MÉMOIRES POUR SERVIR A
L'HISTOIRE NATURELLE (les provinces de Lyonnais^ Fore^ et Boaujolaii*.
Lyon, 1765, 2 vol. in-8'.
Jean-Louis Alléon Dulac, avocat 13'onnais, entraîné par sa passion pour l'Histoire naturelle, quitta le barreau de sa ville natale et sollicita une place dans les fermes, à Saint-Étienne en Forez. 11 s'y livra surtout à des recherches de minéralogie.
Le tome II de son ouvrage contient, p. 289 à 309, un Mémoire sur lei< Vifjnes du Lyonnais*, Foros et Beaujolais. L'auteur se livre à quelques observations générales sur la culture de la vigne, le choix du terrain, du plant, l'exposition la plus favorable ; il parie des insectes qui attaquent la vigne; et il termine en citant les principaux crus des trois provinces, mais il ne nomme aucun cépage.
Biographie :
Philip Miller, célèbre horticulteur anglais, succéda à sôn père comme surintendant du jardin des apothicaires de Chelsea. Sous son habile direction, ce magnifique établissement d'acclimatation devint le premier de l'Europe. Remarquable praticien, Miller n'en fut pas moins un bon écrivain. Son Dictionnaire det< Jardiniers, dont la première édition est de 1731, le fit connaître du grand public dès cette époque. Linné disait, de ce livre, qu'il serait le dictionnaire des botanistes plutôt que celui des jardiniers. L'auteur eut la rare bonne fortune d'en corriger huit éditions successives. Au début, il avait suivi les méthodes de Ray et de Tournefort ; mais, à partir de 1768, il emp'loya la nomenclature de Linné dont il était devenu l'adepte- fervent. Bien qu'inspiré de Langley,
308 A-MPÉLOGRAPHIE RÉTROSPECTIVE
d'après Simon-Roxas, l'article VineyardcIu TJie Garclèners Dictionary hy Philip Miller est encore ce que les Anglais ont fait de mieux en ampélographie au siècle dernier.
Nous l'avons relevé, à la Bibliothèque de Dijon (n" a 9020), sur un exemplaire de l'édition allemande de 1768.
Texte : TRAITÉ COMPLET sur la manière
(Jo planter^ d'élecer et de cultirer la Vigne.
(Extrait du Grand Dictionnaire anglais de Miller).
Yverdon, 1768, 2 vol. in-12.
Chap. I^r. Description. — Vitis, Vigne, vient de r/eo, Lat. qui signifie, je plie, je lie; parce que ses sarments par le moyen de leurs petits liens ou vrilles, s'attachent à tout ce qu'ils rencontrent.
La fleur est composée de plusieurs pétales ou feuilles posées circulairement, qui s'ouvrent comme une rose ; l'ovaire ou l'embryon placé au fond de la fleur, devient ensuite un grain rond ou ovale, plein de suc, et renferme plusieurs petits pépins : à quoi il faut ajouter que la plante est grimpante, poussant dans les nœuds des sarments, des fourchettes ou vrilles, au moyen desquelles ils s'attachent aux soutiens ou aux plantes quilesavoisinent; les fleurs et les fruits sont rassemblés en grappes.
Différentes espèces,
1® Vitis Silvestris lahrusca, C. B. Pin. Lambruche, vigne sauvage communément appelée Raisin claret. Cette espèce de vigne est assez connue en Angleterre; les grains sont médiocrement gros, d'un noir foncé, couverts comme les prunes d'une fleur qui s'enlève ; son jus est d'un rouge foncé, et avant qu'il ait atteint sa parfaite maturité, il est extrêmement âpre, les grappes sont d'une grosseur médiocre, mais courtes et elles ont communément deux grappes latérales, que nous nommons des ailes. Les feuilles de cette espèce de vigne sont profondément découpées, et avant que de tomber, elles deviennent d'un rouge foncé.
2o Vitis prœcox Columellœ, H. R. Par. On l'appelle en
Angleterre le Raisin de Juillet, mais en France il s'appelle Morillon noir lidiif et Vigne hâtive ; c'est le raisin le plus hâtif que l'on connoisse en Angleterre, et leur mérite le plus réel et celui de leur primeur; car il n'est pas d'ailleurs fort estimé pour sa bonté ; la peau en est épaisse, et le suc assez médiocre, les grains sont généralement clairs à la grappe, médiocrement gros, et d'un rouge obscur ou terne.
