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Dirtlonn. dWcjricult, de Rozier, t. X, art. Vif/ne

HISTOIRE DE l'aMPÉLQ(;RAPHIE 15

Les vingt descriptions de la Maison Jlustique sont sommaires, c'est vrai. Leurs synonymies sont discutables, c'est possible, bien que, de leur temps, elles aient pu être rigoureusement exactes. Les considérations générales sont trop directement inspirées des anciens et manquent peutêtre d'observations personnelles ; les meilleurs préceptes disparaissent parfois au milieu d'un tas de contes de commères et de recettes de ménage, qui, de 1^1 ine à Xoël Chomel, ont fait la joie des cuisinières et des encyclopédistes; c'est incontestable. Mais il faut se reporter au temps de l'écrivain. N'est-ce donc rien que d'avoir rédigé le premier Traité français d'art rural, et d'avoir tenté ainsi de nous affranchir de la servitude des traductions ita liennes ou espagnoles qui, seules, faisaient alors autorité? Que Charles Estienne n'ait pas, du premier coup, atteint à la perfection, quoi d'étonnant? Les lacunes, et les taches même, de son ouvrage n'en ont pas moins été fort utiles à ceux qui l'ont suivi dans la voie ouverte par lui, en leur faisant toucher du doigt les écueils à éviter. On ne peut lui refuser, en ampélographie, le titre de précurseur et d'initiateur. Sa liste de cépages, copiée, traduite, pillée par maints polygraphes, peu délicats, est restée l'évangile du viticulteur pendant plus d'un siècle.

Olivier de Serrés (1539 1619), dont la réputation immense, et méritée, d'autre part, par les services éminents qu'il a rendus à l'agriculture française, écrase les noms modestes d'Estienne et de Liébault, est bien loin d'avoir attaché la même importance queux à la description des cépages.

Certes, le Théâtre de V Agriculture, œuvre magistrale, personnelle, et dégagée de la plupart des préjugés antiques, acceptés avec trop de complaisance jusqu'alors, ne peut pas se comparer avec l'humble Maison Rustique. Le livre du châtelain du Pradel est un traité complet, écrit de main de maître, et sur place, par un agronome et non plus seulement par un imprimeur. Mais, dans cet immortel Mesnaije den Champs, dont je professe le culte

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plus que personne, je cherche en vain une part honorable faite à l'étude naissante des vignes. J'y trouve quelques noms et c'est tout. Pas un mot de commentaire sur les espèces citées : leur inspection offre « plus de curiosité que d'avantage ».

Olivier de Serres, dans une réserve scientifique qui serait très louable, a-t-il pressenti les difficultés d'une classification rationnelle et a-t-il préféré s'abstenir plutôt que de risquer des appréciations prématurées ? Ou bien a-t-il tout simplement épousé l'opinion si commode des anciens sur la variabilité des espèces et, partant, sur l'inutilité de leur étude?

A lire les deux listes si sèches, qu'il a dressées, l'une pour les cépages de l'antiquité, l'autre pour ceux du Vivarais, son pays, j'inclinerais volontiers pour la deuxième hypothèse, si je ne craignais de sembler irrespectueux envers le père de l'agriculture nationale, en mettant ainsi en doute une parcelle de son génie. Supposons donc que, à la vue de ces vignes, « plus nombreuses que les sablons de Libye et plus mobiles que les flots de la mer», Olivier de Serres, faute de documents suffisants, a préféré s'abstenir, laissant à ses commentateurs futurs, et notamment à ceux de la belle édition de 1804, Gels, Dussieiix, de Neufchàteau, le plaisir de compléter sa pensée et l'honneur d'interpréter son silence.

Les Italiens de cette époque ont montré moins de réserve. Et si Gallo (1499-1570), traduit en français par F, de Belleforest (1530-1583), énumère peu de raisins, ainsi d'ailleurs que Porta et Baccius, Soderini nous en apporte, par contre, une ample moisson.

Le Napolitain Porta (1550-1615), très versé dans les sciences occultes et physiques, véritable ancêtre de Mesmer et de Cagliostro, possède à fond les auteurs anciens, et analyse, en les rajeunissant, Pline, Columelle et les Géoponiques. Dans l'espèce de Maison rustique qu'il publia sous le nom de Villœ, il ne recule pas devant des

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assimilations, peut-être hardies, entre les cépages d'autrefois et ceux d'aujourd'hui.

Andréas Baccius ( ? -1600), œnologue plutôt que viticulteur, professeur de médecine à Rome et premier médecin du pape Sixte-Quint, étudie tr^s consciencieusement les vins anciens et modernes dans son fameux De naturali vinorum Hlstoria et de vinis Italiœ, livre devenu rare, et que les bibliophiles se disputent au poids de l'or. Il est amené tout naturellement à remonter du vin au cépage qui l'a produit. Mais ses commentaires culturaux sont plutôt des appréciations que des descriptions. S'il s'étend sur la plante, c'est presque toujours qu'il emprunte le passage à un colk^gue mieux renseigné que lui. Ainsi, pour la France, il transcrit tout bonnement Charles Estienne, de même que, pour l'Espagne, il démarque Herrera. Il fit longtemps autorité, même hors de son pays.

D. Simon-Roxas, le premier, osa juger cet auteur et lui assigner sa vraie place. Après avoir démasqué les emprunts de sa compilation viticole, le botaniste espagnol termine dédaigneusement ; « Il y joignit quelques notes qu'il se procura par ouï-dire, ou qui sont peut-être le résultat de ses observations. »

Voilez-vous la face, Béguillet, Dussieux et Chaptal, vous qui l'avez invoqué, à chaque ligne, comme un génie protecteur et omniscient !

