‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 11 sur 180 · Sachs, Ampelog raphia, Leipzig · texte numérisé non relu

Sachs, Ampelog raphia, Leipzig

— et cela sans hésiter, — de ce mot propre, terme évidemment commode et scientifique \

L'ampélographie doit se proposer, comme premier objectif, pour que ses enseignements soient utiles à la pratiqué, c'est-à-dire à la viticulture, la détermination exacte des cépages. Il faut que, à la suite de comparaisons minutieuses, répétées, et grâce à des renseignements habilement centralisés et dûment contrôlés, elle puisse dire à un vigneron d'une région donnée: Le cépage que vous appelez A, ici, est le même que celui que vos voisins nomment B, et qui est baptisé ailleurs C ou D. Or, ce cépage a dans tels terrains telles exigences, sous tels -^ ^ltmats\tel^ déiaaite, et, par contre, dans telles conditions ^ telles qualités bu' tel.s avantages.

:/: C!e:st kJa bota^Hiq^^ à faciliter par l'application de ses méthocles la tàclie de semblables assimilations.

L'origine des noms de la vigne semble intimement liée à l'origine de ses espèces. La plupart des variations actuelles du Vitis vinifera proviennent de lambrusques locales, améliorées par l'heureux hasard d'hybridations naturelles, et domestiquées, ensuite, par une culture ii;itelligente. On leur a donné, pour les désigner, un qualificatif tiré, le plus souvent, de leur aspect caractéristique. Exemple : Cornichon, Olivette, Folle, Enfariné, Meunier, Peurion, Burot, Moitrot, Teinturier, Pied-de- Perdrix, etc., etc.

Parfois, on leur a laissé tout bonnement le nom de leur auteur, soit patient sélectionneur, soit adroit multiplicateur. Exemple : Anthedonias, Hypereias, Ortlieher, Malheck, Luckens, Pedro-Ximenès, Malingre, Picard, FrëauXy Gamay-Gloriod, Gamay-Couderc, etc., etc.

1. a Ampêlof/raphle^ mot grec composé d'afiTceXo;, vigne, et de Ypaçri, description. On peut donner ce nom à la science des variétés de la vigne, comme on donne celui de Lichénographie à celle des lichens, celui de Phytographie à la botanique;.. » (D. SiMON-HoxAs Clémente, Essai sur les Variétés de la Vif/ne qui céffètent en Andalousie, chap. ii, p. 114. Traduction de Caumels, Paris, 1814.)

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Et, lorsque ces variétés ont été importées- tout «'iméliorées, elles ont gardé, d'ordinaire, le nom de leur pays ou lieu d'origine, filxemple : Bitnrica, Velteliner, Traminer f Auvernat, Cahors, Auxerrois, Persan, Lombard, Grec, Gamay, Chandenay, Bouze, Aramon, Marsanne, Aspiran, Chasselas, Mornant, etc., etc.

Il peut arriver que le même cépage figure sous plusieurs noms différents dans chacune de ces trois catégories.

Ainsi, prenons l'un de ces cépages les plus répandus en France, le Côt, Nous le trouvons, en Dordogne, baptisé Pied-Rouge ou Pied-de-Perdrij^, à cause de la forme et de la coloration de sa rafle. Il devient le Malbeck dans le Bordelais, du nom de son importateur, et le Cahors dans le Loir-et-Cher, parce que cette région l'a tiré du Lot: tandis qu'«il est YAuxerrois à Cahors, qui l'a reçu d'Auxerre.

En présence de la confusion qui naît de cette multiplicité de vocables concernant un même individu, on comprend l'importance qu'il y a à pouvoir affirmer aux planteurs de Malbecic, de Cahors, d'Auxerrois et de Pied-Rouge qu'ils cultivent, tous, le même cépage, qui est le Côt.

Pour arriver à ce résultat, l'ampélographe a deux moyens à employer parallèlement : parcourir d'abord les différents vignobles où le cépage en litige est cultivé et y relever sa description détaillée, puis planter,- ensuite, côte h côte, en un champ d'essai, des boutures dudit cépage envoyées de ces vignobles avec ses noms locaux. Au bout de peu d'années, la concordance de ces notes avec les observations sur place de tous ces types identiques, lui permettra de conclure avec assurance à leur similitude absolue.

Et, du même coup, il pourra renseigner le cultivateur sur l'importance pratique de chaque variété dont il aura pu contrôler, à loisir, les exigences culturales et la valeur œnologique.

Tel doit être le premier objectif de l'ampélogràphie.

S 'élevant plus haut encore, cette science, au gré de quelques-uns, cherche, en dernier lieu, à établir une classification générale des vignes, basée sur une comiAunauté de caractères invariables, soit dans la forme et dans la couleur du grain, soit dans la nature de la feuille, pour remonter des variétés aux espèces, des espèces aux genres, des genres aux ordres ou familles, et des familles aux classes.

On voit que Tampélographie, ainsi comprise, ouvre à l'activité humaine un champ d'action des plus vastes et des plus variés, puisque le savant peut y exercer sa patience et son génie, en même temps que le praticien lui apporte l'utile collaboration de son labeur quotidien. Cette science serait certainement plus avancée si l'on avait pris soin d6 recueillir et de conserver les travaux successivement parus sur la matière. Mieux connu, le dossier des vieux écrivains, qui ont ouvert la voie à nos vaillants professeurs, eût peut-être évité à plus d'un d'entre eux des tâtonnements, des sujets d'erreur ou tout au moins de découragement. Malheureusement, l'ampélographie rétrospective est totalement négligée dans l'enseignement viticole : c'est une lacune regrettable. Sans nous proposer de la combler, — ce qui serait bien prétentieux de notre part, — nous essayerons du moins d'en diminuer le gouffrç, en évoquant, dans ces pages, l'ombre amie de maîtres trop oubliés,- précurseurs dignes de notre respect et de notre reconnaissance.

Si l'ampélographie est réellement une science exacte, il y aurait une certaine exagération à ranger, parmi les ampélographes, des hommes illustres -de l'antiquité, tels qu'Isaïe, Homère et Virgile, Palladius et Athénée, des polygraphes comme Pline l'Ancien, des médecins comme Dioscoride, qui, entraînés par leur sujet, ont cité, au courant de la plume, quelques cépages sans en décrire aucun. Mais d'autre part, il est bien difficile de tenir closes les archives du génie humain. Ces écrits des philosophes et des poètes de l'antiquité, où l'on* retrouve, en maints

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endroits, la preuve de l'importance de ia vigne et du vin aux premiers âges, ne sont-ils pas, après tout, les parchemins de la viticulture mondiale? Et avons-nous le droit d'en sevrer, par une logique, aussi rigoureuse que barbare, la légitime curiosité du lecteur?

La vigne est pour le vigneron un arbrisseau magique, une verge d'or qui a donné l'immortalité à tous ceux qui l'ont touchée, à tous ceux qui l'ont aimée. Laissons, ensuite, à la sévérité de l'historien et au scrupule du naturaliste, le soin de faire le triage des documents et le plaisir d'enchâsser, dans des montures dignes d'elles, les perles fines qu'ils auront découvertes sur le fumier d'Ennius.

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