^^Vitis Corinthiaca, sive A ptjrina.C.B, Vh\. communément appelée Raisin de Corinthe, ou de Passe; il mûrit de bonne heure, le grain en est petit et mince, son jus est très doux, et il a de très petits pépins. Il y en a de deux ou trois différentes couleurs, des violets, des noirs et des roux. Cette espèce vient des isles près de la Morée, et est vendue à Londres par les épiciers, pour les mettre dans des puddings : ailleurs on en met dans les pâtés en pot.
4^ Vitis laciniatis foliis. Raisin aux feuilles de persil : vulgô, Cioutat. Cette espèce a été apportée originairement du Canada, où elle croît naturellement dans les forets ; et les amateurs en tiennent dans leurs jardins, à cause de la variété de ses feuilles délicatement découpées. Ses grappes sont blanches et passablement grosses, le jus en est doux, mais nullement vineux; les grains sont ordinairement clairs à la grappe, à moins qu'on ne taille le cep très court, et qu'on n'y laisse que très peu de bois.
50 Vitis subhirsuta, C.B. Pin. Morillon taconné ou Meunier; on l'appelle Bourf/ogne en Angleterre. On le nomme aussi Resseau, Fromenté et Farineux, parce que ses feuilles sont couvertes d'un duvet cotonneux et blanc.
Les feuilles de cette espèce sont fort farineuses, surtout au printemps lorsqu'elles commencent à pousser, d'où lui est venu le. nom de Meunier, Elle produit des raisins noirs, médiocrement gros, serrés à la grappe, qui en général est courte et épaisse. Cette espèce charge beaucoup et dure longtems.
6<* Vitis prœcox Columellœ acinis dulcihus nigrican-
tlbus; le Morillon noir. On l'appelle en Bourgogne Pineau ou Pinot^ et à Orléans Auvernat ou Auvergnat. C'est un raisin très doux, médiocrement gros, uA peu ovale et d'un très beau noir, les grappes sont un peu plus longues que celles des précédentes et produisent un très bon vin. Ce raisin est le vrai Bourguignon.
7^ Vitis urd perainplây aclnis albidls, dulcibus, durioribus. Tournef. Le Chasselas blanc, le Bcirsur-Aube ou Boyal-Muscadine. C'est un gros raisin blanc, serré à la grappe, qui est aussi très grosse, et pousse ordinairement par le haut deux petites grappes latérales ou ailes. Les grains, quand ils sont bien mûrs et bien exposés au soleil, deviennent d'une couleur d'ambre pâle. C'est un très excellent raisin, dont le suc est exquis et abondant : ils sont ordinairement mûrs en septembre. Ces raisins peuvent se garder longtemps, même attachés au sep : on en fait sécher.
8® Vitis uvd peramplâ, acinis dulcibus nigricantibus. Tournef. Chasselas noir. On l'appelle aussi souvent Muscat noir; les grains de cette espèce sont un peu plus gros que ceux de la précédente : les grappes en sont ordi nairement plus grandes et mûrissent un peu plus tard ; le jus en est très riche. Quand elles sont dans une bonne exposition, elles rapportent beaucoup, et sont mûres vers la fin de septembre.
^ Vitis uvd peramplâ, acinis dulcibus rubentibus. Tournef. Chasselas rouge. On l'appelle aussi Muscat rouge. Les grains de cette espèce sont un peu plus gros que ceux de la précédente ; mais ils sont beaucoup plus clairs à la grappe, et d'un rouge pâle, le jus en est très doux, mais il mûrit plus tard, et c'est pour cette raison qu'il est moins estimé en Angleterre.
10> Vitis uvd peramplâ, acinis ovçttis albidis. Tournef. Bourdelais, communément appelle ^a/*/« Are. On l'appelle aussi le Bordelois, le Bourdelas; le Verjus, Grey, Bicanne, Engregeoir»
Les grains de cette espèce sont très gros, de figure ovale,
et passablement serrés à Ja grappe, qui quelquefois est d'une grosseur extraordinaire. J'ai vu de ces grappes qui pesaient jusqu'à cinq livres. Mais elles ne mûrissent ja-mais dans ce pays, en sorte qu'elles ne sont bonnes quepour faire du verjus ou des tartes.
11*^ Vitis acinis dulcissimis, Vitis Apiana, Garidel. Le- Muscat ou Frontinian blanc. Les grains de cette espèce* sont gros; la grappe en est entièrement serrée et très longue, elle a ordinairement des ailes fort grosses : ceraisin, quand il est mûr, a un goût de muscat admirable; mais il est tardif, et les grains étant fort serrés à la grappev retiennent une certaine humidité dans le milieu, qui lesfait ordinairement pourrir. Pour prévenir cet accident, ik y a des personnes intelligentes, qui visitent leurs vignes aussitôt que les raisins sont formés, et qui avec des ciseaux, coupent les petits grains, pour donner aux autres une distance raisonnable, en sorte que le soleil et l'air pouvant aisément pénétrer, dissipent cette humidité, et empêchent la pourriture. Cette espèce rapporte beaucoup.