Soderini (1526 1596), beaucoup moins connu que Baccius, a pourtant une tout autre valeur que lui. Patricien de Florence, il conspira contre les Médicis, et fut, de ce fait, exilé dans ses terres, réduit, comme Pierre de Crescence, à oublier les agitations de la politique, dans le •calme des champs, par l'étude de l'économie rurale et de la pomologie. Tout en l'en plaignant, nous ne nous en plaindrons pas, car nous devons à ses revers de fortune ison Traité sur la culture de la vigne et des arbres fruitiers qui, écrit avec autant d'esprit que de compétence,, est bien

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l'œuvre d^un patricien de\cnu praticien. Il y a une grande sincérité d'observation dans cet opuscule. Depuis Crescence, ce sont certainement les meilleures pages italiennes écrites sur les raisins.

Soderini divise les vignes en deux classes, raisins de table et raisins de cuve. Il ne cite aucun raisin français. Ses descriptions sont courtes, mais pittoresques, imagées et suffisamment exactes.

Il a plus de vie, plus d'allure que le P. Cupani (1657- 1711), qui viendra, quatre-vingts ans après lui, nous par 1er, dans son Hortus catholicus, des espèces de l'Italie Méridionale et nous donner la longue liste de leurs vocables et synonymes napolitano- siciliens. Cependant, malgré l'ennui qui se dégage de son texte, macaroni filandreux qui manque de sel et de cuisson, il faut reconnaître que ses descriptions, plus complètes que celles de Soderini, se rapprochent davantage de celles de la science contemporaine.

Un auteur, encore plus catholique, si possible, que le P. Cupani, c'est le Vénitien Rendella. Dans les quatrevingt-dix-huit pages de son De Yinea, Vindemia et Vino (Venetiie, 1629), il montre la sainteté de la vigne, mais il oublie de nommer les cépages. L'Kcriture-Sainte lui fournit les textes nécessaires pour prouver que la vigne doit commander à tous les autres arbres. Ce viticulteur de sacristie nous donne la formule du grand pontifical romain pour bénir d'abord la vendange et ensuite le cellier. L'oraison la plus curieuse était réservée au vin nouveau. Ainsi récoltés, les vins italiens n'étaient probablement ni plus « nourri ssans » ni plus « morbifuges » que d'autres,, mais, à coup sûr, beaucoup plus (( théologiques ».

Mais revenons en France, d'où nous sommes sortis un peu surpris de l'indifférence ampélographique d'Olivier de Serres. Nous allons avoir la satisfaction de saluer, dans les auteurs des temps modernes, de véritables ampélographes.

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IIÏ.— TEMPS MODERNES

Les sciences ont progressé. La médecine a accordé à l'étude des plantes utiles toute l'attention qu'elles méritent,, et nous allons, enfin, rencontrer, dans cette période, des savants qui ont daigné décrire la vigne et ses variétés. Mais dans la vision, très nette, de l'énormité de leur tâche,, impossible d'être menée à bien si elle n'était pas circonscrite et réduite à leur propre territoire, ces savants, par une prudente spécialisation, se sont bornés à des monographies régionales. C'est le commencement des excellentes publications locales, qui se continuent encore de nosjours, un peu partout, et dont la réunion en un faisceau solide constituera, bientôt, le monument, probablement définitif, de l'ampélographie universelle.

Ces écrivains peuvent se diviser en trois catégories, les botanistes, les praticiens et les littérateurs.

Les premiers, seuls vraiment ampélographes, sont lesauteurs des monographies locales dont nous venons de faire l'éloge; ce sont : Bauhin en Franche-Comté, Garidel et David en Provence, Béguillet en Bourgogne, etc.

Les seconds, simples jardiniers, comme Mollet et La Quintinye, n'apportent que des renseignements partiels, mais très précieux néanmoins, parce qu'ils sont tirés^ directement de la pratique.

Les littérateurs enfin, groupe de beaucoup le plus nombreux, polygraphes pour la plupart, continuent les listes précédentes, sans ordre et sans plan bien défini, mais en

les allongeant de tous les noms nouveaux qui surgissent dans le vignoble. Quelques-urîs d'entre eux gardent, dans leur pudeur d'écrivain, une certaine originalité de forme, mais ils sont rares ; presque tous se contentent d'être des copistes plus ou moins serviles de leurs devanciers.

Le savant français qui ouvre dignement cette ère nouvelle est Jean Bauhin (1540-1613), illustre naturaliste, fils d'un médecin protestant d'Amiens, émigré en Suisse pour pratiquer plus librement sa religion, mais demeuré, quand même, français de cœur et d'esprit.

Premier médecin du prince de Wirtemberg-Montbéliard, Jean Bauhin est frappé par l'aspect si tranché des vignes franc-comtoises, qu'il a tout le loisir d'observer et d'expérimenter dans le parc de Montbéliard. Bientôt, persuadé qu'il se trouve en présence d'espèces distinctes et non pas de simples variations, comme on le prétendait dans l'antiquité, il s'attache à leur description ; et, convaincu de leur permanence originelle, il essaye de reconnaître, dans les souches jurassiennes, les vénérables cépages de Pline et de Columelle. C'est ainsi qu'il est amené à risquer l'assimilation des Foreuses de l'Italie aux Folràrds du Jura.

Ses descriptions, modèle du genre, les premières vraiment ampélographiques depuis celles de Démocrite, sont consignées au livre XV du tome II de son immense ouvrage, Historia Plantarum universalis. C'est là que le regretté Charles Rouget, de Salins, alla les chercher, pour en faire la traduction aux vignerons de Poligny, inaugurant ainsi, il y a une vingtaine d'années, le genre de travail que nous poursuivons sur son exemple et d'après ses bienveillants conseils.

De la peinture exacte des cépages de son parc, Bauhin se laisse aller à apprécier les vins qu'ils produisent. Historien, naturaliste et hygiéniste^ l'auteur avait toute qualité pour discourir sur la question avec abondance et intérêt ; et il n'y a pas manqué.

Il y aurait, pour un aspirant docteur es lettres ou es

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sciences naturelles, originaire de nos pays vignobles, une thèse très belle et très neuve à tirer de ces pages in-folio aux fins caractères, dont je n'ai pu, à mon très grand regret, ne faire, faute de temps, qu'une exhumation incomplète.

