‹ Ampélographie rétrospectiveChapitre 131 sur 180 · Bibliothèque de la ville de Dijon, n · texte numérisé non relu

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termes de comparaison sont perdus. Il nous suffit d'avoir montré par ce court détail que les anciens avoient diverses espèces de vignes pour adapter aux climats, aux terrains et aux expositions... ils ne faisoient pas comme nous, des passe tout grain, »

Il propose à l'Académie de Metz d'organiser des expériences qui porteraient sur quinze variétés à raison d'un journal pour chacune.

Art. IV. Espèces de vignes des modernes, P. 77. Ce discrédit des vins de France, vient de ce que nous négligeons la culture des bons plans pour ceux qui rendent plus, et de ce que nous n'étudions pas la connoissance des diverses sortes de plans, et l'effet qui résulteroit du mélange des raisins, traité d'après la physique et l'expérience.

On pourroit par ce secret si simple, tirer du néant, des vignobles inconnus ; on sait que ce sont les Beaunois qui ont fourni aux Champenois, pour MM.Colbert et Le Tellier,. qui possédoient de grands vignobles dans cette Province^ les plans qui ont mis le vin de Champagne en réputation. Le plan qu'on nomme le Beaunier, parce. qu'il vient de Beaune, est connu dans bien des vignobles ; c'est le mélange du raisin Fromenteau (que l'on nomme Bureau en Bourgogne) avec le Pineau qui a donné aux vins de Sillery, une qualité si supérieure, qu'on les réserve- pour la bouche du Roi. Les vins de la Mozelle et du-Rhin^ viennent de raisins transplantés de Madèreet des Canaries. Les vins de l'Orléanois, n'étoient pas en meilleur crédit que les vins de Brie, lorsque le raisin nommé Aucernas^ qui n'est autre chose que notre Pineau, les a fait connoître avantageusement ; mais comme on y fume extraordinairement les vignes, ces raisins y ont dégénéré. Les fameux vins de Tokay, viennent d'une espèce particulière de raisins blancs, assez approchante de celui de Malaga, et leur excellence par-dessus tous les vins de la terre vient plutôt de l'industrie, du choix du raisin et de la manière d'y faire le vin, que de la nature du sol, etc., etc.

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La vigne se distingue en Vigne sauvage et en Vigne cultivée,

La Vigne sauvage se nomme en latin, Vitis Silvestris, Lahrusca, C.B. Pin. Elle est assez connue : le grain est de moyenne grosseur, d'une couleur noire foncée; recouvert d'une espèce de fleur ; comme la vigne qui le porte. Le jus est d'une couleur rouge foncée, et il est d'un goût austère avant qu'il soit mûr, et jusqu'à ce que la grappe soit •sèche. Les raisins sont assez gros, mais courts; ils ont ordinairement deux petites grappes, entre la grosse, à la partie supérieure. Les feuilles de cette vigne sont découpées profondément et deviennent ordinairement d'une couleur rouge foncée, avant que de tomber. Miller. Dict,

Cette espèce croit sans culture, au bord des chemins et proche des haies; elle ne mûrit guère que dans les pays chauds.

M. Bidet, dans son Traité de la vigne, en parle, mais il la confond mal à propos avec la Vigne vierge. Voici ce qu'il en dit : « La Vigne sauvage se nomme en latin, Lahrusca, en françois. Vigne vierge; et c'est une vigne qui vient de Canada, qui porte du fruit, mais qui n'est bon ni à manger, ni à faire du bon vin ; il n'a point de feu. »

Il y a dans ce passage autant de fautes que de mots. La Vigne sauvage Lahrusca est naturelle au sol de l'Europe, elle est citée par tous les anciens. Ce n'est point du tout la Vigne vierge qui est une espèce toute différente ; cette dernière est une sorte de Brioine^ qui ne porte point de fruit. La Vigne vierge ne vient pas de Canada, mais de Virginie^ d'où elle a pris son nom, etc., etc.

La Vigne cultivée appellée Vitis Vinifera par les Auteurs, se subdivise dans une infinité d'espèces.

On peut réduire à quelques chefs, toutes les différentes sortes de raisins que nous cultivons, soit pour le jardin, soit pour le verjus, soit pour le vin : tels sont les Morillons ou Pineaux, les Chasselas, les Muscats, les Corinthes, les Malvoisies, les Bourguignons, les Bordelais,

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les Sammoireaux ou Prunelles^ les Meslievs, les Gamets, les Gouais, etc., etc.

Il y a plusieurs espèces de Morillons qui portent différents noms, tels que ceux de Morillons, Gros Noirs, Noiriens, Pineaux, Auvernas, etc., etc. Nous nous arrêtons principalement aux différentes sortes de Morillons ou Pineaux, parce que c'est le plan le plus généralement cultivé.

La première espèce de Morillon est le Morillon hàtif ou Raisin de la Mar/delaine. Vitis praecox Colum. P.R.H. C'est un raisin noir qui prend couleur de très bonne heure, ce qui le fait paroître mûr avant qu'il le soit : le grain est petit, et il y en a peu sur chaque grappe dont la rafle est grosse et cassante; il est noir, d'une couleur obscure; il est un peu sucré et bon par année, quand il est bien mûr : on en voit d'ordinaire dès le commencement de Juillet ; c'est le plus hâtif de tous les raisins que l'on connoisse en Europe, et ce n'est que pour cela qu'on le conserve, car il n'est pas fort bon : la peau en est dure, épaisse, la pulpe sèche, les pépins gros, et le suc d'un goût fort médiocre; ce raisin est guenilleux et fort sujet aux moucherons. Il n'est bon que dans quelque coin de jardin bien exposé au midi, et à couvert des mauvais vents.