12° Vitis acinis rubris nigricantibus dulcissimis, Garidel. Muscat rouge ou Frontinian rouge. Les grains decette espèce sont de la mêftie grosseur que ceux de la précédente; mais ils sont plus clairs à la grappe: ils ont un goût entièrement relevé; lorsqu'ils sont mûrs, il n'y en a point d'une plus riche sève; mais ils demandent un terrain sec, tourné au sud-est, autrement ils parviennent rarement en Angleterre à une entière maturité.
13^ Vitis acinis nigricantibus dulcissimis^ Frontinian» noir. Les grains de cette espèce sont plus petits que ceux des deux précédentes ; et ils n'ont pas un goût aussi relevé ; leur jus est cependant doux, et ils mûrissent plus tôt. Ilssont d'ailleurs d'un grand rapport, mais il arrive rarement que tous les grains d'une grappe soient mûrs en même temps ; de sorte qu'on ne peut pas les cueillir en. grappes entières : il faut les trier à mesure qu'ils mû.rissenf.
14® Vitis Damascena, H. R. Par. Raisin Damas. Les.
grains de cette espèce sont très gros, noirs et ovales; les grappes sont très grandes, et le sep pousse des jets très vigoureux: il mûrit tard en Angleterre.
Ib^ Vitis prœcox, acino rotundo magno alhido dulci. La Perle blcmche. Les grains de cette espèce sont gros et blancs, la peau mince, et le jus doux; ils mûrissent de fort bonne heure, mais ils sont ordinairement clairs à la grappe : car c'est une des espèces les plus délicates que je connoisse, quand elle est en fleur ; de sorte que s'il survient du mauvais tems à cette époque, elle est sujette à couler; et son rapport étant fort casuel, il a beaucoup perdu de son crédit'.
16® Vitis prœcox, acino nic/ro, dulci et rotundo. Ce T3.isin est plus petit que le précédent ; il est d'un très beau noir;* et les grains sont passablement serrés à la grappe. Le jus en est doux, et il mûrit de bonne heure.
11^ Vitis alha dulcis J. B. Muscat blanc. Les grains de cette espt^ce sont gros, blancs, et leur jus est rai doux, les grappes sont longues, et mûrissent de bonne heure.
18^ Vitis Allohrogica Plinii. Car. Steph. Prsed. Rust. Raisin grappe. Raisin de litote, ou Dauphiné.
C'est un raisin ovale, noir lorsqu'il est mûr ; les grappes en sont grosses, d'une belle apparence, mais ne mûrissent jamais bien en Angleterre. J'ai connu quelques personnes qui avoient beaucoup de ces raisins, ils les cueillent au milieu d'octobre, en laissant d'assez longues queues aux grappes, et qui les pendoient avec des ficelles en lignes dans leurs cuisines à une distance suffisante, pour qu'ils ne se touchassent pas les uns les autres ; et environ Noël la chaleur les fait assez bien mûrir, pour qu'ils soient très bons à manger alors.
19** Vitis acino ruhro, duriori, sapore dulci, Garidel. Raisin grec. C'est un raisin médiocrement gros, d'un rouge foncé ; la peau est dure et croquante, et les pépins petits ; lorsque la saison est favorable, et qu'il mûrit bien,
1. Pulliat {Ralsitis précoces, p. 54) retrouve dans ce numéro le Chaifselas gros coulard.
il produit un excellent vin; mais il faut qu'il soit contre une muraille bien exposée, autrement il ne mûriroit jamais en Angleterre.
20^ Vitis pergulana iwdperampld, acino oblongo duro, majori et subvividi. Garidel. Raisin perle, et que l'on appelle en Provence, Pendoulau ou Vin de Ponso, On l'appelle aussi Rognon de coq, Barlantine. C'est un raisin gros, oblong, d'un blanc verdâtre ; le jus est un aigre doux, mûrit tard.
21^ Vitis uvd peramplà, acinis nigvicantibus majorlbus. Raisin de Saint-Pierre ou Hesperion, Les grains de cette espèce sont très gros, ronds et d'un noir foncé lorsqu'ils sont mûrs; les grappes sont mi grosses, ayant deux ailes; le jus en est d'excellente qualité, et un peu rougeâtre ; les feuilles de ces raisins sont si singulièrement découpées, qu^on peut les connoitre par là, lorsque le sep ne porte pas îtctuellement du fruit. Je crois que c'est cette espèce que les François appellent Gros noir d'Espagne.