Son frère cadet, Gaspard Bauhin (1560-1624), lui succéda dans sa charge de premier médecin du prince de Wirtemberg, mais non dans son amour de la viticulture. Surnommé par ses contemporains le (( Phénix de son siècle )), Gaspard resta toujours le savant en us qui plane dans les hauteurs des formules éthérées et supra-sensibles. La vigne était trop peu de chose pour lui. Dans son Pinax, il lui consacre une demi-page, juste de quoi la classer comme une aristoloche ou une clématite.

Pareille indifférence pour les raisins savoureux eût fait frémir d'indignation le bon Claude Mollet ( ? -1613), jardinier-chef de Henri IV et de Louis XIII. Ce brave homme nous décrit ses chers espaliers et nous initie aux meilleurs soins à leur donner : il y ajoute une recette curieuse pour obtenir des raisins panachés ou (( calbottés ».

Jean Merlet, écuyer, appelé par Pulliat, dans dans son Cours de Viticulture, a le père de la Pomologie française », sert de transition entre les praticiens et les littérateurs. Ses notes sont celles d'un gentilhomme campagnard, maniant alternativement et avec le même bonheur, la plume et la serpette. Il serait inexact de le confondre avec les vulgaires polygraphes qui se sont servis de ses observations originales pour gonfler leurs fastidieux recueils.

Dans son Abrégé des bons Fruits (p. 14), dont la première édition encore anonyme, est de 1667, Merlet a consacré un chapitre entier aux raisins. Il y énumère 54 variétés, prenant le soin d'accompagner ses appréciations personnelles des synonymies les plus connues en France et à l'étranger. Bien inférieures, sans doute, aux quelques monographies de J. Bauhin, mais très supé-

irieures aux listes sommaires d'Olivier de Serres et même .aux énumérations à peine commentées d'Estienne et Liébault, ces descriptions, courtes et justes, sont toujours intéressantes.

Cet auteur a eu le réel mérite de tenter, le premier, une •.sorte d'Ampélographie'universelle. Son étude, providence •de nombreux dictionnaires ou encyclopédies, a fourni, .avec ou sans variantes, de la copie à tout le XVIII^siècle. Ainsi démarqué par d'adroits polygraphes, Merlet est •demeuré dans l'ombre et dans l'oubli. On ne sait rien de sa vie.

C'est aussi au milieu du XVII^ siècle que l'allemand 'Sachs (1627-1672) publia son Ampelog raphia à Breslau. W y étudia le genre Vitis comme Gaspard Bauhin, plutôt •en botaniste qu'en viticulteur, réservant, de préférence, •la minutie de ses observations, pour tous les Vitis des •deux mondes autres que le Vitis vinifera. En ce qui con- 'cerne cette plante grimpante, mère des raisins et du vin, il s'en rapporte aux autres et se borne à résumer Liébault pour la France, Rhagorias pour la Suisse, Bauhin pour l'Allemagne et Baccius pour l'Italie. Néanmoins, il •consent à donner une liste des principaux vins de l'Europe. Il cite, comme le premier de la Bourgogne, le vin •de Beaune ; ce qui était vrai de son temps et ne lest plus .aujourd'hui. Sans son titre alléchant et la curiosité des 'botanistes, cette Arnpelog raphia, écrite en un latin peu »cicéronien, risquerait fort de moisir dans les bibliothèques tudesques ; en tout cas, ce n'est pas aux viticulteurs franijais d'aller troubler son sommeil vénérable.

Eux aussi, les voyageurs, littérateurs entraînés en pays lointains par leur esprit d'aventure, apportent incidemment à l'ampélographië, encore balbutiante, quelques noms nouveaux à épeler.

C'est ainsi que Chardin (1643-1713), français et huguenot comme Bauhin, s'expatria comme lui, et alla raconter, en Angleterre et en Hollande, ce qu'il avait vu pendant

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son long séjour en Perse. Fils d'un joaillier du Palais- Royal, Chardin avait occupé, en visitant l'Orient, les loisirs involontaires qu'il devait à Sa Majesté trop chrétienne Louis XIV. Dans ses divers récits, l'explorateur parle souvent de raisins et de vins. La viticulture semble avoir été, de son temps, très florissante en Perse. Chardin signale soixante espèces de raisins aux environs de Tauris, tous différents de ceux d'Europe; malheureusement il n'en cite que trois ou quatre, le Chahoni et le Kiehinich entre autres.

De même, l'anglais Basil Hall, officier de marine, signale, à Madère, l'existence de 50 cépages distincts, qui lui sont inconnus.

Ces constatations de voyageurs dignes de foi furent très précieuses pour les viticulteurs. Elles les habituèrent tout doucement à admettre la possibilité de la diversité permanente des espèces de vignes, théorie si contestée qu'il fallut attendre, pour la voir triomplier, les démonstrations sans réplique du comte Odart et de ses disciples.

Les praticiens continuent à apporter de temps à autre leur pierre à l'édifice commun.

Voici l'un des successeurs du bonhomme Mollet, l'illustre La Quintinye (1626-1700), jardinier de Louis XIV, immortalisé par les gens de lettres du grand siècle, qui nous raconte combien il est fier de servir au plus grand roi de la terre du Muscat d'Alexandrie, raisin préféré par ce souverain. Il en profite pour recommander d'autres raisins de treilles et pour indiquer les soins à leur donner, si l'on tient à les obtenir beaux et à les conserver longtemps.

Après lui, nous tombons dans des redites fastidieuses. Nous sommes submergés par une inondation de polygraphes.

C'est Furetière (1620-1688), compilateur très docte, qui a voulu faire honte à l'Académie française de sa len-

teur à rédiger son DictionnaireT^n article « Raisin » est un résumé de. Merlet.

C'est Noël Chomel (1632-1712), l'excellent curé de Saint-Vincent de Lyon, qui, pour ses deux in-folio d'Econorme domestique, puise également ses articles «Vigne» et (( Raisin » dans l'écuyerMerlet.