La deuxième espèce est le Morillon taconné. Vitis subhirsuta C.B. P. 299. Vitis lanata. Carol. Steph. Prœd, Rust, C'est le plus hâtif après le précédent ; il est bon à faire du Vin, et charge beaucoup ; il produit des raisins noirs de moyenne grosseur, dont les grains sont sôrrés ; il est généralement court et épais ; il porte beaucoup, et il est robuste. J'ignore pourquoi M. Bidet le nomme Morillon façonné ; il dit que c'est lui qui convient le mieux en Champagne, c'est sans doute parce qu'il faut des raisins hâtifs dans ces climats froids et nébuleux ; car ce raisin ne vaut pas le suivant, connu sous le nom de Bon Pineau, On cultive cette seconde espèce de Morillon, dans plusieurs cantons du Pays Messin, comme à

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Jouy et ailleurs, où on le nomme Meunier^ parce que le» bourgeons de cette espèce, sont comme mousseux, et queses feuilles sont poudrées de blanc et farineuses, surtout au printemps, lorsqu'elles commencent à pousser. L'Auteur de la Maison Rustique dit qu'il vient bientôt après le hâtif, et qu'il se plait dans les terres sablonneuses et légères : c'est, sans doute, à cause de cela que M. Bidet recommande de le mêler avec les Tresseaaa? dans les sables, légers, mais substantiels, qualités contradictoires.

La troisième espèce est le Morillon noir ordinaire. Vitis prsecox Columellae acinis dulcibus nigricantibus. Mill. Dict, On l'appelle Pineau^ en Bourgogne, et, à Orléans, Auvernas, parce que la plante en est venued'Auvergne; Baccius le nomme Pinet, î\ est doux, sucré, excellent à manger, et fait le meilleur vin. Ses raisins^ sont de moyenne grosseur, et les grappes sont un peu plus, longues que celles des autres Morillons, Le grain est on peu plus ovale et d'un beau noir, la peau fine et tendre, la chair sucrée et succulente, le fruit est entassé et sa feuille est plus ronde que les autres de la même espèce, dit l'Auteur de la Maison Rustique. Il ajoute que son bois a la coupe plus rouge que celui .d'aucun raisin ; que le meilleur est celui qui est court, dont les nœuds ne sont pas espacés de plus de trois doigts, et qu'il vient bien dans toutes sortes de terres. Je ne sais si M. Bidet a raison d'affirmer, page 90, que ces Morillons ne peuvent faire d'eux-mêmes un vin qui ait assez de corps, et que pour les soutenir, il faut les mêler avec des Tresseaux qui mûrissent difficilement; mais je sais que dans la bonne côte de Bourgogne, on ne cultive que le Pineau, sans mélange, ce qui n'empêche pas le Vin de Bourgogne d'être bien corsé.

L'Auteur de la Maison Rustique, d'où M. Bidet a transcrit et défiguré tout ce qu'il dit des espèces de Vignes et de leurs mélanges sans le citer, nomme une quatrième espèce de Morillon, qu'il appelle Pineau aigret, qui donne peu et de petits raisins, peu serrés, mais dont le

vin est fort, et même meilleur que celui du Bon Pineau ; son bois, dit-il, est plus long, plus gros, plus moelleux et plus lâche que l'autre, le3 nœuds éloignés de quatre à cinq doigts, l'écorce fort rouge en dehors, et la feuille découpée en trois ou en patte d'oie, comme le figuier.

Le même auteur cite une cinquième espèce de Moril-. Ion,. appelé Franc Morillon ou Larnpereau qui fleurît avant tous les autres plans, et fait d'aussi bon vin que les autres Morillons; il a le bois noir et le fruit de même, il fait belle montre en fleur et en verd, mais à la maturité, il déchet de moitié, et quelquefois davantage.

Baccius, dans son Histoire naturelle des Vins, en parle, et dit qu'on le nomme dans le pays Beccanne. Liébault, dans sa Maison Rustique, le nomme aussi Beccanne^ et Franc Morillon Larnpereau, il croît plus en longueur et hauteur de bois, que nul autre, et les nœuds de ses jêttées sont les plus espacés.

Voici les termes de Baccius: « Ex uvis nigris, sunt Morillon très species: unacumligni materià ex incisurâvaldè rubescit, vite tamen nigrâ, rotundiore folio, ac congestis admodum in racemulo uvis; altéra corti ce admodum rubro foliis ficus instar tripartitis. (C'est le Pineau aigret de Liébault.) Tertia quam et Beccanam vocant, ligno item nigro quod et sarmentis luxuriat et foliis ; caducas autem vendemiae tempore producit uvas* ».

M. Bidet ne devoit pas oublier cette dernière espèce qui est assez connue, et que l'on nomme Tendre fleur dans le Pays Messin : on l'appelle Sous-terre en Bourgogne ; les nœuds en sont, comme on l'a dit, plus écartés que ceux du Franc Pineau, et il est fort sujet à couler ; son raisin a la peau plus délicate, qui crève aisément ; les grains pourrissent facilement, quoique moins serrés que le raisin de Franc Pineau. Tous ces inconvénients ont fait proscrire cette cinquième espèce de Morillon dans la bonne côte

1. Il lui serait difficile de le nommer autrement, puisque Baccius n'a fait que le reproduire.

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