22» La Malvoise. C'est un raisin d'une médiocre grosseur, d'un rouge terne ou sale ; son jus est de bonne qualité et doux ; il a les grappes grosses et il est d'un grand rapport ; il mûrit vers la fin de septembre.
23^ Malvoise Musquée. C'est un raisin d'une médiocre grosseur, plutôt long que rond, et qui a un goût très riche de muscat. C'est une des espèces de raisin dont on fait le vin de Madère. Il mûrit tard en Angleterre.
240 Le Raisin rouge d'Hambourg. Les grains de cette espèce sont gros, rougeâtres veloutés ; les grappes sont grosses et d'un grand rapport. Il mûrit vers la fin septembre ; c'est un très beau raisin. Il a été apporté en Angleterre par M. Warner de Rotherhith, qui en a fourni à un grand nombre d'amateurs.
25® L'Hambourg noir ou le Raisin de Warner, Son grain est médiocrement gros, plutôt rond que long, d'un très beau noir lorsqu'il est mûr. Le jus en est vineux, et son goût tient un peu du muscat. Il mûrit vers le milieu
de septembre. Il a été apporté en Angleterre par M. War ner, avec le précédent.
26^ Raisin Suisse. On l'élève seulement pour la curiosité; il est panaché de blanc et de noir, et quelquefois ces deux couleurs sont partagées en quatre. Souvent la moitié de la grappe est blanche, et l'autre moitié noire, souvent aussi il y a des grappes entières qui sont blanches, et d'autres qui sont noires, en sorte qu'il paroît que ce sont deux espèces différentes entées sur le même cep. Ce raisin n'est guère cultivé que pour sa singularité. Aussi une plante de cette espèce suffit dans un jardin.
Outre les espèces ci- dessus mentionnées, il yen a un grand nombre d'autres qui sont des productions des pays chauds, dont quelques-unes ont été introduites depuis peu en Angleterre, mais, comme il est encore incertain, si elles mûriront sous notre climat, je n'ai pas cru qu'il convient d'en parler ici ; outre qu'il est très probable que plusieurs sont du nombre de celles que nous avons déjà, mais sous des noms différens; car comme ces fruitî^ viennent des différens pays, il seroit fort extraordinaire qu'ils fussent nommés de même ; et c'est cette envie démesurée d'augmenter le nombre des espèces, qui a jette de la confusion dans le catalogue que nous en avons actuellement.
T. II. Chap. XIV. Des vignes en Angleterre, Culture de la vigne.
UAuvernat ou le vrai Raisin de Bourgogne est plus estimé en France qu'aucun autre, parce que le fruit n'en est jamais serré à la grappe, de sorte qu'elle mûrit, plus également ; on devroit par cette raison lui donner la pré férence en Angleterre, quoiqu'on estime le plus parmi nous les raisins qui sont serrés à la grappe ; ce qui certainement est une erreur ; car on peut remarquer que ces grappes sont généralement mûres d'un côté et vertes de l'autre ; ce qui est une mauvaise qualité pour ceux qui sont pressés de faire leur vin.
J'ajooteFai ici la note d'un petit nombre d'espèces do plants .de vigne que l'on garde dans quelques jardins plus par curiosité, qu'à cause du mérite de leur fruit.
lo Vitis SylvesMs Virginiana. Park. Theat. Le raisin sauvage de Virginie.
2<^ Vitis Vidpina dicta. Virginiana alha, Pluk. Alm. Vulgairement appelé Raisin du renard,
3<* Vitis alba dulcis, foliis variegatis. Vigne à feuilles panachées.
49 Vitis alba dulcis, liinhisfoliorum argentatis. Vigne à feuilles rayées.
50 Vitis quinquefolia Canadensis scandens. Tournefort. Vigne du Canada.
La première et la seconde espèce croissent avec abondance dans les forêts en Amérique, où j'ai appris qu'il y en avoit encore un grand nombre d'autres, dont quelquesunes donnent du fruit qui ne le cède en rien aux plus excellons que nous cultivons en Europe ; malgré cela, on croit généralement qu'il est impossible de faire du vin en Amérique ; mais j'ose assurer que cela vient plutôt du manque de connoissance, que de quelque mauvaise qualité du sol ou du climat: de sorte que si au lieu de planter les vignes dans des terres riches ou bien meubles, comme cela a été généralement pratiqué par les habitants de c(^ pays, on les établissoit sur des coteaux, dont le fond fût de roc et dur près de la surface, je suis assuré qu'elles réussiroient ; car le grand mal dont on se plaint dans ce pays est que les raisins en général crèvent avant qu'ils soient parfaitement mûrs, ce qui est causé par une nourriture trop abondante; et on y remédiera par-là même en partie, en plantant dans un sol moins bon. Une autre cause, de cela, peut tenir de l'humidité de l'air, que la transpiration des arbres occasionne, et qui étant imbibée par le fruit, en rompt la peau. On ne peut à la vérité y parer, jusqu'à ce que les bois soient un peu éclaircis ; mais cela devroit du moins empêcher que l'on ne plantât dans les endroits où il y. en aune grande quantité, à cause de l'influence
qu'ils ont sur les raisins. Mais retournons à, notre sujet.