Enfin, c'est Liger (1658-1717), l'auteur de la Nouvelle Maison Rustique, qui transcrit Merlet en entier, se bornant à intervertir, par ci par là, un membre de phrase.

Plus tard, ce sera Bidet (1709-1782) le champenois, qui continuera le même emprunt; puis AUetz (1703-1785), puis Dupuy-Dexnportes ( ? -1770), puis enfin le chevalier de Jaucourt (1704-1779), la bonne à tout faire de l'Encyclopédie.

C'est ainsi que Merlet, l'humble Merlet, est demeuré inconnu, cantonné dans la coulisse, pendant que les acteurs qui jouaient sa pièce, désireux d'accaparer les applaudissements de la galerie, se sont bien gardés de nommer l'auteur.

A la fin du XVI I« siècle, Tournefort (1656-1708) publie son admirable Institutiones rei herhariœ. Il y épingle le Vitis vinifera à sa place exacte ((5-drie, l-gynie», et donne rapidement, en quelques phrases latines, les descriptions des cépages les plus répandus. Ce n'est point tant de ces descriptions, tout à fait insuffisantes, qu'il faut savoir gré à Tournefort, que de la méthode qui les a inspirées. Le modèle ainsi fourni a servi de cadre à ses élèves, et ils l'ont bien rempli. On peut dire que les Éléments de Botanique ont été le point de départ des monographies, vraiment scientifiques et plus complètes, des Garidel, des Duhamel, des Simon-Roxas et de leurs dignes successeurs.

Garidel (1658-1737), professeur à la Faculté de médecine d'Aix, publie, en 1715, la nomenclature détaillée de quarante-six cépages provençaux. Dans une phrase latine qui ouvre chaque description, l'auteur a essayé de carac-

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térîser chacune des espèces étudiées. S'il n'a pas réussi, comme le prétend Simon-Roxas, à le faire d'une façon claire et précise, je trouve qu'il ne l'a pas tenté sans^ talent : le botaniste espagnol me semble bien sévère à son égard.

Garidel a eu la prudence de se cantonner en Provence, son pays natal, de même que J. Bauhin s'était sagement limité à la Franche-Comté, sa résidence.

C'est à ce système de spécialisation locale qu'il faut attribuer la sûreté des travaux de ces deux botanistes. Et lorsque, dans la même région, se succèdent plusieurs observateurs qui se passent les uns aux autres le flambeau des lumières acquises, on arrive ainsi en quelques générations à des œuvres capitales, à des descriptions complètes, c'est-à-dire à la perfection.

L'ampélographie provençale nous fournit une preuve frappante de l'excellence de cette méthode. Étudiés d'abord par Garidel, puis par Antoine David (1713-1787), repris au début du siècle par Michel, Gouffé et les frères Audibert^ les cépages méditerranéens s'épanouissent en dernier lieu^ sous la main puissante de M. Henri Mares, l'éminent viticulteur de Launac, en une floraison d'une richesse et et d'un charme qui ne laissent rien à désirer ^ .

Honneur à Garidel qui a ouvert la série et préparé ainsi le triomphe de ses successeurs !

Duhamel du Monceau (1701-1782) désarme la critique du pointilleux Don Simon qui dit de lui :' « Il est le seul » qui détermine avec exactitude le volume des grains, et » apprécie constamment presque tous les caractères aux- )) quels j'ai eu égard. » Les quatorze monographies données par Duhamel en 1768, indiquent un progrès véritable dans l'art des descriptions botanlco-viticoles. Elles ne sont pas bien loin de la perfection. La science délatinisée, c'est-à-dire rendue compréhensible à tous et aimable à

1. Henri Mares, Description des Cépages principauœ de la région méditerranéenne de la France, Montpellier, Coulet, 1890.

lire sans avoir rien sacrifié de la concision ni de la propriété de ses termes, la plante envisagée dans les détails les plus typiques de ses feuilles et de ses fruits, voilà le résultat cherché et atteint par Duhamel du Monceau. Si cet inspecteur de la marine avait joui des loisirs nécesî=;aires pour mener à bien une tâche aussi écrasante que celle de l'ampélographie générale, il est hors de doute que nul n'était mieux à même que lui de réussir dans ce labeur. Les quatorze monographies de Duhamel sont presque les quatorze vers d'un sonnet sans défaut : elles valent donc tout un volume et tout un poème.

En Bourgogne, Edme Béguillet ( ? -1786), sav^mt avocat de Dijon, collaborateur de l'historien Courtépée dans les deux premiers valûmes de sa Description du Duché de Bourgogne^ jjrend une part active à la lutte homérique et médicinale des vins de Bourgogne, patronnés par Louis XIV, contre les vins de Champagne, adoptés par la cour de Louis XV. Ce n'est pas sans malice qu'il signale les plagiats ampélographiques du champenois Bidet. Il est ravi de renvoyer le lecteur à la « Maison rustique » de Liger d'où M. Bidet a extrait textutîllement son petit savoir. Mais il n'a pas l'air de se douter que son confrère n'a même pillé que de seconde main, car c'est, en réalité, l'habit de Merlet que Bidet se trouve avoir volé sur le dos de Liger.

De même pour Baccius, qu'il cite avec componction. et à plusieurs reprises, comme une autorité de grand poids, alors qu'il n'en est qu'une de haut vol.

Béguillet connaît bien les Pinots de diverses couleurs et de diverses races. Il appelle avec beaucoup de justesse, le Pinot Biirot un Pinot noirien dégénéré, et il constate que, dans la côte, sa culture diminue partout, sauf à Chassagne. 11 aimerait mieux voir éliminer les Tresseaux, raisin à maturité tardive, dont le mélange à la cuve ne peut guère améliorer le moût des Pinots.

Pour les cépages autres que ceux de la région de l'Est, il se tient sur la réserve, et il a raison. Je dirais volontiers

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que, pour eux, il fait son Olivier de Serres, tant il est avare de détails dans les courtes phrases qu'il leur accorde et où percent de visibles réminiscences d'Estienne et Liébault.

