste tient plusieurs pages. Il ne peut garantir tout ce qu'il emprunte au hasard. Il raconte, par

exemple, que Belon a vu, en Thrace, dans un couvent d'Augustins, une vigne qui portait des raisins mûrs sept fois par an; et il parle, d'après Folieta, de vignes, près de Naples, dont chaque cep donnait du vin de* quoi charger cinq mulets. »

Malgré ces légères taches, VAmpelof/rap/na demeure un livre estimable, au point de vue botanique, et une très docte compilation au point de vue vinicole.

(Vers 1630)

Biographie :

Jean Merlet, écuyer, n'a laissé aucune trace de sa vie. S'il eu est des gens comme des peuples, nul doute que ce « père de la Pomologie française », comme l'a appelé PuUiat, dans son Cours de ritieulture^j n'ait été un homme parfaitement heureux ; car il n'a pas d'histoire. Hœfer, Michaud, Larousse, l'Encyclopédie, Moreri, Nicéron, Quérard, tous sont muets sur son compte. Et ce silence nous surprend d'autant plus que VAbréf/é (les bons fruits eut plusieurs éditions et mérita ainsi de fixer l'attention des dictionnaristes en quête de noms.

Merlet serait-il un pseudonyme ? je ne crois pas. Quérard nous l'indiquerait dans ses Supercheries littéraires déroilées ;ot, il n'en souffle mot. Voici ce que dit, à son sujet, Barbier, dans son Dictionnaire des ourrafjes anonymes : Abrégé des bons fruits, avec la manière de les connaître et de cultiver les arbres (par Jean Merlet, écuyer), Paris, de Sercy, 1667, 1675, in-12. — Troisième édition,avec le nom de l'auteur et une table des matières. /^., 1690, in-12. — Ib., Sauffrain, 1771, in-12.

Musset-Pathay, dont les indications sont souvent sujettes k caution, dit, p. 2 de sa Bibliofjr. agron. : « Ce n'est qu'à la quatrième édition de cet ouvrage (en 1740) que le nom de l'auteur a été connu.» Ce qui est inexact. Et il donne p. 218 l'article suivant : « Traité de la connaissance des bon^** fruits, par MM. Merlet et Saint- Étienne; 4* édit., 1782 ». Qu'est-ce à dire ? M. Claude de Saint- Étienne, bernardin, aurait-il quelque chose k prétendre dans la paternité de l'œuvre anonyme de 1667, signée du seul Merlet en 1690?

Page 1