Les Botanistes élèvent ces deux espèces de vignes dans leurs jardins; mais je ne les ai jamais vu, ni l'une ni Tau tre, produire aucun fruit dans ce pays. On peut les propager par des plants enracinés qui prendront racine dans une année, que l'on peut ensuite ôter, et transplanter au printems, dans les endroits où ils doivent rester, ce qui devroit i>e faire contre un mur chaud ; parce qu^ s'ils sont bien exposés au froid pendant l'hiver, ils fleurissent surtout pendant qu'ils sont jeunes.
La taille et les façons sont les mêmes que celles qui sont en usage à l'égard des autres espèces de vigne; seulement faut-il leur laisser moins de jets et les couper fort court ; autrement elles n'auront que des jets faibles, qui n'acquieront jamais un certain degré de force, et qui ne useront jamais en état de produire du fruit.
Les deux espèces de feuilles bigarrées se gardent par «eux qui aiment à faire des collections de plusieurs espèces de plantes. On peut les propager comme les autres espèces de vignes ; mais elles sont tendres, et elles demandent une exposition chaude, autrement elles ne prospèrent pas ; ^t les boutures ne prendront pas aussi vite racine que «elles dont les feuilles sont unies; mais comme dans le fond ces plantes ne sont pas d'une grande beauté, il ne vaut presque pas la peine de les cultiver, si ce n'est pour la variété.
La cinquième .espèce a été apportée originairement •d'Amérique, mais à cause de sa dureté, et parce qu'elle peut se propager aisément, elle est devenue aussi commune, que si elle étoit native de ce pays. On la plante surtout dans les petits jardins près de Londres, où elle peut mieux supporter la fumée que les autres : et comme c'est une plante grimpante, on la met contre de hautes murailles, ou contre des bâtiments fort élevés, qui en sont plutôt couverts que par quelqu'autre que ce soit ; et, en été, elle est verte, ce que les habitants de Londres aiment le plus. Les branches de cette plante pousseront quelque*
fois pendant un été, jusqu'à vingt et trente pieds en Ion gueur, et de leurs nœuds sortent des racines, qui s'at tachent aux bâtiments contre lesquels on les a placées ; de manière qu'elle ne demandent pas beaucoup de peine pour les soutenir. La seule chose que cette vigne exige, est de couper tous les petits jets faibles en mars, et de racourcir ceux qui sont vigoureux jusqu'à dix pieds ; ce qui les fortifie pour l'été suivant et fait qu'ils poussent avec plus de vigueur.
On peut la propager par boutures, que l'on plantera au printems sur un rebord à l'ombre, où elle prendra librement racine, et si on l'arrose par les tems secs, elle fera des progrès considérables l'été suivant: et le printems suivant, on pourra la transplanter là où elle doit rester ; ce qui peut se faire dans toute espèce de sol et d'exposition,, vu que c'est une plante fort dure.
J'ai fait l'énumération ci-dessus de plusieurs espèces de raisins les plus estimés en Angleterre, soit pour manger, soit pour faire du vin; mais comme il y en a encore plusieurs autres très curieuses qui ont été apportées depuis peu dans ce royaume, j'en ferai mention ici et ajouterai quelque chose relativement à leur culture que j'ai omis ci-devant, ou que je n'ai pas assez bien développé.
1® Le Muscat blanc, ou le Frontinian d' Alexandrie yappelle, par quelques personnes, X^Muscat de Jérusalem; les grains sont ovales et fort gros, ils sont fort clairs à la grappe, ils ont beaucoup de chair et sont fermes ; quand ils sont mûrs, ils sont d'un vert blanc, et ont une sève délicate qui tient un peu du Frontinian blanc, mais qui n'a pas toùt-àfait autant de force. Comme c'est un raisin fort tardif, il est rare qu'il mûrisse en Angleterre sans art,, mais comme c'est un excellent fruit quand il est mûr, il mérite qu'on lui donne une place contre une muraille, ou bien avec un peu de chaleur artificielle, il mûrira parfaitement bien.