L'ensemble de son Traité, intitulé Œnolor/ie, plein de remarques judicieuses, demeure donc plutôt la monographie bourguignonne d'un bon praticien que la vague compilation d'un littérateur quelconque.

Miller (1691 1771), auteur anglais, publie la mcme année que Duhamel du Monceau, son Traite complet sur la manière de planter, d*élever et de cultiver la vif/ne. Dans son grand Dictionnaire, deux passages importants sont consacrés à la vigne : l'auteur y passe en revue une quarantaine d'espèces. Inférieures à celles de Duhamel, ses descriptions sont pourtant intéressantes, d'abord parce qu'elles sont plus nombreuses, et, ensuite, parce qu'elles introduisent, classent et apprécient plusieurs variétés anglaises et américaines, encore peu connues en France.

Trois ans après, 1771, l'Encyclopédie de Berne édite un travail analogue.

On sent que l'ampélographie est à l'ordre du jour. Et, malgré les entraves apportées à l'extension des vignobles par crainte de famine, il n'est plus permis de se désintéresser de la classification des cépages. Les esprits les plus distingués s'adonnent à cette étude.

L'abbé Rozier (1734-1793), savant agronome, philosophe en soutane, auteur du Dictionnaire d'Agriculture et de nombreux mémoires adressés à plusieurs Sociétés, entreprend courageusement la tâche longue et délicate de débrouiller les synonymies des vignes en les rassemblant toutes sous ses yeux^ Il y consacre sa vie et sa fortune. Il expose dans une lettre célèbre, adressée à Dupré de Saint-Maur, intendant de Guyenne, féru lui aussi de la

1. La première idée des coUections de vignes se trouve développée par l'abbé Rozier, dans son « Mémoire sur la meilleure manière de faire les vins», couronné par l'Académie de Marseille en 1770, et publié à Paris, in-8% en 1772.

même passion, la marche à suivre pour réaliser son rêve, c'est-à-dire créer une collection tout à la fois théorique et pratique, et pour tirer de l'observation et de l'expérimentation des types, ainsi réunis, des descriptions définitives et des renseignements culturaux. Cette lettre est un véritable programme de Station viticole et œnologique. Sur la demande de l'abbé Rozier, bien connu à Paris à cause des diverses missions dont Turgot l'avait chargé, l'administration centrale se livre à une enquête en 1771. Tous les intendants se font envoyer des rapports et même des plants par leurs subdélégués. C'est à cette enquête, qui dura plusieurs années, que correspond et répond le beau livre de François Chevalier, de Poligny^

Rozier rassemble tous les cépages à Béziers. C'est là que, grâce à un petit bénéfice qui lui assure une honnête aisance, il installe son champ d'expériences et continue, dans sa retraite studieuse, la publication de son Cours complet d'Agriculture. Mais, parmi les obstacles de toutes sortes qu'il avait prévus sur sa route, pendant son long travail, il en avait oublié un, la méchanceté humaine. Ce fut la pelure d'orange sur laquelle glissa et s'écroula son édifice.

La mesquine jalousie d'un évêque, vexé d'avoir pour inférieur un esprit aussi supérieur, parvint à lui faire retirer son bénéfice. Réduit à la misère, Rozier quitte Béziers après avoir eu la douleur de voir détruire de fond en comble le champ qui lui avait coûté tant de veilles et tant de démarches. Ancien directeur de l'École vétérinaire de Lyon, c'est à Lyon, sa ville natale, que Rozier vient abriter son indigence et son chagrin.

Élu curé d'une paroisse, à la Révolution, il meurt, tué dans son lit, par un boulet, au terrible siège de 1793,

1. Et probablement aussi le Mémoire sur les Vif/rwbles clés Côtes du Rhône et du Dauphiné, mss. 763 et 764 de la Bibliothèque de Grenoble, exhumé par notre collègue Adrien Berget, et publié, par lui, dans la Yiqne Américaine (numéros de mars et avril 1899).

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n'ayant pas eu le temps de rédiger ses nombreuses notes ampélographiques et laissant inachevé son Dictionnaire d'Agriculture^ juste aux mots Vigne et Ym, qu'il lui aurait été si facile et si agréable d'écrire.

Rozier peut être considéré comme le martyr de l'ampék)graphie. Ses infortunes n'ont pas été absolument stériles pour la science; car elles l'ont rendu populaire et lui ont acquis de nombreuses sympathies. S'il emporta dans la tombe le secret de ses observations synonymiques, il laissa son programme à ses disciples; ce qui leur permit de recommencer, d'une façon méthodique, cette longue étude. Son apostolat viticole avait suscité d'ailleurs un vif mouvement de curiosité autour des' raisins. 11 est facile de le constater aux publications de l'époque.

C'est le libraire Bastien (1747-1824), qui, sous une forme nouvelle, réédite Liger, avec quelques additions de son cru.

C'est Maupin ( ? -1798), l'œnologue, effleurant seulement la question des cépages, de peur de s'égarer, mais rendant hommage, en passant, à la valeur des spécialistes qui se vouent à cette tâche.

C'est Simonde de SiBmondi (1773-1842), qui décrit les plants toscans, un peu à la manière de Soderini.

C'est Dussieux (1746 1805), à qui échoit le périlleux honneur de suppléer Rozier dans l'article Vigne de son «Dictionnaire», alors que Chaptal se chargeait de rédiger l'article Vin. Précédées d'un exposé historique intéressant et suivies d'un traité de culture très complet pour l'époque, ses descriptions de cépages, au nombre d'une quarantaine environ, ne se ressentent que très lointainement de l'influence de Rozier. On dirait le devoir d'un bon élève avant les corrections du professeur. Il s'y est glissé des erreurs colossales qui ont dû faire tressaillir le maître dans l'ossuaire lyonnais où il doit reposer. Ainsi, Dussieux nous raconte sérieusement que « le Gamet, cépage de la vallée du Rhône, n'a été introduit que depuis cinquante

ans en Bourgogne » et a contribué à perdre la qualité de ses vins jadis renommés. Et, s'il ignore si totalement notre vieux cépage bourguignon le Gamay, il ne semble pas connaître beaucoup mieux le Pinot, puisqu'il lui donne la Mérille pour synonyme.

Ce sont là, évidemment, de grosses bévues, si grosses qu'elles en deviennent inoffensives. On dirait des coquilles d'imprimerie. Ce qui me semble beaucoup plus grave, c'est la démonstration que cherche à faire l'auteur de la variabilité des espèces de vignes. C'est un retour en arrière et la négation de l'ampélographie. Les anciens étaient plus logiques, puisque ne croyant pas à l'individualité des cépages, ils ne se donnaient pas la peine de les décrire. Dussieux n'est pas conséquent avec lui-même. En tout cas, telle ne devait pas être l'opinion de l'abbé Rozier, sans quoi il ne se fût pas donné autant de tribulations pour rassembler à Béziers toutes les vignes de France, s'il eût supposé qu'un jour ou l'autre, toutes ces espèces n'en feraient plus qu'une.

L'article de Dussieux, accompagné d'un tableau dichotomique assez rationnel, est néanmoins à lire en entier, ne serait ce que pour voir où en était l'ampélographie au début du XIX^^ siècle.

N'oublions pas de citer Michaux (1746-1802), qui, de retour de sa mission enx\mérique, décrit plusieurs vignes, ignorées alors et célèbres diu]onvdl\m, Biparia, Labi'usca, u^stivalis, Cordifolia,,Eotundifolia, etc.

Sur les conseils de l'abbé Rozier, Dupré de Saint- Maur^ avait créé un champ d'essai à Bordeaux. Son directeur, Latapie, accusait avoir étiqueté 24,000 plants. Pour se procurer ces plants avec toute l'authenticité dési-

1. L'intendant Dupré de Saint-Maur, directeur de l'Académie de Bordeaux, a été intendant de Guyenne de 1776 à 1785. Il était fils d'un littérateur du même nom'i né à Paris en 1693, mort le 1" décembre 1774, membre de l'Académie et maître des comptes, et vulgarisateur de la langue anglaise.

L'intendant écrivit plusieurs rapports sur diverses matières.

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rable, l'intendant adresse à ses collègues une circulaire explicative le 26 avril 1782 \ Les envois se firent attendre. Dapré de Saint-Maur reprend la plume, et, le 30 juin 1783, il envoie une nouvelle lettre pour vaincre l'apathie de ses indifférents collègues. Les cépages affluent de toutes parts pendant l'hiver 1783-1784. Malheureusement, l'intendant de Guyenne fut rappelé à Paris en 1785, et bientôt, dans ses expropriations sanglantes, la Révolution emporta le pauvre champ de Latapie', comme l'évêque de Béziers avait ruiné celui de Rozier. Du pré de Saint Maur s'était fait adresser de tous les points de la France, avec les boutures nécessaires à sa plantation, quelques notes ampélographiques les concernant. Ce sont ces notes qui, réunies et conservées encore aujourd'hui, partie aux archives de la Gironde, partie à la bibliothèque de Bordeaux, sont connues sous le nom de « Cahiers de Dupré de Saint-Maur ». La Société des Viticulteups de France, sentant tout l'intérêt de ce document inédit, a chargé l'un de ses membres les plus éminents, M. Bouchard, d'Angers, de fouiller cette mine d'or et d'en extraire les plus grosses pépites'.

L'idée de liozier, du cliamp synonymique, fut reprise enfin, par Bosc (1759-1828) et appliquée au Luxembourg. Homme politique, littérateur, éditeur des œuvres de M™« Roland dont il avait été l'ami, Bosc 'apporta à la

Cf. son Mémoire relatif à quelques sujets intéressants pour la cille de Bo/deaujp, 1782, in-4".

II laissa un lils, ne à Carcassonne, en 1772, et mort dans l'Yonne, en 1854, lui aussi, littérateur et homme politique. Nous le trouvons sous-préfet de Beaune, en 1813.

1. Le 19 février 1771, d'après W. Franck (Traité des Vins du Médoc, ch. v).

La date du 26 avril 1782, nous a été confirmée par M. Tallavignes, directeur de l'Ecole d'Ondes, qui a étudié particulièrement la question.

2. Ce cliamp était sur l'emplacement de la rue Botanique actuelle, à Bordeaux, entre la porte Saint-Julien et la porte des. Capucins.

3. Cf. mss. 1022 de la bibliothèque de Bordeaux : Synonymie DET.A Vigne, Pièces relatices aux travaux entrepris^ par Dupré DE Saint-Maur, par Cornet (618 pages), don fait à la bibliothèque par sa veuve, en 1874.

vigne la même ardeur et le même dévouement qu'il avait prodigués jadis à la cause des Girondins. C'est lui qui donna à la pépinière du Luxembourg* rimportancê viticole qu'elle a conservée jusqu'au second Empire. Il y centralisa, sous le ministère du comte de Champagny, plus de deux mille cépages, réduits à quatorze cents environ, au bout de quelques années de comparaisons. Rozier s'était proposé de débrouiller les synonymies et

^1. Les Chartreux de la rue d'Enfer, dont le jardin était contigu au Luxembourg, passaient, avant 1789, pour posséder la plUs belle collection d'arbres fruitiers et de vignes. Ils en faisaient d'ailleurs le commerce. Leur maison était fort ancienne : sous Philippe le Bel, un sieur Boileau leur avait légué sa vigne d'Argenteuil. A la Révolution, ces richesses allaient être détruites, quand André Thouin obtint la permission de transplanter deux individus de chaque espèce, à Sceaux, où était jardinier Hervy, le fils du jardinier chef des Chartreux. Mais le terrain de la rue ■d'Enfer ne fut pas vendu, et avec les arbres tirés de Sceaux, Thouin, aidé de Hervy, devenu jardinier du Luxembourg, rétablit la pépinière, dès lors annexée au jardin.