2^ Le Muscat rouge, ou Frontinian d' Alexandrie , que quelques personnes appellent le Muscat rouge de
^18 AMPÉLOGHAPHIE RETROSPECTIVE
Jérusalem, Il ne inùrit pas tout-à-fait aussi tard que le précédent ; par cette raison, on l'estime beaucoup aux environs de Paris, où il mûrit contre de bons murs, sans aucune chaleur artificielle. Les grains n'en sont pas aussi gros que ceux du muscat blanc ; mais ils sont de la même figure et de la même bonté.
3<* Le Melié blcmc. Les grains de cette espèce sont médiocrement gros, un peu en ovale, et passablement tserrés à la grappe. Quand ils sont mûrs, ils sont dun vert blanc, couvert d'une fleur qui s'enlève. Le suc en est très doux' et fait un excellent v?h blanc. Il mûrit très bien contre des murailles; et, quand la saison est favorable, il mûrit en espaliers et en vignobles.
40 Le Morillon blanc. C'est un raisin médiocrement gros, presque rond et assez serré à la grappe ; le jus en est d'une excellente sève, mais la peau est âpre. Il mûrit très-bien contre de bonnes murailles.
50 L'Alicante. C'est un gros fruit, d'un rouge fonce, et couvert d'une fleur bleue. Les grappes sont aussi trèsgrosses, et les gtains sont clair semés. Le jus en est trèsriche et très-vineux, quand le raisin est parfaitement mûr ; ce qui arrive rarement dans ce pays, à moins que Ton ne se serve de chaleur artificielle. C'est avec cette t3spèce de raisins que se fait le vin fort d'Espagne.
6» L'Auvernat blanc. C'est un gros raisin oblong, terminé en pointe, dont les grains sont fermes, ont beaucoup de chair et sont clairs à la grappe. Comme c'est un fruit tardif, il ne mûrira pas en Angleterre sans le secours •d'une muraille chaude. On apporte souvent cette espèce de raisin de Portugal, que l'on vend en hyver dans les marchés à Londres.
Il y a eu plusieurs autres espèces de raisins introduits depuis peu dans ce pays ; mais il y en a peu qui vaillent la peine d'être cultivées, vu qu'étant trop tardives, elles ne peuvent pas acquérir en Angleterre une maturité parfaite, sans chaleur artificielle ; mais il yen a, parmi celles dont j'ai fait mention, quelques-unes excellentes, et qui méritent
bien qu'on leur donne des murs chauds : je ne m'étendrai pas, par là même, à en décrire davantage ; puisque ce îseroit une tâche qui n'auroit point de fin, que d'entreprendre de faire Ténumération de toutes celles que l'on •connoît en Europe; car, comme de nouvelles espèces naissent souvent des semences dans les pays chauds, ceux qui habitent ces pays de vignobles, et qui ont la curiosité <ie ramasser plusieurs espèces différentes, grossissent chaque année leur collection. Le dernier grand Duc de Toscane, qui aimoit beaucoup à ramasser toutes sortes de raisins de Grèce et d'Italie, en avoit plus de trois cens espèces différentes ; dont plusieurs n'avoient pas un grand mérite et n'étoient gardées que par curiosité.
Il y a eu dernièrement quelques plantes de Raisins de Tokai, apportées en Angleterre. Lorsqu'on s'en fut procuré des boutures, on suposoit que le vin de Tokai se faisoit avec une seule espèce de raisin : mais par les boutures qui ont réussi ici, il paroît que l'on en cultive plusieurs dans le vignoble où ce vin se fait, dont quelquesunes sont blanches, et les autres noires ; mais elles ne fournissent pas pour ce pays des raisins d'une bonté extraordinaire.
Entre les Raisins clarets, il y a aussi beaucoup de variétés, qui se montrent par la couleur du jus ; quelquesuns étant d'un rouge pâle, qui ne donne pas beaucoup de couleur au vin, et les autres plus foncés, qui teignent comme le jus de mûre; et c'est ce dernier que les étrangers préfèrent. Les feuilles de cette espèce de raisin sont par-tout d'un pourpre foncé, lorsque le fruit est mûr ; au lieu que celles de l'espèce pâle, sont comme le jus de leur fruit, d'un pourpre plus clair ; de sorte que l'on distingue fort bien aux feuilles, aussi bien qu'au fruit, quand sont mûrs en automne les Raisins clarets.
Notes :
Nous prendrons, comme commentaire du Traité de Miller, l'article Vigne de YEnryclopédie Économique de la Société de
Berne, volumineux ouvrage de seize tomes, édité par Henry, à Lille, en 1771, sous la direction de Felice.