Agrandie par Bosc, menacée, à sa mort, par le ministère Martignac, encouragée plus tard par le duc Decazes, cette pépinière, ayant trouvé dans son nouveau directeur, M. Hardy, un défenseur éclairé, était des plus florissantes, lorsqu'elle "fut détruite sous le second Empire. La collection de vignes gênait, paralt-il, l'alignement des liaussmanisations impériales, et les souches, pémblement rassemblées de tous les coins de la France, furent livrées à la pioche des terrassiers, sans qu'on se donnât môme la peine de recueillir leurs sarments et de sauver ainsi le fruit de soixante ans d'études.

Le martyrologe des collections est navrant à parcourir.

En 1818, le préfet, de Tournon, tenta de rétablir la collection Latapie, en créant, à la pépinière départementale de Bordeaux, une collection de 600 vignes; en 1827, elle n'existait plus. De ses débris, sortit la collection du Château-Carbonnieux, qui comptait un minier de cépages en 1837. Bouchereau en publia le catalogue en 1843. Elle existait encore en 1860 : qu'est-elle devenue aujour- <Vhui ? La collection de Montpellier a été fondée par de Candolle en 1810. Qu'en restait-il quand l'Ecole a entrepris de la reconstituer? Celle de Malnoury à Dijon, dans l'enclos actuel des Frères, a été détruite par eux; celle de Demerméty à Pont-Bernard, près Pontaillier-sur-Saône, a disparu après"^ sa mort et a attendu trente ans sa résurrection, due à la courageuse initiative d'un jeune Pontiliacien, M. Adrien Berget; celle du Jardin botanique de Dijon, fondée par Fleurot en 1834, a été sacrifiée, en 1878, à l'extinction du phvUoxera. La collection d'Odart ne survécut pas à son auteur, pas plus que celle d'André Leroy d'Angers. Que deviendront celles de Pulliat et de Mares après deux ou trois générations d'indifférents? Par suite de la disparition de ses musées vivants, l'ampéloffraphie, dans son travail, comparable à celui de Pénélope, n'est-eile pas un éternel recommencement?

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de fixer, par rexpérimentation, l'utilisation pratique des différentes variétés de vigne. Plus ambitieux encore, Bosc y joignit leur étude botanique, qui devait conduire à une classification générale, vraiment scientifique. Pendant plusieurs années, il mena de front cette triple étude. Son Mémoire à la Société centrale d* Agriculture (aujourd'hui Société Nationale), déYe\o]^pe ce programme avec une sûreté et une ampleur qu'aucun ampélographe moderne n'a dépassées.

Malheureusement, la tâche était au-dessus des forces d'un homme, même aussi puissant et compétent que Bosc. Le temps matériel lui a fait défaut. Il lui aurait fallu, pour réussir dans cette entreprise, — si tant est qu'on puisse réussir, — la longévité d'Odart et sa vie paisible à la campagne. Au lieu du cru plutôt médiocre du Luxem bourg, potager de boulevard^ embrumé par la Seine, que n'a-t-il eu le franc soleil des coteaux de la Dorée! Si l'on reprochait avec raison à l'abbé Rozier de dénaturer le Pinot à Béziers, que devait-on dire à Bosc de son Aramon vendangé à Paris?

Député, consul en Amérique, inspecteur des pépinières, professeur au Muséum, publiciste universel et infatigable, Bosc, écrivain d'une activité dévorante, éparpilla son savoir sur toutes les branches de l'histoire naturelle sans se spécialiser dans aucune. Il jeta, à pleines mains, les articles, anonymes ou simplement signés de son initiale, dans les Dictionnaires, Bévues, Annales, etc., etc. Sans laisser un seul volume viticole qui porte son nom, il est certainement l'un des naturalistes du siècle les plus sympathiques à la vigne et les plus compétents en ampélographie. Il avait fait la description de 450 espèces de vignes; mais ses notes, comme celles de Rozier, ne nous sont pas parvenues.

Le Catalogue du Luxembourg porte encore de ci, de là, des traces de sa main. Quelques indications, à la double empreinte botanique et viticole, y témoignent encore de son rêve généreux. Mais, considérablement aug-

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mentée en 18^14, cette publication ne peut plus lui être attribuée.

Bosc était encore de ce inonde quand parut le Nouveau Duhamel, superbe publication pomologique, ornée de très belles planches, et du prix de 2,000 livres. Son' édi teur, Etienne Michel, y composa lui-même l'article Vigne, Provençal et disciple de Garidel, il fut aidé dans la revue des cépages méridionaux, à laquelle il s'attacha principalement, par Gou£fé de la Cour, directeur du jardin de Montpellier, et Audibert (1789-1846), pépiniériste aux Tonnelles près Tarascon. « Bien persuadé que les espèces et les variétés continuent à être les mêmes dans, toute la France, quoique sous des dénominations différentes )), il se laisse aller à des assimilations parfois risquées entre les cépages du Nord et ceux du Midi. Il ne ' connaît vraiment bien que ces derniers. Il cite, avec soin, les références antérieures.

Faut-il faire le reproche d'extrême concision ampélographique à la Statistique de la vigne dans le département de la Côte-d'Or, du docteur Morelot ? Non, parce que le cadre de cet ouvrage ne comportait pas d'aussi menus détails. Néanmoins, on ne se douterait guère, à sa lecture, de la place que, dix ans plus tard, allait prendre Tampélographie dans les pféoccupations bourguignonnes, à la suite des brillants Congrès, présidés par le comte Odart. Pendant que nous sommes en Bourgogne citons encore le docteur Bouchardat, bien connu par sa monographie des Tressots, et surtout par son Étude sur les produits des cépages de la Bourgogne, Paris, 1846»

Durant cette marche en avant de l'ampélographie française, les étrangers ne demeurent pas inactifs.