Ce long article, qui va de la p. 279 à la p. 348 du t. XVI, est visiblement inspiré par Miller. Il reproduit textuellement quel-' ques-unes de ses erreurs ; ainsi, le Rin de Panao de Garidel, défiguré par l'anglais Miller en V/;i de Ponso dans son n' 20, se retrouve également Vin de Ponso dans le n* 21 de l'Encyclopédie allemande de Berne. Mais l'ensemble n'est nullement une copie servile, à la Liger : il y a donc intérêt à posséder les deux textes et à les comparer. Ils se complètent assez bien.
Encyclopédie Économique de Berne. T. XVI, p. 279 et sqq. Vigne: espèces et carié tés,
1. Vitis cini/era. C.B. On nomme ainsi toute espèce de vigne dont le fruit sert à faire du vin. La racine tend toujours à s'enfoncer profondément en terre, les tiges en devenant ligneuses se contournent irrégulièrement et perdent facilement leur écorce qui est brune et qui se détache par lanières. Lorsque les sarments sont garnis de feuilles, de grappes, etc., on les appelle Pampres et moinssines ou moissines en quelques endroits. La plante entière porte le nom de Sep ou Cep. Les feuilles sont larges^ découpées très profondément en plusieurs lobes anguleux, dont les bords sont dentelés inégalement en pointe. Les fleurs sont jaunâtres et ont une très bonne odeur. Les grains, d'abord très acides s'adoucissent en mûrissant, et, de verts qu'ils étaient, ils prennent alors diverses couleurs, les uns étant noirs ou rougeâtres, ou violets, d'autres d'un vert très pâle, ou blonds, ou dorés ou roux ; tous sont couverts d'une espèce de fleur blanche qu'ils ne perdent que par le frottement. Ce sont ces grains que l'on nomme Raisins.
2. Vitis pra'coœ Columellœ. H.K. Par. La Vigne hâtive, le Morillon hâtif noir^ Raisin précoce ou de la Madelaine. Les grains sont ronds, petits, noirs, sucrés, mais sans goût, et leur mérite le plus réel est celui de la primeur, se trouvant mûrs dès la fin de juillet ou au commencement d'août. Les grappes sont assez claires. C'est un raisin de treille.
Le Pineau ou Pinot, que l'on nomme Aurernat ou Aucergnat dans l'Orléanais, et dont il y a de noir et de blanc, donne de très bon vin et n'a pas grand mérite pour manger. C'est le Vrai Bourguignon, espèce de morillon noir; ses grains sont un peu longuets. Comme les grappes ne sont pas garnies près à près, elles viennent à une juste maturité. Tout cela dépend du terrain, de l'exposition et de la saison.
3. Vers le même temps que le Morillon hfttii mûrit un petit raisin assez rond, dont les grappes sont courtes et serrées ; il est noir, sa peau est mince, son suc très agréable. Les oiseaux et les
mouches s'y jettent très avidement ; c'est pourquoi on est obligé d'en faire la garde aûn de le sauver du pillage.
4. Le Fromenteau, raisin exquis auquel le vin de Sillery doit son mérite et sa réputation. Il est d'un gris rouge, le grain est fort serré, la peau est dure, le suc excellent.
5. Vitis ucd peramplâ, acinis alhldls^ duloibus^ durioribus. Inst. R. Herb. Le Chasselas blanc, \q Bar -sur- Aube ^exceWeni raisin dont les grappes sont ordinairement grosses et divisées par le haut en larges grappillons. Les grains sont blancs, ronds, fermes ; en mûrissant ils prennent une couleur ambrée lorsqu'on a eu soin de les découvrir de feuilles ; leur suc est exquis et abondant. Ils mûrissent en septembre, et peuvent se garder longtemps, même sur la vigne, comme nous le dirons dans la suite *de cet article. On en fait aussi sécher. C'est un raisin de treille.
6. Le Chasselas musqué est encore excellent. Il mûrit en Angleterre même, quand l'espalier est à une bonne exposition. Dans les pays plus chauds il acquiert de bonne heure son point de maturité. On n'y observe d'autre différence avec le chasselas blanc que d'être musqué et un peu plus charnu.
7. Vitls ucâ perampldy acinis dulcibus, nigricantibus aut rubentibus. Inst. R. Herb. Le Chasselas noir ou rouge. Muscat rouge. Il diffère du blanc par la couleur de ses grains qui sur un fond blanchâtre prennent une teinte noire ou rouge sale. Ce raisin est fort bon, mais il mûrit plus tard que le chasselas blanc.
8. Vitis laciniatis foliis Cornuti. La Cloutai ou Ciotat, aussi nommé Raisin d'Autriche, Raisin aux feuilles de persil. La feuille est découpée comme dans le n° 1, mais en lobes plus nombreux et plus étroits. Ce raisin ressemble assez au Chasselas pour la couleur et le goût ; il est petit et de couleur blonde. Quelques paysans Provençaux appellent cette espèce la Tardarié. Les grains sont peu serrés. C'est un raisin de treille.
9. Vitis Corinthiaca, sice Apyrina. J.B. D'autres l'appellent Uca passée ou passulœ. Le Raisin de Corinthe ou Petit raisin de Passe. Ses grains sont petits, assez ronds, sans pépins, remplis d'eau sucrée, tantôt fort noirs ou violets, tantôt blancs; ils mûrissent en septembre, mais passent vite. Les grappes sont courtes, bien serrées et leur rafle si tendre qu'on peut la manger avec les grains. On en met dans les pâtés en pots et les puddings. Le Corinthe blanc est le plus estimé. C'est un raisin de treille.
10. Vitis apiana C. B. Le Muscat ou Frontignan. Raisin excellent, et que l'on estime beaucoup. Les grains sont bien ronds, d'une belle grosseur, musqués, de très bon goût, fermes, tantôt blancs, tantôt rouges ou violets, ou bien noirs. Les rouges ou noirs s'appellent en latin citis acinis rubris nigricantibus dulcissimis, Garidel; et les noirs, citis acinis nigricantibus dulcissimis, Ga-
.Tidel ; on en cueille les graines à mesure qu'ils mûrissent. Ces •dernières mûrissent mieux que les blancs, parce que les grappes :sont moins serrées, aussi éclaircit-on les grains du blanc quand on veut qu'il devienne parfaitement mûr, sans quoi il reste vert, 'pour peu que l'année soit froide. Les abeilles et les guêpes livrent •de fréquents «assauts au muscat.
La Malcols fo est une sorte de muscat. Le Gennetin d'Orléans •est un muscat blanc et sucré. Les muscats se mettent en treille en 4)onne exposition.
La Malcolsie, raisin de grosseur médiocre et .d'un rouge sale et terne. Son jus est doux. Il a des grappes grosses. Il mûrit sur la iin de septembre.
La Malcolsie musquée a un goût très riche de muscat. C'est une -des espèces de raisin dont on fait le vin de Madère. Il mûrit tard.
IL Muscat d'Alexandrie ou de Jérusalem; ou Passe-lonrj musqué. Ce raisin vient en belles grappes, dont les grains sont Hongs, gros, musqués et quelquefois sans pépins, d'autres fois avec un seul. C'est un excellent fruit, qui peut se conserver longtemps; mais pour la maturité duquel il faut, dans nos climats, un été fort 'Chaud, beaucoup de soleil et une terre qui ne soit pas froide. Il y ^n a de blanc et de rouge, suivant M. Miller.
12. On parle de raisin panaché de noir et blanc dont on ne considère que la singularité. Le Muscat rouge est ordinairement gros et un peu panaché de brun, avant sa maturité, ce qui l'a fait prendre pour une espèce particulière. On l'appelle Raisin .-suisse ^
Il y a chez M. Duhamel du Monceau une espèce de raisin, non musqué où la même souche produit des grappes ])lanches et de noires ; on y trouve encore sur la même grappe, des grains tout •blancs, d'autres tout noirs, quelquefois des grains mi-partie de noir et blanc, et très souvent des grains mi-partie ainsi diversifiés par quartiers.
M. Garidel fait mention d'un raisin à belles grappes dont les* grains sont ronds, blonds, marqués d'un point noir et ont une saveur exquise, le Plan Estranl des environs d'Aix.
13. Yltls ucâ perampldj aclnls oeatls alhidls. Inst. R. Herb. Le Bordelais, Bourdelais^ ou Bourdelas, aussi connu sous les noms -de Verjus, Grey, Blcanne, Engregeolr, etc., etc. Ses grappes sont ordinairement grosses, longues, larges par le haut. Leâ grains sont oblongs, pointus, d'un vert pâle, leur peau est dure, leur goût d'abord très âpre, devient passablement doux, vers la mi-
1. C'est là une grave erreur. Miller le donne comme le produit ■d» la greffe de souches de couleur différente, d'après la recette de nos Maisons rustiques ; ïEncyclonédie le prend pour un Muscat rouge un peu tacheté : c'est tout oonnement le Tressot panachée
octobre. Mais on n'en fait point de cas pour manger crû. (Nous avons dit dans l'article rerjus les différents usages auquels on l'emploie.)
14. On parle aussi d'une espèce de Chasselas qui n'a point de pépins.