En Espagne, un savant botaniste, Don Simon-Roxas Clémente, entreprend la monographie des cépages de TAndalousie. Il fait, pour cela, dès infidélités aux lichens qui l'avaient captivé jusqu'alors, et, pénétré des idées de Bosc sur la nécessité d'une classification botanique des

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vignes, il apporte dans l'étude de celles de l'Andalousie,, les procédés d'observation à la loupe dont il s'était servi pour les autres plantes. Odart, homme pratique avant tout, raille cette minutie et plaisante le microscope.

Notre Espagnol expose son système en des synopsies^ tellement compliquées, que Pulliat prétend que leur auteur a été probablement le seul à les comprendre et à s'en servir.

Le reproche le plus grave que l'on puisse, à mon sens, adresser à ce botaniste trop peu viticulteur, c'est d'avoir voulu baptiser à nouveau tous les cépages du globe. Si débrouiller l'écheveau de leurs synonymies existantes est déjà une œuvre énorme, capable de décourager plus d'rni vigneron littérateur, créer de nouvelles appellations, latineset baroques, presque toujours sans rapport apparent ou réel avec les variétés qu'elles qualifient, n'est pas précisément une simplification. Jusqu'à Roxas-Clemente, les différents cépages avaient, comme nous l'avons dit, tiré leur nom de trois sources principales : aspect caractéristique, nom d'obtenteur et pays d'origine. Cet auteur en ajoute une quatrième qui supprime les trois autres, c'est le bon plaisir de l'ampélographe. Celui-ci, censé ignorer les appellations vulgaires, et désireux d'honorer la mé moire de ses devanciers, leur dédie les variétés qu'il décrit. Ainsi, spus sa plume, les Jaën, cépage espagnol des plus connus et très répandu, deviennent la noble famille des Ditracina. Le Jaën noir de Séville est transformé en Vitis Stephani, celui de Grenade en Vitis Crescehcii, et le Jaën blanc en Vitis Varronis, C'est en effet, beaucoup plus 'imposant. Mais le piquant est que ces parrains involontaires, Charles Estienne, Pierre de Crescence et le docte Varron, n'ont, jamais de leur vie, décrit, ni même vu, un seul Jaën!

On conviendra que c'est pousser la fantaisie un peu loin et en prendre bien à son aise avec le vigneron. Ce qui, à la rigueur, serait excusable, en fait de lichens et de poussières végétales d'ordre inférieur, où les confusions de

vocabulaire ne risquent de créer qu'un Buchoziana de plus et quelques lignes de trop dans un traité que personne ne lit, devient de la dernière imprudence quand il s'agit d'une science liée, aussi étroitement que l'ampélographie, à la pratique culturale et œnologique. Supprimer tous les noms des cépages et les remplacer par des étiquettes latines, vides de sens pour les paysans, et souvent pour leurs maîtres, mais c'est créer sciemment la confusion des langues, tour de Babel viticole qui écraserait dans sa ruine la vigne et le vigneron ! Pulliat a donc eu raison de constater que les appellations latines de Roxas n'ont jamais servi qu'à leur auteur.

Ceci dit, rendons hommage au talent incontestable du botaniste, qui, dans ses descriptions très complètes, s'est appliqué à n'oublier aucun des organes essentiels des cépages qu'il avait sous les yeux.

Dans ses tableaux de classification synoptique, Simon- Roxas avait divisé les vignes d'abord en deux grandes familles : les espèces glabres et les espèces tomenteuses.

L'allemand von Gock a repris son idée, mais avec des demi-teintes, des nuances intermédiaires entre le tout à fait glabre et le très tomenteux ; ce qui lui a permis de constituer quatre groupes.

Son compatriote Edlen vonVest^ (1776-1840), dans son Essai d'une classification systématique des sortes de vignes cultivées en Styrie, publié à Gratz en 1826, comprend tout autrement les divisions ampélographiques : il met, d'un côté, les espèces à feuilles laciniées, et, de l'autre, celles à sinus ordinaires, c'est-à-dire, d'un côté, le Petersilien ou doutât^ puisqu'il est seul de sa forme, et, de * l'autre, toutes les vignes, sauf lui. Or, le Chasselas à feuilles de persil n'est qu'un accident fixé et non pas une espèce, accident que Pulliat affirme, dans son Cours de viticulture.

1. Botaniste et médecin, né à KJagenfurt, mort à Gratz, professeur de botanique et de chimie au lycée. A publié en lâl9 : Anleitunrj sum grûndUchen Studium aer Botanik, mit einer Uebersicfit ûber denBau naturhistorischer ClasslftcationSystem,

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avoir vu se renouveler dans les collections fruitières de son ami Mas. Après les grands froids de 1870, celui-ci avait recépé un cordon de Chasselas doré. Un des rejets, pousse de queute, comme disent nos paysans, lui donna dès feuilles du plus pur Cioutat, et un autre des feuilles à demi laciniées seulement. Il eût suffi alors de greffer le premier sarment pour créer à nouveau cette prétendue espèce.

Cette classification injustifiée ne fait donc que reporter la difficulté au second groupe, où commence la véritable division. Dans le sectionnement de ce groupe, von Vest a suivi la méthode pratiquée, longtemps avant lui, par les frères Audibert, de Tarascon, intelligents pépiniéristes, cités avec éloge par Odart. Il le divise d*abord en deux, grains allongés et grains sphériques ; puis, chacune de ces grandes catégories se subdivise elle-même en quatre autres : 1® musqués, 2» noirs ou violets, 3® rouges clair, 49 blancs, jaunes et verts.

La couleur tend à prédominer sur la saveur, parce que la vue semble un sens plus sûr que le goût. Ainsi la plupart des Italiens se bornent à la couleur. Acerbi et l'abbé Doxnenico Milano, savant professeur de physique de Turin, qui ne dédaigna pas de faire des infidélités à Volta pour Bacchus, s'accordent à ne créer que deux classes : raisins blancs et raisins de couleur.

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